CHAPITRE III
Minéralisation de la Bolivie. — Mines d'or . — • Terres aurifères de Tipuani. — Gisements de Santa Cruz delà Sierra et de Santa Rosa.
L'or ne manque pas dans la région des terres froides, quoiqu'il soit peu exploité. Il est abondant dans les terres tempérées, qui s'étendent au sud et à l'est ; il est peut-être plus répandu encore dans les terres chaudes, qui sont si peu connues.
Citons, pour mémoire, d'abord, les quartz aurifères en filons, du massif de Quimsa Cruz, peu travaillés en général et qui se trouvent dans les montagnes entre Oruro et la Paz (1). Aux environs de cette ville, se trouvent quelques laveries à la bâtée qui donnent quelquefois de riches pépites.
Pour rencontrer des terrains aurifères importants, il faut, en partant du lac de Titicaca, passer par Sorataj
(i) La Paz de Ayacucho^ devenue capitale actuelle il y a quelques années, par suite d*un soulèvement militaire, soutenu par des Indiens Aymaras. Sucre (du nom d*un général qui s'est distingué dans la guerre de rindépendance) était auparavant la capitale, à l'est, à la sortie des terres froides et à l'entrée des terres tempérées.
s'élever sur les pentes du Névado (qui fait un effet majestueux avec son manteau de neige se mirant dans Teau), atteindre jusqu'à 4.620 mètres c'est-à-dire à la hauteur du Mont-Blanc. Là on débouche, par un col, dans le bassin de l'Amazone, et on arrive au Rio Tipuani.
M. A. Rivière, lorganisateur de l'expédition qui a découvert les mines d'argent de Caracoles, dans TAtacama, a parcouru les terrains aurifères de Tipuani ; il y a perdu quelques-uns de ses compagnons, enlevés par les fièvres pernicieuses (la terziana), et a eu toutes les peines du monde à s'en échapper lui-même. La végétation trop luxuriante et l'excès des pluies sont les causes de ce climat fiévreux, dans ces régions inhabitées. Il n'est pas douteux que ces mauvaises conditions s'amélioreraient après des défrichements, et après la mise en train de quelque culture et quelques travaux.
C'est aune époque, qui doit remonter à une haute antiquité, que se sont faits les premiers travaux de la région aurifère de Tipuani, bien avant l'arrivée des Espagnols. Les exploitations des premiers habitants ont été dirigées d'une manière un peu primitive, car ils ne connaissaient ni le fer ni l'acier. Ils ont attaqué des filons avec des outils de pierre et de cuivre natif, ainsi que des leviers de bois. Ils ont même été jusqu'à broyer les matériaux quartzeux qu'ils obtenaient, en se servant de pierres qu'ils appli^ quaient l'une contre l'autre. Ils lavaient ensuite les sables et les morceaux qu'ils écrasaient si péniblement.
Ces premiers mineurs ont réussi à exploiter, non seulement les sables dans leur partie la plus riche, mais encore quelques filons, qui du reste ne se trouvent guère qu'en petit nombre.
Ce n^est qu'au milieu du xvi^ siècle que les Espagnols eurent connaissance des gisements de Tipuani, et, depuis cette époque, on ne les a jamais travaillés d'une manière suivie.
Les terrains primitifs ont été tout d'abord, antérieurement à Tépoque actuelle, et probablement peu aprèâle sou«>^ lèvement des Andes, recouverts d'une couche plus ou moins épaisse de sables aurifères, d'origine ou torrentielle ou lacustre. Ces dépôts furent remaniés par les eaux^ et les vallées actuelles furent creusées par érosion^ Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ne rencontre plus maiiH tenant de roches en place sur les 200 kilomètres de longueur et les 80 kilomètres de largeur, qui constituent le gisement aurifère de Tipuani.
Toutes les couches susceptibles d'être travaillées sont formées de sable et d'argile, d'une épaisseur qui peut aller jusqu'à 100 mètres. L'or s'y trouve en lentilles très aplaties, d'un jaune vif, au titre de 980 pour 1.000 ; les grosses pépites y sont rares. Le terrain est d'un bleu cendré, plus ou moins foncé, suivant la proportion d'oxyde de fer et son état d'oxydation.
Les terres aurifères de Tipuani rentrent dans les quatre types suivants :
1® Les cangalliy qui sont d'anciens plans de formation ;
2® Les dépote formés sur le plan du lit actuel des rivières ;
3° Les plages ou dépôts au-dessus du niveau actuel des eaux ;
4° Les dépôts de montagnes où l'or est très irrégulièrement réparti.
En moyenne, une bâtée donne 25 à 30 gtammes d'or; surtout hors d«s vénérîllôs, la richesse est faible et con-
viendrait parfaitement à une exploitation hydraulique. Mais il faudrait pour cela des efforts importants qu'on n'imagine pas quand on ne connaît pas ce pays. Il en serait de même de toute entreprise faite en petit, et quelle qu'elle îùi ; petite laverie d'or, exploitation de caoutchouc, culture du café, qui y est de toute première qualité.
La région est complètement déserte ; il n*y a qu'un sentier muletier, mal tracé, souvent encombré de rochers, qui barrent le chemin ; le tout est bordé de précipices et de cascades ; il faut franchir treize valfées secondaires avant d'arriver à la gorge du torrent de Tipuani. Actuellement, pour transporter, à dos d'Indien, de la Paz àTipuani, une charge de 11 kilogrammes, on demande le prix modéré de 12 francs. Ceux qui connaissent ces pays ne s'étonnent pas de ce prix supérieur à 1 franc le kilogramme, mais de ce que la chose soit possible. On comprendra sans peine que dans de telles conditions le travail industriel soit presque impraticable. On a pourtant le sentiment qu'il pourrait exister dans des conditions satisfaisantes, après des améliorations importantes, mais coûteuses, dans la viabilité. Au siècle passé, une compagnie étrangère avait cherché à apporter des machines pour travailler ces sables aurifères. C'est à recommencer sur de nouvelles bases, toutes ces machines sont restées en route, ou tombées dans les torrents.
C'est aussi faute de main-d'œuvre appropriée, qu'en Bolivie, beaucoup de mines, qui ne donneraient pas immédiatement et facilement des résultats importants, ne sont pas exploitées. Tout cela s'améliorera avec l'avenir; le jour où une bonne route charretière, avec ponts sur les i^ours d'eau et convenablement entretenue, ira de Sorata à
Tipuaniy tout sera possible. Actuellement, c'est à peine si on peut passer à pied et ce n'est ni sans difficultés ni sans dangers.
Nous retrouvons des difficultés analogues, mais moindres cependanti dans les conditions où Ton pourrait exploiter les gisements aurifères de Santa Cruz de la Sierra. Ils sont situés dans la province de Yélasco, qui fait partie du département de Santa Cruz y placé dans les terres tempérées orientales, qui s^étendent jusqu^au Paraguay et jusqu'au Matto-Grosso dans le Brésil.
Ici, le pays n'est pas aussi désert que la région de Tipuani, et il est plus accessible. Pour s'y rendre, le mieux est de remonter le rio Paraguay jusqu'à Corumba, dans le MattO'Grosso, ce qui est facile par les bateaux à vapeur de la Compagnie Brésilienne qui partent de Rio-Janeiro et font des escales nombreuses, en passant par Montevideo et Rosario.
Une fois à Corumba, on pénètre dans la Bolivie orientale, par des plaines sans fin, dont les ondulations varient entre 250 et 500 mètres d altitude, les parties montagneuses les plus élevées ne dépassant pas 900 mètres. On voit qu^on est loin des cols à 4.600 mètres qui, sur le flanc du Névado de Sorata, conduisent dans la vallée de Tipuani. Ces régions, légèrement ondulées, sont couvertes de parties herbeuses et de forêts très denses, où il faut s^ouvrir un chemin dans les lianes avec la hache et le sabre d'abatis qui ne quittent pas le voyageur. On n'y a qu'une sécurité relative, car on est exposé à rencontrer des Indiens sauvages armés d'arcs et de flèches, avec lesquels il est préférable de ne pas se heurter, à moins de constituer une troupe nombreuse et bien armée.
Le sol, dont quelques parties seules ont été défrichées pour la culture, est riche et vierge. Il règne deux saisons seulement, comme dans les régions nettement tropicales, les pluies de décembre à avril et la saison sèche de mai à novembre.
La partie la plus facile à exploiter se compose, naturellement, des placers. Mais la pente du terrain est beaucoup moindre qu'à Tipuani, aussi la question du régime des eaux et de l'assèchement des mines, préalablement à l'extraction des sables qu'on devra laver, jouera-t-elle un rôle plus important.
La formation montagneuse, où se trouvent les filons, dont la destruction a donné naissance aux placers, est de nature silurienne ou présilurienne. Ce sont des micaschistes et des schistes talqueux, dont l'absence de fossiles ne permet pas de faire aisément l'assimilation. Il faudra, pour cela, des travaux géologiques, qui n'ont pas encore été entrepris.
Pour débuter, les filons étant plutôt rares, il faudra se contenter de l'exploitation des placers, dont les parties riches se rencontrent surtout au fond des vallées de rupture ou quebradas, où la présence des eaux est une gène pour l'extraction . L'assèchement des puits d'extraction et d^s galeries d'allongement jouera donc un rôle important daps l'exploitation intéressante des alluvions aurifères de cette partie du globe, qui constituent jusqu'à présent une intéressante réserve pour l'avenir.
On n'a fait jusqu'à ce jour que du traitement à la bâtée, et, par conséquent, en petit. Les instruments employés renferment 25 à 30 kilogrammes de sables qui sont extraits par puits et galeries. Il n'est pas rare d'obtenir, par bâtée,
des rendements d'une once d'or, d'une valeur voisine de 80 francs. Nous ne parlerons que pour mémoire des morceaux de filons, qui, ramenés en France par les derniers explorateurs. Messieurs de Mortillet et Vial, en 1901, ont donné des teneurs de 500 grammes à la tonne. Ce qu'il y a de certain, c'est que des rendements de 10 à 20 grammes par bâtée sont considérés comme négligeables. Le travail avec les sluices, ou autres appareils perfectionnés, qu'on n'a pas encore employés, donnerait des résultats très satisfaisants.
11 y a, dans cette région, trois choses qui ne manquent pas : Tor, le bois et l'eau ; la main-d'œuvre locale est dans de bonnes conditions ; il faut compter 2 à 3 francs pour la journée d'un bon mineur, comme pour des laveurs aux sluices, pour des forgerons ou des charpentiers. Si un chemin de fer traversait le pays et s'il se reliait aux rives du Haut-Paraguay et au Matto-Grosso, on ne peut prévoir les améliorations qui se produiraient. Il convient donc que des capitaux viennent vivifier ces conditions si encourageantes.