‹ Chez nous; travaux et jeux rustiques (volume 2)Chapitre 22 sur 39 · LES NOCKS DU MAIS · texte numérisé non relu

LES NOCKS DU MAIS

timètres d'écartcment, côte à côte avec un grain de haricot, et en les laissant tomber un par un à chaque pas. Puis on recouvre le tout, et, en effet, les deux grains reposent là comme deux époux dans leur couche, dont l'un, le maïs, plus tard, à l'air libre, soutiendra l'autre, le haricot, enroulé autour de sa tige... Le maïs se décide tout de suite. Il perce la mince poussière étendue sur lui, il point comme une herbe drue. Bientôt il a dix, il a vingt centimètres. On le bine soigneusement à la houe. Il importe que rien autour de lui ne vive, ne végète même. Ses racines « tracent » déjà, avides de nourriture et d'air, animées d'une agilité de petites bêtes fouis seuses. Quand il atteint cinquante centimètres, on le butte. On retourne largement la terre, on l'adosse aux tiges, comme si l'on dressait un remblai continu, en offrant ainsi à la plante une assise pour s'ériger et un amas d'aliments à sa portée. Dès lors, on ne s'occupe plus d'elle. « Que hé touto soulo. » Elle fait toute seule.

Voici ce qu'elle fait. Elle s'établit d'abord, elle se rassasie à même la terre onctueuse, met ses feuilles, et se dispose à évoluer. Mai s'écoule. Elle suit la marche du temps, elle mesure à la durée de l'ombre de sa tige la longueur du jour, et ensuite, voyant les soleils de juin progresser, dans un afflux d«

sève intime, elle pousse ses organes reproducteurs. L'aigrette ou panicule apparaît. Elle s'érige, se ramifie, se colore et fleurit. Car elle n'est autre chose que l'organe mâle qui s'épanouit, semé tout le long de ses ramilles d'une multitude de fleurs minuscules pleines de pollen. La panicule entièrement formée, l'élément femelle émerge à la naissance des feuilles, sous forme de rudiment d'épi enveloppé de folioles. Et l'organisme respire un peu. Il attend l'août brûlant, l'incendie caniculaire qui fait pétiller la lande voisine, et se fendre et se rider la terre. A ce moment les folioles de l'épi s'écartent. Et le stigmate, la toufîe de poils soyeux et pourprés, dont chacun est un pistil, sort d'elle et s'étale. Et la panicule forcée par les rayons éclate. Et le nuage vivant descend. Et chaque pistil enfante. Et l'épi futur, le lourd épi qui compte jusqu'à sept cents grains se compose rang par rang et change en perles d'or solide sa substance laiteuse...

Ce n'est pas tout. La merveille continue. Lorsque le pollen est tombé, lorsque le stigmate en exsudant une liqueur agglutinante, l'a reçu, retenu et absorbé, la panicule se dessèche. Elle a achevé sa fonction, elle disparaît. Elle ne doit point risquer d'attirer du suc réservé aux fruits. Et après elle, en septembre, tandis que l'épi mûrit, le stigmate à

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