‹ Chez nous; travaux et jeux rustiques (volume 2)Chapitre 6 sur 39 · LA CHASSE ADX PALOMBES · texte numérisé non relu

LA CHASSE ADX PALOMBES

curieusement, il revient planer sur ces arbres étranges, hantés d'oiseaux pareils. Les appeaux sont maintement immobiles. Une palombe, puis deux, puis vingt, se posent près d'eux. Il y a des glands, il y a des faînes. Le silence de toutes choses est entier. Elles mangent, elles font éclater les fruits sous leur bec. Toutes descendent. Les arbres en sont couverts : guirlandes d'agates vivantes. Un bruit monte de la cabane. Le chasseur a pris une palombe en réserve et la secoue. Elle se défend. C'est un brouhaha de volière. Au même moment, les appeaux de terre sortent un à un. Ils gagnent l'aire et se jettent affamés sur le grain. Quel est ce régal qui les tient absorbés? Ce n'est point tout. Venu d'un hallier prochain, un roucoulement langoureux se traîne, meurt et reprend. Les palombes atterrissent. Elles n'ont pas vu le filet, mais seulement l'appât succulent que les appeaux dévorent. Elles n'ont point entendu le grincement assourdi des fils de fer qui se tendent, mais seulement, l'appel amoureux. Elles ignorent qu'il est sorti d'une bouche humaine. Le vol entier est là. Quelle couchée, ce soir ! Serait-ce déjà la terre du soleil? Elles ne savent plus. Un sifflement passe sur elles, le sifflement du filet qui s'abat. Terrifiées et privées de sens, elles s'aplatissent sur le sol. Elles sont prises. Le voyage est fini. Saisies

une à une et tuées, elles seront vendues demain, par monceaux sanglants et froids, en halle de Bordeaux. Pauvres errantes!

Cette chasse passionne ceux qui s'y li\Tent. D'aucuns se lèvent la nuit pour mesurer la force du vent au rayonnement des étoiles, pour relever leur direction ou supputer sur leur hauteur. Les palombes aiment ces vents dont parle Alfred de Vigny dans sa Mort du Loup, je crois, qui :

... Élevés bien au-dessus des terres, N'effleurent de leurs pieds que les tours solitaires.

Pour moi, qui ne leur fais la chasse que par intermittence, je m'émeus cependant au passage des palombes. Je les suis en esprit sur cette terre d'Afrique, où la fille d'Hamilcar ne vit pas leur retour. Car ces colombes, soumises à des migrations régulières, à qui elle faisait ses adieux du haut de la terrasse du palais de son père, c'étaient nos palombes. En les suivant, je vais à elle. Salammbô m'a toujours séduit dans sa virginité mystérieuse : chantant au repas des mercenaires ; sous la tente, écoutant parler Mâthô dans le silence de tout son être ; pendant son apothéose, mourant d'amoureuse pitié... Mais où m'entraînent ces voyageuses?...

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