‹ Chez nous; travaux et jeux rustiques (volume 2)Chapitre 5 sur 39 · LA CHASSE AUX PALOMBES · texte numérisé non relu

LA CHASSE AUX PALOMBES

couverte en tuiles. De cette cabane, quatre fentes donnent vue sur tout l'horizon. A la cime des arbres sont articulées des raquettes. Sur les aires, à la façon d'un livre, les filets s'ouvrent et se rabattent. Là, vivent le chasseur et son aide, en silence, aux aguets, de l'aube au crépuscule. Car on ne rit point, on ne parle point, on respire à peine, la palombe étant inquiète et farouche. D'ailleurs il faut être prêt sans cesse à manœuvrer les filets et les raquettes, l'œil attentif, la main sur les fils de fer et les ficelles qui, de l'intérieur, les mettent en mouvement. Pour attirer les oiseaux sur les arbres d'abord, sous les filets ouverts ensuite, on se sert d'appeaux. Ce sont des palombes prises l'année d'avant et préparées au rôle capital qu'elles jouent. Il y a les appeaux « d'air » qui sont liés par les pattes sur les raquettes, et les appeaux « de terre » qu'on envoie picorer sur le sol au moment voulu. Les uns et les autres sont l'objet d'un traitement spécial. Les appeaux d'air qui doivent rester immobiles jusqu'au passage des vols sont aveuglés. On leur coud les paupières. On les fait vivre haut le pied sur une barre de bois ; on les gave avec des fèveroles, à heures fixes, de bouche à bec, pour les maintenir vigoureux. Les appeaux de terre, au contraire, vont jeûner. Il faut que, lâchés sur le sol, ils avalent avidement le grain qu'on y

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répand. Et, comme il importe qu'ils ne faussent pas compagnie, on leur coupe les ailes. Tout ainsi combiné, les appeaux d'air sur leurs raquettes, les appeaux de terre à portée dans la cabane, fils au doigt, le chasseur attend les vols espérés. Il scrute l'horizon ; il suit au loin un milan qui tournoie ; il écoute le vent dans les cimes et tressaille si, mêlée à son bruit, il perçoit une rumeur d'ailes qui s'accroît.

Aux environs, tout à coup, des cris partent. Ce sont des paysans qui de leur champ où ils labourent signalent un vol aperçu. Ils crient : « Appeau ! Appeau ! » Le chasseur se dresse. A l'horizon un vol arrive : trait sombre sur la courbe bleue du ciel. Le trait gonfle et s'épaissit, s'ouvre en fractions mobiles et, emportées par un essort continu, deux ou trois cents palombes apparaissent. C'est une ruée silencieuse d'oiseaux. Sous eux, comme sous un nuage, l'ombre court sur le sol, l'air battu fouette plus fort la cime du bois. Les voici ! Attention ! Les raquettes, brusquement tirées, basculent. Les appeaux précipités cherchent à reprendre l'équilibre, s'envolent et retombent, s'agitent. On entend claquer leurs ailes, bruire le feuillage frappé. Le vol étonné frémit, se déchire et s'arrête. D'un long mouvement circulaire, il rebrousse chemin, il décrit un orbe circonspect. Puis lentement,

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