L\ CHÂSSE AUX PALOMBES
5 octobre.
C'est le nom que nous donnons, dans notre Midi pyrénéen, aux pigeons ramiers, oiseaujt migrateurs, annonciateurs de l'automne. Elles arrivent avec les premiers brouillards de la fin de septembre. Il n*est point possible de les confondre avec les autres voyageurs de l'air. Leur corps gris cendré, leur aile aux reflets bleus rayée de iioir, le collier de plume* blanches qui leur ceint le col à l'âge adulta n'appartiennent qu'à leur espèce. Les palombes descendent du Nord sur le Midi, de la Norvège, de l'Allemagne et de la Belgique sur l'Afrique, chassées par les gelées, ayant hâte de quitter ces pùys où le soleil plus froid se couche plus vite. Dès que leurs petits peuvent les suivre, après que les adultes se sont accouplés, car les palombes vivent tou* jours deux par deux très unies, la saison d© l'amour et des pontes successives terminée, elles se préparent au long voyage. Elles se rassemblent en vols compacts de dix et douze
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mille individus, les plus âgées en tête, personnes d'expérience et d'essor régulier, les petits au centre, les nouveaux couples en arrière, et se livrent à des randonnées autour du pays natal. On les voit monter, planer, décrire des cercles de toutes mesures, tâter l'espace, avec un grand bruit d'air fouetté. Elles apprennent à prendre le vent, à pressentir l'obstacle, à garder et à fortifier leur souffle. Cela acquis, elles se divisent en trois fractions. Une première, composée de couples isolés ou de petits groupes, qui partira en avant, chargée de relever les points d'arrêt ou de repos, l'état des faînes et des grains dans les pays à traverser, la distance et le temps ; une seconde, prête à suivre quelques heures après, masse du peuple aguerri et entraîné, habile à retrouver la route jalonnée ; une troisième mise en branle plus tard, qui comprend de robustes passagères accompagnant les petits derniers nés ou restés faibles. Cet ordre de vol réglé, sûres les unes des autres, elles partent enfin. Un clair matin ou un doux soir, l'instant précis de la migration arrivé, lorsque la brise leur donne en queue, elles prennent l'air comme une flotte cingle vent arrière.
Tout ceci n'est point une invention, les chasseurs le savent. Les premières palombes, en effet, n'apparaissent jamais que deux par