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de deux milles environ, et dont la forme étrange avait depuis longtemps déjà piqué ma curiosité. C'était moins, en effet, une île qu'un rocher, mais un rocher immense et fait apparemment d'un seul bloc de granit. On eût dit une tour ou un fort gigantesque planté en pleine mer par le génie des eaux. Flanqué de trois côtés de colonnes basaltiques , il pouvait mesurer près de cent mètres à pic : un seul côté semblait incliné vers la mer, à la façon d'un toit des plus aigus, et sur la plate-forme apparaissaient à peine quelques maigres échantillons d'une étrange végétation.
Cette île, on l'appelait la isla de las Cabras (l'île des Chèvres), et c'était bien le but de notre charmante excursion. Voilà tout ce que mes questions avait pu jusqu'alors amener de réponses.
Sensiblement nous nous en rapprochions.
Les mouettes et goélands n'avaient cessé de nous faire cortège; et pour passer le temps,
nous adressions à tour de rôle à ces innocents compagnons des balles le plus souvent perdues naturellement.
Mais nous voici touchant enfin le but, et je vais donc avoir la clef de tout ce mystère. Nous contournons le rocher pour stopper du côté de sa face accessible ; on découple les chiens, qui s'élancent aussitôt, à la nage d'abord; puis bientôt à l'assaut. Nous restons un moment à contempler le spectacle des efforts inouïs de ces pauvres bêtes risquant une ascension dont je les eusse à peine cru capables ; et, lorsqu'ils sont à mi-chemin, le petit vapeur s'éloigne et va se camper plus loin en face du rocher. On se partage les armes, on charge et on Tattend. Bientôt les grosses voix des chiens se font entendre, et sur les crêtes vives tranchant sur le ciel bleu apparaissent çà et là de gracieux animaux que tout d'abord je prends pour des chamois. Ce sont de pauvres chèvres, aujourd'hui complètement sauvages, il est vrai, que
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ces messieurs de Lofa ont, il y a quatre ans, lancées au nombre de cinquante sur ce rocher qui fait partie de leur propriétté.
Le feu commence..., mais sans résultat apparent. Il faut tout dire : notre bateau remue, et nous tirons à balle à des distances variant de deux à trois cents mètres. A chaque décharge, les chèvres affolées quittent brusquement leurs retraites et disparaissent à nos yeux; mais les chiens les relancent, et le tir reprend de plus belle.
Tout à coup l'un de nous pousse un cri de triomphe ! Une malheureuse chèvre oscille un instant sur le roc, culbute et violemment va s'abtmer dans les flots. Etrange, Tâme du chasseur!... Loin d'exciter notre pitié, ce spectacle navrant redouble notre ardeur, et nous ne cessons le feu que lorsqu'au bout d'une heure, huit chèvres ont fait le panache, dont deux me reviennent de droit.
Aussitôt on s'occupe de repêcher les morts;
car la chèvre est un régal autant pour nos marins que pour les gens de Lota. Nous rappelons les chiens, qui n'en finissent pas d'opérer la descente, et nous font rire aux larmes des précautions qu'ils prennent pour ne point se laisser choir. Serrés l'un contre l'autre, ils rampent sur la roche et ne posent qu'en tremblant et comme d'un commun accord une patte devant l'autre. Enfin ils nous abordent-, on les repèche à leur tour, et nous rentrons joyeux de notre expédition.