A LA POURSUITE DE L'ISARD
Une seule considération importe et décide du choix ; l'orieiilalion. L'isard recherche le côté du levant ; il veut voir le soleil éclore. Fait curieux : car l'homme aussi se tourne et s'établit face à l'est, vers la lumière naissante. L'isard attend là l'hiver, le long hiver. Décembre sur ces hauteurs l'amène. Au premier craquement de roche éclatée sous le gel, il sort. La neige glacée lui offre un champ sans bornes. Il le visite, il le parcourt et le sillonne. Parfois, il s'arrête sur une pointe, au-dessus du chaos granitique, et, en contemplation devant un abîme baigné de ciel, il brame d'une voix grêle dans cette solitude immaculée. Parfois il saute de crête en crête, servi par un si sûr instinct qu'il évite, sans jamais y choir, les crevasses insoupçonnées ou les rocs prêts à se détacher. Les grands souffles de l'ouest, qui sont les vents froids dans les Pyrénées, l'importunent seuls. Les bouffées humides qu'ils apportent le pénètrent et le rendent triste, les clameurs et les sanglots qu'ils prolongent aux arêtes des rochers l'emplissent de frissons. Ce sont presque des abois et presque des sifflements de balles. Aussi les fuit-il. Suivant l'ascension du soleil, il gagne un de ces plateaux étroits, en pente à la base des pics, au midi, où l'épaisseur de l'aiguille empêche la neige d'être fouettée, et il se gare durant toute la tourmente. Des
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plus hautes vallées on peut l'y épier à la lunette. Au printemps, dès les premiers rayons qui fondent les neiges et précipitent les avalanches, qui grossissent du matin au soir les torrents en coupant les chemins ou disjoignent les glaces, au milieu des détonations soudaines, l'isard réoccupe ses gîtes. Il regarde autour de lui les mousses germer, au loin, en bas, les arbres reverdis s'agiter, les cascades se jouer en arcs-en-ciel, et il reste indifférent. Il lui faut l'été, le ruissellement de lumière immuable qui, dans l'azur inaltéré, stabilise toutes choses. Les sentiers sont fermes, les crêtes dépouillées, les eaux surgies constantes. Il bondit. Il va jusqu'au bout de son soufïle en ruées enivrées. C'est l'heure de la joie. C'est aussi le moment des festins savoureux. Le régime hivernal est sévère. Les repas de claustration rigoureuse alternent avec les jeûnes de la solitude. Les lichens aux fentes du roc, les mousses sous la neige grattées du sabot en sont les reliefs habituels : plantes rares de plus, parfois cherchées huit jours. Aussi, est-ce un lait avare qu'elles versent aux flancs des mères, un lait dur que Bucent les nourrissons. De là sans doute la sobriété proverbiale de l'isard. Mais, en été, les mousses ont multiplié, le thym et le serpolet abondent, et les sucs partout fermentent. L'isard se délecte et s'engraisse. Il