‹ Chez Victor Hugo par un passantChapitre 5 sur 9 · LES DESSINS · texte numérisé non relu

LES DESSINS

Puisque cette porte nous l'ait si bon accueil. franchissons- hi et entrons dans la salle de billard, qui n'est pas, on va le voir, une des moins

intéressantes pièces de la maison. — De grands tableaux de famille, quelques cartes de géographie, enfin des dessins du poète, encadrés dans des bordures de sapin verni, foui loule la décoration de cette salle. On est tout de suite attiré par la pliysiouoniie ('li'ange do ces dessins à la plume.

Ce sont dix pages faiitasticiues . (|ue relrvent des tons de sépia et quelques touclies d'or sciulillaiil douci.Miicnl dans les teintes sombres de la composiliiiii. Il faut renoncer ii (h'crirc ces noirs éclairs, tous sortis des souv(Miirs et de rimaginaliiin i\n |ioele. — l/encrier df \'iclor Hugo fait tout ce qui concerne son iMat ; c'est ce {[ue saveni bien les amateurs de peinliuT (|iii. en 1852. à la vente de ses meubles, rue de l.a Tnur-d'Auvcrgne, achetèrent (|ucl(|ues-un('s do ses esquisses puissantes.

]a\s di\ dessins pendus là siu' la miu'aille sont des vues d'Espagne, de Bretagne, du liliin. di'.lcrsey ol de (iuei'uesey. 0\\ les aura ciilrevus, quand on saïu'a (pTils soiil comme un rollcl dr^

La GALEîy E DE Chêne.

A.CADART.Eàiti!j Paris.

magiques tableaux que la prose et les vers du poiMe on! déjà mis dans uos méuioires. Sur Tmi d'eux ou lit : Burcj ilr Uurjo-têle-d'aifjle, — et Fou se rappelle ces vers de la Léyende îles siècles :

' Il mil en liberté les villes : il vint seul De Hu^o-tète-d'aiale affronter la caverne.

Cependant, dans ces tableaux ce que je préférerais peut-être encore, ce sont les cadres. Ils sont de sapin, mais sur ce fond de bois blanc les fleurettes s'enlacent et s'épanouissent avec des papillons, les uns invraisemblables, les autres d'une parfaite exactitude. Victor Hugo, quand il fait ini dessin, fait le cadre par la même occasion, et, quelquefois, un morceau de chêne sculpté par lui détache le cadre du mur. Il est ouvrier connne les artistes du moven âge.

.l'ai vu dessiner Victor Hugo. — Il envoie chercher dans la. maison (hi papier, mie phnne, de l'encre ; on court parloul . on monte dans les chambres, on furette. on t'ouille, et enfin au l)out d'un (|uai-l d'heure on rapporte un encrier desséché, une phnne (pii ouvre le bec el un morceau de papier quelconque, déniché à grand'|)einc dans quelque coin. — Car il faut que l'on sache que la chose qui manque le plus ;i Kauteville- House, c'est ce qu'il t'aul pour écrire.

Une ibis le papier, la |)lumi> et l'encrier apportés sui- la table. \ icior Hugo s'assied, et, sans esquisse préalable, sans parti pris ajiparent , le voilà qui dessine avec une sûreté de main extraordinaire non pas l'ensenible. mais un di'Iail quelconque de son paysage. — 11 v^nnmencera sa forêt par un(> branche d'arbre, sa ville par un pignon, smi |)ignun pai- une girouiMIe, et peu ;i peu la cumpusiliiin enlièi'c jail-

lira de la blancheur du papier avee la précision et la netteté d'un iiégatil" photographique ([u'on soumet à la préparation chimique destinée à faire apparaître l'image. Puis, cela fuit, le dessinateur demandera une tasse, et il terminera son paysage avec une averse île café noir. Le résultat est un dessin inattendu, puissant, souvent étrange, toujours personnel, cjui fuit rêver aux eaux-fortes de Rembrandt et île Piranèse.

Les cartes de géographie sont deux cartes de l'rance : la France eu 1789 et la France en 18G0. — l^irmi les tableaux, une grande toile représente le couronnemeni d'Liès de Castro après sa mort. Sur le cadre on lit :

Le duc fil la r/iicliessc fl'Orli'anx ci Viclur tliiyo.

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