‹ Chez nous; travaux et jeux rustiques (volume 2)Chapitre 25 sur 39 · LES NOCES DO MAIS · texte numérisé non relu

LES NOCES DO MAIS

le monde, la coutume s'est établie au soir du dcspouilladé de célébrer le « grand Empereur », ses victoires, ses revers, et tout le sang et tous les pleurs glorieux versés, et Timmortelle agonie...

Après les chants, les histoires : récits de contrebande ou de sorcellerie. Et comme les mains ne s'arrêtent pas, les dépouilles s'accumulent en tas léger, et les baquets s'em» plissent d'épis. Et, de l'autre côté du mur, dans la cuisine entr'ouverte, la pendule rauque sonne. Il est minuit. Et une des vieilles se montre et dit : « las irolles » : les châtaignes. Mot magique. Tout est laissé là, on fait irruption dans la cuisine. La pièce, maintenant que le feu est bas, est pourvue de lampes. On s'assied. Les marrons sont apportés à pleines assiettes chaudes, le vin versé et, comme tout à l'heure dans la grange, on entend la peau roussie du fruit éclater sous les doigts. On mange en devisant, en se lutinant. Et seuls, près de l'âtre, sous le manteau de la cheminée, dédaigneux du réveillon et las d'avoir trotté tout le jour en gardant les moutons, l'un assis sur la boîte à sel, l'autre accroupi les pattes sur la plaque, l'enfant et le chien de la maison dorment d'un long sommeil, qu'agite à peine en passant un rêve de maraude...

198 CHEZ INOOS

On s'en va. Dehors c'est la nuit. La lune

n'est pas éternelle, et les lanternes fumaient. On les a éteintes. On chemine bras dessus, bras dessous. On se souvient de l'émoi ressenti au despouilladé, l'ombre enhardit, et des baisers scellent les accordailles et voltigent, le long des haies dévêtues, comme des roitelets.

Le maïs est employé à mille usages. Les feuilles arrachées vertes sont données en botte aux bestiaux, et, sèches et conservées, servent l'hiver pour économiser le foin à gaver les bœufs à la main. Toutes nos volailles et les porcs près de leur fin sont nourris au maïs. Dans les ménages, au carnaval, on en compose des pâtes à l'eau, à la graisse et au lait. Cela s'appelle « la cruchade ». La pâte au lait surtout, dorée, souple et dense, saupoudiée de sucre, mangée à la fourchette, est une friandise exquise... Enfin, certains distillateurs tirent de l'alcool du maïs.

Cette plante livre donc tout d'elle-même. Jusqu'à ses tiges que l'on jette dans la cheminée en guise de branches, jusqu'à ses pédoncules, fibreux et cotonneux, que l'on fait servir à activer le feu, sous le nom de « charbons blancs ». Entassés sur les bûches ou glissés dessous, ils explosent et s'embrasent, en dégageant une chaleur intense.;

LES NOCES DO MAlt? 190

En même temps, sans bruit, une flamme droite s'élève d'eux. Une flamme blanche, qui ne laisse rien de l'aliment dévoré, pas la plus fine poudre, comme une âme qui se consumerait...

Page 1