CHAPITRE VII
Richesses minérales. — Combustibles. — Minerais de fer. — Possibilité de rétablissement d'une sidérurgie. — Intervention de l'Etat. — Nitrate de soude. — Iode.
La question des combustibles minéraux joue un rôle si important dans le présent comme dans Favenir industriel d'un pays, qu'il est essentiel de donner quelques détails sur les ressources que présente le Chili à ce point de vue.
Nous avons expliqué, dans l'aperçu géologique que nous avons tracé, que les terrains anciens n'existaient guère au Chili et que c'est à l'époque tertiaire surtout, qu'a surgi de l'océan cette partie de l'Amérique du Sud.
Il n'est donc pas surprenant que la période permo-car'bonifère soit absente. Nous sommes heureux encore que dans le Chili austral se rencontrent d'excellents lignites qui peuvent servir à tous les besoins du chauffage industriel, sauf la carbonisation, car ces combustibles ne sauraient donner du coke.
La moyenne de seize analyses de lignites chiliens a donné :
Eau hygrométrique 6,74
Matières volatiles 38,95
Carbone fixe 48,29
Cendres 5,99
Une autre série d'analyses, faites aux chemins de fer de l'Etat, a donné pour huit provenances différentes (Lota, Lebu, Curamilahua, etc.) :
Eau hygrométrique 2,98
Matières volatiles 38,24
Carbone fixe 51,68
Cendres 7,09
Le pouvoir calorifique, déterminé par la méthode de Berthier (réduction de la litharge) qui n'est qu'approximative, a donné de 4.275 à 6.058 calories, ce qui est convenable, sans doute, pour produire de la vapeur, mais ne saurait être comparable à ce que fournit une bonne houille.
Il est facile de se faire une idée approximative de l'état peu avancé où se trouve l'industrie, par la quantité de combustible minéral consommée dans le pays, en y comprenant les chemins de fer et la navigation.
Cette quantité se divise en deux parties :
a) Combustible chilien. — Lignite.
Tonnes.
Compania Explotadora de Lota y Coronel . 390.000
Compania Schwager 254.000
Autres provenances (Lebu, Penco) . . . 279.000
b] Combustible importé, houille et coke.
Tonnes.
Angleterre ,. . . 550.000
Allemagne 8.000
Etats-Unis ......... 20000
Australie 150.000
Ce sont des chiffres bien faibles.
Ce qui pourrait augmenter la quantité de combustible minéral importé, c'est que les navires qui viennent chercher le nitrate de soude, arrivent généralement sur lest de houille, avec ou sans coke en sacs. Or, nous verrons prochainement que l'exportation de cette matière atteint trois millions de tonnes ; il y aurait donc place pour un arrivage de houille plus important le jour où le Chili en aura besoin pour son industrie en général.
Les lignites du Chili s'étendent dans la partie australe jusqu'au territoire de Magellan. On en exploite à Punfa- Arena^. Mais la teneur en cendres n'est pas toujours aussi faible que les chiffres que nous avons donnés.
Nous n'insisterons pas davantage sur les combustibles minéraux du Chili ; leur abondance peut seule faciliter le développement industriel. Mais il est une question d'une importance particulière, c'est la métallurgie du fer.
Il existe, au Chili, des quantités considérables de minerai de fer, /lont on ne fait guère, jusqu'à présent, qu'un emploi très limité pour la fusion des minerais de cuivre. De« préférence, l'industrie se sert des oxydes qui. renferment des traces de ce métal relativement précieux, et qui ne donneraient que des fontes impures se prêtant etidore au moulage, maië qui seraient impropres à Taffiange él à la transformation en acier.
Les minerais de fer, non imprégnés . de cuivre, sont assez abondants pour permettre au Chili de songer à installer chez lui une Sidérurgie ou métallurgie du fer. On sait que, jusqu'à présent, on n'a pu se passer de combustible donnant du coke ou du charbon de bois, au moins pour la première opération, qui est la transformation des minerais en fonte, opération qui sert de base.
Nous savons que le combustible minéral du Chili, de bonne qualité pour tous les chaufT^es, ne saurait donner du coke, et, par conséquent ne peut servir aux hauts fourneaux pour la transformation des oxydes de fer en fonte. Il faut donc chercher à tourner cette difficulté.
Il ne faut pas songer à faire venir de l'étranger du coke . C^est une matière 'difficile à transporter, et dont on ne peut faire que des chargements partiels, dans des sacs, et pour compléter d'autres frets.
Il serait au contraire possible d'importer de la houille à coke, qu'on n'aurait plus qu'à carboniser au Chili* Naturellement, on ne s'adresserait qu'à la houille menue, lavée au besoin, pour éviter le transport coûteux et inutile des schistes et autres matières susceptibles d'augmenter la proportion de cendres ; il faudrait, également, que cette liouiUe fût bien séchée en sortant du lavoir, pour éviter l'agglomération qui ne manquerait pas de se produire et qui rendrait le déchargement coûteux; car il faudrait employer la pioche. Quant à la houille en morceaux, son prix est trop élevé, et il n'y faudrait pas songer.
^11 y a là une question de fret, des plus importantes, et,, qui ne pourrait être résolue que si, au retour, on était assuré d'avoir son plein en nitrate de soude, par exemple; encore faudrait-il, à moins qu'on n'eût des bateaux à water»
CHILI ET BOUTIE 83
hs^llastf résaadre la questioa de la navigation sur lest du Chili central où deyraient se trouver les hauts fourneaux, jusqu'au Chili septentrional où s'extrait exclusivement le nitrate de soude. On voit combien la question est complexe, r^ Pour notre part^ pendant notre séjour au Chili, nous avions cherché a résoudre la difficulté di,i combustible carbonisé d'une autre manière.
Laissons de côté la question d'importation de bouille à coke, qui présente quelques difficultés, comme nous venons de le voir ; nous savons qu'il y a, dans le sud du Chili, de grandes forêts inutilisées et qu'on laisse se perdre de vétusté, les arbres pourrissant sous les pluies* 11 n'y a qu'à transformer ces forêts en charbon de bois, à la hauteur de Chiloé, par exemple, du côté de la Cordillère. On constrmrait là des hauts fourneaux et on y apporterait le minerai de fer provenant des mines les mieux situées près des côtes du Chili central et même septentrional.
Ces hauts fourneaux, munis de tous les progrès les plus récents, pourraient, par leurs gaz en excès, fournir la force motrice nécessaire à la conversion au convertisseur en lingots d'acier, qui pourraient être d'une qualité excellente. Les navires qui auraient apporté le minerai pourraient charger les lingots obtenus et les mener jusqu'à une autre usine située aux environs des gisements de lignites où se ferait la transformation en rails, tôles, etc. Pour utiliser les déchets produits dans ces laminages et les ferrailles du pays, c'est là que seraient des . fours Martin Siemens^ qui pourraient, de préférence, produire des tôles 4^ la qualité la plus douce pour chaudières et c^wtrui^oiiii navales. - .
: .Nous apprenons, au moment de rédiger ces notes, que ces projets viennent d^ètre repris tout récemment avec le concours du gouvernement chilien. Ils ne diffèrent que par la forme de ceux que nous avons imaginés, dont le corollaire était un droit de douane assez fort sur les produits métallurgiques, tels que fer et acier, jusqu'à présent indemnes..
Actuellement, ces idées ont fait duprogrès; les Chiliens, après avoir lutté pendant une vingtaine d'années contre la protection, ont fini par comprendre que leur pays ne se trouvait pas dans des conditions naturelles assez avantageuses pour pouvoir se passer d'une aide de rÉtat,
Aux États-Unis on a imposé les produits étrangers, au point de les prohiber pour ainsi dire. En Russie, outre des droits protecteurs élevés, TÉtat passait des marchés de fourniture de matériel de chemins de fer à des prix qui per* mettaient de construire les usines et il restait encore un bénéfice à encaisser.
Au Chili, on n'a pas mis de droits sur les produits sidérurgiques, qui n'en avaient pas, mais on a projeté des encouragements dans les conditions suivantes :
1^ L'État concédera un privilège de 30 années.
2^ Il paiera aux fabricants une prime de fabrication de 18 fr: 50 par tonne de lingots ; 27 fr* 50 par tonne de produits élaborés.
3^ Il donnera une primé d'exportation de 28 fr. 12 par tonne.
Enfin il accordera une. garantie de 5 pour 100 sur le capital employé et^ cela pendant 20 anneed^ et, ^vec les subventions suivantes, le gouvernement ne voulant pas se
laisser entraîner hors des limites fiscales, qui pourraient dépasser ses intentions.
Pour une production de :
Francs