A LA POURSUITE DE L'ISARD
23 novembre.
Si j*étais savant, j*afrirmerais que l'isard n'est autre chose que le chamois, passé des Alpes sur les Pyrénées. Je relierais le chamois à la gazelle du Sahara, celîe-ci à l'antilope des plateaux de l'Asie, et je montrerais un organisme unique adapté à chaque sol et à chaque climat, avec une prévision admirable. Partout au reste même finesse d'odorat et d'ouïe, même portée de vue au service d'un pressentiment instinctif égal. Partout vélocité incomparable ; partout timidité et sociabilité. Enfin, là-bas comme ici, destin pareil, celui d'être livré en proie à tous les dévorants j la bête bondissante et rugissante, la bête rampante et silencieuse, et l'homme.
L'isard est de la taille d'une forte chèvre. Son pelage est assez long et bien fourni, mélangé de poils soyeux et de poils laineux. Il va du brun fauve, en été, au brun foncé, en hiver. Son corps, d'une gracilité ronde charmante, porté par des pattes fines au pied
3Î CHEZ ISODS
fourchu, donne l'impression d'être ramassé et comme bandé. Sa tête, plus claire que le reste du corps, sèche, lisse, fendue de larges yeux effarouchés, a l'air inquiet et ardent. On y voit deux petites cornes noires, de 12 à 13 centimètres de longueur, qui sortent tout droit du front d'abord, à peine espacées l'une de l'autre, et se recourbent ensuite brusquement en arrière, en pointes cannelées. Tout en cet animal musculeux et dru indique l'élan, précipité par son goût d'errance innée ou par une crainte perpétuelle.
L'isard est tantôt sédentaire et tantôt nomade. Mais non point comme les autres êtres, en voyage au printemps et gîté en hiver. Le soleil qui chauffe la sève et le sang, la bise qui les glace n'a pas d'action sur lui. Il suit la marche de la neige sur les sommets qu'il hante. Car il respire l'air pur que respirent les astres, car il ne s'abreuve jamais que d'eau vierge. Vivant plus haut que la région des pluies, il boit aux premières gouttes nourricières des fleuves. Dès le début de l'automne, lorsque dans l'atmosphère refroidi la neige commence à floconner sur les pentes ; tout le long de novembre presque, quand elle abonde et s'entasse, l'isard se met à l'abri. Il habite sous la voûte des rochers bas, s'enfonce dans les grottes, ou bien se glisse dans les anfractuosités béantes des parois de la montagne.