‹ Chez nous; travaux et jeux rustiques (volume 2)Chapitre 9 sur 39 · À LA PODRSUITE DE L'ISARD · texte numérisé non relu

À LA PODRSUITE DE L'ISARD

s'attarde dans les pacages fins, et le soir, où il se trouve, une herbe parfumée aux dents, il s'endort, au large clair de lune irradié d'étoiles... Puis, c'est l'amour. L'amour unique. Rien ne sépare un couple d'isards, sinon la mort. Ils se choisissent, s'aiment, s'accouplent. Le moment du désir coïncide avec celui des nourritures exquises. Ils sentent bon toutes les herbes aromatiques broutées, ils sont vêtus d'un poil brillant, lavé d'air chaud. Ils ont des frémissements qui sont des émois, des chevrotements qui sont des aveux, et des frôlements de lèvres, des baisers. Père et mère de deux faons agiles, ordinairement un mâle et une femelle, ils les couvent de leurs grands yeux inquiets jusqu'au jour où, prêts à se féconder de nouveau, ils envoient à leur tour ces petits sevrés et grandis chercher la vie, chercher l'amour.

Ce sont des scènes du paradis. Mais, je l'ai dit, l'isard est voué à la destruction. D'autant plus qu'il ne sait que fuir pour se défendre, qu'il ne fait point tête même forcé et ne revient jamais sur ses pas. D'où piste facile et simple. La finesse de ses sens, son extrême agilité donnent seules de la diiïiculté à la poursuite, comme les lieux glissants où la hardiesse de sa course entraîne, quelque danger à la chasse. On le chasse à cette

époque- ci durant l'hivor, de la moitié de mai ensuite jusqu'à la fin de septembre.

Dès qu'un guide, tourmenté du désir de l'ascension, dès qu'un pâtre en quête de pacages abondants pour ses brebis, a vu, en explorant la montagne, une harde passer, ou qu'un contrebandier l'a surprise, elle est aussitôt signalée. Le soir, dans les auberges, en trempant des marrons dans du vin blanc, durant la sombre saison, ou en fumant au cours des crépuscules tièdes, sur le seuil des maisons, on se dit la nouvelle. Elle court, mystérieuse, à voix basse : car ils pourraient entendre là-haut ; elle fait le tour du village. On se consulte, on se compte, et la nuit suivante, on part. Il faut arriver à l'aube à l'endroit indiqué. L'isard, encore en demi-sommeil à cette heure, n'est point en possession de tous ses sens. Plus tard, en vedette, perpétuellement aux aguets, il pressent à des distances inouïes l'homme ou le chien, perçoit le bruit anormal d'une pierre roulant sous le pied, et disparaît comme un oiseau. Or, le reflet seul du jour fait la lumière à ces hauteurs. Bien avant que le premier rayon ait filtré, la neige s'éclaire. On part donc pendant la nuit.

On monte, silencieux, à l'éclat vague du ciel, et rassemblés en deux fractions : les tueurs armés de fusils, les rabatteurs munis de lourds

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