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A LA RECHERCHE DE L'ANGUILLE

Août 1921.

C'est un poisson mystérieux. Participant d'une double nature puisqu'il vit également hors de l'onde et dans l'onde, nage et rampe, est d'eau douce et d'eau salée, s'assouvit gloutonnement et se rationne jusqu'au jeune complet et prolongé, passe du mouvement le plus libre à l'immobilité léthargique gardée des mois ; il se fait à tout et sort de tout, et même de cette espèce d'anéantissement, sans rien perdre de son agilité ni de sa vitalité. Cette élasticité d'organisme est le signe distinctif de l'anguille, comme aussi sa faculté de changer de couleur suivant le flot qu'elle fréquente, soit pour se dérober, soit pour guetter, à l'exemple de nombre d'animaux qui se confondent avec les feuilles, l'herbe haute ou le sol. De peau noire et jaunâtre dans les eaux limoneuses, noire sur le dos, jaunâtre sous le ventre, l'anguille, dans les eaux claires, devient vert olive et blanche. Une chose toutefois la décèle : le brillant de ses couleurs. Incessamment lubréfiée de

la tête à la queue par une liqueur huileuse exsudée d'une série d'orifices latéraux, elle luit et chatoie, pareille aux algues qui serpentent, aux agates roulées, qu'un rais de soleil allume à travers un gave rapide.

On n'oublie pas quand on l'a vu ce poisson au corps cylindrique, d'un volume égal presque d'un bout à l'autre, qui se dilate et se rétrécit à volonté, dont tout se suit dans la nage et la reptation, comme mû à la fois. Non plus que sa tête petite, armée de dents aiguës, si étroite que lorsque la bête se met en couronne pour se reposer on ne sait où la tête et la queue commencent et finissent. Cette impression d'ensemble est accentuée encore par une nudité de serpent. Elle possède des nageoires et des écailles, mais si minces, celles-ci, qu'elles restent invisibles et échappent au toucher, et si rares, celles-là, qu'elles ne marquent pas sur le limon le plus tendre. Les unes et les autres n'en remplissent pas moins leur rôle. Les nageoires permettent à l'animal des courses sans fin à travers les eaux, des plongeons vertigineux ; les écailles le protègent contre les heurts, les chutes et l'usure de la reptation. Ces écailles sont si dures que, séchées, elles servent à polir le ciment, elles lui donnent l'éclat mat du vieil argent. Et l'admirable adaptation de l'organisme à la vie se poursuit. Comme l'anguille doit main-

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