‹ Chez Victor Hugo par un passantChapitre 7 sur 9 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

rôle; elle suflirail h met

tre on 1

)iinni' humi'ur.

On

ne déjeune pas c

liez

Lucul

. mais

chez.

Du

Sonnnerard.

— :io —

Les murs sont recouviM-ls non plus de tapis-

series ou de liois sculpté, niais de magnifiques

faïences de Hollande du wii'' siècle. Que Ton

imagine une immense mosaïtiue i-eprésentant de

gros bouquets de Heurs peintes avec minutie et

jetées dans des vases capricieux, puis des ani-

maux bizaiTCs où éclate l'esprit des imagina-

tions grotesciues de la Hollande chinoise. —

Cette mosaïfiue à Ibnd blanc et bleu s'appuie

sur un soubassement de clii'ne cjui l'orme trois

stalles massives historiées de vénérables pein-

tures sur panneaux ; ce cjui donne ;i la salle à

manger l'aspect d'un de ces anciens réfectoires

de couvent où les bons moines de Rabelais jeû-

naient avec force poulardes, et célébraient, en

riant, la divinité de la bouteille. Une glace à

biseaux, surmontée d'un petit enfant endormi

ciselé dans le cuivre . ravive encore cette cuirasse

d'émail que deux grandes fenêtres ouvertes sur

le jardin envahissent de lem- lumière.

Et maintenant, ajoutez ime cheminée con-

struite en carreaux violets et bleus, une de ces

cheminées comme en avaient nos aïenx, faites pour donner confiance aux pins robustes appétits, — au plafond une tapisserie des Gobelins représentant, avec son écrin de couleurs, les ricliesses de l'été, — et vous comprendrez que l'on s'attarde volontiers à la table du poëte.

Partout 011 ils ont pu prendi'e pied se dressent des vases et des statuettes de porcelaine et de faïence. Le xvT et le wii" siècle n'ont rien de plus curieux. Une statuette, notamment, qui couronne l'ensemble de la cheminée, doit être signalée. C'est uneNotre-Dame-de-Bon-Secours, portant l'enfant Jésus dont la ])ctite main porte elle-même le globe du monde. Au-dessous sont gravés ces vers que vous lirez peut-être bienlùl dans les (Jhaiisinis di's nies cl des bois :

1,0 peuple est petit, iiKiis il sera giand. Dans tes bras sacrés, o mère féconde!

>ALKHiE DE Chêne.

-, E i.t .Imp Paris .

0 liberté sainte, au pas conquérant.

Tu portes l'enfant qui porte le n-.oncie.

Diverses légendes complètent la physionomie

(lu lieu. Ici. le mot Dieu en regard du mot

r Homme; plus loin, ce cri: Pairie. Une mélan-

colique parole :

L'eril, r'fsl 1(1 rie.

Puis , un conseil tout religieux :

Habitant des demeures périssables ,

Pense à la demeure éternelle.

Rien ne manque à cette éducation de l'esprit

par la demeure, pas même ces deux proverbes

devenus des préceptes d'hygiène :

Post prandium stabis,

Seu passus mille meabis.

- Vale.

Lever a six, coucher à dix.

Diner à six, souper à dix ,

Font vivre l'homme dix fois ilix.

Il ne lions appartient pas de décrire en entier un l'auleuil de cliènc , toujours vide, ([ni est adossé au nnn- et placé au Iiaul Ijout de la taijle. A'ictor Hugo y voit la place des aïeux au repas de la l'aiiiillc. Une cliaine a l'ernié ce fauteuil ([ni porte, entre autres inscriptions, celle-ci:

f,e nli^/'iils /:oiil là.

Ix' poète, une l'ois les devoirs domestiques remplis, se mêle à la conversalion qui, jM'esque toujours, suit les mêmes phases; hnil il est vrai que l'iialjilutle gouvei'ne sans régner. On commence par les nouvelles du jour, on ])asse aux choses sérieuses, et Ton termine insai'iahlemcnt par des fantaisies de toutes sortes: telle est vral.iient la marche de l'esprit IVançais.

Les meilleures nouvelles sont, il va sans dire. les nouvelles de l''rance. Le pmjuet esl remis au chef (le la famille. Cihacun lend la main. — C'est

1111 ami . c'est un parent , c'est un solliciteur; ce sont les journaux , ces nouvelles de tout le monde; chacun reçoit^on loi. — Le silence est subit et profond; lesjcœurs battent. — liieii n'est insignifiant, rien n'est .petit, rien n'est indifférent de ce qui vient du pays. Guernesey est oublié, il disparaît pour un instant : la maison tout entière est en France. — • Doux et triste voyage , et toujours de trop peu de durée : les ànies vont vite! — ISlais la vie réelle reprend ses droits.

Je me rappelle encore une lettre écrite de Granville , et ([ui contenait entre autres choses l'épisode cjue voici :

« Me trouvant à Granville, je suis allé revoir « une brave l'emine que j'avais vue, il y a vingt « ans, alerte et active; elle avait alors deux « belles filles. Ses filles ont aujourd'hui près « de quarante ans. elles ont des marmots grands Il et petits, et l'aïeule reste au foyer. Ce sont de « braves gens qui vivent à leur aise en travaillant (I bien rudement ; tous les jours hommes et « femmes vont à la mer. J'arri\ais au moment où

(i tout le monde rentrait, les vêtements encore <i mouillés. Ma présence était un événement (I dans la maison, si bien que la famille \int se « grouper autour de nous; les enfanis ouvi'aient (i de grands yeux.

« Vous venez de Paris? demanda la grand'- (I mère. — Non. Marie, je viens de (îuernesey, « où j'ai passé huit jours chez Victor Hugo. — (( Ali! 1)11 dil (juc c'est (les i/raiuls esji)ils ijiie ce (( iiionsieur Viclor IIikjo. — Oui. Alarie. — Ces! « iiKillieureu.r , n'csl-ce pas, inousicur. i/tie des (( (/e)is coiiiiiie ça ne soient j)lûs dans le pai/s '.' — (1 Oui, Marie. »

IjCs conversations se prolongent d'ordinaire assez longtemps, à table , une fois le déjeuner fini. -^ Ici rain|)hitryon n'est plus maître de faire les parts; chacun eu prend ce ([ti'il \rul ou ce (ju'il peut, et il n'est pas sans intérêt de M)ir le poëte mêlé en simple soldat à celte bataille générale.

Los démarches, les précautions, les; ctlbrls incine de smi iiUellig-encc dans ces libres débats se montrent en toute naïveté : on le voit i'or 2;er son idf^e. Il n'est sorte de peine (|u'il ne prenne pour jnstiller ses raisons ou pour convaincre, discutant . pesant cliaf[ue point et chaque i-aison conti-aire avec un sci'upule tellement sincère, qu'un entant le tiendrait en échec. C'est à, vrai dire le régime constitutionnel. Du reste, dans cette intimité, il a à sa disposition une arme bien ]iuissante, hi séduction. Jamais il ne semble \ouloir vous loucher que des caresses de sa pensée, bien loin d'en montrer la vivacité et la force. — Ainsi l'oiseau puissant qui du haut des nues va fondre sur la terie, au moment de l'atteindre, arrête lélan dans une pai'abole gracieuse, et vient se poser de son vol le plus doux.

Le respect de l'opiuion d'autrui est chez lui poussé à ce point, ([u'i! ne juge aucun ell'uri inu-

tile dès qu'il s'agit de redresser une en-eur ou une ignorance, sans souci de qui elles viennent. A ses yeux surtout, l'égalité importe devant la vérité, et il ne croit pas qu"il y ait (l'iulelligence, si grande (|u'elle soit, qui puisse se mettre au-dessus des plus humbles, des moins éclairés, ou des plus endurcis: pour |iersuadei'. il faut èlre d'égal à égal.

Dans sa maison même, il a été sui'pi-is quel- (juet'ois à prati(|iier ces principes d'une l'acon toute pai'ticulière; voici comment :

Il a une servante qui est devenue une autorité chez lui; on n'a jamais su pourquoi, à moins que ce ne soit à cause de la pi'ohité de celle lllle. C'est une Breloime sévère, impénétrable, inflexible. Tout eu elle est négatif: son visage est sans couleur et sans animation; ses yeux ne sont pas bleus, mais pâles et ternes; ses cheveux ne sont pas blonds, mais ne sont pas blancs; sa physionomie n'a pas d'âge, et ses traits. ]iom' n'être pas ceux d'un huninie. ifout [lourtanl lien de iéminin; une coilt'e bretonne, une jupe bretonm'

la Look Out.

Cafcujet de ^^clor Haêo

A.CADART.Eait.Iinp.Paiîs ,

incolore, à moins qu'elle n'ait gardé la poudre du chemin, voilà .son costume. Ajoutez qu'elle est de taille moyenne, et que dans sa voix l)rèvo on chercherait en vain une nuance quelconque : telle est l'incorruptible.

Sa toute -puissance réside dans la confiance de son maître; mais le maître lui-même est subordonné à cette puissance. 11 ne peut pas toujours donner ce qu'il voudiait, fût-ce un morceau de sucre à son chien, si Marianne s'y oppose; car il faudrait lutter, et Victor Hugo ne se sent pas toujours de force. — Cependant lorsqu'on le pousse à bout, il agit résolument, comme on va le voir.

Marianne est catholique (catholique et Bretonne, jusqu'où cela ne va-t-il pas?). — Or, la pauvre Marianne, à Guernesey, se trouve en plein pays protestant, et elle ne ])eut éviter de se commettre, par les nécessités de son service, avec des marchands quelconques, tous protestants. N'est-ce pas un vrai supplice? Il faut voir comme elle s'agite, quand un de ces impies entre chez

elle! Elle le renvoie bien vite, et balaye sur ses pas, comme pour enlever la poussière de l'hérésie. — En tout cela rien que do très-véniel; mais il y a une autre servante dans la maison, et cette compagne de ses travaux est encore une protestante. Marianne a ainsi une vengeance sous la main et dans la main, et quelquefois elle en use jusqu'à donner des bourrades à sa compagne.

Dans ces grandes circonstances Victor Hugo quitte ses études; il descend en souriant, va trouver Mariamie dans sa cuisine, et, s' asseyant sur un escabeau, il t'ait le plus sérieusement du monde la leçon à sa servante.

On dit que jamais il n'a rencontré dilliculté plus grande. Comment parler à cette lille? Comment l'amener, non pas encore à comprendre, mais à écouter seulement? L'cmban-as du poète égale la situation; (luant à sa parole, il faut regretter (|u"clle n'ait pas éli' lransci-ile.

Il |)arlera do douceur et de pardon, de l'amour du prochain cl de l'esprit de charité ; il

parlera même de ri'^vangile. Il sei-a tour à tour élevé, sévère, bienvriliaat ; et cela, sans jamais sortir de cette modestie de langage en dehors de laquelle il ne serait pas compris. — l.a leçon dure un quart d'heure peut-être.

Pendant ce temps la Bretonne tourne le dos, va et vient essuyant ses fom'neaux , remuant ses plats, et elle ne répond n:ème pas quand Victor Hugo avant de partir lui dit : « Marianne, vous demanderez pardon à votre camarade. » — Mais le soir venu, lorsque Marianne sert le dîner, V'ictor Hugo la questionne d'abord : « Eh bien! est-ce fait? — Oui. monsieur. » répondelle; et en ellet elle a demandé pardon... sauf à recommencer.

^ 5. — ■ LES OAI.tRltS. — rXE R li P RÉS EMAT lUX A HAUI E VIl.l.E-nuL SE.

Cette maison est d'une courloisie toute particulière; tandis que les habitants se sont réservé

les cliambres les plus simples et les plus sévères, elle donne toutes ses splendeurs aux galeries destinées à l'ecevoir les visiteurs et les invités. Ils s'y rendent naturellement . ils y circulent, ils s'en emparent et admirent tout à leur aise, et l'on peut dire qu'ils en sont les seuls maîtres.

La galerie du premier étage est divisée en deux salons. Une tenture de damas de l'Inde. cramoisi couvre les murs du salon rouge, et sert d'encadrement à de grandes tapisseries de jais de Norvège, qui ont appartenu à la chambix" à coucher de la reine Clii-istine. à Fontainebleau. Ces panneaux, larges de six pieds sur cinq de hauteur environ, par le dessin. i)ar le li-avail et l'or (lui s'y mêle, sont, sans rien exagérer, de véritables trésors, et je ne sache pas que les pareils existent.

Les sujets sont fanlasli(|ues et fabuleux : des co([s d'or et des aigles d'or scintillent dans les arbres, d'un rouge de porphyi-e. dont les feuilles onglées se plaquent vigoureusement sur un ciel miroitant et massif, J^'or, la soie, le velours, les

verroteries. les paillons d'argent étincelleiit sur un fond de jais hiane. l'Mdeninienf une végétation aussi étourdissante ne peut appailenir qu'au domaine des fées et des chimères. Pas une feuille, pas une branche d'arbre, pas une aile qui ne soit exécutée avec un point dilTérent. C'est de l'orfèvrerie à l'aiguille. Quatre de ces panneaux décorent le salon rouge, deux sur les murs et deux au plafond.

On se demande connuent l'ameublement pourra répondre à une pareille tenture ; — mais ici encore la cheminée a porté tout l'etTort du décorateur. — Figurez -vous la poupe du Bucentaure, quand le doge épouse la mer. Quatre statues, dorées à l'or de A^enise et réalisant ces vers de Lucrèce :

Juvenum sinuilai-iH pcr aedes Lampadas i.sniferas niaiiil)us retinentia dc\tri>.

supportent le dais au-dessous duquel est la cheminée. Ce sont des nègres au profil camus, à la tète rasée, aux formes fines et athli'-tiques , à

peine couverts d'une légère draperie qui s'ouvre sur la poitrine, s'agrafe sur l'épaule et laisse les jambes nues. Chacun d'eux garde une allure différente, et tous pouitant font partie du même groupe. Ils s'élancent à demi et semblent obéir à un ordre : on dirait un quadi-ige d'esclaves d'or. Derrière eux, une glace montant jusqu'au plafond les reflète splendidement.

Dans les enîbrasures laissé'os de chaque côté par la saillie de la construction généi'ale. deu\ vieilles chimères du Japon entr'ouvrent leurs grimaces, et se regardent dans deux miroirs à cadres rocaille.

Le dais est en soie de Chine historiée de figures et d'oiseaux.

Six piédestaux à cartouches de brocart d'or supportent les statues et les chimères.

Tine petite horloge toute mignoime eu veimeil Louis Mil, figurant la Samaritaine, est posée sur la tablette de la cheminée.

Deux tables , l'une en ébène Renaissance . incrustée d'étain , ayant appartenu au duc d'Or-

léans . l'autre de marqueterie Louis XIV, à pieds massifs, ([ui ne déparerait pas un musée, mi merveilleux écran au petit point (ju'on dirait éciiappé du boudoir de madame de l'ompadour. une belle vasque de Chine et un brûle -parfum de bi'onze du Ja|)on. donne à Victor Hugo ]iar Alexandre Dumas, achèvent de meubler ce salon.

Le salon bleu, qui fait suite, n'est pas moins somptueux dans im autre ordre de décoration; mais nous ne voulons en i-apporler que le souvenir d'une petite représentation qui nous y fut donnée un soir. On jouait une charade sur un sujet proposé par Victor Hugo.

Supposez une idylle boulTonne, dont le héros tiendrait à la fois d'Endymion et de Grassot.

Le premier acte mettait en scène la vaporeuse Cymbeline tout enfouie dans des nuages de tulle-illusion, et ayant à ses pieds le beau

Léandre pâle comme un poêle incural)le. Groupe transparent et idéal s'adoi'ant à coups de rimes et de soupirs , ciueique chose comme un sonnet amoureux dune romance.

Léandre. tout immatériel qu'il soit, n'en veut pas moins obtenir un rendez-vous noctuiiie sous la feuiliée et sur la mousse. — Son éloquence est diaphane : après quelques instanis de roucoulement en prose et en vers , Cymbelinc consent , et , afm que son plalonique amant puisse venir la chercher sans bruit, elle lui remet la clef de sa chambre . une petite clef d'or furlive, délicate, un bijou ciselé qu'on croirait fait pour ouvrir la cag'o d'un cœur déjeune tille.

Au moment où Léandre sort, apparaît Ihomine raisonnable de la pièce, la mni'alilé de la fable en habit bleu barbeau. C'est un gros fniancier et un gros honmie. Il est épris aussi de Cymbeline, mais épris comme un simple mortel et comme un triple bourgeois. — A sa vue, la transparente CymbeliiK; rentre brusquement dans la pi'ose du monde réel, et la voilà qui descend

■ "^ T Eoît Jin3 . Paris .

en soupirant de son pcrclioir céleste, pour recevoir cette espèce de Chrysaie-Prudhonime. marquis et propriétaire, qui se perinel de l'aimer quand Léandre est là.

Cependant le marquis lui démonti-e qu il y aurait fulie à aiinei' Léandre. et il lui eutr'ouvre les portes d'une vie de luxe et de bonheur dans son château de Bouigogne. Se levanl tard, se couchant tùt . comme une reine d'Yvetot , elle fera ses quatre lepas par jour, et donnera ses soins maternels à la basse-cour; puis, à titi-e de distraction, elle chassera la grosse bête, et jouira d'un ordinaire de perdreaux et de hures de sangliers. Ses dimanches seront remplis par la messe, la grand'messe, les vêpres et, de temps en temps, par la solennité d'un couronnement de rosière. I>e marquis termine en mettant aux pieds de la belle Cymbeline son cœur, son cuisinier et sa main. — La belle, indignée, congédie ce jjrosai'que prétendant, (jui se retire battu, mais non mécontent, avec un sourire malin où perce encore l'espoir du triomphe. —

Moni)l()guo final de Cymbcline, (luc l'éloile appelle ù son rendez- vdiis, dans les nuages : » Ce » niar({iiis! s"écrie-t-elle , fi ! riiorrihle homme! <i a-l-on jamais vu ! lùitendre parler d'amour <i par ce biiloi' ([ui n'a que sa cuiller à la « bouche! manger! mais qui mange dort, et » (|ui dort doit ronllei'. Tandis que Léandre. « c'est à peine si le zéphyr oserait lui servir 'c d'haleine. »

Tout à couii Cymbeline s'arrête stupéfaite ; une masse inerte, s'éboulani par la fenêtre, est venue tomber à ses pieds. C'est Léandre. le cigare à la bouche, la cravate en désordre, les cheveux en délire, ivic comme le deiMiier des soudards. L'e\- lùid\ mion se jelte sur (Cymbeline, qu'il prend pour hi fille de basse-cour, une certaine Marton avec la(|uelle il file, depuis longtemps et en cachetle, l'imparfail amour.

SUipeiu' (le Cymbeline. (|ui lâche en vain d(^ s'échapper des bras du drôle el de se faire reronnailre. Li'-andre mainlicnl son droit de con(|iiiMe. el , pom' pi'ou\er qu'il \ienl ii un i'ende/.-\ons

bel et bien promis, il lire de sa pociic une clef ([ui fait pousser à Cynibeiine ini nouveau cri d'iioneur.

Au lieu de la clef d"or. on lui présente un alïreux passe -partout, en fer rouillé, qui ouvre rétable et le cœur de Marton. — Il faut croire que cette clef ogresse a mangé la petite, si elles se sont rencontrées dans la même poche. — Heureusement au milieu de la confusion de la })auvre Cymbeline , voici ([ue le marquis apparaît avec la clef d'or.

On comprend le fin mol de l'alTaire : le marquis a tout simplement grisé Léandre et dégrisé Cymbeline. — Le dénoCimeat n'a pas besoin de se dire. Cymbeline et le marquis auront beaucoup d'enfants.

Quant au mot de la charade , il était naturellement antiréaliste, invraisemblable et introuvable. Quel était ce vocable inouï? Personne ne l'a jamais cherché, personne ne l'a jamais trouvé, personne ne l'a jamais su : on a ri, et voilà tout .

La galerie du deuxième étage s'ouvre par une porte à deux battants, en cèdre gravé et ciselé, un chef-d'o'uvre trouvé par Victor Hugo. Cette galerie porte le nom de Galerie de chêne; elle est une sorte de chambre à coucher d'honneur.

Six fenêtres, donnant sur ji' l'orl Saint-Georges et sur la mer, dislril)iii'nl la Imnière à travei's une viM'ilal)le forêt de chêne sculiilê. Devant quel meuble , devant quelle rareté de ce musée s'arrêter d'abord? On se le demande. On regarde, on regarde encore, el , quand on croit avoir tout vu, on s'aperçoit qu'on a laissé d'innombrables détails.

Disposée sur une profondeur double de celle des salons du premier étage, la Galerie de chêne est divisée en deux par un habile arrangemeni des meubles, combiné avec un beau |)orl;iil à colonnes torses, si y le Renaissance, peintes et dorées. Dans la première partie, se dresse la

clieinilléo ; dans la secniide. ou entrevoit la masse (l'un luagniliqne lil . lellenient vaste qu'on |i(iiuTail cniii'o qu'il a été. non pas dressé, mais i)àli.

I.a cheminée basse, larg'o, trapue, est enrichie d'une menuiserie des phrs délicates. 1-e manteau enchâsse un Sacrifice d'Abraham, à petits personnages d'un travail précieux, dans un cadre de cliène historié et rcliaussé à droite et à gauche par deux demi-balustres engagés. (Quatre caryatides de deux |)ieds de iiaut épaulent ce charmant fronton. Ce sont des syl vains et des dryades dont la tète se couronne de fleurs et de fruits, et dont les corps disparaissent dans une gaîne ornée de fines arabesques. Derrière ces délicieuses statuettes s'enfonce une large glace posée de niveau sur une construction de fa'iences de Hollande; au milieu, se dresse un piédestal qui support* un buveur d'opium en céladon, exquise ligure digne de l'antiquaire le plus difficile. Les deux ailes latérales sont formées de panneaux très-riches sur lestiuels vien-

lient s'appuyer les gaines des caryatides. Il faut, renoncer à décrire cette population de figurines bibliques, païennes et chinoises, où l'ait marie pitLoresqueinent le magot avec la dryade, sous la bénédiction patriarcale d'Abraham.

Le lit l'ait face à la cheminée, le chevet adossé au mur et les pieds dirigés du côté du spectateur. Le dais est fait d'un assemblage de panneaux de la Renaissance ; le chevet superpose deux sujets mythologiques accostés de colonnelles el de volutes surmontées d'un piédouclie d'ébène, couronné lui-même d'une tète de mort en ivoire avec celle inscription :

.\uj: , murs , hi.r.

La caisse présente sur sa façade un basrelief, échantiNou cui'ieux des plus naïves sculp-

La Chambr^ de Victoi^Hugo.

A.CAI)ART.Edit Jmp.Paris .

tiires du moyen âge. l'ii lambrequin de drap brodé en soie aux mille couleurs, et un couvrepied en tapisserie servent de tentures à ce gigantesque lit. qui n'a encore sei\i à personne, et dont on ne trouverait le pareil (pie dans les chambres à coucher Icodales.

L n candélabre en chêne, à quarante bougies, s'engage enli'e les deux colonnes ([ui divisent la galerie. 11 a été exécuté eu entier sur les dessins de Victor Hugo, qui a modelé et sculpté en bois la ligurine du couronnement. C'est une colossale girandole, s'épanouissant comme une tiare, et portant à son sommet une grappe de branches où les bougies attachent des fleurs de lumière.

I.a porte d'entrée . vue de l'intérieur, est brillante comme un vitrail d'église. Deux colonnes

torses soutiennent un fronton de cliêne, à mascacarims Renaissance, entourés d'arabesques et de cliiuii"'res; elle s'avancent en saillie sur doux battanls tout {'nincclants de peintui'es, parmi lesquelles on distingue huit grandes figures de niai'lyi's, en robe de vermeil e( de pourpre, donl la princi|)ale est saint Pierre. Sur le linleau sont inscrits ces deux mots :

Surf/p, pi-rr/i'.

Nous avons lu aussi celte belle Iraduclimi du vers de Lucaiu :

Le> dieux foiil ;ui\ \;iin(iiii'iM-s, Oiiloii icsic ;uix vniiuMis;

puis des maximes :

(iloyiii rirlis. — IVc iiciiiiiii.

I, l'S/iril siiii/llr (II) il mil.

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