‹ Chez nous; travaux et jeux rustiques (volume 2)Chapitre 23 sur 39 · LES NOCES DO MAIS · texte numérisé non relu

LES NOCES DO MAIS

son tour se flétrit. Mais lentement, en ayant l'air de temporiser. Il ne faut point que, trop tôt éliminé, le stigmate permette l'invasion des pluies par la fissure en cicatrisation, à travers les folioles entr'ouvertes, au dam des grains tendres encore... J'ai dit que rien ne rappelait ici les complicités de la nature pour aider à la pérennité des espèces. Mais l'homme intervient. Il hâte la chute de la panicule en écimant la plante ; et, dès que le stigmate semble mort et l'épi bien fourni, il effeuille la tige. Ainsi, tout le long d'octobre, bénéficiant seul de la sève, le fruit se corse et se durcit. La tige devient cassante, les enveloppes se déchirent : il est prêt à être cueilH. Novembre est arrivé. Des brumes traînent au ciel. Si épaisses certains matins que les bois sous le soleil croissant ruissellent à larges gouttes, et rendent à l'oreille un bruit espacé d'ondées. On les laisse fuir. On attend les premiers froids qui sèchent enveloppes et épis, en les faisant bruissants sous la main qui les arrache, et assurent leur conservation. D'ailleurs les premières bandes de corbeaux apparaissent. Ils arrivent lourdement en croassant par intervalles. Ils disent au paysan : « Fais attention aux pluies d'automne. » Celles-ci, incessantes des jours entiers parfois, pénètrent et pourrissent le fruit. On s'empresse d'atteler son char. On le munit

de chaque côté d'éperons, on y cloue des planches à l'intérieur, et poussant les bœufs nus pour la première fois depuis longtemps, les mouches étant mortes, on gagne le champ. Là, le plus jeune de la famille saute dans^ l'enceinte roulante. Les autres, la plaisanterie aux lèvres, car c'est le dernier travail de l'année, celui qui promet le repos et les veillées joyeuses, entrent dans les sillons. Et, jusqu'au soir, ils cueillent et jettent les épis dans de grands paniers ronds, qu'ils versent ensuite, à bout de bras dans le char. L'enfant les entasse et les foule, et, peu à peu, monte avec la récolte jusqu'au niveau des plus hautes planches. On va décharger le char. On l'amène, geignant et cahotant, dans la grange balayée. On le vide à grands coups de râteaux, et si on y voit encore, on le reconduit dans le champ pour qu'il s'y trouve à l'aube levée, au haut du sillon à entamer. Et lui, le char inerte, arrêté là, se profile massif et squelettique sur le fond enténébré du ciel et prend , avec son long timon baissé, l'aspect d'une énorme bête préhistorique pâturant sous les étoiles...

Le maïs empilé dans la grange au point de l'encombrer, on s'occupe au « despouilladé », au décorticage de l'épi. Il s'agit de le débarrasser de «es folioles. Cela se fait au

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