LA TUILERIE DU HOURQUET
rugineux ou d'agglomérations caillouteuses qui ne sauraient cuire, qui laissent des vides dans les pièces. Le sable seul est d'un mélange utile, répandu dans la marne à la façon d'une poudre fine qui l'adoucit et l'amollit. La provision de terre est faite pour l'année. On l'entasse aux abords de la carrière et on l'y abandonne, afin qu'elle se délite et s'effrite à la pluie et à la gelée. Premier pétrissage où les éléments à éliminer commencent à se dissocier d'elle.
L'hiver passé, quand le soleil reprend l'empire, qu'il est assez chaud pour sécher les pièces exposées à son feu, qu'on le voit, sur les labours, pâlir les sillons et durcir les mottes, on transporte la marne à la tuilerie par voyages de 3 mètres cubes, ce qui est le rendement quotidien d'un « mouleur ». L'équipe se compose d'un manœuvre, d'un « mouleur » et d'un « poseur ». Tout le travail est à la main. Point de cylindre ni de presse pour broyer ou comprimer la terre crue, de machine pour la couper. Rien que les moules indispensables à la confection. Et cela qu'il s'agisse de briques dites pleines, de carreaux de « huit pouces », ou de tuiles appelées à « canal », la tuile à l'arc rouge des monuments du Peuple-Roi. Herrera bannit toute machine. Il estime l'instrument trop précis, trop brutal, il lui reproche de tout traiter de même et avec hâte, de ne
savoir ni palper, ni diversifier la trituration. La main reste pour lui l'incomparable outil. Opérant avec insistance et douceur et souplesse ;tâtant, glissant, réduisant les moindres granulations ; ayant assez de puissance pour amener la densité, de discernement pour arrêter à point la compression ; s'adaptant enfin à la matière, elle obtient une sorte de pâte de glaise qui, bien cuite et employée, résiste aux chocs comme aux éléments. Il est sorti du Hourquét certaines briques particulièrement bien saisies, qui, montées en piliers, repoussent le marteau dont on les frappe. Au reste leur son révèle leur qualité. Tous les maçons du pays le connaissent. Elles rendent sous l'outil un beau bruit limpide d'enclume battue, qui tinte du haut des échafaudages. Herrera se plaît à cette musique métallique.
La terre transportée est mise à « tremper » dans des cuves, avec moitié d'eau. Le manœuvre s'en empare. Il en retire la quantité nécessaire à alimenter le travail du mouleur et la piétine d'abord comme on foule la grappe, du même pas de danse élastique et continu, et la pétrit ensuite avec les mains, la jetant et la reprenant à la façon du boulanger qui travaille sa pâte. Il fait fondre ou élimine les corps étrangers ; rien ne lui échappe : ses doigts s'arrêteraient, je crois, sur un grain de mil. Il poursuit jusqu'à ce