‹ Chili; le ChiliChapitre 14 sur 22 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Mon plan de voyage. — De Golcura à Nacimiento. — Navigation sur le fleuve indien le Bio-Bio, — De Nacimiento à Mulchen. — Départ de Mulchen. — Ma caravane. — Le pays des Indiens. — Les Pères Franciscains de la mission de Esperanza. — Un parlement indien. — Une nuit au fort de GollipuUi. — Les Indiens au point de vue guerrier. — Une grand' messe militaire. — Soldats chiliens. — De Collipulli à Angol et Nacimiento. — Retour à l'hacienda de Golcura.

C'est de l'hacienda de Golcura, dont j'ai longuement parlé dans un chapitre précédent, que je gagnai le territoire indien. J'avais depuis longtemps formé et mûri ce projet, à la réalisation duquel, on le comprend, une vive curiosité me poussait.

Bien qu'un voyage de cette nature, aussi petit qu'on le décide, ne soit jamais exempt de grandes diflicultés ni même de dangers, les excellentes conditions dans lesquelles celui-ci s'offrait à moi devaient triompher de mes hésitations et me décider à risquer l'aventure.

Il s'agissait pour moi de gagner tout d'abord ce point de la frontière oii se trouve bâtie la petite ville de Mulchen, qui est une des positions de la limite septentrionale que défendent les Chiliens. Là, je serais adressé, d'une part, à un officier supérieur qui me donnerait des lettres d'introduction auprès des commandants de tous les forts de la ligne, et d'autre part, au directeur du couvent des Pères italiens des missions franciscaines, qui m'adresserait, à son tour, aux diverses missions de son Ordre que je pourrais rencontrer en chemin. Là aussi je trouverais un certain M. Ottone, intendant d'une propriété de mon hôte, M. Boonen. H me fournirait des chevaux, des domestique

un interprète, et lui-même me servirait de guide au pays des Indiens. Nous suivrions, sur le territoire indien, une section de la ligne frontière, en observant toutefois de ne pas nous écarler pendant le jour du rayon que protège le feu des forts, et de rentrer dès le soir dans ces derniers ou aux établissements des missions franciscaines.

Ce plan bien arrêté et ces précautions prises, je n'avais plus qu'à boucler ma valise...; c'est ce que je fis, et je partis.

Tant à cheval qu'en chemin de fer et en bateau à vapeur, il faut compter trois jours pour se rendre à Mulchen, lorsqu'on prend, ainsi que moi, pour point de départ Colcura. J'en mis quatre, et voici comment. Une promenade à cheval, pittoresque d'ailleurs, d'au moins huit lieues à travers monts et bois, m'avait conduit à Santa-Juaua, petite ville située sur le Bio-Bio, en face de la station de chemin de fer deTalcamavida. J'avais une heure devant moi

pour faire en barque la traversée du grand fleuve, et je comptais prendre sur l'autre rive Tunique train de la journée, dont la fonction est de porter le voyageur à une parlie plus élevée du fleuve, où la navigation devient enfin possible et s'effectue sur un bac à vapeur. Mais j'avais, à ce que je vis, compté sans le fleuve lui-même, très-difiicile à passer en cet endroit. Cette large nappe d'eau, qu'on dirait endormie, n'a guère de profondeur, est semée de mille obstacles et roule de terribles courants. La barque qui me portait ne gouvernait qu'avec peine, heurtait les bancs de sable et s'accrochait partout. J'eus beau me mettre aux rames, exciter les matelots, promettre double prix..., nous étions encore loin du but que nous visions lorsque le train partit. Il fallut retourner à Santa- Juana, où l'absence de toute auberge m'aurait fort gêné pour la nuit, si un excès de précautions que j'aime à ne jamais négliger en voyage ne m'avait, à tout hasard, pourvu d'une lettre

d'introduction auprès de don José-Maria Avello, Tun des gros bonnets de l'endroit.

C'est avec une solide avance, on le conçoit, et deux rameurs de plus que je gagnai, le lendemain, la station de Talcamavida. J'y trouve UDB machine informe qu'on me garantit être une locomotive, et qui tient piteusement la tête d'une dizaine de wagons de rebut. Et tandis que je circule, attendant l'heure d'un départ qui ne peut plus larder, une musique, ou plutôt des sons aigus et discordants, excite mon étonnement. On dirait d'un orchestre prenant l'accord sur des centaines d'instruments...

Bah! oui! c'est notre engin qui prélude au départ, et cette musique étrange sort de ses flancs disjoints. J'avoue que celte machine m'inquiète vivement, et, pour m'en éloigner autant que faire se peut, je gagne le dernier wagon.

Quoiqu'il en soit, notre locomotive veut bien cette fois ne pas sauter encore (ce qu'à trèsbref délai elle a, du reste, fait depuis), et, à

Tallure la plus lente qu'ait jamais connue la vapeur , nous remontons y durant une bonne heure, la rive droite du fleuve indien. Le pays, de ce côté, est horriblement plat, et Ton peut dire que durant cette traversée monotone de steppes abandonnées, rien, absolument rien ne distrait le regard. C'est donc une heure de trajet dénuée de tout charme et vide d'intérêt que celle qui conduit à la station de Malvoa.

A Malvoa, le fleuve se prête, parait-il, à la navigation. Mais son peu de profondeur encore en maints endroits, ses bancs de sable à fleur d'eau et les caprices de ses divers courants, rendent cette navigation non-seulement difficile, mais périlleuse à Texcès. Je tremble rien qu'à voir le modèle du steamer affecté à ce service dangereux. Son tirant d'eau devant naturellement être des plus restreints, il a la forme d'un grand bac; la quille est absolument plate, et les roues, situées toutes deux à l'arrière, le font ressembler à une gigantesque

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brouette. Le bateau toutefois se manœuvre à l'avant, grâce à des chaînes de transmission. Il marche péniblement et avec une lenteur que, fort heureusement, commande la prudence et que le peu de force de l'appareil moteur imposerait au besoin.

Je fais, à bord de cette barque à vapeur, cinq heures d'une navigation dont l'intérêt réside bien plutôt dans les dangers courus ou à courir, que dans l'attrait problématique d'un paysage uniforme et d'un pays à peine accidenté. Le fleuve, par moments, se resserre, s'étrangle, puis forme des îlots ou s'élargit outre mesure. Ses bords émergent à peine et ne portent çà et là que de grands joncs, des roseaux ou de fort chélifs arbrisseaux. Partout des bancs de sable font tache sur ses rives ou partagent son cours. Et c'est à peine si quelques oiseaux d'eau, blanches mouettes ou bien noirs cormorans, que soulèvent au passage le bruit et la fumée de notre embarcation, répandent un

peu de vie sur cette route désolée. Après avoir, ma foi ! bel et bien failli chavirer et nous être deux fois gravement ensablés, nous atteigoimes, le soir, le but de notre étape, la ville de Nacimiento.

Joliment située au confluent du Bio-Bio et du Rio-Vergara, autre fleuve important de ces régions peu fréquentées, Nacimiento n'est pas une ville nouvelle. Il y a longtemps déjà que de hardis colons, comprenant Timportance d'un tel emplacement, jetèrent les fondements de ce petit groupe d'habitations, auquel le nom de ville semble encore convenir si peu. Je ne doute pas, quant à moi, de l'avenir de Naci-

miento. Celte ville, comme beaucoup d'autres, dont le développement se trouve actuellement enrayé par le voisinage des Indiens, prendra dans la suite des temps un essor que sa situation particulière rendra des plus florissants. Mais maintenant elle languit, elle attend, elle se meurt d'isolement. Son aspect est lugubre,

ses habitants, presque sauvages; de plus, tout y est cher, malpropre et fort mauvais.

A prix d'or je parviens, après mille déboires, à me procurer enfin le plus détestable che- Yal que j'aie monté de ma vie, et j'admire vraiment que je soie parvenu à faire vingt lieues sur son dos* Un gamin m'accompagne : c'est le guide qui doit m'enseigner le chemin et ramener nos montures à Nacimiento.

La route, ici encore, est peu divertissante. En quittant la petite ville, on traverse à cheval le Rio-Vergara dans une lancha^ autrement dit un bac, puis on s'engage dans des chemins sablonneux au travers de prairies couvertes de chardons et semées çà et là de ronces et de bois nains. On dirait la pampa aux environs de Paysandhu, le long du fleuve TUruguay. Je confesse que l'étape me paraît cette fois d'une longueur démesurée. Habitué au galop rapide et si doux cependant des chevaux de la pampa, je maudis la triste allure d'une bête qui me

secoue, butte et n'avance pas. Quant aux histoires, intéressantes peut-être, à l'aide desquelles, consciencieusement, mon guide prend à tâche d'égayer le chemin, elles m'échappent absolument; car celui qui me les conte le fait dans un jargon qui, par malheur, tient moins de l'espagnol que de l'indien.

Enfin la route cependant se sème devant nous d'accidents de terrain. Voici de petites collines suivies de frais vallons qu'arrosent des ruisseaux. Les herbes y sont plus vertes et les bois plus vivants; la végétation, peu à peu, semble sortir de son assoupissement..., et la chaîne des Andes apparaît tout à coup majestueuse à l'horizon. Puis, dans un cirque forme par les premiers contre-forts du système andin, un ravissant chaos de petites habitations coquettes et riantes surgit comme par enchantement. C'est Mulchen, dont le coup d'œil, absolument charmant, vaudrait à lui tout seul le fastidieux voyage que je viens d'accomplir.

Celle ville, fondée il y a quinze ans à peine sur UQ grand territoire fraîchement repris aux Inliens, est pour l'armée chilienne une importante position. Aussi voit-on de toules parts les collines hérissées de travaux de forlification, tandis que dans la plaine, sous leur puissante proteclion, une armée de colons conspire avec ardeur au développement de la ville, non moins qu'au défrichement des champs. Mulcheii compte déjà de grandes et belles rues, de bien jolies églises et d'importants élablissemeuls. Une immense caserne occupe un de ses coins, prouvant que cet endroit est bien réellemenl un des principaux points de concentration des forces que le Chili affecte à la conquête du pays des Indiens. Et presque vis-à-vis, sur un monticule qui, metlant en valeur un pittoresque couvent, rend l'anlithèse plus frappanle, les conquérants pacifiques des âmes ont établi létal-major de leurs admirables missions.

Je vais droit à ce couvent, où je reçois un

accueil simple et franc, et où Thospitalitélaplus large m'est offerte sur-le-champ. Je n'ai garde de refuser l'aimable invitation des Pères Franciscains... et, tandis qu'ils me mènent, à travers le dédale de leurs longs corridors, à la visite du couvent, je reste sous le charme de leurs agréables façons, de leur simplicité et de l'intérêt de leur conversation.

En attendant huit heures (telle est l'heure tardive du dîner de la communauté), je me rends à la caserne, où la lettre dont je suis porteur me fait introduire sur-le-champ auprès de l'officier de service. Je sors de cette courte visite absolument charmé des attentions de l'autorité militaire du Chili et muni pour la route d'un sauf-conduit en règle et de lettres d'introduction dont je compte faire un prompt usage. Puis je cours à l'habitation de l'intendant Ottone, que fort heureusement mon hôte de Colcura a prévenu de mon arrivée ainsi que de mes projets depuis un certain temps déjà. Don

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OttODeestun grand bel homme doDt, à première vue, j'apprécie hautement la figure sympathique, l'air résolu, le regard franc. Il est sujet italien, mais parle Tespagnol et entend le français; mieux encore, il connatt parfaitement le pays et a déjà vu de près les Indiens. Urne répond de ses hommes, de l'interprète, des chevaux, et, comme le temps me presse, il passera la soirée et la nuit, s'il le faut, à tout organiser, afin que le départ puisse s'effectuer le lendemain de grand matin.

Noire caravane est formée : elle se compose de cinq chevaux et marche dans Tordre suivant : Ottone et moi tenons la tête ; puis vient iiotre interprète, un solide gaillard à la face l^i'unie, aux traits accentués, à l'œil étincelant. On le dit intrépide, brave, déterminé, et, de fait, il monte en se jouant un cheval non dressé. Néanmoins cet homme me déplaît; car je le tiens pour faux, et j'ai beau m'en défendre, silapour lui la prestance et l'adresse, c'est

un demi-sauvage dont l'étrange personne dégage par moments comme un reflet des instincts du fauve et de l'Indien. Enfin deux peones ou domestiques chiliens forment Tarrière-garde et sont ainsi que nous armés convenablement pour pouvoir se défendre ou nous porter secours à l'occasion.

Au départ de Mulchen, nous nous élevons d'abord sur un très-haut plateau qui nous donne sur la cordilière, assez voisine en cet endroit, une vue d'ensemble des plus belles.

J'ai assez décrit ces montagnes d'un aspect grandiose et saisissant, pour n'avoir plus à donner ici qu'un détail de ce majestueux tableau. Je veux parler de deux pics qui, dépassant de beaucoup tous les autres, attirent le regard et qu'on ne se lasse pas d'admirer : c'est, d'une part, le volcan célèbre d'Antuco, qui dresse dans les nues sa crête dentelée; de l'autre, le Llama, qui excite en Araucanie la crainte superstitieuse, je dirais presque mêmeleres-

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pecl des Indiens. Cela s'explique d'autant mieux que cet immense volcan, dont les neiges éternelles recouvrent entièrement la forme cylindrique en tous points régulière, est un des plus remuants de la chaîne des Andes, un de ceux dont on ne compte plus les éruptions fréquentes. Ainsi» après un mois d'activité suivi d'une très-courte période de repos, le Llama, depuis trois jours, a rallumé ses feux ; des tourbillons de flammes et d'épaisses fumées s'échappent en sifflant de son vaate cratère. Ce spectacle, nouveau pour moi, ne m'intéresse pas moins que les approches de la frontière indienne et l'entrée de notre troupe sur le territoire araucan.

Le pays des Indiens est bien décidément le plus remarquable petit coin de la côte du Facile, et sa haute réputation n'excède pas la •réalité. C'est une verte oasis au milieu des dé- ^ï^ts étonnants qui l'entourent. C'est une terre promise dont l'accès a toujours éveillé les aspi-

rations du Chili comme il excite encore ses convoitises. C'est un petit Éden à la conquête duquel on croit pouvoir appliquer librement tous les efforts, tous les moyens... Et de fait, la vue seule de ce joli coin de terre expliquerait, à défaut de la légitimer, la guerre que Ton fait à ses sauvages possesseurs. On a peine, en effet, à ne pas prendre, à première vue, l'Araacaniepourle centre civilisé, et pour pays sauvage les plaines qui Tentourent. Le contraste est frappant autant qu'il est bizarre, et ce fut un grand sujet d'étonnement pour moi que la richesse naturelle du sol, qui peut passer pour presque vierge encore, ou du moins n'a subi, en de rares endroits, que des essais bien imparfaits de la culture la plus superGcielle. Voyez plutôt : aucune habitation, pas une case indienne, rien qui dénote enfin la présence de Thomme n'apparait encore à nos yeux..., et cependant nous foulons des terres de première classe; des prairies naturelles, à peine entremêlées çà et là

de chardons, tapissent les vallées et semblent appeler et colons et troupeaux. Deux superbes rivières que nous passons à gué prodiguent en pure perle les bienfaits de leurs eaux. L'une d'elles, à quelques pas de la route que nous suivons, forme, sans doute pour se désennuyer, une chute de trois cents pieds dans un cadre sauvage, attachant et majestueux. Celte chute, dite deCullin, attirerait en tout autre lieu la foule des visiteurs; mais ici, dans sa solitude, elle reste ignorée de tous, et, bien que située au beau milieu d'une propriété appartenant sur papier à don Pérez, ancien président du Chili, je doute qu'elle soit seulement connue de ce dernier. Enfin, sur les collines que nous gra-

Vissons tour à tour aussi bien qu'aux versants ^es plus hautes montagnes et sur la cordillère, JiJsqu'à la limite des neiges, des bois vierges semés des plus riches essences meurent inexploités ou renaissent de leurs dépouilles mêmes dans le chaos du plus entier abandon.

Au souffle (le brises printanières et sous un ciel resplendissant, nous nous livrons dans les plaines à des galops enivrants. C'est, autant qu'un plaisir, une façon de regagner le temps que nous fait perdre la traversée des bois. Et en effet, sous bois, même dans les endroits qui permettraient une allure plus vive, nous ne marchons jamais qu'au pas. C'est une précaution que la prudence la plus élémentaire commande au pays des Indiens. Carie civilisé qui franchit la frontière ne doit jamais perdre de vue qu'il est en pays ennemi, et que des êtres invisibles, ayant depuis longtemps juré la mort de tous ceux de sa race, sont dès ce moment attachés à ses pas et surveillent dans l'ombre ses moindres mouvements. Le sachant bien armé, ou le voyant accompagné, ils n'auraient garde de l'attaquer de front, mais la ruse et l'adresse ne leur réussissent que trop souvent; et celui qui, trop confiant, traverserait au' galop les grands bois araucans, ne devrait pas être surpris si,

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au dclour de quelque épais fourré, il recevait une flèche empoisonnée ou sentait s'abattre sur lui le nœud coulant du terrible lazo.

Mais nous voici rendus au toit hospitalier de la mission de Esperanza. Simples ^ mais bien construits, les bâtimentsdes Pères Franciscains occupent, au bord d'une large rivière, lecentre d'un village indien. Comme nous passions l'eau, la cloche de l'humble monastère sonnait l'A/z- Jf/i/s du soir; et dans ce milieu si sauvage, dans ces lieux si pleins de mystère, ses tintements formaient une mélodie de nature à remuer profondément le cœur.

Ai-je besoin de m'étendresur l'accueil bienveillant que nous font les bons Pères? Ces façons simples et franches, cette aimable cordialité qui, dans chacun de leurs établissements, attendent et charment le voyageur, sont si particulières à celte communauté qu'on les dirait inscrites dans sa règle. Ce fut donc, ce soir-là, une véri- ^We bonne fortune pour moi que de pouvoir

une fois de plus reposer sous le toit et m'asseoir à la table de ces obscurs mais vaillants missionnaires.

J'apprends, au cours des causeries du soir, une quantité de choses intéressantes. Ils en savent long, les bons Pères, sur les tribus sauvages au sein desquelles ils vivent, et ne marchandent pas, Dieu merci, les détails qu'on leur en demande.

Certes, me disent-ils, la grande famille indienne possède de nombreux et de graves défauts ; elle est sujette à des vices de diverses natures et représente à tous les degrés le caractère primitif et barbare... mais ses instincts réels ne sont pas ce que Ton suppose. Bien que les Indiens aient de tout temps fait preuve de sang-froid, de bravoure, d'audace, en un mot de vertus guerrières, ils sont, ou, pour mieux dire, ils étalent autrefois un peuplcj de pasteurs de nature ordinairement paisible; et s'ils méritent aujourd'hui le reproche d'êlre'

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sanguinaires et cruels autant que le sont ailleurs les derniers des barbares, la faute en est, ce semble, aux procédés chiliens à leur égard. Cette guerre sans merci , sans repos et sans fin qu'on leur fait depuis toujours, et cela sous prétexte de civilisation, mot fameux qui chez nous semble devoir tout légitimer et tout dire, mais qui pour eux, du moins, est inintelligible; celle guerre ne saurait que les exaspérer et, les rendant à leurs instincts sauvages, les plonger de plus en plus dans cette barbarie dont elle prétend vouloir les faire sortir. Il y avait mieux à faire avec de semblables natures. Civiliser n'est pas détruire.. . et Ton verra combien de temps encore doit échouer la brutale force des armes là oii un peu de diplomatie, d'adresse et de douceur eût depuis longtemps déjà donné de complets résultais.

J'avoue que, pour ma part, ces Indiens m'intéressent au delà de ce que je puis dire. Plus que jamais je brûle de les connaître, j'ai hâte

de les voir. Aussi jagez combien me transporte la nouvelle que je recueille à la table des Pères. Il parait que j'arrive on ne peut plus à propos, que, comme on dit, je tombe à merveille. Les Indiens de la mission, qui forment ici un assez gros village, sont, avec d'autres groupes indiens du voisinage, convoqués pour demain à un grand parlement. Cette réunion se tiendra à environ deux milles de distance, et le Père supérieur s'offre à nous y conduire.

Après une nuit terrible où les sauvages seuls eurent le privilège d'occuper mon sonMneil, nous prîmes au couvent un frugal et dernier repasy immédiatement suivi du boute- selle; et, guidée par le missionnaire, cavalier consonîmc qu'embarrassent à peine les plis de sa longue soutane, notre troupe s'empresse de gagner la montagne où est le lieu du rendez-vous. Nous traversons d'abord des plaines marécageuses rendues fort difficiles par un récent débordement du fleuve, puis, longtemps, nous montons

à travers une forêt obscure autant qu'épaisse où s'entassent les spécimens d'une végétation peu commune, et nous voici débouchant tout à coup sur les bas-côtés d'une vaste clairière. Le sol v est partout tapissé de verdure. Des chevaux tout sellés s'en régalent à leur aise, formant de petits groupes d'un aspect fort étrange ; car, comme les hautes herbes, en recouvrant leurs pieds, masquent aussi leurs entraves, on les dirait réunis librement et complètement abandonnés de leurs maîtres. Voici le camp indien : des tentes sont plantées de distance en distance; mais la plupart sont vides, et tout le mouvement semble se concentrer au milieu de la clairière. Là, sous l'épais couvert d'un quinconce formé par des myrtes sacrés, se dresse un immense hangar. Il regorge de monde, et l'on peut distinguer, formés tout alentour, des trophées d'armes et des faisceaux de lances.

Le Père nous exhorte à rentrer sous nos plaids nos couteaux et nos revolvers; puis il prend

notre tête, pousse un cri guttural el nous fait signe de le suivre.

Notre arrivée au milieu des Indiens excite dans leurs rangs un premier mouvement de très-grande surprise; mais le bon Père leur adresse quelques mots à la suite desquels on nous admet, nous, les profanes, à pénétrer sous le hangar. Là se trouvent rangés, par ordre de préséance, une dizaine de caciques à Tair plus ou moins respectable. Leurs femmes les entourent dans le plus religieux silence, et des guerriers au nombre d'environ cent cinquante complètent ce groupe imposant. Ce qui me frappe avant tout, c'est que la place d'honneur est tenue cette fois par une vieille mégère qui, à coup sûr, doit friser la centaine, et qui, se rengorgeant et minaudant d'importance, n'arrête pas de faire des speachs et de sourire à tout le monde. A côté d'elle se tient un vieux cacique qui, s'il faut enjuger par le respect qu'il inspire, doit être le grand chef de l'assemblée du jour.

C'est à lui tout d'abord, puis à ses compagnons et à leurs trente épouses , que je me fais présenter avec tout le cérémonial d'usage, aussitôt que la vieille pie se décide à se taire. Le Père se charge de la chose, puis la parole m'est donnée. Je fais avancer mon interprète, et, m'inclinant devant toute l'assemblée béatement suspendue à mes lèvres, j'adresse au vieux cacique quelques phrases espagnoles qu'on lui traduit aussitôt en indien. En voici, pour mémoire, à peu près la substance : « Je suis, dans mon pays, fils d'un puissant cacique et cacique moi-même. J'ai traversé les mers et fait cinq mille lieues tout exprès pour te voir et rendre mes hommages à toi et à tes frères. Je suis au comble du bonheur, et j'emporterai de cette entrevue un souvenir impérissable. Je serais heureux Rapprendre le but du parlement qui vous réunit aujourd'hui. Enfin, je voudrais que dans le pays on ne commît plus aucun désordre, et que chacun demeurât plus que jamais attaché au

Révérend Père, le véritable intérêt des tribus clant de suivre ses conseils et ceux qu'également inspire le Grand-Esprit aux autres Pères de la mission qu'il dirige. »

Le concert d'approbation qui suivit ces quelques paroles m'arriva formé de cris si rauques, ?i bizarres, que je me crus salué par des huées terribles, tandis que bien au contraire ces cris constituaient, ainsi que me l'apprirent les félicitations du bon Père, le summum de ce qu'une assemblée de ce genre peut donner de marques d'assentiment à l'un de ses orateurs. Il suffit de s'entendre... et la réponse du vieux chef eut bientôt fait de me fixer à cet égard.

Rougissant de plaisir, mais grave cependant, imposanr, solennel, le vieux cacique se leva. Comme il est, paraît-il, un des potentats de la frontière et se trouve en contact presque continuel avec les sujets du Chili, il entend, m a-t-on dit, et parle couramment la langue castillane, i Nous aurions donc bien pu nous passer d'inter-|

prête. Mais l'étiquette proscrit sévèrement celte licence, et je le regrettai d'autant moins que j'y gagnaile. plaisir véritable d'entendre prononcer un grand discours indien avec toute Temphase elFaccompagnement mimique vraiment étrange que comporte ou qu'exige la langue des sauvages.

Cette langue est faite de mots ne comprenant ^ peu près que des voyelles : aussi est-elle douce et harmonieuse à l'excès. Le cacique fit longtemps entendre à nos oreilles cette musique aux notes suaves, et son interprète particulier m'en traduisit sitôt après le sens. Voici ce que j'ai pu retenir de son discours :

« C'était de fort bonne grâce que les autres

<^ciques autant que lui-même voulaient bien

^'accorder ainsi qu'aux miens l'honneur de

prendre part à la réunion présente. J'étais donc

'e bienvenu au milieu de leur fête; car le parle-

ïûent, cette fois, n'était qu'une cérémonie

joyeuse. Il n'avait aucun but politique ou

guerrieret n'était réuni que pour répondre à la très-légitime anabition de sa voisine, une vieille et notable Indienne (je m'inclinai) , qui, jalouse, avant de mourir, de se faire un nom dans la postérité, offrait à boire et ordonnait la musique et les danses. Il me félicitait de la bonne pensée d'être venu le voir et ne regrettait en réalité qu'une chose : c'est que je ne fisse pas partie des leurs. Il me trouvait beau, corpulenl et fort, digne en tout d'être Indien et de brilleil à la tête de leurs grandes tribus. Il tiendrait le plus grand compte de mes observations el recommanderait à tous l'ordre et la bonne tenue. En attendant, il voulait que tout fût mi^ à ma disposition. Il me passait l'autorité suh prême : je n'avais qu'à commander..., je sel rais obéi. »

Sitôt fait ce discours, mes compagnons e{ moi nous fûmes admis au grand hoDneu| de baiser la main du cacique, et je m'assis à se( côtés. Les guerriers, mais surtout les femmei

EXCURSION BN ARAUC4NIK« 183

indigènes, braquaient sur moi de grands yeux scrutateurs, et je les sentais passer sur mon costoiDe et ma personne un examen portant sur lesplas intimes détails. Pour me faire bien voir de la compagnie tout entière, je fis des distri* liutioQs de tabac et de menue monnaie. On ^ dévalisa de toutes mes cigarettes et ce ne fut Ji'au prix de véritables efforts que je pus Pister aux indiscrètes obsessions de ces dames, P voulaient à tout prix se partager mes ^gues et ma montre.

Profitant alors des pouvoirs que m'avait tout l'heure délégués le cacique, j'ordonnai tout fabord la reprise des danses.

Celles-ci ne sont qu'une suite de sauts plus tecadés qu'ils ne sont cadencés. Ceux qui les iécutent y joignent d'horribles grimaces et se ^t applaudir dans les poses les plus grotesques. tinusique qui les accompagne est monotone et ^te. Le choix des instruments est aussi peu Wé : c'est la viole, le tambour et la petite

flûte de deux notes en bambou. Une fois lanc^

instrumentistes et sauteurs ne s'arrêtent q

difficilement. Mais le maître succès de c

divertissements parait être de loin la graD

promenade dansante à laquelle prennent p;

hommes, femmes et enfants qui se suivent à

file indienne (c'est le cas de le dire), sautai

hurlant, gesticulant.

A ces danses échevelées succèdent des lib

tions copieuses. 11 y a là, dans un coin, desai

phores empilées d'aguardiente^ de cafui <

chicha. Chacun court y remplir une jatte qu

vide d'un seul trait. Et quand je dis une jatl

c'est plutôt une écuelle que ce récipient à le

usage. Ils l'empruntent à quelque gram

courge ou le taillent dans la calotte dequelqi

î sandiQy citrouille ou melon d'eau.

La fête, en peu de temps, dégénère en orgi

Les danses ont repris ; les caciques s'en d

lent... et ne voyons-nous pas jusqu'à la vieil

octogénaire qui se trémousse dans son coil

Mais voici qu'un mouvement chorégraphique ^ absent évidemment du programme des danses, culbute tout à coup une amphore encore pleine. Chez nous (je le crois du moins), on l'eùtremise sur pied pour l'empêcher de s'écouler tout entière. Mais non! ici chacun se précipite à terre et, raclant de son vase le sol, les ferbes et le sable, vide avec conviction ce p'il a pu recueillir du liquide écoulé avec le feste du mélange.

I Ce devint pour nous, je dois le dire, un l^ctacle navrant que celui de ces êtres que les passions brutales font, en si peu d'instants, |escendre au niveau de la bête. C'étaient ces l^mes hommes qui, drapés tout à l'heure l^s cette dignité qu'ils apportent toujours à ouverture d'un de leurs parlements, avaient aiment presque grand air et laissaient échapl^r de leurs yeux, par moments, les flammes \^^ regard noble et même intelligent. Et maintenant, aux scandales de leur bruyante

orgie, se mêlaient sans pudeur ni dégoût appa rent ces femmes de caciques au visage mélancolique , aux sourcils droits, à Toeil profond dont plus d'une m'avait frappé, une surtout ai type odalisque nettement accentué et qu'or n'eût pas manqué, m'étais-je dit à part moi de se disputer ici, dans les sphères civilisées. On se demandera sans doute ce qu'en pa reille occurrence deviennent les enfants. Calmez mères, calmez vos très-justes appréhensions Les jeunes 611es et les tout jeunes gens ne son pas admis aux parlements. Quant aux enfants i la mamelle que l'on ne peut laisser à la maison ils sont liés dans une pièce d'étoffe, puis ficelé^ dans une écorce d'arbre qui leur sert de berceau. Ce procédé sommaire permet à leurs pa rents de les déposer droits ou couchés n'im porte oii, et de les transporter à cheval, assu jettis à la selle, à la façon de tout autre colis J'en vis bon nombre, ce jour-là, qui, deboutj adossés aux arbres de la forêt, semblaient jouei

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(e rôle de petits factionnaires blottis dans leurs guérites, et paraissaient d'ailleurs satisfaits de leur sort.

Nous allions nous retirer et fuir cette réunion, qwi non-seulement pour nous n avait plus d'intérêt, mais qui pouvait, à un moment donné, et vu l'état extrême d'échauflfement des têtes, nous devenir dangereuse ; mais il était écrit que nous assisterions encore à un dernier spectacle caractéristique et sauvage. Une querelle, en effet, et c'était à prévoir, venait de s'élever entre deux guerriers vigoureux et de haute stature. Dans un semblable cas, Taffaire se vide séance tenante, et les deux adversaires entament la pe/ea, lutte acharnée,. bestiale et san- B'ante, que la galerie suit avec intérêt, n'intervenant jamais que pour encourager, exciter les lutteurs. Une des phases les plus curieuses de ^eUe lutte corps à corps est celle où les cham- Pïoiïs s'empoignent aux cheveux, se renversent ^^^ le sol, et là, sur les genoux, le crâne contre

terreuse bourrent par en bas de coups de poing dans la figure. Rappelant au vieux cacique ses engagements de tout à l'heure, je fis cesser ce combat, qui déjà prenait des proportions terribles, et qui presque toujours finit par faire des victimes. Et, prenant là-dessus rapidement congé àe nos nouvelles connaissances, nous ^ous'' remîmes en route pour suivre le voyage.

Je n'abuserai plus des détails descriptifs sur I les Indiens d' Araucanie et sur leur territoire. Les , pages qui précèdent sufiiront à les faire apprécier du lecteur. Je glisse donc rapidement sur le reste de mon expédition à travers ce pays, dont j'ai vraiment regret de n'avoir pu visiter qu'un aussi petit coin. '

Donc, après avoir pris congé de l'excellent Père, nous redescendîmes dans la plaine, pour suivre une étroite vallée où, profondément encaissé dans des roches de granit ou des murs de porphyre, mugit le torrent du Malleco, qui sert actuellement ici de ligne frontière et que

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défend une série de forts. C'est à l'un de ces forts, au petit village connu sous le nom de CollipuUi, que nous fàmes demander Thospitalitépour la nuit. La lettre d'introduction que javais prise à Mulchen me fut un précieux auxiliaire, et nous fûmes Tobjet des attentions les plus gracieuses de la part de l'officier commis à la garde du fort. J'appris , grâce à son obligeance , quelques détails intéressants.

La guerre indo-chilienne est pleine de surprises et semée d'obstacles qu'on dirait insurmontables. L'Indien, sans que jamais rien ne porte à le croire, surveille de très-près les Mouvements de l'ennemi, évite toute attaque, fiais ne se lasse jamais de semer sur ses pas b embûches et les pièges. Si, à force d'audace 't de persévérance, les soldats de la république ont, de quelque côté, poussé plus en tot la ligne des frontières, ils ont le plus

[rand mal à conserver les positions acquises.

ISO LE CHILI.

Qu'une crise gouvernementale, une révolution, une guerre au Chili les rappelle vers Tintérieur, les Araucans sitôt détruisent leurs ouvrages, et tout est à refaire. Mais les pires obstacles contre lesquels se heurte à chaque pas Tenlreprise chilienne, sont ceux qu'ici présente \i nature. Ainsi est le Malleco, le fameux torreni qui, de ce côté, dresse ses bords rocheux inacj cessibles et marque tout un coin de cepetil territoire de sa profonde déchirure. Ce redouj table obstacle. Dieu sait s'il y a longtemps qu^ les Chiliens y sont arrivés. Le passeront jamais? Ils le prétendent,., moi, je l'ignore!

Les Indiens Araucans font preuve, dani l'action, du plus héroïque courage. A leurj armes habituelles qui sont l'arc et la lance, ill joignent la massue dont ils frappent des coiipl terribles; et, de plus, ils excellent à lancer lei bolas\ à jeter le lazo. Aucun d'eux ne faj

* Voir, pour la description de cet engin, Dix-huit md dans r Amérique du Sud, p. 4 47.

EXCURSION EN ARAUCÀNIE. ii)\

encore usage d'armes à feu ; mais ils ne semblent pas vraiment beaucoup les craindre, ces êtres étonnants qui à l'instant voulu paraissent avoir le secret de se rendre invisibles. Sans doulô le tir à balle et surtout à mitraille en a couché plus d'un sur la poussière; mais rarement on a pu les atteindre à boulet ; et i'officier me disait que ce tir allait être à peu près supprimé, pour le motif au moins curieux que voici : sur plus d'un point de la ligne frontière, souvent des guerriers araucans, massés sur les collines qui regardent les forts, poussent leur cri de guerre et simulent des mouvements d'attaque ayant pour but de faire tirer sur eux. Si le fort envoie en ce moment un projectile à leur adresse, ils se couchent à plat, mais observent avec soin Tendroit précis qu'a touché le boulet. Ils disparaissent ensuite; mais, à la nuit tombante, on est plus que certain de les ^oir revenir. Ils s'approchent en rampant de ^ grosse sphère de métal et soigneusement

l'emportent vers une destination et pour un usage inconnus.

La matinée du lendemain qui se trouvait être un dimanche fut partagée entre le repos, la visite du fort et les offices. L'humble église de GoUipulIi nous offrit l'attachant spectacle d'une grand'messe militaire; car ici, chaque dimanche, les soldats de la garnison tout entière non-seulement assistent, mais concourent aux offices. Les parties principales de la messe sont signalées par des roulements de tambour, et des coups de clairon remplacent les coups de sonnette.

Ces soldats, comme en général ceux de Tinfanterie et de l'artillerie chiliennes, sont Français par le « chic », la tournure et le costunie. Cette remarque, que beaucoup de voyageurs ont faite, est rendue d'autant plus frappante qu'ayant eu de tout temps le culte de la France, le Chili n'a pas seulement emprunté à l'armée française, avec ses anciens uniformes, ses règle-

mentSy sa discipline^ mais od pourrait presque encore ajouter ses dehors. C'est une gloire sans doute pour nos voisins de France qu'au figuré comme au réel on puisse dire au Chili de cette jeune armée qui vient de terminer sa brillante campagne, ce qu'on dit chez les Grecs d'une autre armée également jeune encore et déjà prête au combat : que tout, depuis le képi jusqu'au dernier bouton de guêtre, y est absolument calqué sur les « patrons » français.

Quelques lieues de cheval sur une chaussée militaire qui longe les bords du Malleco nous menèrent rapidement au village de Chihuaihue * d'abord, puis à la ville importante d'AngoI. Le chemin, sans doute, est joli, mais parsemé de croix qui, de distance en distance, semblent vouloir rappeler à ceux qui le parcourent qu'il n'est pas aussi sûr qu'on veut bien le prétendre,

^ Se prononce : tchiouaïouais. On jugera par cet exemple de l'extrême douceur de la langue indienne.

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Angol est une ville de fondation récente.

Cest la tète de ligne des forts du Maileco. Elle date de vingt ans à peine et a déjà acquis une grande importance.^Bâtie au centre même d'une très-vaste plaine qu'entoure un cercle de montagnes et susceptibled'un grand dé veloppement, elle paraît destinée à devenir, après la conquête, la capitale de TÂraucanie. Ce ne sera, nous dit-on, qu'une question de temps. Quoi qu'il en soit, actuellement du moins, le sort de ces jeunes cités ne me semble pas encore parfaitement assuré.

En quittant la ville d'Ângol, on passe à gué le fameux Maileco, puis, sur un pont, le Rio Vergara, qui coule vers Nacimiento.

On grimpe quelques jolis ceiros. A une distance de six lieues environ, on traverse également le fleuve Renaico sur un superbe pont de bois ; puis la route qu'accompagnent les fils du télégraphe, est presque droite jusqu'à Nacimiento.

Là , je repris le chemin de l'hacienda de Colcura, et peu de jours après, à Lota, sur le Pacifique, je m'embarquai à bord du steamer The Cliile pour rentrer à Valparaiso.

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