LOUS ESCLOPS : LES SABOTS
7 mars.
J'ai porté des sabots à l'âge où nous avons tous les pieds véloces d'Atalante ou d'Achille. J'avais vingt ans et je servais, de rouge et bleu vêtu, de l'azur sur du sang, au 9^ chasseurs à cheval. Cavalier, durant les^corvées de litière, au petit matin, en hiver ; brigadier, pendant les semaines que je « montais », dans la boue; maréchal des logis, au cours des rondes à travers les couloirs cimentés, quand la bise soufflait et que les longues nuits d'automne ruisselaient d'eau, j'enfouissais avec déHces mes pieds dans mes galoches... Elles étaient si chaudes et je les sentais si légères !...
Il y a des sabots d'aulne, d'ormeau et de noyer, et des sabots de hêtre. Ils sont couleur naturelle ou peints. Le hêtre est blanc veiné de roux, l'ormeau plus gris, le noyer terre d'ombre strié de noir, l'aulne rose saumon avec des filets clairs. Peints, ils se ressemblent tous : noir ou jaune verni, égayés de fleurs, lorsqu'ils sont destinés aux femmes. Les sa-
JU CHEZ NOOS
bots pour hommes et les sabots pour femmes ne sont pas de même coupe, ni de même bois. La matière commune, l'aulne ou le hêtre, chausse l'homme, la fibre fine, l'ormeau et surtout le noyer, la femme. Le sabot pour homme, massif, compact, enveloppe le pied jusqu'à la cheville en couvrant les doigts, alors que le mince sabot pour femme ne comporte que la semelle. De plus, si l'homme ae contente pour le maintenir d'une simple « bride » de cuir épais, il faut à la femme une « trousse » entière, étalée, comme une gaine souple, depuis le bout des doigts. Tous, sabots d'hommes et sabots de femmes, sont ferrés de clous étincelants. Ces clous sont octogonaux et vifs d'arête ; ou plats et arrondis. On les distribue en lignes courbes du haut de la semelle au talon. Quant aux pointes qui assujettissent les brides et les trousses, ce sont de courtes pointes en fil d'acier bleu, minces et aiguës comme des épines. Une vague lueur en jaillit quand on les manie, et elles s'enfoncent d'un seul coup de marteau. On les emploie parce qu'elles se rivent aisément. Sans danger de la faire fendre, elles se rabattent dans la plus frêle paroi en éteignant leur petit feu.
Les sabots viennent des marais et des rives molles avec l'aulne, des bois clairsemés avec l'ormeau, des clos et des jardins gras avec le