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enjoignit de se rendre immédiatement, l'un et l'autre, auprès de lui , nommant pour les remplacer son propre fils, don Garcia. Le nouveau gouverneur s'embarqua avec deux cent cinquante hommes d'infanterie , qu'il répartit sur quatre navires, tandis que sa cavalerie se dirigeait par le désert d'Atacama. Le poète Alonzo Ercilla, à qui on doit un poème sur l'A raucanle et plusieurs notes utiles à l'historien, accompagnait cette expédition, qui arriva au mois d'avril 1557 dans la baie de la Conception. Don Garcia de Mendoza passa plusieurs mois dans l'île de Quirina pour attendre sa cavalerie, et il employa ce temps à parlementer avec Caupolican pour tacher de l'amener à demander la paix; mais le rusé toqui n'avait feint de prêter l'oreille à ces propositions que pour gagner du temps et se mieux préparer a la guerre. Enfin les Espagnols débarquèrent au mois d'octobre de cette même année, et commencèrent à élever un fort sur le mont Pinto. Les Araucans voulurent en vain s'opposer à l'exécution de ce projet; ils furent foudroyés par l'artillerie, et repoussés avec une perte de deux cents hommes. Cette défaite détermina la retraite de Caupolican. Ce chef retrancha son armée sur les bords du Bio-Bio, oii Garcia vint bientôt le chercher et le combattre. La bataille fut longue et sanglante; la victoire flotta longtemps indécise jusqu'au moment où les charges vigoureuses de la cavalerie espagnole la fixèrent sous les drapeaux de Klendoza. Les Araucans perdirent quatre mille hommes, tombés sur le champ de bataille, et huit cents prisonniers.
Les Espagnols, seuls historiens de ces événements, ne précisent pas la perte éprouvée par les leurs; elle dut être considérable. Les prisonniers furent traités avec une cruauté inouïe; mais TindoDiptable courage de ces fiers Indiens ne se démentit pas un instant; aucun ne s'abaissa à deniander grâce, ni même à fiiire entendre un cri de douleur. Mutilés et brisés , ils élevaient encore leurs bras sanglants pour appeler le ciel et leurs compatriotes à la
L'UINIVERS.
vengeance. Et quand les soldats espagnols, fatigués de ces atroces exécutions, cessèrent de vouloir frapper ces hommes désarmés, ils imaginèrent de leur distribuer à chacun une corde, au moyen de laquelle ces malheureux pussent se servir de bourreaux à euxmêmes. On vit alors un spectacle digne d'une éternelle pitié; chacune des victimes choisissait un arbre , et s'y suspendait elle-même sans hésitation ^ heureuse de ne pas périr par les mains de ces barbares ennemis ! L'un des prisonniers, nommé Galbarino, reçut la liberté après avoir eu les poin'gs coupés. Cet infortuné parcourut l'Araucanie entière, montrant , de peuplade en peuplade, ses moignons d'où le sang ruisselait, et demandant vengeance à ses frères.
La fortune avait décidément abandonné les Araucans; leur brave chef tenta vainement deux fois encore le sort des armes. Il fut battu dans toutes les rencontres, et obligé de se cacher pour ne pas tomber entre les mains des vainqueurs. L'heureux Mendoza, poursuivant le cours de ses exploits, acheva de soumettre le pays que la révolte avait enlevé à son prédécesseur. En 1558, il releva les ruines de la Conception, et marcha ensuite contre les Cunches; mais ceux-ci s'empressèrent de faire leur soumission; ils envoyèrent à Mendoza neuf députés couverts de haillons, qui lui présentèrent un panier contenant des fruits sauvages et quelques lézards rôtis : « C'était, dirent-ils, tout ce que leur pays produisait de plus précieux. » Que cette offre ait été faite avec candeur ou
?[u'elle ne fût que le résultat d'une ourberie, afin de dissuader le vainqueur d'entrer dans un pays aussi pauvre, elle n'en atteignit pas moins son but, et Mendoza rebroussa chemin (*). En passant dans la province de Tucapel, il fonda une ville sur la place même où Valdivia avait péri, et lui donna le nom de Canete, qui était
' (*) Les Espagnols attribuent l'invention de cette fourberie à un Araucan réfugié , nommé Tunconobal.
celui de la famille de l'adélantade dont il honorait la mémoire. A la fin de cette même année, ayant poussé ses reconnaissances vers le sud jusqu'à l'extrémité du continent chilien, il découvrit l'île de (Ihiloé et l'archipel d'Ancud. Le poète Erciila traversa le golfe et aborda dans l'île principale, où il grava son nom sur un arbre, ainsi que l'époque de la découverte (21 janvier 1559). De retour de cette expédition, don Garcia de Mendoza se dirigea sur le pays des Huilliches, et y fonda la ville d'Osorno par le 40"^ degré 20' de latitude, à quinze lieues de Valdivia. Vers la même époque, le commandant de Canete, Alonzo Reynoso, parvint à découvrir le lieu où se cachait Caupolican. Il y envoya un détachement de cavalerie qui s'empara de ce chef et l'amena à Canete , où Reynoso le condamna à être empalé.
L'espoir d'obtenir la vie porta le toqui prisonnier à feindre une conversion à la religion chrétienne; il selaissa baptiser, et n'en fut pas moins conduit au supr plice. A la vue de l'instrument de sa torture et du nègre qui devait faire l'office de bourreau, Caupolican ne put contenir son indignation ; il renversa le nègre d'un coup de pied, et s'écria : « IN'y a-t-il donc pas une épée « et une autre main plus digne de « tuer un homme de mon rang? Ceci « n'est pas de ' la justice, c'est une « basse vengeance (*).
Après la mort de ce chef, les Araucans choisirent son fils aîné pour le remplacer , et , de l'avis des vieillards , ils le nommèrent généralissime de toutes les armées de la confédération des Molouches, des Puelches , des Cunches , des Huilliches et autres tribus. La guerre continua pendant plusieurs mois avec des alternatives de succès et de reveis pour les deux partis. Enfin une bataille décisive fut livrée à Quipéo le 19 septembre 1559; les Araucans, complètement battus, laissèrent deux mille morts sur le champ de bataille. De ce nombre
(*) Ovalle, liv. v; Mollna, lib. m; Erciila, cil. xxxiv.
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furent les chefs les plus renommés, Tucapel , Ongolo, Lincoyan , Mariantu, et plusieurs autres. Le jeune Caupolican lui-même , poursuivi de près par la cavalerie espagnole , aima mieux se donner la mort que de tomber vivant entre les mains de ses ennemis.
Après cette victoire, Mendoza put enfin prendre quelque repos , et donner ses soins à d'autres intérêts. D(\jà, dès le mois de juillet, il avait expédié du port de la Conception deux navires , sous les ordres de Ladrilléro,pour explorer les côtes de la Patagonie. Maintenant il fit reprendre les travaux d'exploitation des mines ; il releva les fortifications d'Arauco , de los Infantes et de Villarica , et envoya une division de son armée, commandée par don Pedro Castillo, pour achever la conquête des provinces de Cujo et de Tucuman. Castillo soumit les indigènes et fonda deux villes : San-Juan de la Frontéra et Mendoza (*). Le Tucuman fut réuni à la vice-royauté du Pérou par décision de la cour d'Espagne.
Tant de travaux et de succès méritaient à Mendoza une éclatante récompense. Le roi le nomma vice-roi du Pérou en remplacement de son père , et François de Villagran fut choisi par la cour, de préférence à son compétiteur Aguirre, pour lui succéder en qualité de gouverneur du Chili. De leur côté, les Araucans avaient élu un nouveau général ; c'était un cacique nommé Antiguénu , que sa force et sa bravoure avaient déjà rendu formidable à ses ennemis. Ce nouveau chef convoqua les débris de sa nation dans les marais de Lumaco , où Villagran ne tarda pas à venir le harceler.
Vaincu dans une première rencontre , le général des Araucans prit sa revanche à Mariguéna, où il fit un grand carnage des Espagnols , et tua même le
(*) San-Juan est situé à 3o lieues nord de Mendoza. Cette dernière ville repose sur le revers oriental de la Cordillère, dans une plaine où coule une rivière du même nom; elle est située par 32° Si'. Toutes deux appartiennent à la confédération de Buénos- Ayres.
iils de Villagran qui les commandait.
De là il marcha sur Canete dont les habitants se réfugièrent partie à Impériale , et partie à la Conception.
Antiguénu entra sans coup férir dans cette ville abandonnée, et la détruisit de fond en comble. Villagran , accablé par tant de revers , succomba à la douleur inunense qu'il éprouvait comme père et comme général (1563). En mourant , il désigna son fils aîné Pedro pour lui succéder. Ce jeune homme combattit les Araucans avec succès pendant deux années entières; Antiguénu périt dans l'une de ces actions sur les bords du Bio-Bio. Les historiens espagnols ne nous ont pas appris les motifs qui portèrent Vaudiencia reale de Lima à faire arrêter le fils de Villagran et à le faire conduire au Pérou. Ce fut sous son administration que le pape Pie IV érigea en évêchés les villes de Conception et d'Impériale; Santiago l'avait été déjà en 1561. Son passage au pouvoir fut également signalé par la découverte du groupe de Juan-Fernandez, due à un Castillan de ce nom qui, du Pérou, se rendait à Valdivia.
Le successeur de Villagran , don Rodrigue de Quiroga , ne fut pas heureux non plus. Son administration durait à peine depuis un an, qu'un successeur lui fut donné dans la personne de Ruiz Gamboa, qui revenait d'une expédition aux îles de Chiloé, où il avait fondé les villes de Castro et de Chacao (1566). On ne voit pas que des règles précises fussent établies pour la nomination des gouverneurs du Chili.
Dans le principe, le roi se la réservait exclusivement; plus tard, le vice -roi du Pérou usa de cette prérogative comme d'un droit qui lui était dévolu. De son côté, V audiencia reale de Lima prétendait que, vu l'éloignement de la métropole et la nécessité de pourvoir avec promptitude aux besoins d'une province dont la conquête était encore mal affermie, c'était à elle à procéder à cette nomination; mais l'autorisation accordée aux gouverneurs élus par l'audience royale, de choisir eux-mêmes leurs successeurs,
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introduisait une nouvelle cause de discorde, et semblait même trahir la vénalité de cette charge.
Quoi qu'il en soit, Philippe II, frappé des avauta2;es que présentait la possession du Cliili , y nonuna une audience royale indépendante de celle du Pérou (*). La première mesure de ce tribunal fut de révoquer la nomination de Rodrigue de Quiroga, pour lui substituer Ruiz de Gamboa , qu'elle remplaça également, l'année suivante, par IVlefchior de Bravo. Gamboa avait pourtant obtenu des succès signalés contre les Araucans , mais il n'avait pu parvenir à les dompter entièrement, et ce fut uniquement ce motif, ou plutôt ce prétexte, que l'audience mit en avant pour lui donner un successeur.
En 1575, un inspecteur espagnol, nommé Caldéron , arrivant de la métropole avec des pleins pouvoirs, supprima Vaiidiencia du Chili et rétablit Quiroga dans ses fonctions de gouverneur. Melchior de Bravo n'avait pas répondu à l'attente du tribunal qui l'avait porté au pouvoir. Il n'avait livré qu'une seule bataille aux Araucans , et avait été battu si complètement, qu'il avait cru devoir lui-même se faire justice, en donnant sa démission, après avoir réintégré Gamboa dans ses fonctions. Celui-ci , déposé à son tour par les ordres de l'inspecteur Caldéron, ainsi que nous venons de le dire, se retira du moins honorablement. Il n'avait cessé de faire une guerre acharnée et presque toujours heureuse aux Araucans; il les avait battus, notamment à Canete en 1569, sur le Bio-Bio, et à Villarica en 1574. Parmi les chefs qu'il avait vaincus, se trouvait un métis nommé Alonzo Dias, que les Araucans nommaient Paynénancu, et qu'ils avaient élevé au rang
(*) L'établissement de raw<^/e;?c/rt! du Chili eut lieu le i3 août 1567. C'clail un conseil de quatre nii'mjjies ou juges et d'un procureur fiscal. Vaiidiencia était chargée de l'administration ])olitique et mililaire de la province. La Conceplion fut le premier siège de ce tribunal qui, en 1574 , fut transféré à Santiago.
de toqui, dans l'espoir de rattacher à leur cause la race, déjà nombreuse à cette époque, des métis issus du commerce des Espagnols avec les Chiliennes.
Quiroga conserva le pouvoir pendant cinq années; il mourut en 1.580, après avoir fondé une ville sur les bords de la rivière Chill.m. Gamboa qui , à cette époque , fut réintégré dans le gouvernement du Chili, s'y maintint pendant trois années, toujours occupé à guerroyer contre les Araucans et les Péhuenches (*).
En 1583, Alonzo Sotomayor, marquis de Villa- Hermosa, fut nonuné gouverneur. Il poussa la guerre avec une grande vigueur, et fit éprouver de sanglantes défaites aux Araucans; mais il ne démentit pas la réputation de férocité que ses prédécesseurs s'étaient acquise. Tous les prisonniers qu'il fit pendant les neuf années que dura son administration, furent empalés ou pendus; c'était une conséquence de ce système d'intimidation dont les Espagnols attendaient un effet que le résultat a toujours démenti.
L'Espagne était alors en guerre avec l'Angleterre. Francis Drake , amiral anglais, chargé par la reine Elisabeth d'un voyage de circum-navigation, s'arrêta à l'île de la Mocha le 25 novembre 1578. Les relations qu'il entretint avec les Indiens le mirent à portée d'exéctiter un hardi coup de main sur V'alparaiso , où il opéra une descente avec tant de promptitude que les habitants eurent à peine le temps de se sauver.
Les Anglais pillèrent la ville et n'épargnèrent pas les églises. Elisabeth accorda , il est vrai , des indemnités aux victimes de ces déprédations; mais Philippe II garda l'argent pour lui.
Instruits par cette fâcheuse expérience, les Espagnols apportèrent un plus grand
(*)Nous avons parlé déjà des Péhuenches, tribu belliqueuse delà i'amilie chilienne. Les Péhuenches , moins avancés que les Aiaucans dans la vole de la civilisation, vivent souî des tentes (ju'iis transporlent souvent d'ui lieu à un autre. Leur principale industrie' consiste à élever des bestiau.v {\oy, pi. lo)
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soin à défendre leur côtes; et, lorsque, en I58G, sir Tiiomas Cavendish se présenta dans les environs de Valparaiso avec une division de trois vaisseaux , ils repoussèrent vigoureusement tous les hommes qui voulaient tenter le débarquement, et en tuèrent plusieurs.
Un chef indien, nommé Quipotan, s'était retiré dans les Andes où d était parvenu à former un corps d'armée assez nombreux; mais étant descendu d.ins la plaine pour y ciiercher sa femme Janéquéo, il y fut surpris et envelop|)é par les Espagnols, et se tua pour échapper aux tourments delà torture. Jauéguéo jura de venger la mort de son mari , et elle tint parole. S'étant mise à la tête d'une division de Puelches, elle s'empara de la forteresse de Puchanqui, dont elle tua le gouverneur Aranda de ses propres mains; elle battit lefrèredeSotoniayor, envoyé contre elle, et s'établit dans les environs de Villarica, d'où elle inquiéta longtemps le parti espagnol.
Vaincu enfin , après une longue résistance, elle s'enfuit précipitamment , laissant son frère au pouvoir des vainqueurs. Celui-ci obtint la vie sauve, après avoir promis que Janéquéo et ses Puelches déposeraient les armes ; mais en ayant fait la proposition dans une assemblée de cette nation , un ciief , indigné de cette lâcheté , le frappa d'un coup mortel.
Les mœurs des indigènes du Chili avaient, à cette époque , subi de grands changements. Les animaux apportés par les Européens, et échappés à la domesticité, s'étaient prodigieusement multipliés. Les Araucans combattaient à cheval, et possédaient déjà des troupeaux de bœufs et de moutons. On vit, devant la forteresse de Puren, un chef indien, le brave Cadéguala, charger, à la tête de cent cinquante lanciers, les troupes du gouverneur Sotomayor, et les repousser loin de la place. Ce même Cadéguala, montant un superbe cheval qui avait appartenu au gouverneur, s'approcha des remparts de Puren, et déûa le commandant en combat singulier. Garcia Ramon , à qui s'adressait
cedéfii, l'accepta sans hésiter, et, étant sorti de la place, il vainquit l'audacieux Indien et lui passa sa lance au travers du corps.
Sotomayor poursuivit avec succès cette guerre d'extermination jusqu'en 1:')<J2. A cette époque, étant tombé dans une embuscade que lui tendit le toqui Paillaéco, il éprouva une perte si considérable, qu'il crut devoir se rendre immédiatement au Pérou pour y solliciter des renforts. Mais, en arrivant à Lima , il apprit que le gouvernement du Chili lui était retiré, et qu'on en avait investi don Martin Garcia Onez de Loyola. Ce nouveau gouverneur était neveu du fameux Ignace de Loyola , fondateur de l'ordre des Jésuites. Il avait puissamment contribué à l'arrestation du dernier Inca du Pérou, Tupac-Amaru; et, pour récompenser un service aussi important, Vaudiencia reale l'avait nommé gouverneur du Chili.
La guerre sembla se ralentir après la nomination de Loyola, chaque parti étant occupé à réparer ses pertes et à se préparer à une nouvelle lutte.
Suite des événements de la guebbe. expéeitions hollandai- SES (1594-1640). Ce ne fut qu'en 1594 que le nouveau gouverneur se mit en campagne. Il fonda, près du Bio-Bio, une ville qu'il nomma Coya, en l'honneur de sa femme. Clara-Béatrix Coya était fille de l'Inca Sayri-ïupac.
Ce fut à la suite de ce neveu de saint Ignace que les jésuites pénétrèrent au Ciiili. 11 s'en établit des collèges à Santiago, àValdivia, à Arauco, et autres villes (*). Ce fut dans le courant de cette même année 1694 que le capitaine Hawkins , envoyé par la reine Elisabeth, parut sur les côtes du Chili, où , à l'imitation de Francis Drake , il pilla plusieurs magasins, et s'empara de cinq navires dont il rançonna les propriétaires. Après ce coup de main,
(*) Nous donnons plus de détails sur les jésuites dans notre Notice sur le Paraguay et le Rio de la Plata, qui, dans l'ordre de ce recueil, devra être placée à la suite du Chili.
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il se dirigea vers les côtes du Pérou (*).
Le toqui que les Araucans reconnaissaient alors pour leur général en chef, était un vieillard nommé Paillamachu, robuste encore, entreprenant et brave jusqu'à la témérité. Loyola le combattit en plusieurs rencontres sans avantage décisif. Au moment où l'Espagnol se croyait certain de l'anéantir, Paillamachu lui échappait, et rentrait dans les gorges des montagnes où on n'aurait pu le suivre sans imprudence. Las de cette manière de guerroyer, Loyola fît construire deux forts, l'un à Puren, l'autre sur l'emplacement de Lumaco, dans l'intention d'observer et de contenir l'ennemi. Après y avoir laissé une forte garnison , il envoya le reste des troupes qu'il avait fait venir du Pérou fonder la ville de San-Luis de Loyola, dans la province de Cujo (1597). A peine le gouverneur s'était-il éloigné, que Paillamachu revint sur ses pas , et s'empara du fort de Lumaco.
Celui de Puren serait également tombé en son pouvoir, si un lieutenant de Loyola, Pedro Cortez , ne fût arrivé à temps pour le secourir. En apprenant cette nouvelle, le gouverneur accourut sur les lieux, et, convaincu alors de la nécessité de rassembler ses forces au lieu de les tenir ainsi éparpillées , il fit démanteler les deux forts de Puren et de Lumaco, et raser les fortifications de Villarica et de Valdivia , dont il transporta les garnisons à Angol et à Impériale. Cette conduite aurait eu sans doute un heureux résultat, si Loyola n'en eut pas détruit l'effet par une inconcevable imprudence. Rassuré mal à propos sur le sort des provinces confiées à son autorité, il congédia son armée , et ne garda auprès de lui qu'une soixantaine d'officiers avec lesquels il vint camper dans la vallée de Caralava, sur les bords du Bio-Bio.
Paillamachu, que l'on croyait caché dans les solitudes les plus éloignées, l'avait suivi de loin. .Tugeant le moment favorable , il choisit deux cents hommes
' (*) Hawkins, The observations in his voyage into ihe south sea, etc. 1622.
déterminés, et, quand la nuit fut venue, il les conduisit aux environs du camp. Ces Indiens rusés, pour mieux tromper la vigilance de leurs ennemis , contrefaisaient , en s'approchant , les cris des oiseaux nocturnes et des bêtes fauves qui ont coutume de rôder pendant la nuit. Ils parvinrent ainsi à entourer le camp sans être aperçus ; puis , à un signal donné , ils se précipitèrent simultanément sur ceux qui dormaient en sécurité, et les massacrèrent tous, à l'exception de quelques femmes qu'ils emmenèrent avec eux.
A la nouvelle de ce succès , et par les ordres du toqui , les provinces de l'Araucanie se levèrent en masse ; la Conception et Chillan , surprises les premières , devinrent la proie des flammes, tandis que les autres villes étaient investies par de nombreuses divisions ; plusieurs forts détachés furent démantelés , et les Espagnols surpris hors des garnisons furent tous égorgés. Le sang ruisselait de tous côtés, la flamme s'étendait de province en province, et, dans l'excès de leur animosité , les Indiens n'épargnaient pas même leurs propres récoltes. Tant de désastres abattirent le courage des familles espagnoles ; plusieurs émigrèrent pour se retirer au Pérou , et toutes peut-être eussent suivi cet exemple , sans l'arrivée du général Pedro de Viscarra , qui amena un corps de troupes assez nombreux pour lui permettre de reprendre l'offensive. Il passa le Bio-Bio, refoula les Araucans, et repeupla les villes de Chillan et de la Conception avec les habitants d' Angol et de Coya. Viscarra était septuagénaire , et peu en état de supporter longtemps les fatigues d'une pareille guerre. Aussi fut-il remplacé, six mois après, par D. Francisco Quinonès, à qui le viceroi du Pérou confia la tache difficile de relever la fortune de l'Espagne. Les combats qui signalèrent l'arrivée de ce gouverneur n'amenèrent aucnn résultat ; mais il y eut une bataille sanglante dans les plaines de Yumpel, où les deux partis éprouvèrent une grande; perte, où tous deux s'attribuèrent lat victoire, où tous deux enfin égorgèrent'
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leurs prisonniers avec un raffinement inouï de cruauté (octobre 1599). A cette époque, les Araucans étaient parvenus à l'apogée de leur gloire militaire. Les armes et les chevaux qu'ils avaient enlevés aux Espagnols avaient opéré une révolution complète dans leur manière de combattre. En effet, peu de temps après la bataille de Yumpel, Paillamachu fondit inopinément sur la ville de Valdivia (U novembre 1599) avec une armée composée de trois mille lanciers à cheval , trois cents archers , deux cents hommes couverts de cuirasses et de cottes de maille, et soixante arquebusiers. Les habitants surpris n'opposèrent aucune résistance; quatre cents furent emmenés en esclavage; le reste fut massacré. La ville , livrée aux flammes, n'offrit plus, au bout de quelques heures, qu'un amas de ruines. Le butin du vainqueur, outre les prisonniers, fut estimé deux millions de dollars.
Après cet échec , Quinonès demanda son rappel , et fut remplacé par le quartier-maître Garcia Ramon.
Pendant que le Chili était ainsi le théâtre d'une guerre d'extermination , les hostilités continuaient entre l'Espagne d'une part, TAngleterre et la Hollande de l'autre. Olivier Van Noort, amiral hollandais, vint, en l'année 1600, insulter les côtes du Chili avec une division de deux vaisseaux et un yacht; il y captura plusieurs navires espagnols richement chargés. C'était le moment oii les flibustiers, attirés par l'espoir de surprendre quelques-uns de ces riches galions espagnols qui portaient à la métropole les métaux précieux extraits de ses colonies, commençaient à infester les côtes du Pérou et du Chili. Pour se procurer les rafraîchissements dont ils avaient besoin, ils relâchaient habituel iement à Juan- Fernandez, où ils trouvaient des chèvres sauvages , des phoques , et des sources d'une excellente eau (*).
Garcia Ramon ne fit que passer au
(*) Nous avons décrit plus haut l'aspect de Juan-Fernandez. Voyez-en une vue générale prise iJii côté du nord, pi, i r.
pouvoir. Son successeur, Alonzo Rivera, s'y maintint pendant quatre années (de IGOO à IGOl). Ce fut dans cette période que les Araucans détruisirent de fond en comble Villarica, Angol, Impériale, Valdivia, Santa-Cruz, Chillan et la Conception. Le siège d'Impériale fut signalé par le courage d'une Espagnole dont l'histoire a conservé le nom. ïnez Aguiléra avait vu périr son mari et ses frères; apprenant que la garnison songeait à se rendre, elle s'opposa à ce projet par l'énergie de ses discours et par son exemple. Toujours sur la brèche, elle dirigea les opérations de la défense jusqu'au dernier moment. Alors seulement elle abandonna la place, suivie de l'évêque et de la majeure partie des habitants.
La cour d'Espagne lui accorda une pension de deux cents dollars. Sa fille avait épousé le gouverneur Rivera; mais ce mariage ayant eu lieu sans l'autorisation du roi, Rivera fut révoqué de ses fonctions et remplacé par ce même Garcia Ramon qui l'avait précédé. Ramon amenait un puissant renfort de troupes nouvellement arrivées d'Europe ; mais le toqui Huénécura, qui commandait alors les Araucans, battit ce corps, et le détruisit complètement.
Tant de désastres appelèrent enfin la sérieuse attention de la cour d'Espagne, et le roi ordonna, en 1608, que l'effectif de l'armée d'observation sur les frontières de l'Araucanie serait maintenu sur le pied de deux mille hommes; que la vice-royauté du Pérou contribuerait à l'entretien de ce corps pour une somme de 292,279 dollars (1,461,395 francs); et que l'audience royale serait rétablie à Santiago. Cette ville, éloignée du théâtre de la guerre, avait déjà, à cette époque, acquis l'importance convenable à son rang de capitale (*).
Ramon obtint quelques succès sur le toqui Huénécura. La mort le surprit au milieu de ses victoires, le 10 août 1610. Don Luis Merlo de la Fuente,
(*) La Concepiion et Coquimbo lui ont, depuis, disputé ce titre.
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son successeur, eut à combattre Aillavila second, l'un des meilleurs capitaines araucans. Sous l'administration de don Juan Xaraquémada, qui avait remplacé Merlo, le roi d'Espagne, alors Philippe III, envoya au Chili Luis Valdivia, chargé de négocier la paix avec les indigènes, et de leur proposer la concession du territoire méridional depuis l'archipel de Chiloé jusqu'au fleuve BioBio.Valdiviaéchoua dans cette entreprise par suite de l'irritation que causa au toqui Ancanamon la fuite de sa femme qui vint se mettre sous la protection du gouverneur. C'était une Espagnole enlevée qui avait converti à la religion catholique les deux filles d'Ancanamon et deux de ses concubines, et s'était enfuie avec elles.
Les Hollandais se montrèrent de nouveau, en 1615, sur les côtes du Chili. L'amiral Joris Spilbergen débarqua sur l'île Santa-Maria, ainsi qu'à la Conception. Dans l'une et 1 autre place il incendia plusieurs maisons, et enleva des moutons, du blé, de l'orge et autres provisions. Ceci se J3assait sous le gouvernement d'Alonzo Rivera qui avait été réintégré au pouvoir depuis quelques années. Ce fut lui qui introduisit au Chili les hospitaliers de Saint-Jean de Dieu , qui obéissaient à un commissaire dépendant du provincial du Pérou , et avaient la direction de tous les hôpitaux. Rivera mourut en 1617, et fut remplacé parHernandoTalaverano, qui se retira dix mois après, pour faire place à Lopez de IJIIoa. Les revers que l'armée espagnole éprouva sous l'administration d'LIloa furent si grands qu'il en mourut de chagrin le 20 novembre 1620.
Christophe de la Cerda Sotomayor, auditeur principal, don Pedro Sorez de IJIIoa y Léma, chevalier de l'ordre d'Alcantara , et don Francisco de Alava y INoruena furent successivement nommés gouverneurs du Chili depuis 1621 jusqu'en 1625, et sous leur administration la guerre continua avec le même acharnement. Les deux derniers eurent, en outre, à surveiller les opérations d'une flotte hollandaise, commandée
par Jacques l'flernu'te, qui croisa pendant huit mois sur les côtes du Chili, et causa de grands dommages au commerce espagnol. A Francisco de Alava succéda un neveu du vice-roi du Pérou, don Luis de Cordova , qui conserva l'autorité jusqu'en 1630. Il fut le premier à permettre aux créoles, descendus des conquérants espagnols, l'accès aux fonctions publiques. Sous son administration, la guerre continua avec le même caractère de férocité et la même opiniâtreté. Le nouveau toqui s'appelait alors Putapichon; c'était un jeune homme plein de bravoure et de capacité, qui, dans son enfance, avait été esclave des Espagnols.
Don Francisco Lasso de la Véga , qui avait servi avec distinction pendant les guerres de Flandre, fut nommé gouverneur du Chili en remplacement de Alava. Le parti espagnol fondait de grandes espérances sur ce choix, mais pendant la première année la fortune ne lui fut pas favorable. Le quartier-maître de l'armée fut battu et tué dans une embuscade où Putapichon l'avait attiré; les Indiens auxiliaires eux-mêmes avaient, dit-on, trahi en cette circonstance. L'année suivante. Lasso de la Véga prit une éclatante revanche, et fit éprouver aux Indiens des pertes considérables. Deux de leurs généraux, Quéropoante et Longomilla, qui partageaient avec Putapichon le commandement suprême, périrent dans cette lutte. Depuis cette époque jusqu'en 1640, les événements de la guerre n'offrent plus aucun intérêt. C'est une suite non interrompue de sièges, de surprises, d'embuscades et de massacres, où la fortune passe alternativement de l'un à l'autre camp.
L'historien Tessillo en a rapporté les détails, et son livre n'est, en quelque sorte, qu'un journal que les limites de cette notice ne nous permettent pas de reproduire (*). On vit néanmoins,
(*) Tessillo, r.uerra de Chile, causas de su diiracion médias para su fin exeinplilicado en el govieino de don Francisco Lasso de la Véga, per el maestro de campe Santiago de Tessillo, etc. Madrid, 1647.
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pendant cette période, un assez grand nombre d'uimenes, dont les enfants et les femmes avaient été emmenés en captivité, faire leur soumission afin de racheter leurs familles. De son côté, le roi d'Kspagne affranchit les Indiens soumis des services personnels qui, jusqu'à ce jour, avaient été exigés d'eux dans les commanderies.
Traité de paix de Quillen; nouvelles e^pkditlo^s hollandai- SES ( 1(540- (G55). Le marquis de Baydes,don Francisco Lopez de Zimiga, nouveau gouverneur du Chili, conclut enfin cette paix dont les deux parties belligérantes avaient un égal besoin.
Il en jeta les bases dans une entrevue qu'il s'était habilement ménagée avec Lincopichion, alors général en chef des Araucans, et la ratification en fut faite solennellement, avec échange de prisonniers et sacrifice de plusieurs lamas, dans le village de Quillen, dépendant de la province de Puren. Par ce traité, il fut convenu que le fleuve Bio-Bio servirait de limite aux territoires espagnol et araucan, le premier vers le nord, le second vers le sud.
Les déserteurs devaient être rendus de part et d'autre; les forts d'Arauco et de Paicavi , sur le territoire des Indiens, devaient être évacués par les Espagnols. Les missionnaires auraient la liberté de prêcher la doctrine chrétienne aux Araucans, et ceux-ci, quoique libres et indépendants, reconnaîtraient la suzeraineté du roi d'Espagne.
Cette dernière condition avait surtout pour objet de prévenir les envahissements des nations européennes alors en guerre avec la métropole. De ce nombre était la Hollande , dont la marine inquiétait fortement le commerce espagnol. En 1643, l'amiral Hendrick Brouwer s'approcha des côtes du Chili dans l'intention d'y contracter alliance avec les Indiens indépendants. Son escadre se composait de quatre vaisseaux et d'un yacht. lAfal reçu d'abord §ar les indigènes de Chiloé', Brouwer ébarqua plusieurs compagnies dans cette île, et y fit enlever des hommes et des bestiaux. De là, il passa sur le continent et poursuivit le cours de ses
déprédations pendant plusieurs mois.
11 revint ensuite à Chiloé, dans le port qui portait alors son nom , et qui est connu aujourd'hui sous celui de San~Carlos. Il y mourut le 7 aoilt, et fut enterré un mois après à Valdivia.
Elias Harckmans, qui lui succéda dans le connnandement de l'expédition, fit voile inniiédiatement pour la rivière de Valdivia; et là, plus heureux que ne l'avait été Brouwer, il réussit à réveiller l'antipathie des naturels du pays contre les Espagnols; il contracta même un traité d'alliance avec ces Indiens, mais sans obtenir aucun avantage décisif. Le 18 octobre suivant, il s'éloigna des côtes du Chili (*).
La paix de 1G40 dura quinze années sans interruption, pendant lesquelles Lasso de la Véga et Martin de Muxica se succédèrent au pouvoir.
Renouvellement des hostilités; PAIX de JNégrète; fondation de plusieurs villes (1655-1766). Si la domination des Espagnols avait paru intolérable aux Chiliens, il en fut bientôt de même de leur voisinage.
Les premiers cherchaient constamment à empiéter sur le territoire des indigènes; tantôt c'était une maison de plaisance qu'ils demandaient à y construire; d'autres maisons s'élevaient auprès et formaient un village, puis un bourg , et alors il fallait bâtir une forteresse pour la sûi'cté des habitants. Tantôt c'était une concession de terrain demandée par les jésuites en faveur de leurs néophytes. Ces religieux élevèrent ainsi successivement plusieurs bourgades de quelque importance : la Mocha, Santa- Juana,
(*) Après avoir rappelé succinctement les principales expéditions ant^laises et hollandaises, il nous reste à indiquer les sources auxquelles on peut puisrr pour obtenir plus de détails sur cet ohjel : Hakiuyt's voyages, volume m*'; Collection des voyages, de Churchill, tom. l*^""; Tessillo, Guerra de Chile, etc. ; Miroir oost et west ludical , etc. Amsterdam, 162 1; Hendriks Brouwers voyagie, etc. Amst., i643;Burney's voyage, etc.; Histoire du Chili , par Jean Yaiiez (holL), Amsterdam, 1619.
L'UNIVERS
Santa-Fé, San-Christoval et San-Pédro. La nouvelle religion , en imposant à ses adeptes la monogamie , l'égalité des sexes et le pardon des injures, heurtait de front les antiques préjugés de la nation des Araucans , et c'était pour ceux-ci un motif de plus de haine et de jalousie.
En 1655, sous l'administration d'Antonio Acugna , les indigènes coururent aux armes, et, guidés par le toqui de la province maritime ou Lauquen- Mapu , ils s'emparèrent des forts d'Arauco, de San-Pédro, de Colcura, de San-Rosendo, d'Estancia del Rey et de San-Christoval. lis battirent le gouverneur Acugna lui-même dans les plaines d'Yumbel, incendièrent la ville de Chillan, et soutinrent bravement les efforts des Espagnols sous les deux gouverneurs qui succédèrent à Acugna, Pedro Porter de Casanate et Francisco Ménésès. Ce dernier enfin leur fit éprouver de sanglantes défaites; il rebâtit la plupart des forts et des villages qu'ils avaient incendiés, et gouverna avec éclat jusqu'en 1668.
A cette époque il fut déposé par le vice-roi du Pérou , pour s'être marié contre le bon plaisir de ïaudiencia reale. L'année suivante, on vit paraître sur les côtes du Chili une expédition anglaise aux ordres de sir John Narborough. Elle relâcha successivement à Nostra Senora del Socorro, au golfe de Santo-Domingo et à Valdivia, mais sans pouvoir communiquer avec les habitants. INarborough perdit même son lieutenant et trois hommes qui furent faits prisonniers. Le flibustier Barthélémy Sharp s'empara de Coquimbo en 1680, et livra cette ville au pillage.
Les hostilités avec les naturels continuèrent jusqu'en 1724 , année où le gouverneur, Gabriel Cano de Anonte, fit sa paix avec eux. Le traité tut ratifié dans la ville de Négrète (*). Il y
. (*) Néjjrèle , où se passent onlinairemenl les transactions entre les Espaj^nols et les Araucans, est située entre le Ilio-Duqueco et le Rio-Culabi, deux affluents du BiolUo, par 370 10' de lat. sud et 73» 20' de long, occidentale.
fut stipulé que les clauses du traité de Quillen seraient maintenues, et, de plus , que les Espagnols supprimeraient les capitaines de paix, magistrats de création récente qui , sous prétexte de veiller aux intérêts communs dans les villages oii les missionnaires s'étaient étabh's, commettaient de graves abus d'autorité, et vexaient les Indiens de mille manières. Cano de Aponte mourut à Santiago en 1728, après avoir exercé pendant quinze années les fonctions de gouverneur. Son neveu, don Emmanuele Salamanca, lui succéda par disposition du vice-roi du Pérou; mais ce choix ne fut pas confirmé par le roi , qui nomma à ce poste don José Manso. Les instructions du nouveau gouverneur lui prescrivaient de se borner à rassembler les Indiens soumis et ceux qui voulaient vivre en paix, et à les réunir en société dans les villes qu'on leur bâtiraient , au lieu de s'éparpiller dans les campagnes. IManso s'adonna avec ardeur a 1 exécution de ces ordres, et fonda, en 1742, les terres ou bourgs de Copiaposur la rivière du même nom; Aconcagua, dans une voilée du même nom ; San-José de Logrono, aussi appelé INIelipilla, près du Maypo ; Rancagua , ou Santa-Cruz de Triana, simple bourgade à 26 lieues sud de Santiago; San-Fernando , ou Colchagua , oùvint s'établir promptement un collège de jésuites; San-José de Curico dans la province de IMaule; Talca, chef-lieu de la même province; ïutuben et Angeles. En récompense de ses services, Manso fut nommé vice-roi du Pérou en 1746. Don Domingo Ortiz de Rozas, marchant sur les traces de son prédécesseur , fonda Sainte-Rose sur le Rio-Quillota , G uasco-Alto sur la rivière du même nom, Casablanca sur la côte de la province de Quillota, Bella-Isla, Florida, Coulému et Quirigua (1753). II envoya enfin une colome dans file déserte de Juan-Fernandez. En 1754, ce gouverneur retourna en Espagne, et y mourut. Il fut remplace par don Manuel A mat, qui fonda une ville près de la source du Rio-Bio , et la plaça sous l'invocation de sainte Harhe/ilvfit
CHILI
construire également Talcamavîda et Gualqui sur la frontière du territoire araucan. La ville de la Conception avait été incendiée par les Indiens, et détruite plusieurs fois par des tremblements de terre. Le 24 noveuibre 17C4, les habitants se retirèrent entre le lletive Hio-Hioet la rivère Andalien, et y fondèrent la ville de Moclia, ou JNouvelle-Coiice[)tion.
GUEKRF, DE 17()(); PATX DE SAN- TIAGO ( 17G()-! 786). Don Antonio Cluill Gonzaga, voulant faire plus encore que ses prédécesseurs, conçut le projet de contraindre les Araucans eux-mêmes à se construire des villes. Les moyens qu'il devait employer pour cela étaient de deux sortes : la persuasion et la force. Le soin de la première devait être confié aux missionnaires et aux chefs des Indiens soumis ; en cas de nonréussite, lui-même se réservait l'exécution de la seconde. Les Araucans, informés de tous ces détails par leurs espions, convoquèrent leurs ulmènes, ainsi que les principaux d'entre leurs guerriers, en conseil national, pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire en cette circonstance. Les contraindre à abandonner leurs champs, leurs prairies et leurs forêts, pour s'entasser dans des villes, c'était porter une grave atteinte à leur indépendance, c'était insulter à la mémoire de leurs pères et aux mœurs de la nation. La délibération fut digne de ce peuple sérieux et résolu. On y convint que, dès les premières ouvertures qui seraient faites par les Espagnols , on tenterait de traîner l'affaire en longueur et de gagner du temps par des promesses équivoques; puis, si les Européens insistaient trop fortement, on leur demanderait les instruments et les matériaux nécessaires à la construction des villes ; que , s'il le fallait ensuite, on en appellerait à la force des armes , mais seulement dans les provinces dont les habitants seraient requis de travailler, tandis que les autres offriraient leur médiation, et que, dans le cas oii cette médiation ne serait pas acceptée, on en viendrait à une levée générale. Il fut convenu de plus que les missionnaires ne seraient
point insultés, mais qu'ils auraient la liberté de se retirer tranquillement, et enfin l'assemblée procéda à l'élection (Pun to(jui général. Le choix du conseil se porta d'abord sur Antivilu, apoulmène de la province de Maquégua; mais celui-ci ayant fait observer que sa tribu était com[)rise parmi celles qui ne preud raient pas les armes, s'il n'y avait pas lieu d'en venir à une levée générale , les suffrages se portèrent sur Curignancu, appartenant à la province d'Angol.
Les choses se passèrent ainsi que les Araucans l'avaient prévu. A la première intimation, les Indiens o|)posèrentdes moyens dilatoires et des ré])onses évasives; ils demandèrent ensuite des outils et tout ce qui leur était nécessaire pour exécuter les travaux qu'on exigeait d'eux ; mais quand on eut rassemblé sur les bords du Bio-Bio les hommes de quelques-unes de leurs tribus pour y fonder une ville, ceux-ci rejetèrent au loin les outils qu'on leur avait apportés, et coururent à leurs lances. Les Espagnols surpris n'opposèrent qu'une faible résistance, et furent pour la plupart égorgés. A cette nouvelle, Gonzaga, profondément irrité, refusa la médiation que lui offraient les tribus neutres , et entra immédiatement en campagne. De leur côté , les Araucans se levèrent en masse à la voix de Curignancu , et la guerre recommença avec les mêmes alternatives de succès et darevers, et la même férocité que les précédentes. Gonzaga' n'omit rien pour dompter une résistance aussi opiniâtre; plus heureux même dans ses négociations que dans ses combats, il détacha les montagnards péhuenches de la cause nationale, et contracta avec eux un traité d'alliance offensive et défensive. Fidèles à cet engagement, les Péhuenches envoyèrent a Gonzaga une forte division d'auxiliaires; mais Curignancu fit tomber ce corps dans une embuscade et le tailla en pièces. Dans cette action, Coligura, général des Péhuenches, fut fait prisonnier ainsi que son lils, et tous deux furent mis à mort par les ordres du toqui des Araucans. Cet évé-
L'UNIVERS
nement , qui aurait dd établir une haine éternelle entre ces deux nations, servit au contraire à ramener la bonne harmonie parmi elles, et, depuis lors, les Araucans n'ont pas eu d'alliés plus fidèles , et les Espagnols d'ennemis plus acharnés. Déjà malade et souffrant, Gonzaga ne résista pas au chagrin que ces événements lui causèrent; il mourut en 1768, et fut remplacé par François Xavier de Morales.
Les historiens mentionnent encore, sans en donner les détails, une affaire sanglante qui aurait eu lieu en 1773.
Lasses enfin de cet état de guerre, les deux parties belligérantes convinrent d'une trêve, et se rapprochèrent ensuite pour en venir à un arrangement délinitif. Curignancu, pour première condition de la paix, demanda 1° que les plénipotentiaires se réunissent à Santiago; 2° que, pendant la durée de la paix, la nation des Araucans eût la permission d'entretenir à Santiago un ministre chargé de la représenter et de défendre ses droits et ses intérêts. Les chefs de l'armée espagnole repoussèrent d'abord ces propositions avec indignation; mais le gouverneur leur ayant fait observer que la présence du ministre araucan serait un excellent moyen de s'entendre désormais et d'éviter réciproquement de nouveaux motifs de collision, ils finirent par céder. Les traités de Quillen et de Négrète furent donc ratiiiés de nouveau à Santiago, et Curignancu, nommé ministre des Araucans dans cette ville, s'installa au collège de Saint-Paul, autrefois occupé par les jésuites.
Matéo de Toro Zambrano,qui, deux fois déjà, avait occupé par intérim le poste (ie gouverneur, avant l'installation de Gonzaga et après sa mort, y fut appelé une troisième fois par disposition de l'audience royale, et remplacé presque immédiatement par don Augustin de Jauregui, chevalier de Santiago, qui, en 1782, fut appelé à la vice-royauté du Pérou. Don Ambrosio de Bénavidès, qui recueillit sa succession, tenait les rênes du gouvernement à l'époque où écrivait l'historien Molina.
Administration d'Ambr. O'Hjggins; révolte des indiens; leur