LA CHASSE AUX PALOMBES
deux ou par paquets. Pliant l'aile et se posant au crépuscule à l'endroit qui leur semble favorable, elles n'hésitent pas à repartir si le lieu après examen est reconnu dangereux ou stérile, et à s'enfoncer dans la nuit. Quand les vents sont trop froids elles se hâtent ; elles s'attardent et musent sur les cimes ombreuses, s'ils s'adoucissent. Et, derrière elles, la foule qui suit fait halte aux mêmes escales, ou dépasse sans marquer d'hésitation la zone inhospitalière. Mieux encore, au dernier temps de la chasse, on capture toujours de jeunes palombes couvertes encore de duvet et que certainement, sur leurs ailes jointes, de plus fortes soutenaient en chemin.
D'un tiait elles arrivent en France. Là, elles font une pause au-dessus de la Garonne. C'est que le voyage n'est accompli qu'à moitié.
Il faut se rallier, se compter, car il y a déjà des disparues, des blessées qu'un plomb brûlant alourdit ; il faut reprendre haleine. Et puis, les mesures à arrêter pour aller plus loin sont délicates. Il s'agit de traverser les Pyrénées. Or, si le couple ou le groupe isolé se rit de la hauteur et de l'étendue de l'obstacle à franchir, une multitude, que sa densité ralentit et qui traîne des poids morts, doit s'en préoccuper. Si les vents que le relief des monts, leurs défilés et leurs abîmes contra-
rient ou font se ruer en tourmente, roulent sans danger l'oîseau seul, ils précipitent une masse en migration. Mais l'instinct des palombes intervient. La difficulté posée est aussitôt résolue. Entrant dans une sorte de couloir aérien qui va, en se rétrécissant, des plaines du Bazadais aux gorges de la Bidassoa, juste à l'endroit où les Pyrénées s'abaissent en touchant l'Océan, elles se dirigent en ligne oblique sur l'Espagne. Rien ne les fait dévier de la route devinée. A travers les milliers de lieues du chemin impondérable, l'Afrique, avec son ruissellement de chaleur, et dont le ciel dore à la fois les grains et les amours, est aperçue et touchée. C'est pourquoi la chasse qu'on leur fait en France est limitée. On en prend en Gironde et en Lot-et-Garonne, dans les Landes et dans un coin du Gers, parmi les vais des Basses-Pyrénées, en un mot sur le parcours du couloir aérien qui les mène le plus heureusement au but, et seulement sur ce trajet.
On chasse les palombes au filet. Leur capture deviendrait mal aisée, en raison de leur instinct, si elles n'étaient gourmandes et curieuses à l'excès. On leur offre donc surprise et table servie. Au point culminant d'un bois, au centre d'une clairière divisée en quatre aires et bordée de quelques arbres de haut jet, on construit une cabane de brandes.