LA TUILERIE DU HOURQUET
Mai 1922.
Elle est sise à mi-côte, au bord d'une route qui descend d'un massif de collines dans la plaine. A leurs pieds, le long de ce parapet géant, les rives chargées de cailloux roulés, l'Adour coule à travers le pays. Celui-ci s'étale, à peine ondulé, jusqu'à l'horizon lointain que les Pyrénées emplissent. Les montagnes à cet endroit ont l'air de murailles vertigineuses, écroulées par pans, que des donjons restés debout dominent. Lorsque les brumes les découvrent en se levant, on croit voir la poussière de cet écroulement prodigieux flotter encore autour... Du Hourquet, on peut compter dix-huit clochers dont les carillons viennent l'égayer par vent du sud, et suivre de l'œil le ruban noir de la voie ferrée et le ruban bleu du fleuve qui se côtoient. Ils courent tous les deux vers les monts... La tuilerie se compose d'une maison d'habitation, de hangars au centre desquels se trouve le four, d'une aire sablée, orientée
sur « le rayon de midi », et d'une marnière attenante. Là vivent les Herrera, père, mère, fils, aïeule, plus trois ouvriers, tous gens de labeur. Les maîtres sont venus autrefois d'Espagne. Ils en ont gardé l'empreinte, quelque chose de la mine osseuse et calcinée de la sierra natale. Ils sont maigres, anguleux, bistrés, avec de longs yeux chauds et des traits accusés. L'allure est haute, le maintien raide, et, lorsque à la lumière crue ils débouchent sur le chantier, les mains chargées de terre brute à façonner, ils font songer, dans leur rudesse, à ces premiers humains nés des pierres jetées par le couple grec et qui portent encore les restes de la gangue maternelle.
Les Herrera travaillent toute l'année, l'hiver à « arracher » la terre, le printemps, l'été, jusqu'aux derniers beaux jours de l'au^ tomne à la malaxer et à la cuire. L'arrachement, l'extraction se fait dans des tranchées ouvertes jusqu'à 3 mètres de profondeur parfois, à la recherche de la veine pure, et la besogne est menée à la pioche. Labeur épuisant poursuivi dans un sol suintant qui colle à l'outil, en augmente le poids, qui essouffle les meilleurs poumons. Bien que la journée d'hiver soit courte, jamais, à leur gré, le soleil « ne tombe assez vite ». La marne, avec laquelle on fabrique doit être blanche, exempte de filets d'argilej de grumeau:îc fer-