FANTAISIES DE SYLVIUS
| Sylvius avait vingt ans. Il était plulôt lai! que beau ;
mais ses lèvres pincées étaient remplies de railleries. Une physionomie très-mobile se moulait merveilleuse-
ment à chacune de ses plaisanteries. Dans sa petite ville,
on le regardait comme excentrique ; il est vrai que ses
actions ne démentaient pas l’épithète, Une de ses gran-
des occupations était de préparer de la besogne au com-
missaire de police. Un jour, on avait trouvé un garde
national hermétiquement enfermé dans sa guérite ; le malheureux citoyen, qui s'était endormi, avait senti en se réveillant une porte close. On disait bien que le fait venait de Sylvius ;, mais personne ne l’avait vu. Une autre fois la diligence des Messageries royales, qui reste toute la nuit sur la place principale de L***, avait été perdue. C'était Sylvius qui l'avait traînée avec quelquesuns de ses amis dans une petite ruelle, juste assez large pour contenir la voiture. Le lendemain, les habitants ne purent sortir de leurs maisons, et on eut toute sortes de pcines à retirer cette diligence.
En outre, Sylvius s’avisa, l'été, de porter des pantas lons collants et des bottes à l'écuyère, quoiqu'il ne mon tât jamais à cheval. Tous ses amis suivirent cette mode. Au jour de l'an, il alla rendre visite au commissaire dé police dans une chaise à porteurs, vieille relique de fa mille nee aux vers, provenant d’un président au grenier à sel, son aïeul. Près de cent personnes, ‘ne veillées de ce spectacle, suivaient la chaise. Sylvius se fit monter au premier, dans la chaïse à porteurs, chez le commissaire ; là, il lui fit un long discours par lequel il le remerciait de n'avoir pas été obligé de subir un de ces réquisitoires si terribles! de justice de paix. L’offi cier ministériel ne put se fâcher, car il avait des rap= ports sans nombre contre Sylvius, rapports qui ne tendaient à rien moins qu’à le faire condamner à la pri son et à l'amende, s’il n’y avait eu manque de preuves:
Cependant Sylvius, furieux d’avoir perdu Clémence, voulait se venger, et il écrivit à Renard.
« Monsieur, je pardonne à mes ennemis, et j'ai l’habitude d’avouer tous les dommages commis à leur préjudice. Donc je vous pardonne, monsieur, et j'avoue les dommages que je vous ai causés. En voici la relation exacte. Je l’ai arrangée en dialogue pour votre plus grande satisfaction.
Le théâtre représente une chambre. — Une table; tout ce qu'il faut pour ne pas écrire ; tout ce qu’il faut pour boire. — Dans une alcôve, un lit, instrument du crime. — Un fauteuil,
autre criminel. — Sur la table, trois bouteilles que je recommanderais à votre rigueur, si elles n'étaient trépassées. — Du feu dans la cheminée. — La pendule marque onze heures du soir,
Personnages dont j'ai changé les noms pour qu’on ne
s’y trompe pas :
SYLVIUS, jeune premier; CLÉMENCE, forte-amoureuse ; LE FEU, utilité.