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A LA BASSE-COUR

18 juillet.

C'est la partie animée de l'exploitation. A l'étable on rumine et on songe, à la porcherie on digère et on dort, à l'écurie on souffle et on mange, on vit seulement au poulailler. On y chante, on y crie, on s'y bat, on y grouille, on y pullule. La nuit même il y règne une agitation perpétuelle. Une rumeur assourdie, une sorte de respiration bruyante, faite de gloussements et de nasillements, y emplit l'ombre moite. Les voleurs ne l'ignorent pas. Jamais, en rasant les mu<rs, ils ne s'aventuturent du côté du poulailler. Le moindre bruit de pas y provoque des échos insolites. S'il y a des canards, habitués en leur qualité de fils de migrateurs nocturnes à dormir le jour et à veiller le soir, ils poussent tout de suite leur clameur. C'est un long cri, un cri d'airain hérité des individus libres de leur race, qui, en voyage à travers le ciel, le font i ésonner de la nue. Quant au coq, l'oiseau vigilant, û ne paraît point se reposer. Mais,

d'heure en heure, à quelque planète épanouie sans doute ou à la lune irradiée il jette un salut sonore, et attend, en suivant la course des satellites, le moment d'éclater en fanfare à l'apparition de l'astre... Ce chant régulier du coq, la nuit, sert aux paysans à compter l'heure.

En cette saison, dès que la première barre de feu souligne l'horizon, la « fille de peine u ouvre le poulailler. Elle arrive, la chanson aux lèvres, alerte et jeune, fraîche comme le jour, le tablier empli de maïs d'or. Aussitôt c'est un nuage de plumes autour d'elle. Chacun se précipite ou s'abat : et les pintades légères, et les coqs hardis au vol court, et les poules affairées, et les chapons pesants. Seuls les dindons, majestueux personnages imbus de leur dignité, ne se hâtent point. Ils descendent pas à pas du perchoir et refoulent du poitrail la cohue. Les canards ne sont pas encore là. Ne se perchant point, ils passent la nuit à part, enfermés entre des planches basses. La jeune fille les délivre, et, derrière elle, tout le peuple caquetant gagne l'aire. On dirait une foule en marche. Enfin on s'arrête à l'endroit le plus propre, et, sur les becs déjà baissés, le grain ruisselle. Et les plus forts écartent les plus faibles, et les chassent à coups d'ongles de la place où le maïs tombe plus épais, et les spoliés crient et

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