ÉTAT PHYSIQUE ET POLITIQUE DEPUIS LA CONQUÊTE
Les provinces argentines possèdent, depuis la conquête , une population composée d'éléments hétérogènes. Les Créoles sont les descendants de race pure , des Européens qui vinrent à diverses époques s'établir dans le pays.
Les Mulâtres, issus d'un blanc et d'une négresse, forment à peu près la cinquième partie de la population. Une moitié de cette race se compose d'hommes libres, l'autre d'esclaves. Les Métis proviennent du blanc et de l'indigène américain ; les Zamhi du nègre et de l'Indien.
Il serait inutile de s'étendre longuement sur les mœurs et les usages de cette population coloniale : on y retrouve le caractère espagnol, exagéré en certaines localités par l'ardeur du.
climat, altéré, en d'autres lieux , par la rareté des communications, et partout soumis à l'induence du croisement des races , à celle de la privatioa de certains objets d'art ou de luxe, à celle enfin d'une existence que la terre et le ciel voudraient rendre indolente et heureuse, mais qui est sans cesse troublée par le voisinage des animaux malfaisants , par les incursions des Indiens, et par la politique de l'Europe. Le caractère de ces colons ressortira suffisamment d'ailleurs des détails historiques dans lesquels nous entrerons à leur sujet.
Il est encore ici une classe d'hommes que nous ne devons pas omettre de signaler; c'est celle à^s Péons ou pâtres des plaines. Si les Indiens offrent le triste spectacle d'une race sauvage qui n'a pu entrer dans les voies delà civilisation, les Péons présentent celui, non moins déplorable, d'une rao jadis civilisée, que le temps et la so iitude ont réduite à l'état sauvage.
BUENOS- AYRES , PARAGUAY, URUGUAY
Descendants des anciens patres es-
Eagnols , les Péons gardent d'innoinràbles troupeaux dans les i)Iaines désertes du Tucuman, du l^iraguay et de l'Uruguay. Toujours armés du poignard, toujours montés à cheval, ils ne connaissent d'autres lois que celles du besoin. La vie de leurs frères est à leurs yeux du même prix que celle d'un mouton ou d'une vache , et, pour la plus légère offense, ils commettent un meurtre. La passion brutale remplace chez eux le sentiment de l'amour ; et quand ils peuvent enlever une femme créole, ils se livrent entre eux des combats acharnés pour s'en disputer la possession. La malheureuse devient la femme du vainqueur , et vit avec lui jusqu'au moment où un nouvel assassinat la livrera à un second époux.
Les Péo)is dorment sur une peau de bœuf; ils ne se nourrissent que de viande de vache à demi grillée ; ils boivent dans un crâne de cheval ou une corne de bœuf. Passionnés pour l'eau-de-vie, ils se disputent à coups de couteau les provisions que les Créoles leur en vendent. Excellents cavaliers d'ailleurs et fort habiles à manier le laço, ces pâtres sauvai^jes ont été utiles aux indépendants , a l'époque de la révolution , quand l'espoir du butin a pu les attirer sur le théâtre de la guerre {\oy. pL 8).
Les bestiaux, dont l'importation est due aux Européens, se sont multipliés dans une progression qui déconcerte tous les calculs. Rien n'est plus commun que de rencontrer des troupeaux de 8 a 10,000 bœufs. Plusieurs propriétaires ont jusqu'à 100,000 bêtes à cornes ; mais beaucoup en possèdent 20, 30, 40 et 50,000. Dans les missions des Guaranis on a vu des troupeaux de 30,000 brebis ; le plus gros bœuf ne s'y vendait qu'une piastre.
Les chevaux n'offrent pas un phénomène de multiplication moins étonnant, et il n'est pas rare de voir des propriétaires qui en possèdent cinq ou six mille. Généralement ils sont inférieurs aux chevaux andalous sous le rapport de la taille, mais non pas se us celui de la force ni de l'agilité.
T/industrie agricole était à peu près nulle dans les premières années de la conquête. La guerre de la révolution erï a retardé les progrès; mais il y a lieu d'espérer que la paix ne tardera pas à lui rendre l'impulsion qu'elle avait perdue. Les colons cultivent le maté, la canne à sucre, le cotonnier, les principales céréales, divers arbres fruitiers, dont une grande partie a été importée d'Europe, le tabac, l'indigotier, etc.
Trois états divisent aujourd'hui cette vaste contrée : le Paraguay, la Con- Jédération buénos-a7jrienne et V Uruguay.
Le Paraguay est à l'Amérique du Sud ce que la Chine est à l'Asie, un sanctuaire également impénétrable pour le commerce , pour la science et pour la politique.
Cette contrée , démembrement de l'ancienne vice-royauté de la Plata , offre le spectacle , étrange sans doute, mais non pas inouï, d'une nation qui, courant impétueusement à la liberté, s'est arrêtée , honteuse et tremblante , à la voix d'un despote. Un homme s'est constitué dictateur perpétuel dans une république ; il s'est déclaré, sans obstacle, l'arbitre suprême des destinées de son pays; il a pris dans sa main la vie et la mort du peuple !
Mais a-t-il agi par conviction ou par ambition? dans l'intérêt de ses compatriotes ou dans le sien ? La réponse a ces questions sortira d'elle-même des détails que nous donnerons, sans colère et sans passion , quand nous aurons à parler du docteur Francia.
On a débité bien des contes sur cet homme exi:aordinaire, qui, retranché derrière les fleuves et les déserts , au cœur de l'Amérique sauvage, met encore en avant ses décrets et ses satellites pour repousser les perfides présents de la vieille Europe. INous rétablirons quand il en sera temps la vérité à son égard ; et ici elle est d'autant plus importante que l'histoire moderne du Paraguay se résume tout entière dans celle du dictateur, cet héritier de la politique et du pouvoir des jésuites.
L'UNIVERS
Le Paraguay, dans ses limites actuelles, est compris entre les 20*^ et 28« degrés de latitude australe, 56" et 61*" de longitude occidentale. 11 se trouve pressé entre l'empire du Brésil et les plaines interminables du grand Chaco , séparé , de l'un , par le lleuve Parana, qui forme une frontière naturelle à l'est et au sud, et des autres , par le Rio-Paraguay , qui coule à l'ouest et lui donne son nom. Sa plus grande longueur est de 180 lieues communes , sur une largeur d'environ 100 lieues. Sa surface n'offre qu'une plaine unie , entrecoupée de bois , de lagunes et d'un petit nombre d'élévations, qui ne détruisent pas sensiblement riiorizontaiitédu terrain; les plus hautes montagnes, qui se trouvent vers le N.- O. , s'élèvent à peine à 200 mètres au-dessus de leurs bases. Cette plaine n'est composée que d'une mince croûte de terre, recouvrant la roche massive, et cependant elle est, en général, d'une grande fertilité; mais, en certaines localités , il n'y a pas assez de bon terrain pour la culture.
Plusieurs affluents du Rio-Parana charrient des cornalines et des gangues de cristaux. Il existe une carrière d'aimant près Yati , vers le 26*= degré. Les minéraux sont d'ailleurs fort rares, et, quant au sel, les habitants se le procurent en ramassant les efflorescences blanches qui couvrent les vallées dans la saison de la sécheresse. Ils les font dissoudre, les filtrent ensuite, et en font bouillir la lessive, pour opérer la cristallisation.
Le coton, les pistaches, la canne à sucre , le manioc , le blé et le tabac sont des articles importants pour l'agriculture du pays; ils pourront même lui procurer de grandes ressources quand il aura recouvré sa liberté.
Le dictatorat du Paraguay possède une population d'environ 250,000 âmes. Sur ce nombre, V Assomption, capitale, y est comprise pour 12,000, et Villa-Rica, pour 4000. Le pays des Missions^ sur la rive droite du Parana, au S.-E. de l'Assomption,
comprend huit peuplades d'Indiens , et quelques milliers de blancs, qui y ont acquis des terres , depuis l'expulsion des ésuiles.
L'Assomption , sur la rive gauche du Paraguay, est une ville fort irrégulière, dont l'aspect a été entièrement bouleversé par le docteur Francia. On y remarque la cathédrale , plusieurs casernes , le séminaire et le palais de l'évéque.
Les autres villes principales sont Curuyuatij , Neemhucu, ou Fiila dal Pilar, Conception, Filla de S an- Pedro, Ytapuaj et Tévégo , fondée par le dictateur. Chacune de ces villes, ou plutôt chacun de ces villages, est le chef-lieu d'un cercle du même nom.
TéDégo , située dans les vastes solitudes du nord , est un lieu d'exil pour les malheureux qui ont encouru la disgrâce du docteur Francia; Itapua^ dans le territoire des Missions, a acquis une certaine importance, depuis qu'une douane y a été établie.
La Confédération buéjnos-ay- RiENNE comprend quatorze provinces , dont chacune, à l'exception de la seconde, reçoit son nom de celui de son chef-lieu : l*^ Buénos-Ayres , 2° Entre-Rios , 3" Corientes , 4" Santa-fé, 5* Cordova, 6° Santiago del Estero, 7* Tucuman, 8° Salta ,"9° Jujuy, 10" Catamarca, 11° Rioja, 12° San-Juan, 13" San-Luis , 14° Mendoza.
Nous verrons, dans la suite de cette notice , que , pendan* l'administration éclairée et paternelle de Rivadavia , ces provinces se réunirent , sous la dénomination de République argentine. Cette union ne devait pas être de longue durée; aussi IM. Balhi faitil observer, avec raison, qu'il ne faut pas prendre, cette fois, le mot de confédératioji dans un sens absolu , mais relatif à l'état où se trouvent ces pays , état qui ne laisse aucun inoyen d'en déterminer, avec exaciitude, ni le titre, ni les divisions administratives.
La population de cette confédéra- , tion peut être évaluée, très-approximativement, de 650,000 à 700,000 âmes.
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Indiscne Raufleute
BUÉNOS-AYRES, PARAGUAY, URUGUAY
Buenos- A yres est le siéi^e d'im évéché, (l'une université, (Pune académie de jurisprudence , et d'une société littéraire, fondée |)ar IM. Rivadavia.
La ville est située sur la rive droite du Rio de la Plata. Son port, eneonibré par plusieurs bancs de sable , ne peut donner accès aux ,i;rands navires; ceux-ci s'arrêtent à la baie de Harragan. Parmi ses édilices les plus remarquables, on peut mentionner la catliédrale, l'botel des monnaies, le grand hôpital, la banque, l'église de Saint-François , celle de la Merci et la chambre' des députés. Elle possède plusieurs collèges pour les deux sexes, un laboratoire de chimie , des cabinets de physique et de minéralogie, et la plus riche bil)liothèque de toute l'Amérique méridionale , Le nombre des volumes s'y élevant à 20,000. En 1826, on publiait dans cette ville 17 journaux.
Les deux plus belles rues sont celles de Santa-Trinidad et Della-Victoria.
La première traverse la ville dans presque toute sa longueur, et aboutit au portail de la cathédrale. Les maisons , assez bien bâties , sont généralement situées entre deux jardins. La quantité de boue qui obstrue les rues a rendu indispensable l'usage des trottoirs ( voy. jo/. 13 et 14 ).
La population de Buénos-Ayres flotte actuellement entre 65 et 70,000 âmes. Son commerce est fort important, et en fait, sous ce rapport, une des principales places du nouveau monde. Il consiste, pour les exportations , en espèces monnayées d'or ou d'argent, pour une valeur moyenne de 20,000,000 de francs; en cuirs de bœul's , vaches et taureaux , pour 15,000,000; en peaux de cheval, de tigres, de loups, de chinchillas et autres; en viandes salées, plumes d'autruches, suif, graisse, cornes, médicaments, etc., ensemble pour 5,000,000 de francs, ce qui porte à 50,000,000 la valeur totale des exportations. Celle des importations surpasse la première de 4 à 5 millions.
Ce mouvement si important a attiré à Buénos-Ayres environ 4000
iVnglais et autuntde Français. Un traité de commerce et de navigation , conclu, le 2 février 1825, entre les provinces-unies de la Plata et la Grande- Bretagne, assure aux sujets de cette dernière puissance des avantages dont les Français ne jouissent pas; et cependant, un estimable écrivain du pays aflirme que la disposition naturelle des esprits de ses conipatriotes les porte a donner, sur plusieurs points , la préférence aux goûts et aux usages de la France (*). Le commerce avec les Indiens Pampas surpasse la somme de 100,000 dollars (500,000 fr. ) ; il consiste en plumes , brides , sel et laines (**).
On remarque , dans la même province, la petite ville de Barragariy avec une belle baie, où s'arrêtent les gros navires , qui ne peuvent aborder à Buénos-Ayres ; \eïort Jndependencia et la Bahia-Blanca. Le groupe des îles Malouines appartient à cette province; le gouvernement de Buénos- Ayres y a fondé une colonie (***).
(*) On lit dans le Journal de la marine et des colonies, du mois d'aoiit i834. «La convention préliminaire à nn traité de commerce et d'amitié entre Buénos-Ayres et la France, a été signée le i5 mai dernier par M. Mendeville, consul-général français, et par M. le général Guido, commissaire du gouvernement argentin. On attend la ratification de la chambi'e des députés de la lépubiique; aussitôt qu'elle sera obtenue, la convention sera soumise à la ratification de notre gouvernement. On assure que la population française et notre commerce, en outre de toutes les garanties désirables , ont obtenu , par cette convention piéliminaire , les avantages dont jouissaient les nations qui les premières reconnurent officiellement l'indépendance de Buénos-Ayres.
Mais l'on sait déjà que la présentation de ce traité a excité la plus vive opposition dans le sénat argentin, rempli de dispositions hostiles contre la France, dispositions qui paraissent lui être inspirées par les intrigues des agents anglais. »
(**) Voyez à la pi. i5, une boutique de marchand indien de Buénos-Ayres.
(*"*) Voyez pour la description des îles Malouines la Notice sur la Patagonie.
L'UNIVERS
La population de la province entière est de 160,000 âmes.
VEntre-Iiios^ province ainsi nommée parce qu'elle est pressée entre deux ileuves, le Parana et l'Uruguay, est la première au nord du Rio de la Plata.
Sa population est de 30,000 âmes. On n'y trouve qu'une seule ville , celle de Baxada; encore est-elle peu importante. Elle est sillonnée par une multitude de petites rivières, qui donnent à son territoire une fertilité remarquable. L'agriculture et les pâturages forment la richesse de cette province, dans laquelle une compagnie anglaise entretient une colonie d'agriculteurs.
Le Corrientes est également situé entre le Parana et l'Uruguay , audessus d'Entre-Rios. La ville de Corrientes, son chef-lieu, peuplée de 3000 habitants , est placée à peu de distance du confluent du Parana et du Rio-Paraguay , à l'occident de la fameuse lagune d'Ybera^ cette vaste nappe d'eau à laquelle les géographes, qui copient Azara, ne donnent pas moins de 50 lieues d'étendue. Un voyageur éclairé, et digne de foi, M. Parchappe, réduit ce chiffre à 15 lieues, et , sur le terrain que les cartographes indiquent comme inondé par cette lagune , il a vu de fertiles coteaux , de grandes forêts de palmiers , des champs cultivés et des peuplades indiennes. Le Corrientes comprenait le territoire des Missions , dont toutes les villes et tous les villages , sans en excepter le chef-lieu, Candelaria , ont été détruits depuis long-temps. On évalue à 50,000 le nombre des habitants de cette province. Les naturels cultivent le tabac, le coton, la cochenille, le café et la canne à sucre. Ils fournissent encore au commerce de Buénos-Ayres, du miel, des cuirs, des pelleteries et des bois de construction. Les tanneries de Corrientes jouissent de quelque réputation.
Santa-Fé^ sur la rive droite du Parana , en face d'Entre-Rios , à environ 100 lieues au nord de la province de Buénos-Ayres , ne possède qu'une population de 15,000 âmes, dont 6000 appartiennent au chef-lieu du môme
nom. Le^' habitants sont peu industrieux, et se consacrent exclusivement à l'éducation des bœufs et des taureaux.
Cordova, chef-lieu de la province de ce nom, a une population de 12 à 15,000 mille âmes. Elle est le siège d'un évêché, et possède une université et une bibliothèque publique, fort déchues l'une et l'autre de leur ancien lustre. Son entrepôt commercial et ses manufactures de draps et de tissus en laine et en coton lui conservent quelque importance. On y remarque plusieurs églises assez belles. Cordova a joué un grand rôle dans les guerres civiles dont nous aurons à parler.
Cette province, située au nordouest de Buénos-Ayres, sur la route du Pérou , esé peuplée d'au moins 80,000 habitants, généralement agriculteurs et pasteurs. Son commerce et son industrie ne diffèrent pas de ce que nous avons dit, à cet égard, des provinces voisines. Conception et Carlota sont deux villes de son territoire. On compte ici plusieurs petits bourgs de blancs et d'Indiens ; mais la plus grande partie de la population est répartie dans les établissements de pâturages appelés estancias.
En partant de Cordova , si l'on suit la ligne du Haut-Pérou, la première province que l'on rencontre est celle de Sant- tago del Estero , peuplée de 50,000 âmes environ. On y trouve des bois précieux, des plantations de blé, qui rendent 80 pour 1 , des ruches à miel , des dépôts de salpêtre , des fabriques de vêtements en laine, tels que ponchos et gergas ^ et, enfin, quelques troupeaux de bœufs, de chevaux et de moutons. Cette province touche au grand Chaco et au pays des Âbipones , ce qui l'expose à de fréquentes incursions de la part des indigènes. On parle, dans la campagne, la langue quichua , et on y rencontre des cures avec des chapelles, exclusivement destinées à l'uistruction religieuse des Indiens.
Le Tucuman est l'une des provinces les plus considérables et les |ilus intéressantes de la confédération.
BUV:N0S-A Yî\ES , PARAGUAY, URUGUAY.
Klle pst située au nord de la pr^'^édcntc; sa |)0|)ulation s'éU've à 40,000 aij)es, dont le quart appartient à la capitale. On y cultive le riz , le blé , le maïs, le tabac, les melons, les oranges, reuKirquables par leur abondance et leur grc/sseur, les camotcs^ ou pommes de terre alongées , dont queîques-unes pèsent souvent de 6 à 7 livres. On y fabrique d'excellents fromages , appelés rajl, des étoffes de laine et de coton. Les pécberies des neuves et lagunes de Tucunian sont très-renommées (voy. /?/. 10). Le versant oriental d'une chaîne de montagnes qui traverse la province, est couvert de belles forets , où abondent les bois utiles , et entre autres le grenadilier. Tucuman a été érigé en évôché.
Salla et Jvjiiy sont les dernières provinces situées sur la route de Buénos-Avres au Pérou. Placées ainsi en preniière ligne dans la guerre de l'indépendance, elles ont eu à souffrir beaucoup des invasions des Espagnols.
Couvertes de belles forets et d'excellents pâturages, on y élève de nombreux troupeaux de mulets , de chevaux, de moutons et de vigognes. On y cultive le coton, le blé, l'orge, le maïs, la canne à sucre, l'indigo et divers légumes. Le miel, la cire et l'eau-devie exercent l'industrie des habitants.
Le Salta possède des mines d'or , d'argent, de cuivre, de fer, de soufre et d'alun. Adossées l'une et l'autre à la cordillère des Andes , ces provinces se font encore remarquer par eurs vallées fraîches et agréables, eurs nombreux courants d'eau et la richesse de leur végétation. Auprès de la petite ville de Jujuy se trouve un volcan d'air, semblable à ceux de Turbaco, dans la Colombie.
Les provinces de Catamarca, de Rioja, de San- Juan et de San-L^dz sont peu importantes ; toutefois , nous l'omettrons pas de signaler la ville de San-Juan, que sa population ( 16,000 âmes ) rend une des plus considérables 'le la confédération.
La province de Men.do.za, dont il «ous reste à parler , est intéressante
2*^ Livraison. (i3uÉrs'os-AYî\ES, Paraguay, Upxguay.)
surtout par le passage des deux routes {Usj)a//a(ia et Por/i/fo) qui unissent le Pérou et le Chili à la confédération du Rio de la Plata. Leur confection date de 1701. La distance de Ruénos- Ayrcs à Lima est de 1)4() lieues; elle est de 370 de la première de ces (\eu\ villes à Sant-ïago de Chili. Des relais de poste sont établis sur l'une et l'autre direction (*). Jusqu'à IMendoza, en venant du Chili, on voyage dans les Andes. Des rampes , tracées dans les rocs escarpés, conduisent au sommet de la cordillère, en un lieu appelé el yîUo de Cumbre, dont la hauteur audessus du niveau de la mer est de 2,000 toises. A cinq lieues de VAlto de Cumbrej en descendant le vallon du Rio de la Cuëva , les muletiers font arrêter les voyageurs au pont de l'Inca, formé par la nature au moyen de fontaines incrustantes ( voy. pi. 12). De distance en distance, on voit des maisons en briques solidement bâties , destinées à servir de refuge aux voyageurs surpris par les tempêtes. On descend ensuite dans les plaines de Mendoza par les défilés de Paramil'o et de Villa-Vicenzio (**). De Mendoza à Buénos-Ayres, on traverse les pampas, où les routes sont à peine indiquées par les maisons de poste , quelques rares bourgades , et les ornières tracées par les voitures. San-Luiz et Luxan sont les seules villes qu'on y rencontre.
Mendoza est une ville assez importante, où l'on remarque une place publique décorée de trois églises et d'une fontaine (voy. pi. 16). Les maisons y sont bâties en briques cuites au soleil , appelées adobes. M. Ignacio Nunez évalue à 20,000 âmes la population de cette capitale, tandis que
(*) La pi. n" 9 représente un de ces relais. On y voit les postillons qui font rentrer les chevaux dans le corral , enceinte formée de pieux fichés en terre. C'est là qu'ils les lacent l'un après l'autre pour les remettre aux postillons, qui lies équipent à mesure et les attachent.
(**) Yoycz le Voyage autour du monde de la T/iétis. Paris, 1828.
L'UNIVERS
M. Balbi ne l'estime qu'à 7,000. Des données récentes nous portent à croire que ce dernier chiffre , peut-être un
f)eu faible , se rapproche davantage de a vérité.
L'ÉTAT ORIENTAL DE l'UrUGUAY ,
ancienne provincede Montevideo, après avoir fait partie de la vice-royauté sous le titre de banda-orientale, fut envahi par les Portugais, et annexé à l'empire dn Brésil sous le nom de Province-Cisplatine. Objet de la dernière guerre entre Buénos-Ayres et le Brésil , ce pays a été constitué en république. Il confine, au nord et à l'est, avec l'empire brésilien ; le fleuve Uruguay le sépare , à l'ouest , des provinces d'Entre-Rios et de Corrientes, qui font partie de la confédération buénos-ayrienne ; au sud , il est baigné par l'océan Atlantique et le Rio de la Plata. Cinquante mille habitants seulement composent la population de cette république, dont la profondeur est d'environ 140 lieues communes sur 80 de largeur. Autrefois cette population s'élevait à 70,000 âmes ; et la seide ville de Montevideo , qui n'a plus que 10,000 habitants , en avait alors plus de 20,000; mais la guerre de l'indépendance, qui semblait avoir choisi cette province pour son théâtre de prédilection , et surtout la déplorable administration du dictateur Artigas, ont amené ce fâcheux résultat de dépopulation. La république est divisée en neuf départements, dont les chefs-lieux, pour la plupart, ne sont que de chétives bourgades. Les campagnes sont de vastes solitudes où dominaient, avant leur extermination, les Indiens Charruas. L'homme n'a rien fait jusqu'ici pour cette contrée, où la nature a déployé un grand luxe de fertilité et de beautés pittoresques. Le climat est tempéré ; l'air y est doux et salutaire. Le pays entier est traversé par une chaîne de collines boisées, d'où s'échappent une multitude de ruisseaux et de rivières. Les vallons , dont la fraîcheur est incessamment entretenue par des eaux pures et limpides , les verts coteaux et les gras pâturages nourrissent une prodigieuse
quantité de bœufs et de chevaux sauvages.
La préparation des cuirs , la salaison des viandes , les fontes de suif, les peaux de daim et de chinchilla constituent l'industrie et la richesse de cette province. Depuis les derniers événements , le commerce y est déchu de son ancienne prospérité.
Montevideo y chef-lieu et principale ville de la république , est bâti en amphithéâtre sur la rive gauche du Rio de la Plata. Son port, exposé à la violence du vent d'ouest nommé pampéro , n'en est pas moins le plus sûr de la Plata. Les maisons, pour la plupart, n'ont qu'un seul étage; elles sont bâties en briques et surmontées d'une terrasse dans le goût italien.
Les rues n'y sont point pavées.
Colonia et Maldonado {\oy. pL 11) ont également chacune un port sur la Plata ; ce sont des villes peu importantes. La première possédait un fort et des remparts; mais, aux termes de la dernière convention entre le Brésil et Buénos-Ayres, ces fortifications, ainsi que celles de Montevideo, doivent être démantelées. Florida est une petite ville de l'intérieur, qui a été, pendant un temps , le siège du gouvernement.
Les autres villes ou villages, capitales des provinces de leurs noms , sont des lieux de nulle importance et qui méritent à peine d'être mentionnés : Canelones , San-José, Soriano , Paisandu, Duragno et Cerro-Largo.
Tel est l'aspect des provinces du Rio de la Plata depuis la conquête. INous allons en donner l'histoire politique.