‹ Chili et Bolivie;Chapitre 12 sur 30 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Or ; or associé au cuivre dans l'Atacama. — Argent ; découverte des mines de Caracoles. Ghaûarcillo.

Parmi les richesses minérales, l'or joue un rôle particulièrement intéressant parce qu'il sert d'étalon à la valeur et qu'il se transforme en monnaie d'échange. Les autres métaux, l'argent, le nickel, le cuivre, etc., n'ont que le rôle conventionnel d'appoint dans les transactions.

L'or a attiré les émigrants dans la partie sud du Chili, dans le détroit de Magellan et, spécialement, près de rentrée par l'Océan Atlantique. Il y a un quart de siècle, furent découverts des sables aurifères marins analogues à ceux qu'on a trouvés en Amérique du Nord, sur les côtes de rOrégon et de la Californie dans sa partie septentrion nale* Le flux et le reflux produisent une concentration un peu confuse des parcelles les plus pesantes, comme les paillettes d'or et les oxydes métalliques, tandis que les parties terreuses et légères sont enlevées par les cou^ rants.

Des Dalmates et des Croates, vraisemblablement des

marins autrichiens déserteurs, remarquèrent sur les plages du Pasamo et du cap des Vierges, des zones brillantes, qui renfermaient des paillettes d'or. Pendant vingt ans ces orpailleurs travaillèrent ces sables en se cachant, jusqu'au moment où un officier de marine chilien^ en tournée de travaux géographiques, s'en aperçut et rapporta le fait à son gouvernement.

Cette exploitation a végété jusqu'au moment où l'extraction a été perfectionnée. On employait primitivement des sortes de tamis ou de bâtées pour éliminer les oxydes de fer pesants et concentrer le plus possible l'or qu'on finissait par amalgamer. Puis on se servit de sluices, qui produisaient un meilleur résultat. La limite du traitement avait lieu quand le travail de chaque homme arrivait à la production de 3 grammes d'or par journée.

Enfin, il se forma des compagnies qui employèrent des dragues à vapeur ; l'une d'elles, en 1903, a produit 150 kilogrammes d'or; une autre donne, actuellement, 200 grammes d'or par jour. On traite avantageusement jusqu'à des sables renfermant un demi-gramme d'or par tonne ; les exploitants emploient, dans ce cas, des machines qui peuvent passer 2.000 mètres cubes de terre ou de sables aurifères par jour.

On a retiré quelques pépites variant de 50 à 200 grammes, . ce qui prouverait que cet or ne viendrait pas de très loin et n'aurait pas eu le temps de se réduire en particules très fines.

Il semble qu'il y ait actuellement une certaine impulsion dans les entreprises d'extraction d'or. C'est que plus on va, plus on reconnaît au Chili de ces gisements intéressants. Il faudrait un ouvrage spécial, et de grande impor-

tance, pour décrire tous les gisements de ce métal. Nous n'en donnerons qu'une idée.

Nous savons que, déjà, du temps des Inoas, il y avait un tribut assez important payé au Pérou par les populations chiliennes. S'il faut croire Diego de Rosales^ jésuite qui a écrit l'histoire de la conquête, le tribut en poudre d'or payé annuellement par le Chili aux Incas, se serait élevé à plus de 6.000 kilogrammes, ce qui représenterait, actuellement, une valeur supérieure à 20 millions de francs.

Nous avons vu que l'or ne manque pas dans le territoire de Magellan. Il se retrouve vers Puerto-Montt, dans les environs de Valdivia et un peu partout. Ce sont, en général, des sables aurifères ou placers qui ne sont guère travaillés d'une manière suivie, autrement qu'à la bâtée.

Plus on s'élève vers la partie centrale, plus on trouve de l'or sous différentes formes, sans compter le lit des rivières. Tantôt, ce soat des gisements de pyrites de fer, exploités autrefois dans de mauvaises conditions, car ils sont actuellement inondés ; tantôt, ce sont des hydrates de peroxyde de fer provenant de la décomposition de pyrites. En même temps, For se montre associé à des minerais de cuivre et, quand on arrive à la hauteur de Coquimbo et de Copiapo, les minerais ayant 10 et 20 grammes d'or par tonne ne sont pas rares, et ils sont loin d'être exploités comme il conviendrait.

Le désert d'Âtacama est spécialement riche en or, surtout associé au cuivre. La séparation de ces deux métaux demande des méthodes spéciales. Nous en reparlerons quand nous traiterons des minerais de cuivre.

Il n'y a pas, en Atacama, de placers proprement dits,

c'estrà-dire de gisements aurifères formés par les débris de filons, soumis à une concentration plus ou moins intense sous Faction des eaux. Dans les temps géologiques qui ont précédé l'époque actuelle, avant que TAtacama ne soit devenu le pays de la sécheresse, il aurait pu se former des placers; il en existe bien en Californie, recouverts d'une couche plus ou moins épaisse de basaltes ou de terrains volcaniques anciens. Il convient d'expliquer qu'on ne rencontre de traces d'action des eaux que dans les restes d'une formation boueuse qui a succédé à la submersion totale du pays, par une épaisse couche d eau de mer, au-dessous de laquelle sent venues se faire jour, à la suri'ace, les formations filpniennes. Ceci correspond à une oxydation d'une intensité remarquable, signalée d'abord par Raimondi, et qui se retrouve dans plusieurs régions du Pérou.

Les filons aurifères de TAtacama sont, en général, de nature quartzeuse. Nous signalerons, par exemple, le gisement aurifère que nous avons eu l'occasion d'étudier plus spécialement, à cause de sa richesse intrinsèque et de quelques phénomènes intéressants, que nous a montrés sa minéralisation et qui jettent, à notre avis, un certain jour sur la genèse des mines d'or; c'est un filon quartzeux, situé en plein désert^ à une soixantaine de kilomètres au sud de la station de Cuevitas, à peu près à moitié chemin d'Antofagasta à Calama, avant d'arriver à Sierra Gorda, dont nous aurons à parler quand il s'agira de la fameuse mine d'argent de Caracoles.

Ce filon, à peu près nord-sud, dans un massif porphyrique^ comme en offre beaucoup l'Atacama, est bien régulièrement formé en quartz blanc tacheté de pyrite de

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fer ; il est presque vertical avec une épaisseur de plus d'un mètre au moins dans les cinquante premiers mètres, à partir de la surface. Une descenderie^ un peu en coli« maçon, sorte de fendue accompagnant le puits, permettait d'arriver au fond des travaux sans se servir des moyens mécaniques. Au Chili, comme dans la plupart des^ mines de l'Amérique du Sud, le matériel, comme l'outil- ^

lage d'extraction, est des plus primitifs et il faut aller jusqu'en Bolivie, à la mine de Pulacayo Huanchaca, dont nous parlerons plus tard, pour trouver des cages guidées actionnées par une machine à vapeur. Dans la mine qui nous occupe, se trouvait un chevalement primitif, qui permettait de faire descendre ou remonter deux espèces de seaux en tôle, en tirant horizontalement le câble, au: lieu de l'enrouler sur un treuil. Au fond de la mine, dans la partie qu'on appelle les planes, le filon quartzeux se rétrécissait et il n'avait plus guère qu'une épaisseur de quarante centimètres en quartz plus cristallin. Il était d'une couleur d'améthyste au centre, avec nombreuses taches d'un bleu pâle qui ressemblait au sulfate de zinc et de cuivre, qui porte le nom de linarite, mais qui était, comme nous l'avons reconnu, der'oxyc/iiorure de plomb et de cuivre j nommé percylite; celui-ci ne se rencontre guère que dans quelques rares gisements de l'Amérique du Nord.

On avait abattu, pendant notre présence à la mine, une longueur de filon d'une dizaine de mètres à la fois, ce qui permettait de mieux se rendre compte des change^ ments survenus, à ce niveau de la mine, dans la composition et la nature du filon. Ce procédé de découvrir, sur une certaine longueur, un filon avant de le faire sauter et

débiter en morceaux par des coups de mines nombreux et simultanés, s'emploie quelquefois, pour des mines de métaux précieux. L'abatage achevé en l'absence des ouvriers, l'extraction au jour s'effectuait sous la surveillance d'un ou deux contremaîtres pour éviter les vols ; la mine est d'ailleurs fermée par une grille et ne s'ouvre qu'à bon escient.

En étudiant la nature du filon, dans cette partie de la mine, ce qui nous frappa le plus c'est la présence d'oxy- , chlorures métalliques. Nous avons cité, déjà, l'oxychlorure bleu pâle de plomb et de cuivre ; citons également la schwurzembergite ou oxychlorure de plomb avec iodure, un minéral qui n'est pas rare dans l'Atacama. L'analyse des différentes parties du filon, faite à l'usine d'amalgamation de Cuevitas, nous montra que la teneur ordinaire en or, de la surface au fond de la mine, était de 40 grammes d'or. L'avancement et l'approfondissement des travaux ont montré ultérieurement, et après notre passage dans cette mine^ que tant que le faciès nouveau s'est maintenu, par quelque filon croiseur, avec présence de ces oxy chlorures, la richesse s'est approchée de 500 grammes d'or par tonne, tandis qu'elle retombait à 40 grammes seulement dans la partie quartzeuse ordinaire.

Il y avait là une coïncidence curieuse, que nous avons rapprochée, plus tard, d'expériences et d'études que nous avons faites sur des pépites provenant d'une mine de Bolivie. Ces pépites, plates et de forme dendritique, présentaient entre les branches dont elles se composaient, des morceaux de quartz blanchâtre. L'idée nous vint d'enlever par ébuUition dans une dissolution de soude, ce quartz, en le transformant en silicate de soude, sans agir

sur Tor de la pépite. Quel ne fut pas notre étonnement de constater que ce quartz, qui avait disparu, se trouvait remplacé par une couche de peroxyde de fer; elle adhérait à Tor comme je l'avais constaté sur d'autres pépites sans enduit partiel de quartz. Enfin, une autre ébuUition dans l'acide chlorhydrique fît dissoudre cet oxyde de fer, et le réseau dendritique d'or apparut dans tout son éclat, sans association de matières étrangères au métal précieux.

Nous nous demandâmes alors si cet oxyde de fer, qui recouvrait l'or ne pouvait pas être rapproché de ce qui se passe dans la précipitation de l'or du chlorure par le sulfate de protoxyde de fer. On sait que, dans cette réaction, il se forme du sulfate de peroxyde de fer ^t de For métallique, tout comme dans l'action du protochlorure d'antimoine sur le chlorure d'or, il se forme du perchlorure d'antimoine et de l'or métallique. A toute action réductrice sur une dissolution métallique se trouve associée une action oxydante sur le corps réducteur. Or on sait que le sulfate de peroxyde de fer se transforme facilement en dépôt d'oxyde de fer, plus ou moins hydraté^ et en acide sulfurique libre. En assimilant, par sa nature et sa couleur, cet oxyde de fer qui recouvrait notre pépite, avec l'oxyde qui se produit par décomposition du sulfate de peroxyde de fer, nous arrivâmes aux conclusions suivantes que nous livrons à la méditation des ingénieurs que préoccupe la genèse de Tor, çt, qui peuvent donner lieu à des vérifications intéressantes :

1^ L'or est venu, en général, dans la nature, à l'état . combiné, par exemple, le plus souvent comme chlorure, d'autres fois à l'état de tellurure :

2® Les filons quartzeux aurifères ont été parcourus par

des colonnes ascensionnelles renfermant du chlorure d'or, en même temps qu'un composé de silicium, le chlorure de silicium, par exemple, qui a pu simultanément apporter la silice et se décomposer au contact de la vapeur d'eau ;

3^ Les traces de sulfure de fer, qui se montrent si fréquemment dans les mines de quartz aurifère, et qui renferment de For (pépites aurifères), ont été, sous des actions oxydantes faciles à imaginer, transformées en sulfate de protoxyde de fer ;

4^ Le chlorure d'or, actionné par le sulfate de protoxyde de fer provenant de l'oxydation de la pyrite de fer, produit de Tor métallique et du sulfate de peroxyde de fer ;

5^ Par une action oxydante prolongée, le sulfate dé peroxyde de fer peut donner lieu à de l'acide sulfurique, entraîné par les eaux, et du peroxyde de fer, plus ou moins hydraté, qui se dépose en même temps que l'or des pépites, que souvent il recouvre.

Nous avons fait cette digression sur la genèse de l'or, fruit de nos observations au Chili et en Bolivie, persuadés qu'on ne saurait trop vulgariser les faits de ce genre dans l'intérêt de la recherche de la vérité.

. Nous constatons que la majeure partie de l'or qui existe dans le désert d'Atacama, se trouve associée au cuivre, comme nous allons l'expliquer, et, c'est dans une métallurgie commune de ces deux métaux, qu'il faut chercher la véritable exploitation de ces gisements mixtes.

Il y a longtemps que, dans le désert d'Atacama, a été reconnue la présence simultanée de l'or et du cuivre. Mais, jusqu'à présent, on n'avait pas employé la bonne méthode pour concentrer Tor d'abord, puis pour le séparer du cuivre ensuite.

L'or se rencontre dans beaucoup de minerais de cuivre, du désert d'Atacama, à la dose de quelques grammes par tonne, et, cela, quelle que soit la teneur en cuivre.

Avec les procédés les plus récents, on cherche à produire tout d'abord une matte ou sulfure mixte de fer et de cuivre avec des traces d'autres, métaux comme le plomb et le zinc, par exemple. Une teneur en cuivre, de 1 à 2 pour 100, est convenable, mais on peut, au besoin, fondre des minerais plus pauvres en cuivre, en les additionnant de pyrite de fer ; l'important étant surtout qu'il se fasse un bain de matte suffisant pour empêcher le passage du cuivre et des métaux précieux dans la scorie.

Avec la conversion David et Manhès, qui se comporte convenablement quand la teneur en cuivre est de 40 à 50 pour 100, on arrive facilement, en une seule opération, à faire du cuivre métallique à 97 ou 98 pour 100 de fin, contenant la presque totalité de For et de l'argent des minerais et des mattes, qui en proviennent. Par l'appareil David perfectionné, ou méthode des hottomSj on fait passer 95 pour 100 au moins de For d'une matte dans la dixième partie du cuivre contenu et qui se forme tout d'abord, dans les premiers temps de l'affinage. D'un autre côté, on ne rassemble dans le même bottom que 50 pour 100 de l'argent. Il en résulte que le raffinage électrique, tel qu'il est pratiqué maintenant, coûtant une cinquantaine de francs en plus par tonne de cuivre, on soumettra à ce raffinage tous les cuivres qui donneront, en métaux précieux, depuis une quinzaine de grammes d'or par tonne de cuivre, jusqu'à 600 grammes d'argent. Et, comme le rendement en argent contenu n'est que la moitié environ de la teneur, cela suppose plus d'un kilo-

gramme d'argent par tonne de matte, ou deux kilogr. d'argent par tonne de cuivre.

C'est donc, par fusion pour matte de cuivre, avec argent et or, qu'il convient de procéder au traitement des mine-

rais aurifères et argentifères de cuivre qui existent dans diverses parties du désert d'Âtacama.

La région des cuivres aurifères commence aux environs de Copiapo et même un peu au sud, avec le gisement de Jésus-Maria, d'une étendue d'environ 100 hectares. Plus au nord et vers Test, ce sont les mines d'or de Tlnca, plus quelques autres qui ne sont plus exploitées en ce moment, et qu'il est question de reprendre par la méthode de fusion pour matte de cuivre auro-argentifère et raffinage ultérieur.

Enfin, en remontant plus aunord encore,- entre Caldera et Antofagasta a été découvert le gisement important du Guanaco, aux environs de Taltal. Aux abords de la surface, le minerai était surtout de l'or dans le quartz avec accompagnement de baryte sulfatée ; souvent^ même, la baryte était en cristaux recouverts d un enduit de petits cristaux de quartz ; le tout était parsemé de particules d'or.

A mesure que la mine s'approfondissait, le cuivre augmentait peu à peu, dans le minerai, tandis que l'or diminuait, au point de disparaître presque, dans ces dernières années.

On ne saurait fonder trop d'espérances sur les cuivres aurifères de TAtacama ; dans cette région, il existe, sans être exploitée, une quantité considérable de minerais de cuivre, au-dessous de 8 et 10 pour 100, que l'insuffisance des moyens de communication, l'ignorance de leur teneur en or, a laissés de côté. Nous pensons, d'une manière

générale, que la quantité d'or, comme au Guanaco, y dé« croit en profondeur; de plus, les minerais carbonates disparaissent peu à peu pour se transformer en composés cuivreux, sulfurés et se réduire à de grandes profondeurs, en pyrite de fer, pour ainsi dire, sans cuivre, substratum initidldes filons^ dont nous parlerons plus tard.

Là où le cuivre peut faire défaut, il y a cependant des minerais d'or ; mais ils sont alors ferrugineux, et ils doivent aussi être fondus pour faire passer leur or dans la matte ; on les traite en mélange.

Il n'y a pas lieu de chercher à traiter, par le cyanure de potassium, les minerais d'or renfermant du cuivre en petite quantité ; ce serait s'exposer à détruire la liqueur de cyanure au contact des composés cuivreux, quels qu'ils soient, et, à ne pas capter Tor.

Cette fusion des cuivres aurifères ressemble à la fusion plombeusey comme méthode de concentration de Tor ; elle est moins mauvaise pour la santé et tout aussi efficace. Elle convient aussi pour la concentration de Targent, seulement, Taffînage. des cuivres argentifères est moins facile que celui des cuivres aurifères ; aussi est-il quelquefois préférable, pour ne rien perdre des métaux .précieux, de soumettre au raffinage électrolytique les cuivres auroargentifères, ce qui a l'avantage, également, de fournir des cuivres d'une grande pureté pour certains emplois spéciaux. C'est dans des formations calcaires qu'il faut chercher l'argent, tandis que le cuivre, seul ou accompagné d'or, se concentre surtout dans des terrains de la nature des porphyres.

Parmi les mines d'argent existant au désert d'Atacama, il en est une qui est encore en assez grande activité, à

cause de sa richesse et de son abondance ; elle se trouve à HuantSLJSLiay dans la banlieue immédiate d'Iquique.

C'est dans cette mine qu'a été découvert le chlorure double d'argent et de sodium, dont Raimondi a indiqué la composition et expliqué la formation probable. Il y a aussi de Targent à Tétat natif; il s'extrait facilement par amalgamation.

Nous citerons, comme mine d'argent d'une formation remarquable, celle de l'Inca, dans le massif, entre Calama et le grand pont du Rio Loa. Cette mine représente, comme nous l'avons remarqué dans d'autres cas, une arrivée au jour sous une couche d'eau puissante et probablement d'origine marine.

Le minerai est, uniquement, un sulfate basique de fer, accompagné de sulfate de chaux, d'oxyde de fer et de chlorure d'argent. Ce sont de grands filons presque verticaux et qui ont une épaisseur ou puissance d'un mètre à 1 m. 20. Tous ces filons parallèles, et d'une direction nord-sud, traversent une formation porphyrique, ce qui nous porte à croire que Fémanation primordiale devait être' quelque composé sulfuré, s'oxydant avec intensité au contact de Teau. Ce réseau de filons chlorurés et sulfatés croise d'ailleurs à angle droit un autre réseau, très probablement postérieur, qui n'est pas exploité et qui renferme des filons de blende ou sulfure de zinc avec pyrite de fer et un peu de cuivre. Comme ces filons sont restés à Tétat de Sulfures, et n^ont pas subi l'action oxydante à laquelle ont été soumis les filons chlorurés, leur apparition a dû avoir lieu postérieurement, après l'évacuation ou l'évaporation de la couche d^eau, dont la présence a été si probable pendant la minéralisation de TAtacamaetdu Pérou.

En dehors de ces formations, nous pouvons citer les mines d'argent de Caracoles, qui ont été si célèbres en 1870 et quelques années après. Les circonstances qui ont accompagné leur découverte valent la peine d'être rappelées.

Un ancien officier de l'armée d'Afrique, nommé Arnoux- Rivîère, était le représentant à Gobija, sur la côte bolivienne du Pacifique, de la maison Armand, de Bordeaux i il s'occupait de transports maritimes avec la France. Il faisait, en même temps, des recherches de guano aux environs de l'excellent port de Mejillones, alors à la Bolivie, Il existait une légende relative à l'arrivée de deux Indiens qui avaient apporté, à Gobija, des minerais fort riches, de chlorure d'argent en boules. Ces Indiens avaient demandé le prix qu'on leur achèterait ces minerais, sans dire d'où ils pouvaient provenir ; ils s'étaient contentés d'indiquer, sans autres détails, d'ailleurs, qu'ils les avaient trouvés dans le désert d'Atacama ; puis ils avaient disparu un beau jour,

Arnoux-Rivière se proposa, malgré des renseignements aussi vagues, d'entreprendre une expédition à la recherche de ces minerais, dont il avait quelques échantillons. Il s'adjoignit des catéadores, ou chercheurs de minerais, parmi lesquels un ancien ouvrier des mines d'argent de Chanarcillo, très expert dans la matière et qui se trouvait alors dans la prison de Copiapo pour cause de vol de minerais. Il fit les fonds nécessaires, convint de la part qui reviendrait, en cas de succès, aux collaborateurs de la découverte ; quant à lui, apprenant les débuts de la guerre franco-allemande, il partit pour la France prendre du service, tandis que son expédition pouT TAtacama se préparait à se mettre en route.

Si les catéadores avaient eu, outre leur connaissance pratique des minerais d'argent, quelques idées générales de géologie^ ils auraient su, d'après ce qu^on connaît des mines d'argent du Chili, qu'on les rencontrait surtout dans des terrains calcaires, tandis que le cuivre, au contraire, était contenu généralement dans des terrains d'origine plus particulièrement éruptive, comme sont la plupart des gisements du désert d'Âtacama, des porphyres. Les catéadores errèrent donc, au hasard, fouillant à tour de rôle et sans succès tous les monticules porphyriques qu'ils apercevaient. Ils voyageaient dans des tombereaux à deux grandes roues et couverts de toile, comme il en existe toujours dans ce pays ; les attelages étaient de trois mules chacun et transportaient du foin comprimé pour les animaux, des tonneaux d'eau, des vivres. Les catéadores dételaient le soir et couchaient dans leurs voitures. Cependant, les provisions s'épuisaient; on parlait de retourner à Cobija et d'abandonner l'expédition. Il fut décidé de poursuivre les recherches un jour encore. Ce Conseil fut tenu au pied du Cerro de Limon Verde^ dans un endroit bien connu, de nature porphyrique, comme ■ la plupart de ceux fouillés jusqu'alors. Il est juste de dire que ces cerros ou monticules de porphyre, sont d'une inspection facile eu l'absence de toute végétation, les filons affleurant sans être cachés par aucun obstacle, on peut . donc en étudier plusieurs dans une journée. A côté de Limon Yerde, se trouvait au, sud-est le cerro qui porta, depuis, le nom de.Caracoîes, parce qu'il contenait des fossiles, comme des ammonites. La roche y était donc calcaire, et^ dans l'espèce, composée de terrain jurassique ; son aspect était un peu différent, un peu moins

luisant que celui des porphyres, et, d'une teinte plus uniformément jaune et blanchâtre. Dès le matin, les catéadores étaient au pied de la petite montagne, devenue si célèbre, depuis, et, avant midi ils avaient découvert deux gisements de chlorure d'argent, en boules noircies à l'extérieur par Faction de la lumière, et, intérieurement, formées d'une partie cristalline et transparente, de couleur blanchâtre.

C'étaient bien les mêmes minerais cherchés. Leur valeur était grande, et représentait environ 100.000 francs au moins la tonne^ allant même à plus de 150.000 francs, à certaines places.

Les deux gisements primitifs de Caracoles se composaient de ces boules de chlorure, qui étaient tombées du filon et qui avaient roulé jusqu'au bas des pentes du cerro. La masse, elle-même, constituait des chambres exclusivement remplies aux affleurements par du chlorure et de Targent natif.

Les catéadores s'approprièrent la mine, en l'absence de l'initiateur de l'expédition. A son retour, Arnoux Rivière dut entreprendre un procès international en règle, car le pays était alors bolivien. Il le gagna. Caracoles rapporta des centaines de millions ; puis, les mines s'appauvrirent en profondeur; et, actuellement, elles ne sont plus que grattées. Lorsque fut tracé le chemin de fer, qui part d'Antofagasta pour aller à Calama et de là en Bolivie, on laissa PZacilla, où se trouvaient les anciennes exploitations de Caracoles, à quinze kilomètres de la station de Sierra^Gorda^ qui était plus sur la ligne directe ; la vie y resta chère et le travail s'arrêta un peu partout, en présence de résultats qui devenaient médiocres.

Disons quelques mots du gisement de ChanarcillOy découvert en 1832 par un bûcheron nommé Juan Godoî, au sud-est de Gopiapo, et qui devint la propriété des frères Gallo. C'est également par centaines de millions qu'il faut compter les richesses qui en ont été extraites. Comme à Huantajaya, comme à Caracoles, l'argent s'est rencontré dans des terrains calcaires, et il y eut trois pé-s. riodes de richesse. Il serait intéressant de faire un sondage à grande profondeur, pour s'assurer qu'on ne rencontrerait pas un quatrième enrichissement. Pour nous, ^ucun indice certain de stérilité absolue n'a été donné, la roche en profondeur présentant toujours la nature calcaire. Actuellement la mine est considérée comme épuisée, peutêtre à tort.

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