Le IJarbarchUod. Chant consacré aux exploits de Thor
RKGIONS CÎRCOMPOT. AIRES.
0. Le Ifymîsqvlda. Antre poëme à a gloire (te Thor. Il va chez le géant •fyiner, et lui dérobe une iniinense haudière, dans laquelle il boit ensuite le la bière avec les autres dieux.
i 10. V Egisdrckka. C'est le tableau 'u festin dans lequel Loki massacra ces lieux.
11. Le Thrymsqvida. Encore un hant en Tbonneur de Tbor, qui a »erdu son terrible marteau, et qui 'arrache au géant Thrym, qui le lui vait dérobé.
12. Le Hrafnagaldr Odlm, ou ]!hant magique des corbeaux d'Odin.
]'est la prédiction de la chute des lieux. Odin envoie Brngaet Loki conulter Duna, une des divinités qui re- •résentent le Destin dans la mytho- 9gie Scandinave. Mais la propbétesse arde un silence funèbre, et les messaers d'Odin s'en retournent tout alarnés.
13. Le J'egtamsqvîda. Odin, tourlenté par un songe de son bien-aimé {cikier, se rend lui-même aux enfers, eus le nom de Fegtam ^ et apprend e la déesse de la mort que le sort a iro nonce des arrêts terril) les et irréocables.
14. Le FiôlsvinnsmâL Poëme obsur qui raconte la mésaventure d'un eune homme dont la fiancée est deenue celle d'un autre.
15. Le Hyndluliody ou la Petite 'oluspâ, espèce de table généalogique •ar laquelle un scalde voulut consarer la gloire d'une famille princière.
IG. Le Groiigalldur, ou le Chant nagique de Groa. Une mère sort de a tombe pour enseigner à son fils les ecrets de la sorcellerie, et le préserer de l'influence des mauvais esprits.
17. Le Grottasaungr. C'est un chant ur le moulin à bras avec lequel ''roddr, roi de Danemark , força les eux géants féminins Fénia et Ménia
broyer de l'or.
18. Getspeki Heidreks Kong s. C'est me série d'énigmes qu'Odin, sous le lom de Gestur Blindi , propose au oi Heidrek. Chaque question est suiie de sa solution.
i 19. Folundarqvida. Poëme histo-
rique sur un prince fmnois uonuné Voliuid, etsurINidud, roi de Suède.
20. Le Helgnqvida Iladdlngiaaknda. Chant de même nature sur un prince norwégien de ce nom.
i21-38. Récits poétiques des exploits (de plusieurs guerriers célèbres parmi les Goths, les Franks, les Huns et les Scandinaves. Au nombre de ces récits, celui des aventures de Sigurd est le plus remarquable. Nous allons en donner une analyse rapide.
La plupart des héros du Nord débutent par un combat avec un serpent. Vaincre un dragon furieux est l'exploit le plus difficile et le plus glorieux. Sigurd Ring ne fait pas exception à la règle. Il tue un serpent monstrueux nommé Fafnir, dont les immenses trésors sont convoités par le nain Regin, qui a élevé Sigurd. Notre héros, de peur d'être trahi par son maître , l'assassine , enlève l'or du serpent, et s'en va courir les aventures. Il rencontre la belle Brunhilde, qui, de Valkyrie qu'elle était, est devenue une simple femme par l'ordre d'Odin, qui a voulu la punir de lui avoir désobéi. Elle enseigne à Sigurd l'art des runes, et l'initie aux secrets de la magie. Elle devient ensuite sa fiancée. Mais Sigurd, au mépris de sa promesse, épouse Gudrun, fille de Giuke et de Chrimhilde, sœur de Gunnar et de Hogni. Gunnar demande Brunhilde en mariage; mais elle déclare que celui-là seul la possédera qui traversera sain et sauf un bûcher enflammé. Sigurd sort triomphant de cette épreuve, et il épouse Brunhilde au nom de Gunnar. Suivant l'usage, il passe trois nuits auprès d'elle, dans le même lit, mais séparé d'elle par une épée. Une haine implacable règne bientôt entre elle et sa belle-sœur Gudnm. Celle-ci lui a reproché d'avoir passé trois nuits avec Sigurd , et la Valkyrie ne peut oublier cet affront.
Il lui faut le sang de celui qu'elle a aimé. Un des frères de Gunnar se charge d'égorger le héros dans son sommeil. Mais alors le remords s'éveille dans le cœur de Brunhilde. Dans son désespoir, elle parcourt, comme
18* Livraison^ (Régions cibcompolaires.)
un fantôme, les grandes salles du château, faisant retentir leurs murs de ses cris plaintifs, et appelant Sigurd , que sa colère a précipité dans la tombe. Elle finit par se brûler sur un bûcher, où elle fait jeter avec elle cinq femmes et huit hommes , espérant , par ce suicide solennel , fléchir le courroux des dieux.
Gudrun, la veuve de Sigurd , n'éprouve pas une douleur moins amère:
rien ne la console, ni les discours flatteurs des jarls , ni les exhortations de ses compagnes. Elle prend le parti de s'exiler, et passe sept ans à voyager.
Mais un breuvage magique, composé par sa mère Clirimhilde, lui fait enfin oublier ses malheurs , et elle consent à devenir la femme d'Atli , frère de Brunhilde. Atli avait attribué la mort de sa sœur à Gunnar et à Hogni , fils de Giuke. Son mariage avec Gudrun , leur sœur, ne le fit pas renoncer à ses projets de vengeance. Il attire ses deux beaux-frères dans son palais et les fait charger de fers. Par son ordre, Gunnar est jeté dans une fosse remplie de serpents , genre de mort qui passait , alors , pour le plus horrible. Mais le condamné avait sa harpe, et il en tira des sons si mélodieux, que les couleuvres restaient paralysées , comme par l'effet d'un charme magique. Un aigle qui convoitait ses restes sanglants se chargea de lui donner la mort : il s'abattit sur lui et lui déchira les entrailles. Quant à Hogni, Atli lui fit arracher le cœur, qu'il fit présenter à Gudrun.
La sœur des deux martyrs tomba dans un sombre désespoir et ne rêva plus que sang et vengeance. Ses enfants étaient aussi ceux d'Atli : ils furent destinés à expier les premiers le crime de leur père; elle les tue, et présente leurs crânes remplis de vin à Atli : « Bois, lui dit-elle; cette coupe est le crâne d'un de tes fils, et ce breuvage est son sang. » Atli recule d'horreur ; mais l'implacable Gudrun se précipite sur lui et le poignarde; puis elle met le feu au palais et s'enfuit.
Com.me Bruuhilde, Gudrun voulut terminer ses jours par le suicide; mais
la mer, dans les flots de laquelle elle s'était jetée , ne voulut pas d'une femme couverte de tant de sang, et la rejeta sur un rivage lointain. Elle devint l'épouse du roi Jonakur , et eut de lui trois fils aussi noirs que des corbeaux. Quant à sa fille Svanhilde née de son mariage avec Sigurd Rin^.
Jarmerik , son époux, la condamna pour crime d'adultère à être écrasée par des chevaux. Mais sa beauté arrêta la fureur des coursiers, et il fallut l'enfermer dans un sac pour qu'ils la foulassent aux pieds. Alors la haine et la fureur remplissent encore le cœur de Gudrun : elle excite le ressentiment de ses fils et les pousse à la vengeance ; mais elle meurt épuisée par la violence de ses émotions.
Telle est l'histoire sanglante de Sigurd et de sa famille. Ce poème peut être considéré comme un modèle d'ancienne poésie Scandinave. Il retrace fidèlement les mœurs de ces temps grossiers,où hommes et femmesavaient toujours le glaive à la main. Il commence avec éclat et originalité la série des traditions historiques sur les familles royales du Nord : c'est tout à la fois un document et une œuvrci poétique. j,
Nous aurions voulu pouvoir donner par une analyse exacte une idée des autres parties remarquables de l'Edda de Sœmund , et notamment de celles qui exposent les dogmes de la mythologie et de la cosmogonie Scandinaves ; mais l'espace nous manque pour un pareil travail, et nous ne pouvons que renvoyer, comme nous l'avons déjà fait, aux premières pages de l'histoire de la Suède (*) , où l'on trouvera un résumé à peu près complet de ces croyances et de ces traditions.
lia seconde Edda, ou Eddci prosaïque, est l'œuvre de Snorre Sturleson.
Avant de parler de l'ouvrage, disons quelques mots de l'auteur, dont le nom est le plus imposant de la littérature islandaise.
Snorre naquit en 1178 àHram, dans
(*) Tome IV de VEurope dans la collection de V Univers pittoresque.
RÉGIONS CIRCOMPOLAIRES.
^Hrnmsfiord. A trois nus, il fut envoyé Od(l;i, où il fut élevé par J on l.optsoii, omme riche et instruit, et petit-fils (' Sceniund Frodœ. La lecture desuiauscrits que possédait son précepteur is[)ira an jeune Snorre Taniour de la ocsie et de Thistoire, dans lcs(juelles
icussit à tel point (|u'il ne tarda pas
acquérir une grande réputation lit- Maire. A la mort de son tuteur (1197),
(juitta sa retraite d'Odda , et épousa I lille d'un riche prêtre qui habitait ov'j,, sur la rive occidentale du Bor- ;ii liord; ce mariage ajouta quatre mille xdalers à la petite fortune que son vrc lui avait laissée. Au bout de (iclques années, il se trouva propriélire des biens de son beau-père , et ossesseur de Reykholt, de Bessestad t de plusieurs autres fermes considéibles. Son influence et sa renommée accrurent à tel point qu'on le vit sou- :^nt paraître à l'assemblée nationale ^ec une suite de huit ou neuf cents ersonnes. Son instruction et Thabileté ont il avait donné plus d'une j)reuve li valurent enfin le titre de lôgsôuiriadr, ou magistrat suprême.
Mais la célébrité de Snorre Sturleson e fut pas renfermée dans les bornes troites de sa patrie. Un poëme qu'il vait composé en l'honneur de Hacon raiin, un des plus puissants jaris de iorwége, non-seulement lui attira la iveur de ce prince , mais encore lui rocura l'occasion de faire un voyage ir le continent, en 1218. Il fut acueilli avec distinction par plusieurs iniilles nobles, mais surtout par un irl nommé Skule. Peu de temps après on arrivée en Norwége, il fut élevé
la dignité de drottseti, ou grand laréchal , et il s'engagea, en retour,
soumettre son pays à la domination u roi, par la seule influence de sa paole et de son nom. La seule considération qui puisse justifier la conduite oupable de Snorre dans cette circons- Jince, c'est qu'il voulait préserver l'Isinde d'une invasion à main armée n'avait projetée le roi de Norwége.
.es querelles particulières dans lesuelles il se trouva mêlé après son rejur dans son pays , l'empêchèrent de
mettre son plan à exécution, si tant est qu'il y eiU jamais songé sérieusement. Ces querelles, occasionnées par son ambition , son orgueil et son esprit turbulent, le firent tomber du rang auquel ses talents et la faveur des princes l'avaient élevé. Bientôt il fut nonseidement chassé de la plupart de ses domaines, mais encore obligé de chercher un asile en Norwége. 11 y fut reçu froidement, et bien (pj'il fût, quelque temps après, nommé jarl , il se crut si peu en sdreté dans ce pays , qu'il préféra retourner en Islande, malgré les ordres exprès de son premier protecteur. Il partit en 1239, s'établit dans sa ferme de Reykholt, et y fut assassiné, dans la nuit du 22 septembre 1241 , par son gendre Gissur Thorvaldson, qui en avait reçu l'ordre du roi Hacon. Un fait singulier se rattache à ce tragique événement : c'est que Snorre , tout versé qu'il était dans la connaissance des antiquités de son pays , ne put déchiffrer une lettre en caractères runiques, qu'on lui écrivit la nuit même du meurtre, pour le prévenir du danger qui le menaçait.
C'est à l'homme dont nous venons de retracer en quelques lignes l'existence agitée que l'Islande doit l'Edda prosaïque. Cet ouvrage, dont une copie manuscrite existe à la bibliothèque royale, est un recueil de différents traités , destinés, les uns à rendre plus intelligible et plus populaire la mythologie des anciens Scandinaves , les autres à expliquer les passages les plus difficiles des écrivains de l'antiquité, et surtout les parties les plus nébuleuses de la poésie eddaïque recueillie par Sœmund Frodœ. Le livre s'ouvre par une préface passablement ridicule, due sans aucun doute à quelque copiste, et dans laquelle on cherche à établir la parenté des nations du Nord avec celles de l'antiquité orientale; on va même Jusqu'à vouloir prouver leurs rapports généalogiques avec les familles primitives citées dans la Genèse.
Suit ce qu'on appelle les doemisôgur ou dialogues, où sont expliqués d'une manière plus simple et plus di-
L^UNIVERS
dactigue que dansTEdda de Sœmund, l'origine des dieux, la création, les principaux événements qui doivent remplir la période de la durée du monde , la catastrophe finale , la destruction des dieux , etc. Cette œuvre a un caractère de précision et de clarté que n'a pas celle de Sœmund. Il y a entre elles toute la différence qui sépare l'ode de la narration proprement dite, la poésie lyrique de l'histoire.
La seconde division de l'ouvrage renferme le Kenningar , ou « les irtstructions, » espèce de digeste poétique ou de traité de prosodie, dans lequel les préceptes sont appuyés de citations puisées dans les chants des scaldes. Snorre y raconte l'origine de la poésie, suivant le mythe Scandinave, et y donne un vocabulaire de toi^s les noms par lesquels on peut désigner une même chose ou une même personne; ainsi on y lit cent trentesept synonymes d'Odin; vingt-quatre du mot oursj soixante-quatre Atfeu, soixante-cinq d'or, etc.
La Skalda vient ensuite. C'est la poétique de l'art islandais. Cet ouvrage contient une dissertation sur l'alphabet de la lauj^ue nationale, un grand nombre de règles de rhétorique, et l'indication de toutes les figures, de tous les tropes dont on peut faire usage (*).
On a joint à ces traités V Hâttalykil de Snorre , ou « la clef de la versification. » On y trouve expliquées la construction et la mesure des différentes es pèces de vers employés par les poètes. L'auteur cite jusqu'à cent variétés de rhythme.
s Ce ne sont pas là les seuls ouvrages de Snorre Sturleson. Il a aussi écrit une chronique fort estimée, mais dont nous nous réservons de parler un peu plus loin.
L'Edda moderne diffère essentiellement , comme on le voit , de l'Edda
(*) On peut lire avec fruil ce que dit Heiiderson dans son Iceland sur la versification islandaise. Il expose exactement les principales règles de la prosodie et les variétés de rhythme, et il cite à l'appui des exemples assez curieux.
de Sœmund. Ce n'est autre chose que la grammaire poétique, le code de l'art islandais, venus ai)rès l'inspiration créatrice. Par là s'explique naturellement la réputation de Snorre, en dehors même de son talent d'historien , ou plutôt de chroniqueur. Ses œuvres didactiques devinrent le manuel indispensable de tous ceux de ses compatriotes qui s'occupaient de poésie. On fut obligé d'en faire plusieurs éditions, et elles furent de plus en plus populaires. Cela seul eût suffi pour assurer à Snorre une grande célébrité, alors même qu'il n'eût pas mis en pratique, avec un mérite supérieur, les principes qu'il avait si bien formulés.
Nous avons cherché à donner une idée des deux Eddas, c'est-à-dire d'une des grandes divisions de la littérature islandaise. Nous allons maintenant nous occuper des Sagas.
Les Sagas. Le mot saga signifie tradition verbale, ou récit fait de vive voix. Il désigne les chroniques de toutes les époques, dans lesquelles esl' enfouie l'histoire de l'Islande et même celle d'une grande partie du Nord Nous avons déjà dit comment se sonl faites ces traditions, devenues ensuite de beaux monuments littéraires. Le; scaldes chantaient, et leurs inspira-, tions passant de bouche en bouche,] arrivaient jusque dans le bœr du pay-jj san islandais. Là, pendant les longue nuits d'hiver et les tempêtes du printemps, elles charmaient les loisirs de< habitants de l'humble chaumière , qu se plaisaient à les répéter et les apprenaient à leurs enfants. C'est ains que venaient se fixer en Islande Ie< souvenirs des exploits et des aventures dont l'Europe, et surtout l'Europe septentrionale, était alors le' théâtre Aussi est-ce à l'Islande qu'il faut avoii recours pour connaître l'histoire, l'or ganisation, l'état intellectuel et Ic; mœurs des nations Scandinaves; et comme les sagas embrassent le Nor( tout entier," elles sont également indispensables pour l'histoire des Nor niands, des Angles, des comtes dt Orcades , des aventuriers qui, sous lconduite de Rurick , allèrent fondei
REGIONS CUICOMPOLAIIIES.
au neuvième siècle l'empire russe, et (les hardis pirates que Robert Guiseard uiena à la conquête de la moitié de ritalie.
Les premières sagas sont purement héroïuues. Elles portent un caractère de rudesse et de fierté farouche qui rappelle merveilleusement les mœurs :1e l'époque dont elles nous conservent les souvenirs. Ce sont, la plupart du temps , des Islandais qui s'en vont faire lu loin le métier d'écumeurs de mer, îttaquant les navires qu'ils rencontrent, pillant, faisant des prisonniers 't ravageant les côtes septentrionales lu continent; ou bien des guerriers jui passent leur vie à donner de grands :;oups d'cpée, et à pourfendre leurs ?nnemiâ ou ceux de leurs protecteurs.
Dans ces tableaux de combats et d'aventures périlleuses, il n'y a rien qui •appelle les héros de l'épopée italienne 3t de la chevalerie française. En les isant, on croit entendre le bruit des jatailles, le cliquetis des armes, les mprécations des mourants et les chants le triomphe du vainqueur. C'est la utte sanglante, moins le sourire de la iame qui encourage le guerrier; c'est e moyen âge bardé de fer, armé de 3ied en cap, mais sans amour et sans galanterie.
Au quinzième siècle toutefois, la couleur générale des sagas se modifia sensiblement : la renommée de Roland it de ses émules pénétra en Islande ; ilors on chanta, non plus les prodiges enfantés par la valeur des fiers-à-bras, :îiais les prouesses des chevaliers et eur tendre dévouement à la dame de eurs pensées. Par une fiction à laquelle >e prêtaient les auditeurs de ces récits, m plaçait dans l'Islande même le théâ- :re de* ces galantes aventures; quelquefois on se transportait par l'esprit j>|.ns les contrées de l'Orient, et l'on y faisait accomplir des choses merveileuses par des personnages de pure invention. On conçoit que la valeur 'ntrinsèque des sagas diminua beaucoup par suite de cette tendance nouvelle, et qu'elles n'eurent plus d'autre mérite que celui des œuvres d'imagination.
Le style des sagas, à cette époque de révolution littéraire, se modifia aussi sensiblement. Celui des anciens récits était remarquable par son extrême simplicité, par son énergie et sa concision. U exprimait les choses les plus dramati(jues avec une naïveté qui, loin d'affaiblir la pensée, lui donnait une force et un relief tout particuliers. Le ton des sagas du quinzième siècle se ressent du changement opéré dans les esprits. Il est évident, en effet, qu'on ne pouvait pas chanter les Amadis de Norwége et d'Islande de la môme façon que les héros grossiers de l'antiquité. Le fond devait nécessairement emporter la forme, et c'est ce qui arriva, comme il est facile de s'en apercevoir en lisant les traditions en vogue à l'époque dont nous parlons.
Les sagas sont en très-grand nombre.
Torfœus , l'un des chroniqueurs les plus célèbres, en a compté jusqu'à cent quatre-vingt-sept. Les plus remarquables et les plus précieuses sont : l'Heims Kringla, la Sturlunga, l'Eigla, la Niala, la Gunniauga, l'Eyrbyggia, la Vatnsdœla, l'Orkneyinga , la Landnama, la Kristni etl'Hunajirvaka. Les plus anciennes remontent, par les chants des scaldes , jusqu'au neuvième siècle, sans qu'on puisse cependant suivre leur filiation d'une manière certaine, au delà du douzième. Quelques-unes appartiennent au treizième siècle, et un grand nombre au quatorzième. Le dix-septième peut aussi revendiquer sa part dans cette collection; mais les traditions de cette époque portent un cachet à part.
Snorre Sturleson est, comme nous l'avons déjà dit, l'auteur de l'Heims- Rringla saga. Cet ouvrage est un chefd'œuvre historique et le tableau complet de toute une époque intéressante.
On y trouve, non-seulement une chronique exacte des règnes des princes norwégiens, et un exposé fidèle des affaires intérieures des royaumes Scandinaves, mais encore des renseignements précieux sur la situationpolitique du reste de l'Europe, et particulièrement des îles britanniques.
La Sturlunga saga nous offre l'bis-
L'UNIVERS
toire des trois familles des Sturle, de cette puissante maison dont les membres, hostiles les uns aux autres, entretinrent si longtemps dans l'Islande le feu de la guerre civile , et qui succomba au milieu des ruines qu'elle avait amoncelées autour d'elle. Nulle part l'anarchie qui désola ce pays et la chute de la république ne sont mieux décrites que dans ce document.
De toutes les sagas , celle de Niai est la plus caractéristique et la plus attachante , tant à cause des événements dont elle contient le récit, que par les caractères qu'elle met en jeu et les moeurs dont elle présente le tableau animé. Gunnar et Niai en sont les premiers héros, et sont ensuite remplacés par leurs fils. Gunnar est un guerrier à la mode Scandinave, grand égorgeur et pillard impitoyable. Il épouse Hallgerdr, femme vindicative et violente. Bientôt des discussions entre la nouvelle mariée et la femme de Niai amènent la mort d'un serviteur de cette dernière, assassiné par un vassal de Hallgerdr. Gunnar paye le sang de sa victime avec douze onces d'argent. La femme de Niai prend sa revanche, et Niai est obligé de rendre, pour le meurtre du serviteur de Gunnar, les douze onces qu'il en a reçues. Cet usage, qui faisait de la vie d'un homme inférieur une marchandise achetable au poids de l'or, est, à coup sûr, un curieux trait de mœurs et jette une vive lumière sur la législation pénale de l'Islande. Hallgerdr fait ensuite, à l'insu de son mari, piller et incendier la maison d'un nommé Otkell. Gunnar, la voyant parée d'ornements qu'elle ne possédait pas la veille , lui demande l'explication et l'origine de ce luxe inusité. Elle lui répond que cela ne le regarde pas. Gunnar réplique par un soufflet, et Hallgerdr jure qu'elle se vengera tôt ou tard. Otkell vient attaquer Gunnar, pour lui faire rendre gorge et le punir du vol exécuté par ordre de sa femme; mais le pauvre paysan est tué avec tous ses compagnons. Accusé devant le tribunal de i'althing, Gunnar, secondé par les intrigues de Niai , le Nestor ou plutôt
ar est Il s'é.£ tté lesF de ses|.j
ruiysse de la saga , triomphe de ses adversaires, et s'en revient absous.
De nouvelles querelles et de nouvelles agressions suscitent à Gunnar un nombre formidable d'ennemis acharnés. Cette fois, toute l'éloquence et l'adresse de Niai , qui cherche à séduire ses juges, échouent contre le ressentiment du parti opposé. Gunnar est condamné à trois années d'exil loigne ; mais à peine a-t-il quitté rives de l'Islande, que l'aspect de montagnes réveille en lui , avec une force irrésistible, l'amour de la patrie. Le sort en est jeté; il regagne sa demeure, au risque d'y trouver la mort. Nouveau trait de mœurs, qui peint bien l'attachement extraordinaire des Islandais pour leur pays natal. A peine de retour, le proscrit est assailli dans sa maison par ses ennemis furieux.
A l'aide de son arc et de ses flèches, il tue les premiers qui osent se présenter. Mais un assiégeant, plus heureux et plus adroit, parvient à couper la corde de l'arc. Alors Gunnar ordonne à sa femme de prendre une mèche de ^es cheveux , et de la tordre pour en faire une nouvelle corde. « Cela t'est-il absolument nécessaire? lui dit- elle.
— Il y va de ma vie , répond Gunnar.
— Eh bien , je n'obéirai pas ; souvienstoi du soufflet , et du serment que j'ai fait de me venger ! » Quelques instants après, l'intrépide guerrier tombejl baigné dans son sang, et expire souS|f les coups des ennemis.
Ici la saga fait paraître sur la scène les fils de Niai. Émules de Gunnar, qui a laissé de si beaux exemples à suivre, ils parcourent les mers en vrais pirates, et quand ils reviennent en Islande, leur brutalité excite contre eux de puissantes inimitiés. Ils sont, eux aussi, attaqués dans leur demeure. Le vieux Niai, prévenu à temps, ne veut pas fuir, et attend de pied ferme. L'ennemi met le feu à la maison, et alors commence une scène de confusion et de terreur que la simple énergie du chroniqueur peint admirablement. Les fils du vieillard tombent sous le glaive de Flosi, le chef des assaillants. Niai vn être atteint par les flammes; on lui
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fmet de sortir avec sa compni^ne et !8 autres femmes qui liabitent le même bit; mais il refuse et les femuies aussi; rhor, son petit-fils, veut aussi mourir uprès (le llii. Le moment suprême est rrivé. Wial et sa femme s'étendent br leur couehe, mettent le jeune en- |int au milieu d'eux, et la maison, ['écroulant avec fracas, les ensevelit 'ous ses débris enflammés.
' Un seul membre de cette malbeu- 'euse famille- avait écbappé à la mort; "était Kari, gendre de Niai : à peine '-t-il rendu les derniers devoirs aux lestes de ses parents, retrouvés au pilieu des décombres, qu'il songe à les enger. Il parcourt le pays, racontant p cruauté de Flosi, faisant l'éloge de ï bienveillance et de la sagesse de Niai, xcitant les passions contre l'un, et lisant à cbacun le panégyrique de autre. Par là, il attire sous sa banière un grand nombre de personnes t s'assure le concours de plusieurs îmilles puissantes. A l'époque de l'assemblée nationale, il se rend à Thingalla, suivi d'une petite armée de parisans. Flosi, qui a peur, va consulter n homme de loi. Celui-ci commence ar lui déclarer que sa cause est-très iiauvaise, et retuse de défendre un irigand tel que lui. Mais Flosi lui offre m riche bracelet d'or comme témoi- ;nage de confiance, et le jurisconsulte, hangeant aussitôt de langage, trouve a cause éminemment juste , et annonce |u'il s'en chargera volontiers. Troiième trait de mœurs, qui prouve qu'en slande, et à cette époque de barbarie, es hommes de loi avaient la même ,eputation que celle qu'ils ont eue plus ard chez les nations civilisées. Mais a querelle ne devait pas se vider si pa- ;ifiquement. Le lendemain, les deux )artis s'attaquent avec fureur, et il Vensuit un combat sanglant qui dure out le jour. Enfin, un vieillard pro- )ose de déférer le jugement à des ar- Jitres. On accepte, et Flosi est con- Jamné à trois ans d'exil.
■ Kari n'est pas satisfait. Il marche sur les pas de ses ennemis qui ont pris la fuite. Il les surprend dans des embuscades, et les décime impitoyable-
ment. Il les poursuit en tous lieux, et arrive, sur leur trace, en Norwége Un soir, chez un jarl, dans le palais duquel il s'est introduit furtivement, il entend un des compagnons de Flosi raconter la nuit terrible où Niai fut écrasé avec ses enfants par les murs embrasés de sa demeure. Kari écoute en frémissant derrière une porte, et reste immobile. Mais il entend dire qu'un de ses frères a pleuré avant de mourir, et, d'un bond, il s'élance, la hache à la main, sur le calomniateur, dont la tête roule h ses pieds.
La haine mutuelle des deux guerriers ne fit que s'accroître avec le temps. Mais la religion du Christ s'établit en Islande et renversa les autels des dieux qui ordonnaient la vengeance et le meurtre. Kari et Flosi étaient devenus vieux , et ils se firent chrétiens. Peu à peu, la parole des prêtres, qui, du haut de la chaire, prêchaient la charité et l'oubli des injures, s'insinua, comme un baume divin, dans le cœur des deux vieillards. Enfin, ils sentirent leur animosité s'éteindre et faire place à un sentiment plus généreux. Tous deux allèrent à Rome se faire absoudre par le pape, et revinrent dans leur patrie, la conscience plus tranquille. Un jour que Flosi était dans sa maison, entouré de sa famille, son ancien ennemi parut sur le seuil. Il comprit le but de cette visite qu'il attendait sans doute. Leurs mains se joignirent, ils se donnèrent le baiser de paix, et tout fut oublié.
Cette rapide analyse de la saga de Niai suffit pour montrer combien le chroniqueur a mis de vérité et d'intérêt dans son œuvre. A part le talent d'observation et la rapidité du drame, n'y a-t-il pas dans ce vieux monument littéraire un mythe historique d'une admirable invention ? Ces querelles sanglantes se terminant par une réconciliation sincère, sous le sceau d'un culte régénérateur; ces hommes grossiers et vindicatifs cédant à la puissance du verbe chrétien; le bruit des combats s'apaisant à la parole du pieux missionnaire; tout ce tableau ne résume-t-il pas avec une poétique fidélité
L'UNIVERS
l'histoire de la vieille société islandaise, jetant au loin son armure de bataille pour pratiquer les préceptes d'une religion de charité et d'amour?
Il était impossible de raconter d'une manière plus ingénieuse la conversion de l'Islande.
La Gunnlauga saga est beaucoup moins importante sous le rapport historique. Quoiqu'elle rappelle les malheurs d'un scalde connu en Islande, et qui s'appelait Gunnlaugi, elle a un caractère de rêverie et de poésie , qui la classe parmi les fictions des chroniqueurs.
L'Eyrbyggia peut être, au contraire, regardée comme un document authentique. Walter Scott en a donné une traduction dans ses Contes et Essais.
L'Hungurvaka et la Kristni portent le même cachet de vérité et d'exactitude.
L'Orkneyin^a est d'une grande utilité pour rhistoire des îles Orcades; on y retrouve des traces de la poésie des scaldes , ainsi que dans TTuglinga et la Knytlinga saga.
Parmi les traditions purement poétiques, c'est-à-dire, dans lesquelles l'histoire n'a rien, ou peu de chose à revendiquer, il faut citer la saga de Frithiof, qui date de la fin du treizième siècle. Comme elle est devenue célèbre, non-seulement en Islande, mais encore en Norv^^égc, en Suède, et en général dans tout le Nord, nous nous y arrêterons quelques instants. •
Frithiof-en-Frelm, ou Frithiof le Hardi, est un héros à part. Il n'est pas sans pitié comme les pirates Scandinaves; chez lui l'amour et une certaine teinte de galanterie chevaleresque tempèrent la rudesse de l'homme de guerre.
Épris de la belle Ingeberg, fille de Béli, roi de Norwége, il voit avec douleur sa bien-aimée passer dans les bras d'un prince puissant, à qui ses frères la sacrifient. Il est banni pour avoir osé pénétrer dans la retraite où Ingeberg avait été enfermée avant son mariage.
Il part pour les îles Orcades, où il doit recueillir le tribut que les jarls de cet archipel doivent payer aux rois de Norwége. Son navire est assailli par une tempête affreuse; au milieu de l'o-
rage, il chante sa fiancée, comme aurait fait un trouvère. Il arrive enfin au but de son voyage, et reçoit du prince des Orcades l'accueil \^ plus flatteur. De retour dans sa patrie, il maltraite un des rois ses persécuteurs, et met le feu au temple dans lequel il sacrifiait à Odin. Il fst^ de nouveau proscrit et mène pendant trois ans une vie vagabonde et pleine de périls. Enfin, poursuivi par le souvenir d'Ingeberg, il veut la revoir au prix même de sa vie. Il arrive déguisé à la cour de Hring son époux; le vieux roi le reconnaît et l'admet néanmoins à sa table. Quoiqu'il sache bien qu'il a été l'amant d'Ingeberg, il se fie à sa loyauté. Il ne tarde pas à trouver l'occasion de l'éprouver. Un jour, comme il traversait avec la reine un lac couvert de glace, ils tombent dans l'eau, et Frithrof les sauve tous deux. Une autre fois, le roi s'endort, à la chasse, au pied d'un arbre, et notre héros seul à son côté, loin d'abuser de sa position, protège les jours de son hôte. Hring en s'éveillant aperçoit son épée qu'il a jetée au loin pour ne pas être tenté de s'en servir. Il le félicite sur son noble caractère^ et lui promet son héritage après sa mort. Frithiof reste auprès de lui, et le vieux monarque meurt peu de temps après. Alors le proscrit épouse sa chère Ingeberg, et monte sur le trône.
Cette saga a fourni au poète Tegner le sujet d'un poème qui a mérité l'honneur de six éditions successives et de deux traductions, l'une allemande, l'autre anglaise. Cette œuvre épique contient des parties extrêmement remarquables, autant par l'énergie ou la grâce de la pensée, que par le bonheur de l'expression. En citant un fragment du poème, nous citerons la saga ellemême, car l'auteur a suivi scrupuleusement son modèle, se bornant à modifier et à embellir la forme, quandje génie de la langue suédoise moderne l'exigeait. Le dix-septième chant est un des plus beaux et des plus intéressants, comme tableau de mœurs. En voici la traduction :
« Le roi Hring est assis sur son siège
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élevé. 11 célèbre les fêtes de Jul (*) et boit l'hydromel; près de lui est assise la reine, au visage blanc et rose. En les voyant, chacun croit voir l'iniac^e vivante de l'automne et du printemps.
Ingeberg représente le doux printemps, et Hring le froid automne.
« Un vieillard inconnu s'avance dans ifla salle. Une peau d'ours le couvre des pieds à la tête. Il porte un bâton à la main, et semble marcher avec peine, mais il dépasse par sa haute taille tous
«ceux qui sont là.
I « Il s'assoit sur un des bancs rangés le long de la porte. C'est encore aujourd'hui, comme c'était autrefois, la place du pauvre. Les courtisans regardaient avec dédain cet homme couvert d'une peau d'ours, et se le montraient du doigt en riant.
« A cet aspect, les yeux de l'étranger s'enflamment de colère. Il s'approche de l'un d'eux, le saisit d'une main robuste et le renverse d'un seul coup.
Les autres se taisent, et leur silence semble dire : « Nous en aurions fait autant. »
« Qui fait donc tout ce bruit ? Quel est le téméraire qui ose troubler le repos du roi ? Viens ici, vieillard, viens et causons ensemble. Dis-moi auel est ton nom , ce que tu veux et a'où tu viens. Ainsi parle le roi à l'étranger en colère.
« Tu demandes beaucoup de choses, ô roi, mais je vais te répondre. Je ne te dirai pas mon nom, ce secret m'appartient. J'ai été élevé dans la douleur; j'ai perdu mon héritage; je viens de la terre des Loups (**) , c'est là que j'étais la dernière nuit.
(*) Fête très-ancienne qui se célébrait dans la Scandinavie , an solstice d'hiver. On y faisait des sacrifices de sang , et l'on passait le reste du temps à boire. Le mol Jul vient probablement du mot suédois et danois liiul, qui signifie r-oue , et qui indiquait le moiivement périodique de l'année. (Note de M. Marmier.)
I (**) Il y a dans la Saga une amphibologie qu'il serait, difficile de faire passer dans notre langue. Frilhiof dit : j'étais la nuit à
' Ulf e^ j'ai élç élevç à Augri. Mais «//signifie
«Autrefois, oh! comme je m'élançais joyeusement dans l'espace avec mon dragon (*). Il avait de si puissantes ailes, et il fuyait sur les vagues, si léger et si fort ! Maintenant il est usé, et ses débris sont sur le rivage. Moi, je suis vieux et je prépare le sel au bord de la mer.
« Je venais ici pour observer ta sagesse qui est renommée au loin. Ces hommes m'ont reçu avec mépris, et je n'ai pu le supporter. J'en ai pris un par la poitrine, je l'ai renversé par terre , mais il s'est relevé et n'a point de mal; ainsi pardonne-moi.
« J'approuve tes paroles, dit le roi:
le vieillard doit être respecté. Viens l'asseoir à ma table, mais laisse tomber cette peau d'ours qui t'enveloppe ; montre-toi tel que tu es. Les déguisements ne me donnent aucune joie, et je veux que la joie entre ici.
« Il laisse tomber sa peau d'ours , et, au lieu d'un vieillard, on aperçoit un beau jeune homme. Autour de son front, sur ses larges épaules, ses cheveux blonds flottent comme des boucles d'or.
« Il porte un riche manteau de velours bleu, et une large ceinture d'argent, sur laquelle sont gravés des animaux. L'artiste les a travaillés avec soin, et ils sont disposés de telle manière qu'ils semblent courir l'un après l'autre autour du héros.
« A son bras est attaché un anneau d'or; à son côté une épée brille comme l'éclair. Le héros jette autour de lui un regard audacieux; il est beau comme Balder; il est grand comme Asathor.
« Le visage de la reine change de couleur à tout instant. L'incarnat de ses joues ressemble au reflet d'une lueur de pourpre qui brille sur la neige, et le mouvement de ses seins à celui de deux lis qui se penchent sur une mer agitée.
« Cependant le cor sonne ^ puis il se
/oup, et angri, douleur. Tegner a conservé la même expression. (Note de M. Marmier.) (*) Va^ssQ^^u portant l'image d'un dragon (idera.)
L'UNIVERS
fait dans toute la salle un grand silence. Le moment est venu de sacrifier à Freya. On amène le porc, la tête entourée de guirlandes. Il a des pommes entre les mâchoires, et il semble marcher sur le plat d'argent.
« Le vieux roi Hring se lève avec sa chevelure blanche, et touchant la tête du porc : « Je jure, dit-il, de vaincre Frithiof, si grand guerrier qu'il soit.
Aide-moi, Freyr, et toi Odin, et toi puissant Thor.
" L'étranger fait entendre un rire sardonique. Un mouvement de colère anime son visage. Avec son épée il frappe si fort sur la table, que toute la salle en retentit, et chaque guerrier, ému, se lève sur son siège.
; « Et maintenant, dit-il , ô roi, écoute ma promesse. Je connais Frithiof; il est mon ami, et je jure de le défendre contre le monde entier. Pour cela, j'ai foi dans les Nornes et dans ma bonne épée.
« Le roi sourit et dit : Étranger, ton langage est fier, mais chacun parle librement dans la salle des rois du Nord. Reine, remplis sa coupe du meilleur vin ; j'espère qu'il sera notre hôte cet hiver.
« La reine prend la coupe placée devant elle. C'était un vase précieux, fait avec le crâne d'un taureau ; il était posé sur un piédestal d'argent, entouré de cercles d'or, et orné de caractères runiques et d'images de l'ancien temps.
« Les yeux baissés , la reine l'offre à Frithiof; mais sa main tremble et elle laisse tomber quelques gouttes de vin qui brillent sur ses doigts de neige, comme les rayons du soleil sur des feuilles de lis.
« Le héros prend avec joie cette large coupe; deux hommes, commeceux d'aujourd'hui, ne l'eussent pas vidée; mais lui, sans hésiter un instant, pour faire honneur à la reine, la vide d'un seul trait.
« Alors le scalde prend sa harpe ; il était assis près de la table du roi; il chante les amours du Nord , les amours de Hagbord et de la belle Signé. Aux accents de sa voix attendrie , le cœur
des guerriers tressaille sous l'armure de fer.
« Il chante les salles du Valhalla , le bonheur des héros, les exploits des vieux guerriers sur terre et sur mer.
Chaque main saisit la poignée du glaive; chaque regard étincelle, et la coupe circule joyeusement autour de la table.
« Tous les guerriers restèrent ainsi à boire dans la salle royale. Tous célébrèrent dignement la fête de Jul; puis ils s'endormirent sans soucis et sans tristesse; mais le roi dormait près de la belle Ingeberg. »
Nous terminerons ici cet essai sur la littérature islandaise. Quelque sommaires que soient nos appréciations, elles indiquent suffisamment Timportance de cette littérature sous le double point de vue de l'histoire et de l'art. Nous nous expliquons difficilement, d'après cela, l'indifférence des hommes lettrés de notre pays pour les traditions du Nord, considérées dans leur majestueux ensemble. Quoique, dans ces dernières années, quelques esprits distingués, parmi lesquels nous nous plaisons à citer M. Ampère, se soient occupés quelque peu de l'ancienne Scandinavie, néanmoins l'Islande est encore bien peu connue. Cependant l'étude des monuments littéraires et historiques de ce pays est devenue facile, grâce aux nombreuses éditions de sagas, qui ont été publiées en Danemark, avec d'excellentes traductions. Nous ne doutons pas que la connaissance approfondie des mythes du Nord et des inspirations des scaldes ne fût d'une très-grande utilité aux jeunes imaginations qui cherchent des sources nouvelles de poésie, aussi bien qu'aux érudits qui aiment à reconstruire l'édifice du passé d'après les pierres d'attente déposées dans les archives des peuples.
DÉCOUVERTE ET HISTOIRE DE l'iS-
LANDE. La découverte de l'Islande , comme celle de beaucoup d'autres pays, ne peut être rapportée à une époque bien précise. Il s'est élevé à ce sujet une question de géographie qui a louixtemps préoccupé les personnes compétentes, et dont nous devons d'autant plus faire
REGIOINS CIRCOMPOLAIRES.
mention, qu'elle intéresse d'autres îles, telles que les Shotiaiul et les Oreades,
L'Islande est-elle, eonune on l'a dit, la Thulé de Pitheas? Il nous semble que la lecture attentive du réeit de ret ancien voyageur peut mener facilement à la solution de ce problème :
Pitbéas^ navigateur marseillais, envoyé. Tan 320 avant Jésus-Cbrist, par ses compatriotes à la découverte de nouvelles terres dans le Nord, après avoir abordé à l'île d'Ouessant , à celle d'Albion, et après avoir cinglé vers le nord-est, pendant six journées consécutives, découvrit un grand pays où tout ce qu'il vit le frappa d'étonnement. Les nuits, dit-il, y sont de deux ou trois beures; les bommes s'y nourrissent de racines; ils boivent une liqueur composée d'un mélange d'orge et de miel; ils sont obligés de faire sécber et de battre dans des maisons le grain qu'ils récoltent ; le littoral de cette singulière contrée est entouré d'une masse compacte qui n'est ni terre, ni air, ni eau, mais un composé de ces trois éléments.
Comme on le voit , il n'est pas question ici d'une île ; or Pitbéas et ceux qui se sont emparés de son récit pour en faire une fable merveilleuse, n'auraient pas manqué de spécifier ce point important, si la terre dont il s'agit avait été entourée d'eau. En second lieu , on ne peut guère placer sur les côtes septentrionales d'Islande le lieu visité par l'aventurier marseillais; car il venait du sud, c'est-à-dire de l'extrénnté nord de l'Angleterre, et il aurait atterri aux rivesméridionales. En considérant le calcul de la marcbe du vaisseau , on voit encore que Pitbéas n'a pas voulu désigner l'Islande ; en effel, suivant Malte-Brun, il est clair que ce navigateur a employé pour mesurer ses distances, deux stades différents, le stade égyptien de onze cent onze un neuvième au degré, et le stade de buit cent trente-trois au degré, et c'est de ce dernier qu'il s'est servi pour fixer la latitude de Thulé.
Il fit, dit-il , six cents stades par jour; or il aurait navigué six jours entiers, ce qui donne trois mille six cents sta-
des; il dut conséquemment fixer à quarante-six mille trois cents stades rîi distance du pays en question à l'équateur, ou à cinquante-cinq 'degrés trente-cinq minutes, et nous avons dit que l'Islande était située par (j3" 30' et (iG° 42'. Enfin, comme l'ont fait observer très-judicieusement des bistoriens islandais, entre autres Arngrim Jonac, la description de Tbulé ne peut sur aucun point s'appliquer à leur patrie.
Le problème resterait douteux si les assertions de Pitbéas ne pouvaient pas trouver une base logique, c'est-à-dire si l'on ne pouvait les rapporter avec vraisemblance à aucun autre pays du Nord. Mais voici une contrée à laquelle la description du célèbre voyageur convient sous tous les rapports ; c'est le .Tutland, partie septentrionale du Danemark. D'abord le Jutland est à six jours de navigation du nord de Kent; en second lieu , les nuits y sont souvent de deux ou trois beures , à cause des longs crépuscules; les habitants boivent de l'bydromel et sont dans l'usage de dessécber les blés dans de vastes granges; enfin, on y trouve, principalement sur les côtes occidentales où dut aborder le navigateur marseillais, des dunes sablonneuses, qui changent de place au gré du vent, des marais couverts d'une croûte de sable qui cède sous les pas du voyageur imprudent; et si l'on ajoute à ceci les brouillards d'une nature toute particulière qui régnent souvent dans ces parages , dérobant sous leur voile épais la vue de la terre , même à une très-faible distance, on aura l'explication des phénomènes qui parurent à Pitbéas n'être que la réunion de trois éléments en un seul. Pour dernier argument , rappelons que le Jutland s'apijelle en danois moderne Thij ou Tlujlaiidy et que les anciens Scandinanaves le nomment Thiuland, ce qui ressemble singulièrement à Thulé.
Quant aux îles Oreades , aux Siietland, aux terres polaires et à d'autres pays encore auxquels on applique la description de Pithéas, on ne peut les admettre dans cette discussion qu'en faussant les calculs de navigation et
L'UNIVERS
en défigurant la contrée dont ce voyageur a tracé lo tableau. Un seul pays pourrait entrer en concurrence avec le Jutland, c'est le canton de la Norwége méridionale nommé Thélémarky et même, dans une saga islandaise, Thulemark. C'est certainement la contrée quePtolémée a voulu désigner en parlant de Thulé; c'est peut-être aussi la Thulé aperçue par la flotte romaine qui fit le tour de l'Angleterre ; mais l'opinion des savants qui en ont fait aussi la Thulé de Pithéas nous paraît au moins controversable, et tout concourt à démontrer que la difficulté doit être tranchée en faveur du Jutland (*).
Ce point décidé , reste la question de la première découverte de l'Islande.
Ici pas un document, pas une donnée première qui permette de hasarder une assertion quelque peu admissible.
Nous savons bien la date de l'établissement des Norwégiens dans cette île; mais s'il est vrai, comme ledit le Landnama-bok, que les Scandinaves y aient trouvé des chrétiens; s'il est vrai que quelques vestiges significatifs, tels que des livres irlandais, des crosses et des cloches, aient prouvé aux colons païens qu'un peuple occidental avait habité ce pays longtemps avant eux, à quelle époque pourrons-nous fixer l'arrivée de ces premiers explorateurs? Aucun des écrivains qui ont étudié le passé historique de l'Islande n'a cherché à découvrir la vérité à ce sujet, et, en l'absence des matériaux nécessaires , nous sommes obligé de suivre leur exemple.
C'est donc au pirate Nadodd , cité dans la chronique d'Are Frode, qu'il faut attribuer l'honneur de la découverte de l'Islande, dans le sens
(*) Comparez sur le même sujet .Strabon, Geminus , Introd. in pJiœitom.; Pliue , Ptolétnée, Cluver, Schottus, Baxler, Gossellin, Eéda, De uatura reriim ; Arngrini Jouœ, Spcc. Island. Iiist.; Geïier, Hist. de Suède; Dicuil, De mensurà orbis terne, édit. de M. Walckenaër ; idem de M. Lelronne ; Malte-Brun , et euUu les principaux ouvrages sur risUnde.
historique de ce mot. Ce Norwégien , que ses crimes avaient forcé d'abandonner sa patrie, s'était d'abord réfugié aux Féroë , dont il avait lait le quartier général de ses excursions maritimes. Au retour d'une expédition contre la Norwége, vers l'année 860, il fut jeté par la tempête sur les côtes d'Islande. II aborda au fond d'un des golfes de la partie orientale, mit pied à terre , gravit la plus haute montagne, pour s'assurer si le pays était habité, et en redescendit sans avoir aperçu la moindre trace de culture. A l'automne, il se rembarqua, et voyant les montagnes couvertes de neige, il donna à cette île le nom de Snoeland ( terre de neige ).
L'aspect peu engageant de la contrée qu'il avait découverte n'était guère propre à ramener Nadodd vers les rives islandaises, et, enefïet, il n'y retourna pas. Il fallut qu'un second hasard poussât , trois ans après , dans les mêmes parages, un Suédois nommé Gardar, qui habitait la Norwége ; durant un voyage aux îles Hébrides, oii il allait recueillir un héritage, il fut chassé en pleine mer et ne put s'arrêter que dans un port oriental de l'Islande. Il fit le tour du pays que, lui aussi, venait de découvrir, et reconnut que c'était une île ; il le nomma en conséquence Gardai^sholm , île de Gardar. Il résolut alors d'y faire un séjour de quelques mois : il prit terre sur la côte est de la baie appelée plus tard Skialfandafiord, y construisit une petite maison, et y passa l'hiver. Au printemps, il retourna en Norwége , oii le récit qu'il fit de ses aventures inspira à ses amis le désir de visiter cette terre extraordinaire où le feu surgissait du milieu des glaces, et où tant de spectacles étranges frappaient incessamment les regards. Le plus entreprenant tut un autre pirate nommé Floki, qui descendait d'une famille princière. Il forma le projet d'aller prendre possession d^ File nouvellement découverte, et à cet effet il équipa un vaisseau, qu'il chargea de tout ce qui pouvait lui être nécessaire. Il partit , emportant trois corbeaux pour le guider dans
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son voyage. Après avoir touché aux Iles Shetland et aux Féroë, il s'aventura de nouveau en pleine mer, cherchant l'Islande, dont il ne connaissait f)as bien la position. Alors il donna a liberté à un de ses trois corbeaux, espérant que son vol lui tracerait la route à suivre; mais l'oiseau, effrayé de l'inimensité de l'océan, retourna à tire d'aile vers les Féroë; le second corbeau prit son élan, mais, moins courageux encore que le premier , il se hâta de venir se poser sur les mâts du bâtiment. Le troisième fut à son tour lâché dans l'espace : celui-ci, sans hésiter, se dirigea sur l'Islande, où le navire arriva après lui. Floki, peu satisfait de l'aspect des côtes orientales qu'il avait aperçues les premières, revint vers le sud , longea le littoral i'usque vers la partie ouest, oii il dé- )arqua dans la baie de Breida {Breida- Jiord ). Là , après avoir exploré une certaine étendue de territoire, il en prit possession et commença son établissement.Mais lui et ses compagnons avaient dépensé tout leur temps à la pèche, qui, sur ces côtes si poissonneuses, leur fournissait journellement des provisions fraîches ; ils n'avaient pas pensé à ensemencer la terre, pour avoir quelque chose à récolter l'été suivant. Par malheur, l'hiver fut des plus rigoureux et tua tous les bestiaux
?[u'ils avaient amenés. Le printemps ne ut guère moins froid, et Floki commençait à se repentir de sa tentative.
Un jour il monta sur un pic élevé , pour voir s'il ne découvrirait pas au loin quelque endroit où les frimas eussent cessé; mais il n'aperçut que plaines couvertes de neige et "goltes remplis de glaces. Il appela Isajîord (baie de glace ) celui de ces golfes qui lui parut le plus encombré. Dès ce moipent sa résolution fut prise , et il se disposa à quitter cette terre de désolation ; néanmoins il passa l'hiver suivant dans Hafnafiord, et ce ne ftit qu'au retour de la belle saison qu'il put mettre à la voile pour la Norwége. En s'en allant, il substitua un nom de son choix à ceux que ses devanciers avaient donnés à ce pays : il avait vu
rîle de Gardar dans une de ses plus mauvaises années, il crut que l'hiver y avait pour jamais établi son empire : il la nomma en conséquence Island{*) ( terre de glace ).
En Norwége ,. Floki fut questionné sur la contrée qu'il avait visitée. Il répondit de manière à détourner ses compatriotes de tout projet de colonie. Mais un de ses compagnons d'aventures, Hériolf, moins prévenu que lui contre l'Islande, en lit au contraire un tableau enchanteur. Dans son entlx)usiasme, sincère ou simulé, il ne trouva rien de plus énergique, [K)ur donner une idée de la fertilité du pays, que de dire aue chaque plante y distillait du beurre. Aussi , lorsque Harald aux beaux cheveux eut réuni toutes les parties de la Norwége sous son sceptre despotique, les familles patriciennes, qui avaient beaucoup perdu à l'établissement de l'unité politique, tournèrent -elles leurs regards vers l'Islande, comme vers un asile assuré; toutefois elles furent devancées par deux pirates, issus eux-mêmes, il est vrai , d'ancêtres distingués. Ces deux hommes, qui s'étaient signalés par leurs brigandages sur mer, étaient Ingolf et Leif. Une querelle d'amour s'était élevée entre ce dernier et le fils d'un jarl redoutable, et dans un combatjnaval que s'étaient livré les partis rivaux, les d€ux fils du jarl avaient été tués. Dès ce moment , Leif était devenu l'objet des persécutions de ses ennemis, contre la puissance desquels il n'avait pu lutter plus longtemps.
Pour en finir, il avait pris le parti que prenait assez ordinairement, en semblable circonstance , le coupable menacé de la vengeance de son adversaire : il s'en était remis cà la décision des parents de ses victimes, qui, usant de clémence, l'avaient condamné à ne perdre que ses biens et à s'expatrier.
C'était à l'Islande qu'avaient d'abord songé les deux pirates. Ils s'y rendirent, en effet, l'an 870, et furent si satisfaits du pays, qu'après y avoir passé l'hiver, ils se hâtèrent de revenir
(*) Ou plutôt Ice-land.
L'UNIVERS
en Norwége , pour y faire les préparatifs d'une expédition plus sérieuse et d'un établissement définitif.
Pendant qu'Ingolf s'occupait, en Norwége, des apprêts de leur second voyage , son fidèle compagnon courait les mers pour augmenter leurs richesses : il aborda en Irlande, où il captura un certain nombre d'esclaves.
Un jour, il y tua dans une caverne un homme armé d'une épée, et cet exploit lui valut le nom de Hiôrleïf Sverdleifur ( Leif à Vépée ).
Le moment était venu de songer au retour en Islande. HiÔrleïf , qui ne partageait pas toutes les croyances de ce temps-là, s'embarqua sans avoir sacrifié aux dieux ; Ingolfqui était, au contraire, très-superstitieux, accomplit tous les actes de dévotion usités en pareil cas. Quand son vaisseau approcha de l'Islande, il jeta les colonnes sacrées de son siège domestique à la mer, et fit vœu de se fixer là où les flots les jetteraient; mais le courant les emporta plus vite que son navire, et il les perdit promptement de vue. Le lieu où il aborda est situé sur la côte sud-est, et s'appelle encore aujourd'hui Ingolfo hôfdi ( promontoire d'Ingolf ). Pendant ce temps, Hiôrleïf était poussé à l'est sur un point où il chercha à s'établir; mais au printemps, les esclaves irlandais qu'il avait amenés avec lui l'assassinèrent, et se retirèrent avec ses femmes et ses richesses dans des îles voisines situées au sud. Deux des serviteurs d'Ingolf, envoyés à la rencontre d'Hiorleïf , trouvèrent son corps privé de vie , et rapportèrent aussitôt cette triste nouvelle à son ami, qui ne manqua pas d'attribuer cette catastrophe à l'impiété d'Hiorleïf. Néanmoins il se mit à la recherche des meurtriers, les atteignit dans leur retraite , les tua, et reprit les femmes de son compagnon de voyage. Les îles qui furent le théâtre de ces sanglantes représailles furent nommées Vestmannayiar, c'està-dire, îles des hommes de l'Ouest, en souvenir des esclaves irlandais qui s'y étaient réfugiés.
'^Cependant Ingolf errait toujours, cherchant ses dieux pénates; ce ne fut
que l'été suivant qu'il les trouva sur la côte occidentale. Nous avons dit dans la description de Reykiavik, que les vagues les avaient jetés sur l'emplacement où s'élève aujourd'hui cette ville, et qu'Ingolf s'y établit aussitôt, conformément à son vœu. Le sol qu'il foulait n'avait point de maître ; il en prit possession : il choisit pour domaine deux districts, et donna une portion de terrain à un de ses esclaves.
Telle est l'histoire des deux premiers colons d'Islande. Leur tentative ne tarda pas à trouver de nombreux imitateurs. La situation de la Norwége favorisa puissamment l'œuvre si hardiment commencée par eux. C'était le moment où Harald, devenu maître des petits royaumes de Scandinavie, exerçait le pouvoir le plus absolu sur ses anciens rivaux , à qui il avait laissé, pour toute compensation, le titre de comte. La plupart de ces princes déchus préférèrent l'indépendance dans l'exil à la honte dans leur patrie; quelques-uns passèrent avec leurs familles et leurs amis aux îles Hébrides, aux Orcades , aux Shetland et aux Féroë ; mais le plus grand nombre alla chercher en Islande la liberté qu'ils ne pouvaient plus espérer dans leurs anciennes possessions. Les chroniques disent même que les émigrations devinrent assez fréquentes pour faire craindre une prompte dépopulation de la Norwége, et que le roi Harald défendit , en conséquence, à ses sujets de sortir du royaume, sous peine de confiscation et d'amende. Mais ce ne fut pas la Norwége seule qui fournit des colons à l'Islande; il en vint aussi de Suède, d'Ecosse et d'Irlande , tant les récits des pirates qui avaient abordé à cette îLe bienheureuse avaient enflammé l'enthousiasme des étrangers pour ce même pays que Floki avait stigmatisé du nom de terre de gluce.
Tout ceci se passait entre 873, date de l'établissement dTngolf, et 920, époque où l'Islande était , au rapport des chroniqueurs, entièrement peuplée. Ainsi , moins d'un demi-siècle avait suffi pour transformer ce désert
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de lave et de glace en une colonie populeuse et florissante.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que la colonisation se lit paisiblement l'I (jue tout s'arrangea au mieux entre les nouveaux venus. A leur arrivée, les premiers colons prirent possession du territoire voisin du lieu où ils avaient abordé. Dans le principe , il paraît (piMls s'étaient approprie des portions de sol trop considérables pour qu'ils pussent les cultiver; plus tard, s'apercevant que ce partage était injuste et défavorable aux intérêts de tous, ils se conformèrent à un usage en vigueur dans leur mère patrie : il fut décidé que nul ne pourrait prendre d'autre terrain que celui dont il ferait le tour en une journée; il fallait marcber, une torcbe à la main, et mettre le feu sur son passage à des tas de buissons disposés de distance en distance. L'espace compris entre les brasiers ardents était adjugé au nouveau venu : ceci rappelle l'histoire de Didon et la peau de bœuf coupée en lanières pour mesurer remplacement de Tyr. Les chefs qui avaient été accompagnés par des hommes libres indigents, étaient investis du privilège de pouvoir leur accorder certaines portions de terre, où ils élevaient des maisons et jouissaient d'une entière liberté.
Législation. Le gouvernement patriarcal se maintint en Islande pendant un certain temps après l'arrivée des premiers colons; mais on finit par sentir le besoin de quelques lois régulières qui fixassent les droits et les devoirs de chacun. Le mode d'administration suivi enNorwége fut adopté avec quelques modifications. Le peuple de ce pays était habitué, depuis un temps immémorial , à de fréquentes assemblées publiques présidées par le roi, et dans lesquelles il délibérait sur les affaires en litige. Pour avoir droit de vote, dans ces circonstances, il n'était pas nécessaire de posséder une propriété territoriale considérable; il suffisait d'avoir un coin de terre, quelque petit qu'il fut. Cette institution fut adoptée en Islande. Les colons se divisèrent en petites communautés
proportionnées à l'étendue des districts qu'ils habitaient; ils conféraient à Tun d'entre eux par l'élection le titre de juge et de ministre de la religion. Ce fonctionnaire s'appelait (jodl., du mot god., Dieu, ce qui indique le respect et la confiance dont il était entouré.
C'était en général un homme d'une intelligence supérieure, et qui jouissait d'une grande inlluence dans le district dont il était nommé le chef.
Le thing ou assemblée générale avait lieu à certaines époques déterminées, et les procédures étaient toujours consacrées par quelques cérémonies religieuses; par exemple, on trempait un anneau dans le sang d'une victime, et non-seulement les témoins, mais le juge lui-même, étaient obligés de le prendre et de prononcer le serment ordinaire : « Que Freyr, Niord et le tout-puissant Odin me soient en aide ! » Vers l'an 928, les habitants de l'Islande se formèrent en république régulière, et ils déterminèrent avec tant de sagesse les différentes attributions du pouvoir, que leurs droits respectifs se trouvaient parfaitement garantis, sans que leur liberté fût compromise.
Ils divisèrent l'île en quatre quartiers ou provinces, chacun ayant son magistrat suprême librement élu par le peuple : ce fonctionnaire avait le même caractère que le godi , seulement ses attributions étaient beaucoup plus étendues. Chaque quartier fut subdivisé en trois municipalités; la province du nord, à cause de ses accidents topographiques, en eut quatre. Chacun de ces cantons était administré par un délégué du peuple , spécialement chargé de veiller au maintien de l'ordre; de convoquer les assemblées où l'on devait traiter des affaires publiques; de présider ces réunions et d'y faire les fonctions déjuge; enfin, de tenir la main à l'exécution des sentences et à l'observation des lois. Cet officier publ-ic était en même temps revêtu d'un caractère sacerdotal; c'était à lui qu'étaient dévolus les soins exigés pour l'entretien du temple, et la charge importante de préserver de toute atteinte le culte des di^ux Scandinaves : c'était
L'UNIVERS
le godi transformé. Les municipalités furent à leur tour subdivisées en un grand nombre de petits districts appelés lirepps, composés de la réunion de quelques familles sur un même point, et administrés par un hreppstiord^ ou bailli, investi d'unejuridiction immédiate sur le territoire compris dans sa circonscription. La principale fonction de ce personnage était de prendre soin des indigents et d'empêcher autant que possible l'augmentation du paupérisme. Il présidait aussi un tribunal inférieur, dans lequel entraient quatre des plus respectables membres de la communauté, choisis parmi les propriétaires, pour éviter toute corruption. Les affaires qui ne pouvaient être jugées par ce tribunal étaient portées devant celui du bailli.
Dansles cas extraordinaires, on pouvait en appeler à une cour provinciale, qui n'était autre chose qu'une assemblée de députés des différents cantons, présidée par le magistrat suprême de la province. Cette cour ne se réunissait pas à époques fixes comme les autres, mais seulement dans les cas d'urgence.
Plus tard, les Islandais instituèrent un dernier degré de juridiction, qu'ils appelèrent alihing; c'était une assemblée générale de la nation , qu'on tenait une fois par an et qui durait seize jours; on y discutait les lois de la république, et on y jugeait en dernier ressort tous les différends qui s'étaient élevés entre les habitants. Le magistrat suprême, qui avait le titre de président, s'appelait le lôgsôgumadr, ou publicateur de la loi. Il était nommé par le peuple, et était généralement maintenu dans ses fonctions sa vie durant; quoiqu'il n'exerçât hors de l'assemblée qu'un pouvoir très-limité, il était toujours respecté par ses concitoyens comme souverain juge et protecteur de leurs lois et de leurs libertés. C'était à lui qu'était confiée la garde des lois écrites , et la copie déposée entre ses mains était considérée conuîie un saint évangile. Il avait le privilège de pouvoir reviser les sentences prononcées par les magistrats inférieurs, et même de punir les juges,
s'il était prouvé qu'ils eussent agi contrairement à l'esprit et à la diç;nité de leurs fonctions. Du reste, ce qui prouve le degré d'importance attaché au titre et aux prérogatives de logsôgumadr, c'est que les Islandais étaient dans l'usage de compter les époques par la durée des fonctions de législateur, comme les Romains comptaient par les noms de leurs consuls, et les Grecs par les olympiades. On cite trente-sept logsôgumadr pendant la durée de la république islandaise, c'est-à-dire de 927 à 1263. Snorre Sturleson fut élu deux fois , et fut de tous les magistrats celui qui jouit de la plus grande influence et du pouvoir le plus étendu.
L'Islande fut redevable de toutes ces institutions à un homme dont ses annales ont religieusement conservé le nom : cet homme s'appelait Ulfliot; poussé par un zèle patriotique , et affligé des désordres qui, en l'absence de toutes lois positives , troublaient cette société naissante, il demanda à aller en Norwége pour étudier la législation et la jurisprudence de la mère patrie. Cette résolution était d'autant plus louable , qu'Ulfliot avait alors soixante ans. Il partit, accomplit son œuvre laborieuse, revint en Islande en 927, et se mit immédiatement à parcourir le pays, conseillant sur son passage à tous les habitants d'adopter les lois dont il avait acquis la connaissance approfondie. C'était là un véritable apostolat, et l'histoire a fait acte de justice en transmettant à la postérité le souvenir de cet homme qui s'en allait prêchant une réforme législative dont il avait su calculer d'avance les bienfaits. L'année qui suivit ce saint pèlerinage, le code rédigé par Ulfliot fut unanimement adopté dans la vallée de Thingvalla. Ce code peut être considéré comme un extrait de celui deGulathin^, alors en vigueur en TVor- -wége. En 1118, le logsôgumadr Bergthor y introduisit des améliorations importantes puisées dans le fameux codenorwégien np^e\éGragaSj et, en 1280, la législation de Jonsbok (*) fut
(*) Ainsi nommé à cause du président
REGIONS CIRCOMPOL AIRES.
idoptée. Cette dernière a subsisté jiislu'à nos Jours dans ses principales lispositioiis.
^ous avons tracé en détail le tableau les institutions islandaises, parce que :'est un beau spectacle de voir un )(niple, entièrement maître de ses lestinées, régulariser, de son propre jiouvement, Texercice de sa liberté, et 'imposer des lois en barmonie avec es instincts naturels comme avec les lécessités de la vie sociale. Ce sera oujours un utile exemple pour les naions, qu'une agrégation d'hommes laboraiit, sans crainte de l'étranger ■t sous la seule influence du sentiment le la liberté, un système politique )ropre à garantir les intérêts de cha- :un et à perpétuer dans le cœur de ous le feu sacré de l'indépendance et lu patriotisme.
Cet état de choses s'est maintenu n Islande pendant près de quatre sièles; toutefois, dans ce long espace e temps, le pays ne fut pas toujours ranquilie : de déplorables divisions gîtèrent, à certaines époques, la peite république. Plus d'une fois le fernier eut à défendre sa propriété contre 8s malfaiteurs qui , au mépris des ois, convoitaient les richesses de leurs oncitoyens. Plus d'une fois, les rohers de Thingvalla furent ensanglanés par les querelles des partis rivaux, (ui ne craignaient pas de tirer le glaive lans l'enceinte sacrée où la justice eule aurait dû dicter ses arrêts, (^'est i certaines lacunes importantes, lais- ;ées dans les institutions fondamenales par l'inexpérience des législateurs slandais, qu'il faut attribuer ces déordres. Si la liberté et les droits de Jiacun trouvaient dans le code d'Ulliot des garanties suffisantes , d'un iutre côté, on avait trop négligé les lois épressives. Le pouvoir exécutif n'a- 'ait pas été investi de la force nécessaire pour tenir en bride les ambitions ndividuelles , et pour châtier les inractions au pacte fondamental. On ivait trop accordé à V individu^ et pas
ij:
Ton qui avait apporté ce nouveau code de .*îorwége.
assez h la société. De ce vice organique, qui laissait l'autorité supérieure désarmée vis-à-vis des factions, il devait nécessairement résulter tôt ovi tard un déchaînement de |)assions brutales , et une lutte dangereuse entre les pouvoirs constitutifs et les individus que des idées coupables poussaient à s'insurger contre la communauté.
Le juge de l'althing prononçait bien des châtiments sévères contre les contempteurs de la loi, mais le condamné échappait l\ la vindicte publique, quand il était assez fort pour braver les sentences des tribunaux. Il est vrai que cette anarchie n'aurait sans doute jamais pris un caractère aussi sérieux, si elle n'avait pas été secrètement favorisée par le? rois de INorwege, qui avaient, dès le principe, jeté un regard de convoitise sur l'Islande, et qui mettaient en usage les moyens les plus machiavéliques pour affaiblir à leur profit cette société créée sans eux et malgré eux.
Du reste, cet état d'agitation intérieure ne fut pas sans utilité pour les Islandais. Les coupables condamnés au bannissement s'en allaient courir les mers, et quand il leur était permis de rentrer dans leur patrie, ils y rapportaient le goût des expéditions lointaines. Ainsi se propagea en Islande l'amour des entreprises aventureuses, et cette te/idance fut éminemment favorable au développement du commerce, ressource précieuse pour la colonie républicaine. Des découvertes importantes furent aussi la conséquence de ce mouvement d'expaiision : ce fut Éric le Rouge, Islandais mis hors la loi, qui, en 982, forcé de quitter son pays, fit voile vers l'ouest et découvrit le Groenland , où il fonda une colonie.
Quelque temps auparavant, cette contrée avait été aperçue par un autre Islandais nommé Gunbiôrn, qui avait négligé d'y aborder. Si l'on en croi't les historiens dulNord, les Islandais furent aussi les premiers qui visitèrent les côtes de l'Amérique septentrionale. Il paraîtrait qu'en l'an 1001 , un certain Biarni Her iulfson , en voulant
se rendre au Groenland, fut poussé ^' Livraison. (Régions cikcompolaires.) 19
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par une violente rafale de l'est dans l'océan Atlantique, et qu'après une navigation de quelques jours, il découvrit un pays boisé et légèrement onduleux.
N'ayant pu décider ses compagnons de voyage à mettre pied à terre, il cinglavers le Groenland, qu'il atteignit sans autre aventure. La description qu'il fit de la contrée qu'il avait aperçue, excita la curiosité de Leif Erics'on, dont le père avait le premier pris possession du Groenland ; cet aventurier lit voile dans la direction indiquée par Biarni , et aborda à un pays qui, d'après ce qu'il en rapporta , ne pouvait être que le Labrador, En quittant cette, côte inhospitalière, Leif Éricson découvrit une île qu'il nomma Finlande à cause des petites baies semblables au raisin , qu'il y trouva en grande abondance. Cette île pourrait être, suivant l'opinion de quelques géographes, celle de Terre- Neuve (*).
Prédication et adoption du christianisme. L'établissement du christianisme en Islande, sans mettre fin à l'anarchie, ouvrit une ère nouvelle à ce peuple dont l'intelligence n'attendait qu'un rayon de lumière pour s'épanouir. Ici nous serons plus explicite dans l'exposé des événements; l'histoire de la conversion des Islandais est trop curieuse et semée d'épisodes trop intéressants, pour que nous puissions nous dispenser d'entrer dans les détails que comporte le sujet.
Le tableau des croyances du Nord avant l'adoption de la religion chrétienne trouverait ici naturellement sa place; ce serait même une utile introduction à ce que nous allons dire; mais nous serions obligé de répéter à peu près ce qui a été dit sur cette matière dans le volume consacré à la Suède, et nous ne voulons pas faire de double emploi. Nous renvoyons donc le lecteur au résumé de notre collaborateur M. le Bas , sur la mythologie Scandinave.
(*) Voyez ce que nous avons dit sur la Vinland des Scandinaves dans noire notice sur Terre-Neuve , qui fait partie du travail sur les Iles de C Océan.
La Suède, le Danemark et la Nor* wége ne se convertirent aux dogmes chrétiens qu'aprèsdes luttes prolongées et dans lesquelles le glaive remplaça f plus d'une fois la parole évangelique. ' Grimm, dans sa Mythologie germanl ''J; que^ explique fort bien la répugnàncÉJ '^ des peuples du Nord à embrasser unç '' religion nouvelle. Il rappelle avec rai* ""J son l'attachement de ces nations farouches à leurs traditions et à leurs coutumes , et il fait observer que k ^ paganisme Scandinave, bien loin d'êtrfl 'J en décadence, comme le paganisme grec et romain à l'époque de la première prédication des préceptes dijj^ Christ, était au contraire dans tout^ sa ferveur quand l'Occident conver*** essaya de faire pénétrer la foi nouvel dans les régions où régnait le culL d'Odin et de Thor. Il était donc touji ^^ naturel que les intrépides missionnai-' J^^' res qui tentèrent les premiers de rett! ''^' verser les idoles de ces peuples, rencon' '"1 trassent des obstacles devant lesquehi C^^ quelques-uns de ces hommes coura-l ^^' geux furent obligés de reculer. ! W
La conversion de l'Islande fut plujl lente, mais plus pacifique, et cela sans doute, parce qu'avant d'être en seigné publiquement, le christianisnii était connu de plusieurs familles in sulaires, qui, sans le pratiquer, étaien: quelque peu familiarisées avec les principes et les actes extérieurs du cuit nouveau. C'est principalement dans!
leurs relations avec l'Irlande que les membres de la petite république puisaient la connaissance, superficielle il est vrai , des doctrines chrétiennes.
Saint Patrice décida même un Islandais du nom de OErlyg , son disciple et son protégé, à tenter l'apostolat dans sa patrie. OErlyg partit en effet, aborda à l'ouest de l'Islande dans uu golfe , auquel il donna le nom de Saint-Patrice ( Patrixfiôrd ) , et construisit dans la partie sud une petite église qu'il dédia à saint Colomban.
Cet essai , le premier dont les sagas fassent mention, n'eut aucun résultat.
Ketil, qui avait aussi baptisé en Irlande; Helge, qui, dans ses bizarres fantaisies, se plaisait à mêler les su*
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)erstitions du culte païen aux précepes de l'Évangile, et rapprochait Odin le Jesus-Christ; Asolt, que la clirolique entoure d'une auréole de saintei,é; la veuve d'Olaf le Jilanc, roi de j^ublin, la pieuse Aude, qui se dévoua j^n Islande au diflicile métier d'apô- ,re; d'autres encore, dont les docufuents historiques ont consacré les
«orns, entreprirent vainement de faire isparaître les idoles de cette terre où le sang des victimes ruisselait encore ^ur les autels des laux dieux. Toutefois ]es idées nouvelles préchées par ces issionnaires bénévoles s'infiltraient ifeu à peu dans le peuple, qui, tout m les méprisant , s'y habituait à son nsu. L'évêque saxon Frédéric et son riterprète Thorvald firent des efforts >lus sérieux et plus soutenus. Ce Thorrald, après avoir guerroyé avec éclat m service du roi de Danemark, se fit ihrétien, et repassa en Islande avec son patron Frédéric. Là , le saint évéjue, comprenant mieux que ses devanâers les nécessités de l'apostolat chez 'jn peuple imbu de préjugés grossiers, aut recours à la ressource des miraâes. Le premier essai de ce moyen nfaillible eut lieu sur le père de Thorirald, païen endurci qui fermait l'oreille lUx conseils de son fils et de son maî- ;re. Un jour que le vieux Kodran issistait à une de leurs cérémonies rejgieuses, le son des cloches, l'aspect Ju prélat couvert de ses vêtements "sacerdotaux, le parfum des encensoirs, léciat des lumières lui causèrent une profonde émotion. Il s'approcha de son (ils, et lui dit : « Je vois bien que cet lionmie qui t'accompagne est un sor- ■ier, car c'est lui qui t'apprend tout ce que tu dois savoir; mais, moi, j'ai aussi un sorcier qui me donne d'excellents conseils, prend soin de mes bestiaux et ne veut pas que je croie à vos paroles. — Eh bien, dit Thorvald, tu vois comme cet homme que je t'ai amené est faible de corps ; ton sorcier, au contraire, est plein de force et ii'.iudace; si l'évêque parvient, tout liiétif qu'il est, à le chasser de la demeure qu'il occupe là-bas sous le rojlier, croiras-tu à la puissance de notre
Dieu? — Oui, » dit Kodran. Le soir même, l'évêque, suivi de Thorvald, alla jeter de l'eau bénite sur le roc où s'élevait la maison du sorcier. Il recommença trois fois de suite la même conjuration, et, pendant trois nuits, le sorcier se prit à gémir, et entendit ses enfants qui pleuraient et se plaignaient de sentir tomber sur leur corps des gouttes d'eau brûlante.
Enfin , ne pouvant plus supporter cette torture de chaque jour, il vint trouver Kodran, et lui dit qu'il était obligé de fuir. « Va, lui répondit le vieillard , je te croyais un être surnaturel, et je vois que tu n'es qu'une créature débile ; désormais je te honnis, et je veux me* confier à un Dieu plus puissant que toi. » Peu de temps après , Kodran et sa femme avaient reçu le baptême et professaient le christianisme. Au printemps, l'évêque et son compagnon Thorvald se dirigèrent vers une autre partie de l'Islande et continuèrent à prêcher. Un jour, au milieu d'une assemblée nombreuse, deux berserkirs (*), qui voulaient humilier l'évêque, le défièrent de passer, comme eux, au milieu des flammes. L'évêque accepta le défi, puis s'étant recommandé à la toute-puissance de Dieu , jeta de l'eau bénite sur le foyer ardent. Les berserkirs voulurent le traverser , et furent dévorés par le feu. L'évêque s'avança ensuite avec sa mitre sur la tête ,' son bâton épiscopal à la main, et les flammes s'ouvrirent devant lui. Ce miracle convertit un grand nombre de païens.
Les deux missionnaires continuèrent leur route, et un nouveau miracle les aida encore dans leurs efforts. Deux cents païens, irrités de leur voir prêcher une religion qu'ils ne voulaient pas admettre, résolurent de les surprendre la nuit et de les brûler dans leur demeure; mais au moment où ils s'avançaient au milieu des montagnes, tout à coup une troupe d'oiseaux étrangers s'éleva du creux de la val-
(*) Espèces de /'/•«^'/islandais qui faisaient métier de se battre pour les princes et les rois.
L'UNIVERS
lée ; les chevaux épouvantés se cabrèrent et renversèrent leurs cavaliers : les uns périrent clans cette chute ; d'autres eurent les membres brisés (*).
A part l'exagération des chroniqueurs et la teinte merveilleuse qu'ils ont dû donner aux faits les plus simples, on voit que l'évêque allemand connaissait l'art de séduire l'imagination du peuple auquel il s'adressait.
Malheureusement, Thorvald compromit par sa violence le succès de cette pieuse comédie : irrité des épigrammes que deux Islandais avaient rimées contre lui, il ne trouva rien de mieux, pour leur répondre, que de tuer les deux poètes. Quelque temps après, il égorgea encore un homme qui l'avait ofïensé : alors Frédéric le quitta pour retourner seul, et le cœur navré, dans la Saxe. Quant à Thorvald , en butte aux sarcasmes de ses compatriotes, il partit pour Jérusalem, visita, à son retour, Constantinople, où il fonda" un couvent, dans les murs duquel il mourut quelques années après.
La vie de cet homme retrace fidèlement le caractère du moine guerrier du moyen âge, de ces missionnaires moitié religieux, moitié pirates, et qui cachaient sous le froc la cuirasse du soldat. Ces pieux égorgeurs furent utiles à Toeuvre qu'ils avaient entreprise, car certains peuples, et surtout les peuples voisins du Nord, auraient longtemps encore repoussé le christianisme, si l'on n'avait quelquefois employé pour les convertir la force matérielle (**). Ce mode de propagande
(*) Extrait des sagas islandaises dans l'histoire d'Islande, par Marinier, faisant partie du voyage de la Recherche.
(*') La religion du Christ ne put s'étahHr en Norwége que par la puissance du glaive. Ce fut le roi Olaf Triggvesen qui se chargea de cette tâche, devant laquelle eût reculé un caractère moins intraitable que le sien. Il prêchait suivi d'une armée , toujours prèle à exterminer les récalcitrants. Entre autres violences, on raconte qu'un jour il assembla les habitants d'un canton où il avait rencontré une résistance jusque-là invincible , et leur dit : « Vous voulez que je sacrifie aux dieux? ic le veux bien. Voici
s'accordait mal , sans doute, avec les principes d'une religion de paix et de miséricorde; mais le catholicisfne ne s'est jamais piqué de tolérance dans les temps de prosélytisme, ce qui est le propre de toutes les religions prêchées avec ardeur; d'ailleurs de pareils moyens étaient parfaitement dans les moeurs de l'époque, et ceux qui étaient obligés de se faire baptiser bon gré mal gré ne condamnaient pas au fond ces brutales façons d'agir.
Toutefois ces expédients réussirent fort mal en Islande , soit que les habitants de cette île fussent plus attachés à leurs dieux, soit que leur fierté républicaine s'indignât de la violence qu'on voulait leur faire, ou qu'ils craignissent que l'adoption d'un culte nouveau, importé par ordre des rois de Norwége , ne compromît leur indépendance.
Un second missionnaire de la trempe de Thorvald reprit en sous-œuvre la tâche qu'avaient abandonnée, dix ans auparavant (*), l'évêque Frédéric et son irascible interprète. Stefner s'attaqua directement aux objets et aux instruments du culte païen : il brûla les idoles, renversa les temples qui les renfermaient, et sema au loin la terreur. Mais il échoua comme ses prédécesseurs, et, frappé d'une sentence d'exil , il fut obligé , ne trouvant pas assez d'appui dans le pays, de retourner en Norwége.
Thangbrand , autre prédicateur armé, toujours prêt à pourfendre ses adversaires, fut envoyé en Islande par Olaf, qui espérait encore venir à bout de l'obstination de ses anciens sujets.
les instruments du sacrifice , et je vais l'accomplir de grand cœur. Mais ce ne sont plus de vils esclaves que j'immolerai; je choisirai six des plus notables d'entre vous, et leur sang sera plus agréable à vos idoles.» Il fit , en effet , arrêter six des paysans les plus riches et les plus iuQuents, et ordonna au sacrificateur de faire son devoir; mais les patients réclamèrent le baptême , et les autres, redoutant le sort auquel leurs compagnons venaient d'échapper , se firent aussi chrétiens.
(*) Thorvald avait quitté l'Islande en 986.
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Ses violences ne firent pas plus de prosélytes que ses semions; il l'ut inènie persécuté par les Islandais, qui ne lui épargnèrent ni les injures, ni les menaces , ni même les mauvais traitements, quand le fougueux apôtre n'était pas le plus fort. Enfin , exaspéré par la résistance qu'on lui opposait , il alla raconter ses mésaventures à son souverain. Olaf fut violemment irrité des rapportsdu missionnaire désappointé; dans sa colère, il ordonna que tous les Islandais qui se trouvaient en Norwége fussent pillés , et même tués. Deux seuls parvinrent à fléchir le roi : ils étaient chrétiens, et furent chargés d'accomplir l'œuvre de conversion dans laquelle plusieurs envoyés avaient déjà échoué. Quant aux autres Islandais, ils furent contraints à accepter le baptême.
Hialte et Gissur, les deux insulaires chrétiens, partirent accompagnés de plusieurs prêtres. Ils cherchèrent à agir sur l'esprit du peuple par les cérémonies religieuses. « Les prêtres catholiques parurent à l'assemblée du Thing avec leurs blancs surplis et leurs longues chasubles; l'encensoir balancé par une main d'enfant exhala ses parfums , et la cloche répandit dans les airs ses sons plaintifs et harmonieux.
La foule s'émut à l'aspect de cette solennité religieuse, et plusieurs hommes, qui étaient restés inébranlables à la colère de Thorvald et aux s^^rmons de Thangbrand , s'inclinèrent, par un mouvement involontaire , devant le prêtre qui s'avançait précédé de la croix. Puis les leçons évangéliques , répétées tant de fois , s'étaient pourtant insinuées dans quelques esprits ; puis, le roi Olaf, qui était puissant , menaçait l'Islande de toute sa colère, si elle refusait d'entendre la I parole des nouveaux missionnaires; ' et enfin une voix s'éleva pour propo- • ser l'adoption du christianisme. Mais, i à ces mots, les vieux Scandinaves sen- ' tirent se ranimer toute leur ferveur païenne, et l'assemblée se divisa en deux partis, l'un tout disposé à accueillir la nouvelle loi, l'autre bien résolu 1 à détendre l'ancien culte. Dans cet état
de crise, on allait, comme de coutume, résoudre la question par un combat, on allait s'enlre-tuer pour savoir qui l'on devait adorer , du (Ihrist ou (i'Odin. TJn Islandais, plus sage que les autres, demanda si l'on ne pourrait pas suspendre encore les hostilités et faire trancher la difliculté par des arbitres. La proposition fut écoutée, et chaque parti nomma ses juges. Mais les missionnaires catholiques gagnèrent pour trois marcs d'argent, Thorgeir, le plus influent et le plus intraitable païen. Le lendemain, Thorgeir s'avança au milieu de la foule, et après avoir cherché à démontrer combien ces divisions de parti portaient préjudice à la république, il s'écria : « Vous tous qui m'écoutez, acceptez-vous la religion que je vais vous proposer ? » Les païens qui le regardaient comme le plus intrépide défenseur de leur croyance, répondirent qu'ils l'accepteraient; et les chrétiens, qui étaientdans le secret de la transaction faite avec lui, répondirent de même. Alors Thorgeir proclama la religion chrétienne, et, malgré les cris d'étonnement et les plaintes de ses anciens partisans, elle fut adoptée (*). »
Conséquences de rétablissement du christianisme. IJ Islande passe sous la domination de la Norwége. État social actuel de cette île. De cet événement, que les sagas rapportent à l'an 1000, date pour l'Islande une vie intellectuelle (t morale toute nouvelle. Les mœurs s'adoucirent sous l'influence des enseignements des prêtres ; des écoles s'établirent dans tous les quartiers de l'île, et le goût de la poésie, naturel chez les Scandinavts, se développa librement et dans une direction plus favorable aux progrès de l'esprit. Malheureusement, les principes du culte nouveau ne purent (lechir l'orgueil des familles puissantes du pays , ni diminuer leur ambiti(>n. La guerre civile se ralluma, plus terrible et plus désastreuse qu'autrefois. Les chefs de parti , à force de promesses
(*) Ce dernier paragraphe est extrait des Lettres sur l'Islande de M. Marmier.
L'UNIVERS
mensongères et de coupables intrigues, parvinrent à rallier autour d'eux de petites armées-, dévouées à leurs intérets. Danscertainescirconstances, l'enceinte de Thingvalla fut envahie par des bandes qui comptaient plus de douze cents hommes , déterminés à faire triompher par la force la cause de leur patron. Des combats sanglants et acharnés avaient lieu quelquefois entre les troupes rivales. Des vaisseaux, sans cesse en mouvement le long des côtes, transportaient à l'improviste, sur les points les plus éloignés, des soldats qui parcouraient ensuite les campagnes le fer et la flamme à la main.
La haine réciproque était devenue si profonde et si implacable entre les membres des partis opposés, qu'on vit des pères léguer leur vengeance à leurs enfants, et leur recommander même d'achever une bataille commencée. Les fils n'avaient garde de répudier cet héritage et d'oublier leur serment. Les plus puissantes maisons de l'Islande s'éteignirent dans ces tristes luttes :
on cite, entre autres, la famille des Stiirles, qui se dévora elle-même; c'est aussi dans cette tempête que fut emporté l'illustre Snorre Sturleson, égorgé à Reikholt par ordre du roi Hacon.
Ces désordres, qui épuisaient le pays, profitaient singulièrement aux souverains de Norwége, qui suivaient avec une constance infatigable leurs projets usurpateurs. Enfin, affaiblie par ja perte de ses plus héroïques enfants, veuve de ses grands hommes, fatiguée de l'anarchie qui avait lentement miné ses forces vitales, l'Islande accepta le joug qu'elle avait fui jusqu'à ce moment. En 1262, l'autorité d'Hacon fut recoimue par la grande majorité des habitants; et, trois ans après, l'île entière était soumise à la domination étrangère.
Il importe de remarquer que ce résultat fut l'œuvre de l'ambition d'une aristocratie turbulente, et que les institutions islandaises n'y furent pour rien. Sans doute, comme nous l'avons déjà fait observer, ces institutions offraient une lacune d'où pouvaient naî-
tre de graves inconvénients ; mais , telles qu'elles étaient, elles auraient çuffi au bonheur et à la tranquillité des
nsuiaires, si les familles nobles, issues des jarls de Scandinavie, n'avaient point, par le conflit de leurs prétentions égoïstes, précipité l'Islande dans un abîme de calamités.
Du reste, l'esprit de ces institutions démocratiques survécut même à l'indépendance de l'Islande, car les modifications introduites dans le gouvernement du pays, par suite de la réunion à la Norwége, et même celles qu'entraîna, en 1397, l'accession à la couronne de Danemark , n'affectèrent en rien la liberté ni les droits des Islan dais. En capitulant avec les princes norwépiens, la république stipula expressément qu'elle conserverait ses anciennes lois et ses anciens privilèges, qu'elle serait exempte de droits de navigation et d'octroi en INorwége , et que jamais aucune force armée étrangère ne mettrait le pied sur son territoire , ce qui a été rigoureusement observé. Le roi s'engagea à lui fournir annuellement la quantité de produits étrangers qui lui serait nécessaire, et à maintenir la paix dans son sein par l'envoi d'un gouverneur, dont l'autorité unitaire tiendrait lieu de la centralisation politique qui manquait dans le code républicain, il fut convenu de part et d'autre que si ces conditions n'étaient pas fidèlement remplies, l'Islande aurait, par cela même, le droit de répudier la domination de la JNorwége et de reprendre son indépendance (*).
Depuis l'époque de sa soumission, l'Islande n'occupe dans l'histoire du Nord qu'une place insignifiante. Toutefois sous la domination danoise, quelques dates méritentd'être mentionnées.
Les A nglais avaient pendant longtemps fait un commerce lucratif sur les cotes de l'île; mais peu à peu supplantes par les bâtiments anséatiques, ils finirent par s'éloigner entièrement de ces parages où ils ne trouvaient plus rien à faire. Irrités de la préférence que les
^*) Finni Johanuei , Hist. eccles. Island.
RÉGIOINS CI RCOiM POLAIRES.
Islandais avaient donnée à la Hanse, ils firent un débanjiienientdans la parlie méridionale du pays, et se livrèrent à des actes de brij^andage que n'auraient pas reniés les anciens pirates Scandinaves. Le gouverneur liiorn ayant tait saisir leur cargaison, ils l'assaillirent dans sa demeure , {'égorgèrent avec sept de ses compagnons , et coupèrent son corps en morceaux. Ceci se passait en 1460. Peu de temps après, le roi de Danemark, instruit de ces atrocités, déclara la guerre à l'Angleterre, pour tirer vengeance du meurtre du gouverneur islandais. Mais le différend se termina sans effusion de sang; un traité de paix, conclu en 1474 , rétablit la bonne harmonie entre les deux cours; l'Angleterre paya une amende au gouvernement danois et s'engagea à ne plus envoyer de vaisseaux sur les côtes d'Islande, sans l'autorisation de la cour de Copenhague. L'infortuné Biôrn fut mieux vengé par sa femme.
Celle-ci , digne héritière de ces fières héroïnes du Nord qui savaient si bien mourir à côté des hommes de guerre, ne cessa de poursuivre les Anglais avec un impitoyable acharnement. Trois de leurs bâtiments tombèrent un jour entre ses mains; elle tressaillit de joie à cette nouvelle, et disposa tout pour sa vengeance : elle fit massacrer ou noyer une partie des équipages, et condamna le reste, c'est-à-dire une cinquantaine de matelots , aux travaux les plus durs.
L'introduction de la réforme en Islande, durant la domination danoise , est l'événement le plus important de cette période. Cette révolution religieuse influa singulièrement sur la population de cette lie, qui s'en ressentit même dans ses tendances littéraires ; mais l'agitation qu'elle avait produite ne fit qu'ajouter à la faiblesse de ce malheureux pays, auquel songeait, du reste , fort peu le roi de Danemark.
A la fin du seizième siècle une bande de pirates anglais dévasta les habitations du littoral, pilla les temples, viola les femmes , enleva des vaisseaux tout chargés, et se retira en laissant après elle bien des gens ruinés, et bien
des enfants orphelins. En 1G13, et pendant plusieurs années consécutives, nouveaux envahisseurs connus dans l'île sous le nom de gascons et qui ravagent deux provinces; puis les anglais apparaissent de nouveau et complètent l'œuvre de leurs prédécesseurs.
Enfin en 1627, d'autres brigands venus d'Alger et de Fez portent la désolation et font couler des torrents de sang dans plusieurs districs de la colonie; ils emmenèrent en esclavage une foule d'hommes et de fenmies. La pauvre Islande, si cruellement rançonnée depuis quelques années, si douloureusement atteinte dans son bien-être matériel par les fléaux de la nature, fut encore obligée de racheter ses enfants , en s'imposant un tribut onéreux! IN'avions-nous pas bien raison de dire que les Islandais sont un peuple de martyrs?
Aujourd'hui l'île est gouvernée par un stijtsamtmand y nommé pour cinq ans. Ce fonctionnaire supérieur exerce une autorité spéciale sur le quartier méridional dans lequel il réside; il est assisté de deux amtmand^ ou députés gouverneurs, l'un pour la partie ouest, l'autre pour les quartiers du nord et du levant. Les quatre quartiers sont divisés en syssels, ou districts, dont les limites sont à peu près celles que l'ancienne constitution avait tracées. Ils sont adininistrés par un sysselmand, dont les fonctions sont analogues à celles des anciens shérifs. Les syssels sont subdivisés en un grand nombre de hrepps^ dont chacun est placé sous la surveillance d'un hreppstiori , espèce de constable qui correspond au bailli d'autrefois. Il y a aussi un officier public appelé langfoged, qui exerce à la fois les fonctions de trésorier, de receveur général de l'île, de percepteur dans le syssel de Gullbringé, et de commissaire de police de Reykiavik.
iJalthing^ ou assemblée générale du peuple, a été aboli en 1800 , et c'est peut-être là le seul changement fondamental qu'ait subi la constitution primitive. On y a substitué une cour suprême siégeant dans la capitale , et composée d'un président, de deux as-
L'UNIVERS
sesseurs et d'un secrétaire. Ce tribunal se réunit une fois par mois et juge les causes civiles et criminelles ; les condamnés ont le droit d'appeler de ses décisions à la haute cour de Danemark. Autrefois la législation pénale n'admettait guère que des peines pécuniaires. Les coupables étaient condamnés à payer un certain nombre de 7nerks , valant chacun une once d'argent pur, et qu'on pouvait représenter par quarante-huit aunes d'étoffe de laine. Mais comme ce châtiment était insuffisant pour prévenir le crime, les lois devinrent peu à peu plus sévères; enfin la peine de mort fut introduite dans le code islandais. On pendait les simples meurtriers ; on noyait les infanticides, et, chose étrange, on avait réservé le supplice le plus cruel, celui du feu , aux sorciers (*). A présent , l'amende, la prison et le fouet sont les seuls châtiments judiciaires que les condamnés subissent dans le pays mêjne; quant aux condamnés à mort, on les envoie à Copenhague pour les exécuter; on a été réduit à cette néces-
(*) Yoir dans le chapitre des mœurs , les paragraphes relatifs à la sorcellerie en Islande.
site par suite de l'impossibilité de trouver dans l'île entière une seule personne qui voulût faire les fonctions de bourreau ; l'Islande a demi policée a donné là un bel exemple à l'Europe civilisée.
Aujourd'hui que le caractère des Islandais s'est adouci par rinfluence de la religion chrétienne, et que les lumières se sont répandues parmi cette population intelligente, il est du devoir du gouvernement danois de chercher à augmenter le bien-être de ces pauvres gens, et de modifier, dans le sens le plus favorable au progrès matériel et moral, ce qui reste des institutions primitives. A coup sûr il ne sèmerait pas en terre ingrate, et les germes qu'il y déposerait se développeraient rapidement. Mais l'indifférence que ce gouvernement a jusqu'ici témoignée à l'égard de sa colonie, fait craindre qu'il ne comprenne pas les obligations tacites qu'il a contractées envers l'Islande en l'admettant au nombre de ses annexes. Ceux qui connaissent et savent apprécier les Islandais n'ont dès lors (|u'à déplorer l'espèce d'abandon dans lequel on laisse une population digne, sous tous les rapports, de la sollicitude de ses maîtres.
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