PHYSIOLOGIE
Dans son traité de la structure du cœur, lorsqu'il examine le mouvement du sang dans la substance propre de cet organe, Sénac s'exprime ainsi : « Nous courons après la nouveauté ; une expérience qui semble nous marquer une exception est pour nous une découverte précieuse. Les injections d'air, dé mercure, de suif passent dans les ventricules du cœur. Ces matières y entrent également quand on les pousse dans la veine ‘coronaire ou dans une artère. L'air soufflé dans écs vaisseaux s’en échappe de même, Le sang, a-t-on dit, doit donc pénétrer comme ces injections dans les ventricules ; il ne suit donc pas dans le cœur les lois qu’il suit dans le reste du corps. »
Vieussens est le premier qui ait avancé ce paradoxe;
Thébésius lui a donné plus de crédit et l’a répandu. Les anatomistes, pleins d’une reconnaissance précipitée, ont donné son nom aux prétendues veines qui versent ce sang; mais où sont ces veines ? On ne voit qu'un réseau de colonnes dans les parois des ventricules. Les aires de ce réseau ont été regardées comme les embouchures de ces veines. Cependant, en examinant ce réseau, je n’ai rien vu qui püt faire soupçonner l'existence de vaisseaux ouverts. Les troncs même qui s’y présentent percent les colonnes de deux côtés opposés ; ils sont formés par le croisement des fibres ; on ne voit pas qu’ils aient aucune communication avec l’intérieur des parois du cœur. Quand on suit les jets de la cire qui s’extravase, on trouve qu'ils partent de quelque endroit où la cire s’est répandue; elie parait
avoir rejailli par les troncs. De telles observations doivent donc inspirer des soupçons sur les PrétenaMes embouchures des veines de Thébésius.
Il est juste d’ajouter que les recherches de ce savant ont été faites sur des cœurs de veau et de brebis. Mais, afin de ne laisser aucun doute sur les conclusions qu’il a déduites de ses expériences ef de ses dissections, j'extrais de son mémoire la citation suivante :
« Et primo statim intuitu curatiori ventriculi dextri scatebras animadverti, decurrere per superficiem gracilia quædam vaseula et ex surculis minoribus in truncum abire qui on scrobiculum quemdam aperitur etc...
Idem reperi in utraque auricula et, quod mirere, in ventriculo sinistro. Ibi enim, si pari ratione tubulum cavernulæ cui: dam apponas, flatus per venulas copivsissimas circumibit… et flatus progressio observetur qui usque in venæ coronariæ ramos ampliores externos penetrat. »
Ainsi, pour Thébésius, les quatre cavités du cœur présentent des orifices conduisant à des vaisseaux qui se rendent dans les veines coronaires. C’est donc à tort qu’on a exclusivement consacré le nom de Foraminula Thebesii aux pertuis qui se rencontrent dans l'oreillette droite.
Quant à Vieussens, il avait annoncé avant Thébésius, sa découverte d’un sinus veineux ouvert par un orifice dans le ventricule droit du cœur, sinus caché dans l'épaisseur de la racine de l'oreillette droite, et recevant un certain nombre de veines innominées. Ce sinus qui ne manque jamais, dit-il, chez le veau et le mouton, ne s’observe pas toujours chez l’homme. Il aurait pour fonction de comprimer la valvule triglochine toutes les fois que la cavité de ce sinus est pleine de sang.
Les anatomistes qui ont suivi, n’ont fait que reproduire avee plus ou moins d’exactitude les écrits des auteurs que je viens de citer; ils n’ont rien ajouté de nouveau à ce sujet.
Des canaux ouverts par leurs deux extrémités et recevant dans leur trajet de nombreux vaisseaux, telle est la formule générale de la circulation veineuse de l'oreillette droite. Un pareil mode de circulation s'éloigne déjà notablement de celui qu’atfecte le système veineux, malgré les nombreuses variétés que présente ce système dans sa répartition. Et si, sans quitter le domaine du cœur, nous comparons cette disposition à celle qu’offrent les mêmes vaisseaux dans le veutricule, nous trouvons de nombreuses dissemblances. Les veines ventriculaires sont superficiellement placées sous la séreuse péricardique et ce ne sont que les divisions les plus ténues qui s’insinuent au milieu des faisceaux musculaires ; jamais elles n’offrent d’adhérence avec les plans musculaires ; toutes convergent en définitive vers deux troncs volumineux qui déversent le sang dans l'oreillette droite. Nous avons déjà dit que les veines auriculaires oceupent la face cavitaire de la paroi, adhèrent dans leur trajetaux fibres musculaires : nilesunes ni les autres ne possèdent de valvules.
Ces dissemblances nous conduisent à recherchers’ilexiste dans les parois du cœur une unité de circulation, c’est-àdire si le sang accomplit son mouvement à un même moment et de la même façon dans les parois des deux parties constituantes du cœur, oreillettes et ventricules. Or il est évident que le sang pénètre dans les artères coronaires et que sa distribution se fait simultanément dans les parois
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des oreillettes et des ventricules, par les branches de ces vaisseaux. Mais il trouve ces deux parois dans des états différents. Que les contractions des deux ventricules et des deux oreillettes se fassent isolément et à des moments distincts, nul n’en doute aujourd’hui. Des lors, la question doit être posée en ces termes : quel est le résultat de la contraction de chacune de ces parties sur la circulation 4 s’accomplit dans leurs parois.
L'étude du mécanisme de la contraction musculaire nous apprend que lorsqu'un muscle se contracte énergiquement, il survient une modification notable dans les conditions d'équilibre statique de la circulation du muscle. D'une part, par suite de la compression active des petites artérioles, moins de sang y arrive, et d’autre part, le même effet se produisant sur les veines, le sang veineux se trouve refoulé en dehors du muscle. Donc, un muscle qui se contracte se trouve dans un état d’ischémie momentanée. Si nous appliquons ces données physiologiques au mécanisme de la contraction cardiaque, en prenant pour point de départ le changement d’état des ventricules, nous dirons que leur contraction a pour résultat la replétion des veines coronaires ; et le sang qui les parcourt trouvant l'oreillette dans un état de relèchement n’éprouvera aucune difficulté à se déverser dans sa cavité. C’est donc pendant la diastole de l'oreillette, que le sang venu des parois du ventricule se mêlera au sang veineux ramené de toute l’économie par les grosses veines caves.
Le sang qui a servi à la nutrition de l'oreillette accomplit-il son mouvement de la même manière? Non, car il trouve dans l’oreillette des conditions différentes, dues à une disposition anatomique spéciale. Ce n’est plus,
En
comme précédemment, pendant la diastole de l'oreillette qu'il va être déversé dans sa cavité, attendu qu’à ce moment, les parois de l'oreillette, molles , flasques et revenues sur elles-mêmes, effaçant le calibre des vaisseaux, offrent une résistance passive réelle, augmentée bientôt par l’effort intérieur de la colonne sanguine dont le niveau s'élève de plus en plus. Sous l'effort de cette pression excentrique, qui refoule les parois de l'oreillette, la cavité se développe graduellement, et l’état de plénitude une fois atteint, cette pression détermine la distension des parois auriculaires, l’aplatissement des canaux qu’elles contiennent, ainsi que l’obstruction de leurs orifices.
Survient la contraction de l'oreillette. Celle-ci n'aurait pour but que de compléter la réplétion du ventricule; mais elle agit aussi sur la circulation de ses parois.
Cest maintenant qu’il importe de rappeler l’adhérence des vaisseaux aux fibres charnues ; la contraction de ces dernières aura pour résultat le raccourcissement et la dilatation des canaux, et par suite la béance de leurs orifices. C’est donc pendant la systole de l'oreillette que le sang venu de ses parois se videra dans sa cavité, et l’on sait que le sang n’est chassé de la paroi ventriculaire qu’un instant après, lors de la contraction des ventricules.
Ainsi, au moment de la contraction des ventricules, il y a diminution dans la quantité du sang que peuvent contenir les vaisseaux de la paroi. Cette diminution, je FPai déjà dit, tient à la compression que les fibres musculaires exercent en se contractant sur les parois des vaisseaux. Mais cet obstacle à l’afflux du sang dans les petites artères de la paroi ne peut exister sans qu’il en résulte dans
EACE EE
Ja portion initiale du système artériel coronaire une augmentation de tension; de là une répartition inégalée de ee liquidedans les branches de ces artères. Pendantla contraction ventriculaire, plus de sang arrive dans les artères aurilaires, et par elles dans les capillaires de Poreillette, D’ailleurs les parois ce cette cavité «ont en diastote et r’offrent qu’une résistance insuffisante.
Le même mécanisme appliqué à l'oreillette, démontre que les contractions de leurs parois doivent déterminer un afflux plus considérable dans la circulation pariétale des ventricules.
Nous résumons dans le tableau survant les phénomènes concomittants de cette circulation.
Ischémie de la paroi ventriculaire.
Réplétion des vaisseaux auriculaires, Ischémie de la paroi auriculaire, Réplétion des vaisseaux ventriculaires,
Systole ventriculaire.
Systole auriculaire. .
En dernière analyse, il résulte de ce qui précède, que pour un point donné de la paroi cardiaque, la quantité de sang examinée à des moments différents présente des oscillations régulières d'augmentation et de diminution et cette succession des phénomènes est intimement liée aux deux états de contraction et de relâchement de la paroi.
Ce mode de distribution du sang est bien évidemment un simple effet de la contraction musculaire ;
Mais ne pourrait-on pas dire aussi: que cette inégalité dans la répartition du liquide à un moment donné, détermine la succession régulière des contractions du ventricule et de l'oreillette ; que c'est en un mot, à l'afflux plus considérable qui se produit dans les vaisseaux de l’oreil-
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ete et à la stase qui en résulte pendant un court intervalle de temps, qu’est due la contraction de l'oreillette. Il en serait de même pour. le ventricule. En adoptant cette interprétation, nous serions amenés à formuler les conclusions suivantes : Une fois la contraction produite dans l’un des deux. organes qui constituent le cœur, elle doit nécessaïirement, fatalement déterminer la contraction de l’autre, et à son tour cette dernière sera l’agent mécanique d’un effet semblable. : |
La physiologie expérimentale nous apprend en effet que l'intégrité de la circulation intra-pariétale est nécessaire à l'entretien régulier des contractions du cœur. Erichsen a même vu qu’une ligature jetée sur les veines coronaires, fait persister plus longtemps la contraction cardiaque, et Brown Séquart a démontré que le sang veineux est un stimulant physiologique de la contraction musculaire d’un grand nombre de muscles parmi lesquels il range le cœur. Je ne puis admettre que les objections qui ont été faites à sa théorie soient toutes fondées. Elles sont de deux ordres ; les unes se basent sur l’uniformité de la circulation dans les parois du cœur qui donnerait lieu à deux effets séparés; elles tombent devant les faits anatomiques que j'ai exposés. Les autres s'appuient sur des expériences faites sur le cœur de la grenouille qui ne possède point de vaisseaux, Cependant la nutrition s’y accomplit, et se fait aux dépens des matériaux du sang. Or, n'est-il pas permis de supposer que la distribution de ces matériaux se trouve sous la dépendance des contractions rhythmiques de cet organe,
D'ailleurs je n’ai point l'intention de refuser au système nerveux une grande influence sur le mécanisme des con-
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tractions cardiaques ; et je ne discuterai pas non plus les nombreuses théories, basées sur une expérimentation qu’on peut interpréter si facilement, en sens divers.
Tout mouvement implique lexistence d’une cause; les contractions du cœur ne peuvent se soustraire à cette loi générale. Plaçons cette cause dans le système nerveux ; mais ce système n’a-t-il pas besoin d’être excité à son tour, et, dans cette hypothèse, pourquoi lesang veineux dans les conditions de circulation où il se trouve dans le cœur ne serait-il pas l’agent d’excitation.
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