‹ Chili et Bolivie;Chapitre 8 sur 30 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Agriculture. — Question des vins chiliens. — Elevage. — Sucre. — Tarifs de douane, protecteurs et fiscaux. — Transport de primeurs.

Après ce que nous avons dit de la douceur et de la régularité du climat, au Chili, au moins dans sa partie centrale, on ne s^étonnera pas des résultats magnifiques obtenus dans toutes les branches de l'agriculture de ce pays. Il n'est pas douteux que ces résultats pourraient être encore améliorés par l'emploi judicieux des engrais. Par la prédominance au point de vue géologique des terrains tertiaires, plus argileux que calcaires, on constate naturellement que c'est plutôt la chaux qui vient à manquer , dans la composition du sol. Les nitrates de soude du nord du Chili, et les guanos, phosphatés mais peu azotés, qui existent encore^ mais qui n'ont pas les qualités complètes de l'ancien produit des îles Chinchas au Pérou, seraient faciles à employer ; les cultivateurs les obtiendraient dans des conditions avantageuses. Cependant, à notre connaissance, la culture intensive n'est pas encore répandue au

Chili ; elle donnerait, il ne nous semble pas douteux, de très bons résultats comme quantité et comme prix rémunérateurs> si toutefois l'augmentation de la population assurait, à défaut d'exportation, les débouchés nécessaires à cette surabondance de production.

Pour bien comprendre les conditions dans lesquelles peut s'organiser la culture^ comme d'une manière générale, toute industrie demandant beaucoup de main-d'œuvre, il faut connaître l'organisation du Chili à ce point de vue.

Les premiers occupants, Valdivia et Hurtado de Mendoza, capitaines aux ordres de l'administration centrale du Pérou, se partagèrent, avec leurs principaux compagnons d'armes, le territoire tout d'abord découvert, puis celui conquis sur les habitants qui résistèrent à Toccupation espagnole. Il se créa, ainsi, des domaines grands comme des provinces ; plusieurs de ces propriétés furent constituées en majorats et des titres de noblesse y furent attachés. Ceci se passait au seizième siècle ; plus récemment, la loi sur les héritages amena le morcellement de ces propriétés, en même temps que la meilleure exploitation augmentait le rendement et rendait possible cette division avec moins d'inconvénients.

Les détenteurs du sol, pour s'assurer de la main-d'œuvre (car les immigrants, peu nombreux d'ailleurs au début, furent plutôt de petits commerçants que des ouvriers agricoles), avaient l'habitude de céder, en toute propriété, quelques ares de terrain à des travailleurs généralement mariés. Ils construisaient une maisonnette, et ils transformaient le terrain en potager. Comme paiement de loyer, en reconnaissance de la cession de la propriété du sol, ils devaient au propriétaire une certaine corvée annuelle ; le

reste de leur temps était assuré à leur maître ; celui-ci leur fournissait un supplément de nourriture, qu'ils ne trouvaient pas dans la culture de leur jardin; de plus, il leur payait un salaire modique. Cette organisation, un peu féodale, exercée d'uJae manière assez paternelle, ne se propagea que modérément, grâce aux lois nouvelles destinées à favoriser, lentement, il est vrai, l'émancipation du peuple. h'inquilinOy sorte de serf agraire, est encore actuellement un auxiliaire à peu près indispensable à Tagriculture ; en dehors de lui se trouve le péon ou manœuvre libre, assez nomade, et qui cède son travail moyennant un salaire journalier équivalent à 2 ou 3 francs, sans autre avantage supplémentaire que le coucher dans des huttes ou ranc/ios, sans mobilier. Ces ouvriers agricoles, quelquefois difficiles à conduire, n'ont guère en toute propriété que ce qu'ils portent sur eux. Il sont souvent réunis en ganchos ou équipes ; dans ce cas ils sont conduits par une espèce d'entrepreneur ou de contremaître, qui les accompagne dans les tournées qu'ils peuvent faire pour la moisson, pour Textraction de minerais, pour des travaux de terrassements.

Il n'existe guère de petits fermiers ou paysans propriétaires, en dehors de ceux qui s'établissent, peu à peu, dans les domaines nouveaux, vendus par TEtat, et qui sont plus particulièrement dans la partie australe du pays.

Il est intéressant de savoir que les relations de propriétaire à inquilino sont généralement fort douces ; les baux ne se passent guère que verbalement. Jusqu'à ces derniers temps, les contrats étaient courts, pour ne pas tomber sous le coup d'un impôt spécial assez fort, frappant les transactions dont la durée dépasse dix ans. Il en ré*

suite que les fermiers ne sont guère disposés à se servir d'engrais dans la crainte d'avoir travaillé pour leurs successeurs^ s'ils venaient à se déplacer.

L'industrie agricole, sous sa forme la plus simple et la plus primitive^ consiste dans l'exploitation des prairies naturelles ou artificielles, pour la production du foin et de la luzerne. Cette dernière, qui n'est autre que la luzerne européenne {meiicago ssLtivsi)^ a reçu, du climat du Chili, une modification si heureuse qu'un botaniste anglais a proposé d'en faire une espèce particulière {medU CSLQO alfafsL chilensis). On rencontre cette culture dans les provinces du centre, Coquimbo, Aconcagua, Santiago ; cette plante, dans un sol qui ne retient pas trop l'humidité, croit à une hauteur qui cache les bestiaux, et ses racines pénètrent dans le sol à 3 mètres de profondeur.

La luzerne se fauche trois fois par an, au moyen de machines; la première coupe a lieu au printemps, une seconde en été, et une troisième au commencement de l'automne. C'est cette dernière qui est la plus importante ; on la transporte à la ferme, où on la comprime en bottes de 40 kilogrammes, au moyen de presses hydrauliques puissantés. Ces bottes sont cerclées avec des bandes de fer ou feuillards, qui portent une marque d'origine. C'est l'objet d'une grande exportation sur toute la côte nord, privée de végétation, et jusqu'en Bolivie ; on s'en sert pour la nourriture des chevaux, des mules et des vaches laitières des ports de l'Atacama. Ce fourrage est même expédié jusqu'en Angleterre, en quantités importantes.

Les gras pâturages ou potreros servent de lieu de repos ou d'engraissage pour certains animaux, comme ceux qui viennent de la République Argentine, par la passe de la

Cumbre et des Andes, par Mendoza et Uspallata. Ils arrivent fatigués de cette ascension et, quand le chemin de fer sera continu, il est à croire que cette importation pourra se faire plus vite et très économiquement. La perturbation que pourrait produire, pour l'élevage chilien, l'introduction abondante du bétail argentin, est peut-être une des raisons qui font qu'on ne s'est pas pressé autrement de terminer la percée des Andes; les propriétaires chiliens trouvent en effet leur compte à louer leurs potreros, dans la vallée de TAconcagua, pour le repos des troupeaux fatigués de leur migration.

Actuellement, Tagriculture chilienne a essayé, dans des conditions avantageuses, toutes les sortes de cultures : les céréales, le lin, la betterave, le mûrier même, les pommes à cidre, l'orge pour la bière, enfin le pêcher et la vigne. Notons, en passant, que le lin n'est cultivé en ce moment que pour sa graine, les tiges étant jetées ; et que la betterave, malgré le succès avec lequel elle peut pousser, n'est pas encore une culture industrielle.

Les céréales ont donné, soit à l'état brut, soit à celui de farine, de fructueux résultats par l'exportation en Californie et en Australie, lors de la découverte de l'or dans ces pays ; on sait que le succès de la culture des céréales est dû surtout, soit au peu de valeur de la terre, comme aux États-Unis ou dans l'Argentine, soit au bas prix de la main-d'œuvre, comme dans l'Inde. Le Chili se trouve entre ces deux conditions extrêmes. Les farines chiliennes font concurrence à celles de l'Union Américaine jusque sur toute la côte du Pacifique. Immédiatement après la guerre de 1870, là France a reçu de ces farines. Actuellement, les blés chiliens entrent dans le grand marché du monde.

et, contribuent, suivant les cours, à prévenir les famines et à combler les déficits des récoltes.

Il existait bien, depuis longtemps, au Chili, quelques rares vignes plantées par les Espagnols, mais elles n'avaient aucune importance ; on en. mangeait les fruits comme dessert ; si on en faisait du vin, c'était de la chicha ou vin doux dont on a arrêté en partie la fermentation par une cuisson.

Il y a un demi-siècle, sous l'influence de quelques riches propriétaires du pays, Urmeneta, Errazuris, Subercasseaux, etc., on a cherché à créer deà vignobles importants, avec la collaboration de vignerons français, au moyen de plants, de modes de culture et de procédés de vinification de notre pays. En général, les plants qui ont le mieux réussi provenaient du Bordelais, ce qui a fait naître, chez les producteurs chiliens, l'idée assez naturelle de supplanter, sur notre marché même, les produits espagnols, grecs, hongrois, etc., dont le mélange avec nos vins français constitue ce qu'on appelle le « vin ordinaire de Bordeaux. » Par suite de circonstances que nous n'avons pu éclaircir, cet espoir d'approvisionner le marché français de vins de coupages s'est évanoui après notre exposition de 1889, où les vins chiliens étaient largement représentés. Est-ce que ces vins, moyennement corsés en alcool, se prêteraient mal au coupage^ ou supporteraient mal la traversée du Cap-Horn ? La clientèle bourgeoise au Chili, faute de caves, achète beaucoup de vin au panier, ou en bouteilles, d'où d'excellents profits pour les viticulteurs, dans leur pays même. Ceci ne les engage pas, par conséquent, à disposer de leurs produits en les soldant au bas prix du gros pour des coupages. On peut obtenir une grande quantité

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de vin de l'année, franco bord, Valparaiso ou Talcahuano, à 10 et 11 pour 100 d'alcool, au prix de 19 francs Thectolitre et même au-dessous, car le gouvernement chilien donne une prime d'exportation d'environ 9 francs par hectolitre, qui peut venir en déduction du prix ci-dessus.

Il semble que ce soit la déception de n'avoir pas réussi à s'introduire parmi les fournisseurs notables du marché français (dans ces dernières années, la France a importé de 150 à 180 millions de francs de vins ordinaires pour coupages), qui ait poussé le Chili à ne pas participer à notre dernière exposition de 1900, et qui Tait amené à frapper de droits presque prohibitifs les produits de nos vignobles. On ne saurait caractériser autrement une* taxe de 1 fr. 20 le litre, quand les alcools, quels qu'ils soient, paient environ 2fr. 50.

Les viticulteurs chiliens sont des gens riches et influents au Congrès comme au Sénat. Or, comme nous l'avons fait entendre, le gouvernement est plutôt une oligarchie qu'autre chose ; en tout cas, ce n'est certainement pas une démocratie qui fait passer l'intérêt général avant celui de la classe riche.

Nous avons eu, alors que nous vivions au Chili, l'occasion de goûter un peu de tous les vins du pays. Notre impression est que la plupart de ces vins sont agréables et qu'ils désaltèrent bien, mais c'est tout. Enfin, les grands vins dePanquehue, d'Urmeneta, etc., sont plutôt deux fois trop chers pour ce que nous trouvons qu'ils valent. Cette question est difficile à résoudre en tous pays, le commerce des vins comportant en général un grand bénéfice. Nous reprocherions surtout aux vins du Chili d'être un peu plats et d'occasionner des aigreurs. La psLSteuris&tion leur

donne un goût de vin vieux que nous trouvons agréable (1).

Pour Télevage, le Chili aura un certain mal à lutter avec son voisin FArgentin^ si bien partagé au point de vue du sol. La lutte pourra être intéressante ; car, des deux côtés, des efforts ont été faits pour améliorer les races. Au XVI® et au xvii® siècles, un bœuf pour la boucherie valait 7 fr. 50 environ. Le même animal,* dans des conditions moyennes, vaut actuellement 140 à 150 francs.

Il y a quelques années, les agriculteurs chiliens ont eu à lutter contre une certaine dégénérescence des races primitives, d'origine espagnole, et contre la phtisie qui en résultait. On a importé des taureaux Durham qui rêve* naient à 15 et 20.000 francs, et on en a obtenu, par croisement, des produits améliorés, mais qui nécessitaient, il est vrai, quelques précstutions, comme des abris par exemple. Dans un pays où il n'y a jamais de gelées, mais seulement quelques pluies d'hiver, la chose est facile.

Les agriculteurs se sont de même efforcés de perfectionner la race ovine, comme laine et comme viande. Les mérinos d'Espagne, importés peu de temps après la conquête^ avaient fini par dégénérer.

Arrivons à la race chevaline. Les premiers animaux, importés par les conquistadores ^ étaient de race anda-^ louse ; il en reste encore quelques exemplaires au Pérou ; nous avons eu l'occasion, dans des tournées de mines, jusqu'à 5.200 mètres de hauteur, à la limite des neiges et des glaciers, de constater leurs bonnes qualités et leur parfaite endurance.

Au Chili, peut-être à cause du climat moins chaud, il

(1) Production du vin chilien, 3.000.000 d'hectolitres.

s'est fait quelques modifications dans le type primitif/ surtout pour la sobriété et la résistance à la fatigue. Les animaux ordinaires ne sont jamais nourris que de paille ou de fourrage vert ; il n'y a que les bétes de luxe qui consomment de l'orge. Le cheval chilien a le pied très sûr et est bon pour le service en montagnes ; il est très doux et constitue, pour la guerre, un cheval d-armes de premier ordre.

Depuis plusieurs années, les éleveurs ont importé plusieurs espèces étrangères, qui donnent, par croisement avec la race ancienne, de bons produits, malheureusement un peu petits comme taille ; quant au cheval chilien ordinaire, sa valeur n'atteint guère que 150 à 200 francs; son trot est un peu fatigant, à cause du fâcheux état des routes, aussi s'en sert-on surtout au galop. Ces mauvaises routes, dont nous n'avons pas dit tout le mal que nous pensons, conduisent à avoir des voitures à deux roues seulement^ avec attelage à trois au moins, de front. Ces voitures sont des tombereaux couverts, avec des postillons pour faciliter les démarrages.

Nous avons dit que Ton pouvait cultiver la betterave au Chili; cependant, les premiers essais de fabrication de sucre n'ont pas donné, au point de vue financier, tous les résultats qu'on était en droit d'espérer. La vérité est que les premières betteraves manquaient de sucre ; il fut difficile de décider les propriétaires voisins de la sucrerie à changer leurs habitudes et à livrer, à un prix convenable^ des betteraves suffisamment sucrées. Cela donne moins de mal de faire de l'herbe, qui pousse toute seule et qu'on n'a qu'à mettre en balles pressées. Il fallut aller chercher plus loin les betteraves, dans un rayon plus grand ; mais

avec l'absence de chemins de fer et le mauvais entretien des routes, ce fut une opération coûteuse.

La véritable industrie du sucre n'existe toujours pas au Chili ; il y a seulement deux grandes raffineries qui traitent les 500.000 tonnes de sucre brut de l'Equateur et du Pérou, provenant des cannes. Quant au sucre raffiné étranger, il en entre à peine une dizaine de tonnes. Cependant, il est de plus en plus démontré que la betterave prospérerait parfaitement dans ce pays. Il semble même prouvé qu'il y aurait, pour le cultivateur, un bénéfice de 450 francs par hectare, avec cette culture.

L'industrie, au Chili, est dans un état de développement qui est corrélatif des tarifs de douanes. Il est indispensable d'en dire quelques mots.

Les douanes au Chili seraient incomparablement vexa* toires, si nous ne connaissions le modèle du genre, aux Etats-Unis, en Russie et en pays musulmans. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à part quelques rares exception» d'introduction en franchise, on ne parle que de droits de 35, quand ce n est pas de 60 pour 100 ad valorem. Il en est toujours plus ou moins ainsi, dans les pays qui aiment l'impôt indirect et la protection. L'impôt direct atteint, le propriétaire, et, comme c'est lui qui fait généralement les lois^ il évite de se taxer lui-même et tâche de passer la charge à son voisin.

Il n'y a pas encore bien longtemps qu'un grand nombre de matières premières, encore plus que de produits, payaient un droit d'exportation au Chili, comme les matières d'or et d'argent, par exemple. Tout cela a disparu et nous n'en retrouverons la trace qu'en Bolivie, où la plupart des minerais sont imposés à la sortie. Nous parle-

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roQS plus tard du nitrate de soude et de Viode qui restent seuls soumis à un droit de sortie important.

Quand le pays était colonie espagnole, le monopole de la Métropole était exercé dans des conditions déplorables. Pendant trois siècles, Cadix avait seul le droit de trafiquer avec TAmérique du Sud. Ce port envoyait des navires à Puerto-Bello, sur le golfe du Mexique. On évitait, ainsi, le doublage du cap Horn ou le passage par le détroit de Magellan^ considéré comme incommode et dangereux pour les voiliers. Le gouverneur de la Nouvelle-Grenade (Colombie actuelle) prélevait des droits sur toutes les marchandises, auxquelles on faisait ensuite passer, à dos d'Indien, Tisthme de Panama, pour de là se rembarquer, à destination de Callao, pour Lima. Là, les négo* ciants chiliens venaient se ravitailler en supportant un nouveau droit de douane.

On comprend que le Chili, sans être accusé d'avoir des idées par trop révolutionnaires, pouvait bien demander un régime plus libéral ou moins onéreux. Ajoutons qu'il est probable, comme nous l'avons vu récemment encore pour Cuba, de même que pour les Philippines, qu'on devait envoyer à Puerto-Bello et à Lima, comme vice-rois ou comme agents des douanes, toute la crème des aventuriers, tout ce qu'il y avait de plus taré en Espagne et de plus désireux de faire fortune dans le moins de temps possible. On leur demandait, d'abord, d'être en règle avec l'Inquisition et c'était tout.

Le régime des douanes est assez élevé au Chili, et les taxes s'élèvent au fur et à mesure que l'industrie se crée ou se développe, car elle a besoin de protection.

Il existe un port /ranc dansla république, c'est Punfa-

ArenaSy dans le détroit de Magellan. De plus, il y a un certain nombre d'articles qui entrent sans aucun droit.

Nous citerons : la houille, la plupart des outils de métier, les machines, y compris tout ce qui intéresse les mines, le caoutchouc, le fer, l'acier et tous les métaux non travaillés, le papier d'imprimerie, les livres, les bois de teinture, les extraits pour le tannage, etc.

On voit que ces exemptions sont raisonnées, pour fournir à l'industrie naissante toutes les matières premières qui lui sont nécessaires.

Le Chili cherche à donner tout le développement possible à son exportation et aussi à son industrie. Une société, le Fomento Fabrily a même créé une sorte d'exposition permanente de machines et de produits d'importation. Au fur et à mesure que les industries se créent et se développent, on obtient du congrès des droits protecteurs. C'est ainsi que pour les vins on est arrivé à 1 fr. 20 au moins par litre, ce qui devient prohibitif.

On songe beaucoup, au Chili, à organiser des transports frigorifiques pour le poisson, les crustacés et surtout les fruits.

Nous savons que, dans cet hémisphère, les saisons sont interverties, c'est-à-dire que les fruits se cueillent en janvier, février et mars, époque où en Europe ils n'existent plus guère qu'en très rares échantillons dans des serres. Or, il y a au Chili des fruits magnifiques et à bon compte; les pèches les plus belles valent de vingt à trente centimes le kilogramme ; les pommes de terre nouvelles, les tomates se vendent au même prix et pourraient venir faire concurrence aux primeurs de l'Algérie. Mais, vu la distance de quatre ou cinq semaines de navigation, il est in-

dispensable d*organiser une réfrigération, ce qui serait une nouveauté pour les légumes et les fruits. On parle aussi d'apporter par le même moyen en Europe les langoustes si belles et si bonnes qui abondent autour des lies Juan-Fernandez (1).

Ce serait une grande entreprise qui nécessiterait un capital d'au moins cinquante millions ; elle devrait se joindre aune ligne de navigation à grande vitesse. On parle bien de compagnies de navigation japonaises !

Ce n'est pas l'argent qui manque au Chili, c'est plutôt la hardiesse et la confiance. Dans un pays, qui a connu pendant des générations la petite monnaie appelée maravédij coupée en quatre, comme nos anciens liards, — on reste un peu timoré et sans grande largeur d'idées. Il parait que cette situation s'améliore et que, dans ce pays, où l'exploitation des mines a produit tant de fortunes, on commence à pouvoir trouver des capitaux pour autre chose que des hypothèques à 8 pour ÎOO, ou des placements agricoles au même taux.

(1) Les îles Juan-Fernandez sont celles de Robinson Cinisoé, illustrées par Selkirk ; elles sont à deux journées de navigation dans le Pacifique.

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