‹ Chili; le ChiliChapitre 10 sur 22 · ARAUCANIE. H · texte numérisé non relu

ARAUCANIE. H

haute délicatesse. Que ceux qui croient pouvoir les interpréter à leur seul avantage, en gardent seuls aussi la responsabilité.

L'Araucanie contient une grande variété de ressources, une réelle abondance de richesses.

La plupart des terrains de la vallée centrale ou longitudinale sont d'une grande fertilité, et ceux mêmes auxquels on pourrait reprocher d'êlre un peu trop sablonneux ou légers se prêtent encore fort bien à la culture du blé ou d'autres céréales. Si cette partie du pays n'est pas mieux cultivée, il faut s'en prendre au manque de connaissances spéciales des Indiens en cette matière; de même, si la culture n'y est pas plus étendue, la faute en est à la paresse native de ces mêmes Indiens, qui ne produisent jamais au delà de leurs besoins.

D'épaisses et grandes forêts couvrent partout ici les flancs de la cordillère des Andes, comme souvent aussi ceux de la chaîne côtière.

Parmi les riches produits qu'elles offrent à

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ne LE CHILI.

l'exploitation y je citerai tout d abord le bel (( araucaria », parce que ce pin majestueux ne croit que sur le territoire araucan, auquel, en conséquence, il a donné son nom. Ce magnifique conifère, au feuillage obscur, mais perpétuel, à la tête élevée, aux branches régulières, dont on trouve aujourd'hui, dans la plupart de nos grands parcs, de minces échantillons, atteint ici une hauteur moyenne de trente mètres. Il n'est pas fait seulement pour le charme des yeux : son tronc solide, élevé, cylindrique, le rend très-propre aux constructions navales; c'est l'idéal de la bonne mâture; et son fruit, le pinon^ contient une substance farineuse des plus nutritives, qui a toujours servi de principale base d'alimentation aux tribus indigènes. Ce fruit est assez grand : il a la forme d'une sphère toute chargée Ce semences; et c'est de la fécule contenue dans ces semences que les Indiens tirent une farine substantielle et agréable au goût. Aussi l'époque de la malu-

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rite de ce fruit occasionne-t-elle, parmi les populations indigènes, de nombreuses migrations vers les terrains qui les produisent.

A cet arbre précieux, si utile, j'ajouterai le « quillai », qui doit être considéré comme le chêne de ces pays, le même que j'ai cité déjà dans le précédent volume, quand j*en fis la rencontre au cours de mon voyage à travers la cordillère des Andes. Ses dimensions ne sont remarquables qu'en largeur, et son bois tor* tueux n*a que peu de valeur ; mais son écorce produit un savon transparent, dit ce savon de Panama », dont les propriétés sont très-recherchées de r industrie.

Enfin, plusieurs essences dont les hauteurs varient entre trente, quarante et jusqu'à cinquante mètres, peuplent encore les forêts d'Âraucanie et seraient pour la construction ou l'ébénisterie d'inestimables produits; mais les Indiens, jusqu'à présent, ou ne s'en servent pas, ou les utilisent fort peu ; et ces magnifi-

ques forêts ne sont, en réalité, considérées par eux que comme des obstacles à leur culture, obstacles qu'ils renversent de la façon la plus sommaire, en y mettant le feu*

Par contre, dans les plaines, autour de leurs champs cultivés, ou le long des forêts, ils entretiennent et surveillent de près d'innombrables pommiers dont ils font le plus grand cas. Cet arbre n*est pas indigène, et son introduction fut le fait des conquérants; mais il croit à merveille, se multiplie étonnamment, et peut passer aujourd'hui pour naturalisé sur le sol araucan. Les Indiens en tirent abondamment un cidre qu'ils appellent chicha de manzanaSy et qui est à peu près leur unique boisson.

Les richesses minérales de ce petit pays paraissent l'emporter encore sur ses richesses forestières. Ainsi le prétendent du moins les rares ingénieurs qui, jaloux de reconnattre la nature du sol et d'en pénétrer le mystère, se sont aventurés dans l'intérieur. Ils ont, disent-

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ils, constaté la présence de nombreux et riches dépôts de charbon, de la nature de ceux qu'on exploite avec tant de succès sur plusieurs points du territoire chilien. Ils croient également à de grands gisements de cuivre et de mercure. Ils affirment enfin que dans plus d'un endroit des métaux précieux dorment quasi à fleur de terre.

Mais ce ne sont là que des suppositions, et je leur prête, quant à moi, une bonne dose d'exagération. En effet, sans prétendre moi-même contester la possibiUté, disons mieux, la probabilité de richesses minérales, d'autant plus naturelles ici que ce pays participe, sous tous autres rapports, aux avantages marqués du Chili, je me demande où ces messieurs oat pu prendre les éléments si précis de leurs rapports. Le petit voyage d'exploration qu'au prix de peines extrêmes et de précautions infinies, je suis parvenu à faire en Araucanie, m'a clairement démontré, et la difficulté de circuler

dans ce pays, et Timpossibilité absolue d'en gagner jamais le cœur ou Tintérieur proprement

dit.

De plus, rindien ici est tout aussi jaloux que ses frères du Nord de son indépendance et de sa liberté, et pas plus qu'eux n'ignore que la seule vue chez lui de Tor ou des richesses, que personnellement il ne sait ou ne veut exploiter, a de tout temps armé à ses dépens le bras de Télranger. Son intérêt lui commande dès lors de cacher ses richesses, d'en surveiller et d'en défendre minutieusement Taccès.

C'est ce que, de son vivant, m'avait appris déjà le R. P. de Smedt, de la Compagnie de Jésus. Ce vénérable missionnaire fut pendant cinquante ans l'infatigable apôtre des Sioux et autres tribus sauvages qui, dans l'Amérique du Nord, occupent plus spécialement les pittoresques versants des montagnes Rocheuses. Il connaissait, me disait-il, pour les avoir vus de ses yeux, des gisements considérables d'or et d'ar-

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