‹ Chez nous; travaux et jeux rustiques (volume 2)Chapitre 32 sur 39 · LODS ESCLOPS : LES SABOTS · texte numérisé non relu

LODS ESCLOPS : LES SABOTS

demandaient en chantant aux donzclons :

« Dige, dige, dounzéloun, — quan t'an coustat lous bets esclops? »

« Dis-nous, dis-nous, donzelon, — que t'ont coûté les beaux sabots? »

Et les donzelons répondaient :

« Gin SOS dé boï, cin sos dé trousso, cin sos dé tatches, coum soun toutsnaous. »

« Cinq sous de bois, cinq sous de trousse, cinq sous de pointes, comme ils sont tout neufs. »

Les sabots eurent leur jour d'apothéose, le 6 novembre 1792. Dès le matin l'armée française sous Dumouriez, composée au dire de l'ennemi de tailleurs et de savetiers, avait manœuvré pour enlever Jemmàpes. Clerfayt et ses Autrichiens, formidablement retranchés, l'occupaient. Il était midi. La fusillade crépitait, et sur les colonnes d'attaque mettant baïonnette au canon, des averses de fer s'abattaient. Soudain une clameur immense éclata. Dix mille bouches chantaient la Marseillaise. Puis tout se tut. Et, de la profondeur de la plaine hérissée en marche, Clerfayt, sur ses redoutes, entendit une rumeur inconnue monter. Cela tenait du murmure d'un orage lointain et du battement du flot déferlant. Et, dans ce grondement, tout autre fracas s'affaiblissait : celui même du canon, et le ronflement furieux des tambours. Clerfayt la

main à l'oreille écoutait. Il ne comprenait point. Il comprit, lorsque de toutes parts forcé, il vit les tailleurs et les savetiers emporter Jemmapes au pas de charge. C'était la Révolution en sabots lâchée sur l'Europe éperonnée... La bataille fut gagnée au bruit de ce piétinement...

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