‹ Chez nous; travaux et jeux rustiques (volume 2)Chapitre 24 sur 39 · LES NOCES DD MAIS · texte numérisé non relu

LES NOCES DD MAIS

moyen d'un bâtonnet pointu. Ce bâtonnet est introduit entre l'épi et l'enveloppe, celleci rabattue sur la main qui tient le fruit, et arrachée et jetée- C'est l'occasion de réjouissances attendues. On s'invite au despouilladé de voisins à voisins, et parfois entre connaissances lointaines. Le soir, un va-et-vient s'établit de métairie à métairie. Après un léger souper, jeunes femmes et leurs maris, filles et garçons, au clair de la lune s'il fait beau, ou à la lueur de petites lanternes qui ressemblent à des feux follets, se hâtent vers la métairie oii ce soir-là on doit se réunir. Dans l'air sonore, rendu plus vibrant par le froid qui l'épure, avec des voix qui retentissent, on se hèle, on se guide, on se crie un pomt de rendez-vous. La bande enfin se rejoint. Les rires éclatent, les mains claquent dans les mains, et Ton court frapper au Soubot ou à Saruilles, ou encore au Trounquéret. On heurte à la porte. Elle s'ouvre, et la cuisine tout d'abord apparaît, illuminée par le foyer qui flambe en pétillant, parmi un feu d'artifice d'étincelles. C'est un brouhaha de bonsoirs. Puis, tandis que les vieilles, affairées et muettes, avec une joie attendrie au fond de leurs yeux pâhs, attisent le brasier pour lui faire abandonner sa cendre, cette cendre pleine de braise où grilleront, la peau fendue, les marrons ; tandis qu'elles mettent « la

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nappe blanche à la table », sous les bouteilles de vin nouveau, les jeunes se précipitent dans la grange. Un falot, pendu à la poutre maîtresse, l'éclairé vaguement. Chacun choisit sa place. Qui, au sommet du tas, qui, au milieu où il s'enfouit, et tel autre par terre, et ce dernier à côté de Maïlys ou de Noëlla, qu'il courtise. C'est la saison chez nous des accordailles. Et là, après la course ensemble dans la nuit glacée qui fouette le sang ou incite à se serrer l'un contre l'autre, sur l'amas hospitalier, à la lueur complice du falot, sous l'œil indulgent du vieux métayer, il s'échange des poignées de main qui sont des promesses, des étreintes courtes qui sont des liens, et des regards où le feu du désir permis s'allume pour toute la vie... Cependant les bâtonnets se sont mis au travail. Et durant quelques minutes, dans la première fièvre, tout le monde se tait. On entend seulement les enveloppes craquer en se déchirant, et, de moment en moment, l'épi dépouillé tinter dans le baquet où on le jette. Mais un rire fuse, puis deux, puis toute une bordée. Et soudain, sans un signal, comme de soi, une voix chante, une voix d'homme. Seule d'abord, accompagnée ensuite, au refrain, par celles de tous. Et l'homme qui était assis s'est levé, et, contre l'usage de ce pays patoisant, il chante en français. C'est que, depuis qu'il a passé par

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