GRAINES HUILES TOURTEAUX
Colza nouv .. 20 00 27 00/80 00 00 00/15 50 16 50 OEillette . . . .:. . |24 50 26/00/85 00" 00 80M4 25 1525
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Huile bon goût sur march. . 00 00 00 00 Id. d'œillette bon goût . . 00 00 00 00 & Id, froissage soutirée . . . 00 00 00 00 Id. épurée pour quinquets. 86 00 00 00
Id. pour réverbères. 00 00 C0 00 Suif fondu du pays. , . . . . 110 à C09
PARIS, 5 mars. — Huile colza RORTA, fr. 88 00; courant dù mois, 00 00; # derniers mois, 88 58 à 89 25; k prewiers; 60 60 à 00 00,
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Mais cet esprit vierge comprit le trouble du possesseur de la montre. Car lui aussi était affligé des écarts et de la mauvaise conduite de l'horloge. Il ne répondit pas un mot, ce qui prouve combien il partageait la douleur de l’autre, et il eut raison. Je saurais trèsmauvais gré à l’ami qui viendrait m'apprendre que mon amie est morte, et qui tenterait de me consoler par un flux de paroles. Qu'il se taise, qu’il pleure avec moi, ou qu'il me laisse un peu me cogner la tête contre le plafond.
Le lampiste quitta son tablier huileux de serge verte, que le cuivre avait rendu noir par son contact, endossa son habit noir ; entendez-vous ? son habit noir, l’habit des cérémonies douloureuses, l’habit des joies, l’habit des noces et des festins, l’habit des dimanches pour tout dire, et 1l passa son bras sous celui du bourgeois. Et tous deux, sans dire un seul mot, sans saluer personne, tant était poignant leur chagrin, montèrent ensemble les trois cent soixante-auinze marches de la cathédrale. Le voilà donc en face de son amie, le provincial attristé ! Ses yeux se raniment, ils s'ouvrent aussi grands que la nature l’a permis : il regarde longuement et fixement l'horloge. La folle était impassible ; seulement son gros tkc-tac, — qui est le pouls de ces machines, — battait d’une façon un peu fiévreuse. Les roucs tournæent avec une activité fébrile : tout cela chantait, dansait, craquait ; mais le lampiste : — Ah! monsieur, ie me trompais, ce n’est pas un caprice, elle est malade, elle a la tète détraquée.
Les provinciaux ont très peur des fous ; notre rentier recula de trois pas, d'autant plus que ce tapage, auquel il n’était pas habitué, lui semblait un fâcheux augure. Il n'avait jamais vu ni oui de machines à vapeur, ,
— Faudra l’envoyer à Paris, dit le lampiste ; jé ne suis pas assez habile pour essayer de la guérir.
— Mais le voyage ?
— Oh! nous la couchcrons avec soin dans un bon lit de foin, avec des planches tout autour.
— Et qu'est-ce que je deviendrai, moi, pendant son absence ?.…
Le lampiste n’osa proposer au bourgeois une nouvelle liaison avec d’autres horloges ; c’étaient de jeunes pimprenelles, à la mode nouvelle, qui étaient coquettes et chantaient les heures d’une voix très-claire. Celle de la cathédrale, au contraire, était une personne grave d'un âge mûr, et qui avait vu tant d'événements, de révolutions, de changements de maires, d’adjoints, de
sous-préfets, qu'elle avait acquis cette expérience si
douce dans le commerce de l’amitié. »
L'horloge partit pour Paris, et avec elle le sommeil de l'honnête bourgeois. -
Un matin qu'il était occupéà regarder mélancoliquement sa montre sans aiguilles, le lampiste entra. Il avait
remis son habit noir, mais non plus en synonyme de
crêpe et de pleureuse ; d’ailleurs, les jeux et les ris
coca is ft er à
à CHIEN-CAILLOU 193
(pardon pour ce mot de nos pères |) se peignaient sur sa physionomie. Le bourgeois tressauta, et, avec un hoquet causé par la joie :
— Elle est revenue ! s’écria-t-il.
Et, sans attendre la réponse, il sauta au cou du brave lampiste. — Le lampiste m'a même dit plus tard qu'il sentit deux grosses larmes, de ces bonnes franches larmes qu'on rencontre si rarement, lui couler sur les deux joues et se dérober dans les profondeurs de son vaste faux-col.
— Oui, elle est revenue, et en bonne santé, répliqua le lampiste tout ému. # !
— Vous viendrez manger la soupe avec nous ?
Pour le coup, ce fut au lampiste d’essuyer ses yeux. Rien de plus aristocratique que la bourgeoisie de province. là vous verrez rarement, même ceux qui ont beaucoup voyagé, des lampistes partager la soupe du rentier. Notre lampiste comprenait d'autant mieux cet insigne honneur, qu’il était honnête homme, petit commerçant, pas envieux, ne briguant pas les faveurs: au fond, un deces braves gens dont le coutelier Diderot, de Langres, a laissé un si beau type. Il me serait facile ici de placer quelques phrases sur le fils du coutelier, sur Diderot fils, non pas l’encyclopédiste, mais l'auteur du Neveu de Rameau; non pas l’adorateur de Voltaire, maïs l’auteur des Entretiens d’un père de famille. Eh bien,je m'en dispense,laissant ces charmantes digressions à Sterne ; et j'en reviens à l’histoire de l’horloge.
Le rentier avait dit: « Nous mangerons la soupe en: semble ; » maïs c’est une façon de parler proverbiale. Le lampiste, quand il eut déployé sa serviette damassée, trouva dessous une paire de boucles d'oreilles en or qui lui firent un grand plaisir, car il n'avait jamais eu le moyen d’en porter qu'en argent. Après le bouilli, appa: rut sur la table un cochon de lait qui voudrait pour être décrit, le pinceau d’un coloriste. Le petit cochon était de ce blond presque roux, si cher à Rubens. Que de soins et de veilles n’avait-il pas fallu près de la broche pour arriver à ce ton presque impossible aux cuisiniers parisiens. Ceux-là, des sans-soins, auraient sugmatisé le corps du petit cochon de lait d’une tache noïre. Oui, ils l’auraient laissé brûler, au moins par un côté. Et la meilleure preuve que toutes ces opérations culinaires et gastronomiques avaient été préparées avec un soin de Gérard Dow, la tête du petit cochon de lait était calme et tranquille, plutôt mélancolique que souffrante. $Ses yeux étaient fermés doucement et sans effort. Cela va paraître peut-être invraisemblable (j'en appelle aux admirateurs de Brillat-Savarin), le petit cochon de lait semblait être heureux d’avoir été aussi bien cuit!
Le rentier plongea dans les flancs du joli animal un couteau prudent, et l'enveloppe dorée, cettewroûte d’une confection si difficile, se détacha tout simplement du corps blanc et vierge du petit cochon.
— Votre assiette, mon ami, dit le bourgeois au lam- . piste, que je vous donne du d'or.
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Je me suis souvent acharné après les provinciaux à cause de leurs mœurs rapetissées ; eh bien, dans ce moment, je bénis le ciel d’avoir vécu vingt ans dans une petite ville. Les jolis mots qu’on y apprend ! le charmant argot qu'ont ces braves provinciaux ! Cherchez dans toutes les langues, les mortes et les vivantes, celles de l'Orient et de l'Occident, du Nord et du Midi, vous n’y trouverez jamais un mot aussi ingénieux, aussi naïf et aussi coloré que celui-là : Du d’or! pour exprimer la croûte rôtie et luisante d’un petit cochon de lait mis à la broche. | |
Le dîner se passa dans des élans de gaieté ; pour couronner le festin, il fut question d’un verre de rataña, qui mit les esprits en plus belle humeur sans attaquer la tête. Après le ratafñia vint le café, servi dans de jolies tasses sur lesquelles étaient peintes des lyres dorées qui contenaient la éorréfaction de moka, suivant l’idiome du bourgeois. Cette nuit-là, il dormit comme il n'avait jamais dormi de sa vie. Il rêva les rêves les plus roses et les plus folâtres. A huit heures du matin, notre rentier se leva frais, reposé, la tête légère ; il oublia de se vêtir de son caleçon. Jamais, depuis quarante ans, il ne s’en était séparé. Quel événement avait donc pu jeter un tel désordre dans ses idées ? C’est qu'il devait assister, en compagnie de son ami le lampiste, à la pose de l'horloge. |
Dans ma jeunesse, mon père étant secrétaire des affaires de la mairie de L... et par conséquent à la tête
de la municipalité, — car il n’y avait jamais de maire — une députation de paveurs vint un jour me chercher, le bouquet à la main, pour poser la première pierre d’une place. On pense quelle joie me procura cet honneur malgré le mal que me donna la demoiselle quant il s’agit de la soulever.
Les naïves bouffées d’amour-propre qui s’emparèrent de ma petite personne, âgée de dix ans, ne furent rien, si j'en crois le lampiste, auprès des accès du rentier en allant à la cathédrale. Il enjambait trois marches à la fois ; il souriait, se disait des petits mots sans suite, à lui tout seul. Bref, il arriva en cinq minutes au clocher.
Par le même geste que j’ai déjà décrit, — les quatre angles, — il tira sa montre du gousset du gilet. Les aiguilles avaient repris leur place !!! Le lampiste décrocha d’un clou une énorme clef, aussi grosse que celles de saint Pierre, et se mit en devoir de remonter la machine, — Cric, crac, cric, crac, cric, crac. — Les roues commencèrent à sortir de leut torpeur et reprirent leur ancienne partie de concert. Le lampiste fit d’abord sonner une heure, et, à cette voix si connue, le bourgeois se trouva presque mal de bonheur ; il y avait si longtemps qu'il n’avait entendu le timbre chéri de son amie ! En même temps, après avoir introduit sa clef dans la virole de la montre, il la mettait à une heure. L’horloge- sous la conduite du lampiste, sonna docilement deux, trois, . quatre, cinq, six, enfin jusqu’à onze heures, et les ai. guilles de la montre obéissaient à tous ces appels.
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a nee
— Il est midi trois minutes, dit le lampiste en tirant une vénérable montre de famille, dont la cuvette d’argent, solide comme un cheval, avait dû résister à l’attaque des années.
C'était un de ces meubles dits bassinoires en langage familier. Le brave lampiste allait donc mettre à l'heure l'horloge restaurée, lorsque le timide bourgeois, craignant une rechüûte, l’arrêta par le bras.
— Croyez-vous qu'elle ira ?
— Elle ira comme un charme, maïntenant.
— Ah! tant mieux, s’écria le rentier en soupirant.
Quand elle fut arrivée au chiffre XII, à cette heure douzième qui s’étalait sur la façade de l’église en larges chiffres romains, l'horloge sembla prise d’une folie furieuse. — Avez-vous été réveillé en sursaut par un réveille-matin ? mettez-en une douzaine ensemble, qui carillonneront sans relâche, et vous n’aurez encore qu'une faible idée de l’égarement de l'horloge. Le grand ressort tournoyait convulsivement sur lui-même et faisait tous ses efforts pour s'échapper du barillet ; les pivots et les goupilles sortaient de leurs gonds et montraïient leurs grosses têtes de fer. Le cliquet, qui doit engrener dans la roue à rocher, s'était séparé violemment de sa compagne ; la fusée, qui correspond au cliquet, sifflait solitaire ; la roue de champ avait engagé un duel terrible avec la roue de rencontre ; la roue de minuterie avait perdu connaissance ; seule, la roue de chaussée, peu révolutionnaire, semblait effrayée du vacarme que faisait
la roue de. canon, les palettes cliquetaient ; le balancier semblait un diable dans un bénitier.
= A cette révolution inattendue, le bourgeois fut terrifié ; ses yeux et sa bouche étaient grands ouverts. Il n'avait pas plus de salive qu’un condamné à mort qui marche au supplice. Ses doigts s'étaient crispés d’épouvante, et de fauves lueurs passaient par instants dans ses yeux. — Seigneur ! s’écria le lampiste hors de lui.
Cette exclamation n'arrêta nullement les écarts de l'horloge ; mais le rentier, ramené un moment vers les choses humaines par cette parole, regarda une dernière fois sa montre et la lança dans l’espace. . . . . .
Il n’a jamais dit un mot depuis ce fatal événement ; le malheureux a la tête perdue. On ne lui parle pas, car alors il répond par des onomatopées intraduisibles qui imitent le tapage d’une pendule détraquée. Les galopins de la ville, cruels comme tous les enfants, ne manquent jamais de lui demander l'heure,
LE FUENZES