‹ Chimie organique élémentaireChapitre 46 sur 113 · ANTIMOINE · texte numérisé non relu

ANTIMOINE

209. L'antimoine, qui par son aspect se rapproche des métaux, présente des analogies si frappantes avec l'arsenic, qu'on ne peut séparer l'histoire de ces deux corps.

L'antimoine se rencontre quelquefois à l'état natif, mais il se trouve surtout combiné au soufre, constituant la stibine ou antimoine sulfuré, qui forme des filons dans les terrains anciens, et qu'on exploite en Angleterre, en Saxe, en Suède et en France, dans le Puy-de-Dôme, l'Ariège et le Gard. Les minerais appelés valentinite et sénarmontite sont des oxvdes d'antimoine de la formule Sb'O', exploités en Algérie, dans la province de Gonstantine.

210. Extraction. — On extrait l'antimoine de son sulfure en fondant celui-ci pour le séparer de sa gangue terreuse, pulvérisant le sulfure fondu, le grillant à Tair pour oxyder une partie du soufre qui se dégage à Tétat de gaz sulfureux, et décomposant l'oxy-

a que laisse le grillage, par le charbon et le carmate de sodium, l/oxysulfure est mélangé avec 45 p. 100 de charbon, arrosé d'une solution de carbonate de sodium et chauffé dans des creusets : le charbon s'empare de l'oxygène de l'oxysulfure, tandis que le soufre passe à l'état de sulfure de sodium, formant une scorie qui recouvre le bain d'antimoine fondu.

L'antimoine du commerce renferme quelques irapuretés, du plomb, du soufre, de l'arsenic, dont il faut le débarrasser pour la préparation des sels usités en médecine. A cet effet, l'antimoine pulvérisé et mélangé de 1/8 de son poids de carbonate de sodium et de 1/G de sulfure d'antimoine est chauffé au rouge dans un creuset. Le soufre du sulfure d'antimoine se combine à une partie de l'arsenic et des métaux étrangers, et au sodium du carbonate de sodium. Ces sulfures forment une scorie qui surnage l'antimoine fondu. Le culot d'antimoine, après refroidissement, est maintenu en fusion de nouveau et pendant deux heures avec 1 partie 1/2 de carbonate de sodium, qui dissout de petites quantités de sulfures et l'arsenic restés dans l'antimoine et les fait passer dans la scorie. Enfin une troisième fusion avec un mélange de carbonate de sodium et d'azotate de potassium convertit les dernières traces d'arsenic en arséniate de sodium,

2H. Propriétés. — L'antimoine possède l'éclat métallique; il est d'un blanc bleuâtre, d'une texture lamelleuse quand il est impur. Quand il est récemment fondu, sa surface présente l'aspect de feuilles de fougère. Il est très cassant et facile à pulvériser. Sa densité est de 6,702 à 0,86. Il fond à 450°; comme on n'a pu prendre sa densité de vapeur, son poids moléculaire est inconnu. Sa chaleur spécifique et Vana.\'jse. 4e *«s

PI^^^^TîHÎMIE INORGANIQUE ÉLÉMENTAIRE

I combinaisons lui assignent le chilTre de 120 pour poids I atomique. On le représente par le symbole Sb, tiré de son nom ititin slibium.

Inoxydable à l'air, à la température ordinaire, il s'oxyde vivement à la température de sa fusion en répandant d'abondantes vapeurs d'oxyde d'antimoine Sb'C.

Il se combine directement au chlore, au brome, à l'iode; l'acide azotique ne le dissout pas, mais le convertit en acide méta-an timon ique Sb'O^H'.

Allié an plomb et à l'étain, il entre dans la composition de divers alliages. L'alliage pour caractères d'imprimerie renferme 20 p. 100 d'antimoine et 80 p. 100 de plomb. L'alliage d'étain pour couverts, appelé argentan, est formé de 85,44 d'étain, 14,50 d'antimoine et 0,96 de plomb.

Les théières anglaises, dites en métal brilannia, sont fabriquées avec un alliage composé de 73,3fi d'étain, 8,88 d'antimoine, 8,88 de bismuth et 8,88 de plomb.

212. Sjdiogéne cntimonié SbH'. — L'bydrogène antimonié n'a jamais été obtenu pur, mais mélangé à un excès d'hydrogène. Il se produit par l'action de l'acide chlorhydrique sur un alliage d'antimoine et de zinc. On lui attribue la formule SbH', à cause de son analogie avec l'hydragène arsénié. Comme ce dernier, il se produit toutes les fois qu'un composé oxygéné de l'antimoine est en présence de l'hydrogène naissant. U. est gazeux et décomposable au rouge en hydrogène et antimoine. Il brûle à l'air avec une ilamme bleuâtre très éclairante; les produits de sa combustion sont de l'eau et de l'oxyde d'antimoine Sb*0''. Sa flamme, écrasée par un corps froid, comme une soucoupe de porcelaine, y dépose des taches brillantes d'antimoine. Ces réactions rapprochent l'hydrogène antimunié de l'hydrogène arsénié. Nous avons vu plus haut com-

mt on distingue les taches antimoniiiies des taches

^«fsenicales.

213. Oxyde d'antîmoine (anhydride antimonieux) Sb'O'. — Ce composé correspond à l'anliydride arsénieux As'O'. Comme ce dernier, il cristallise sous deux formes distitictes, tantôt en prismes ortliorhombigues, tantôt en octaèdres réguliers. On le trouve sous ces deux formes dans la nature ; la première constitue la valenlinite, et la seconde la sénarmontite. Ces deux minerais se trouvent dans les mêmes gisements en Algérie et sont exploités pour l'extraction de l'antimoine.

Tandis que la forme octaédrique est la plus stable pour l'acide arsénieux, c'est sous la forme prismatique que se présente l'oxyde d'antimoine obtenu par oxydation du métalloïde.

On opère cette oxydation en chauffant de l'antimoine au contact de l'air et à la température du rouge dans ia moufle du fourneau de coupellatioo. L'antimoine se convertit en aiguilles prismatiques d'oxyde, désignées autrefois sous le nom de fleurs argentines d'antimoine; il se produit en même temps une petite quantité de la variété octaédrique.

Il n'existe pas d'antimonites de la formule SbO'HM* correspondant aux arséniques neutres et présentant avec l'anhydride antimonieux Sb'O' les mêmes relations que les arsénites avec l'anhydride arsénieux As*0'; mais quand on verse une solution froide de carbonate de sodium dans du trichlorure d'antimoine SbCl', on obtient un précipité blanc d'hydrate antimonieux SbO'H. Cet hydrate, correspondant h l'acide azoteux AzO'H, fonctionne comme un acide faible et foumij. des antimonites SbO'M, dont la formule est analogue à celle des azotites AzO'M.

348 CHIMIB INORGANIQUE ÉLÉMENTAIRE

Ces antimonites sont peu stables et se décomposent par TébuUition de leurs solutions en précipitant de Tanhydride antimonieux Sb*0^. L'hydrate SbO^H soumis à TébuUition avec de Teau donne aussi de l'anhydride antimonieux :

2SbO»H =

+ Sb«03

Hydrate

Eau.

Anhydride

antimonieux.

antimonieux.

L'hydrate antimonieux fait la double décomposition avec les acides, mais non pas à la manière des hydrates métalliques ordinaires; ce n'est pas l'antimoine qui se substitue à l'hydrogène des acides comme le ferait un métal, mais un groupe mono-atomique SbO, appelé antimonyle :

SbO*H + HQ = SbOCl . + H^O

Hydrate Acide Chlorure d'antimonyle Eau.

antimonieux. ohlorhydriqne. (oxychlorure d*antimoine).

L'émétique ordinaire est un tartrate double de potassium et d'antimonyle (voyez notre Chimie organique élémentaire, p. 249).

On connaît un sulfate d'antimonyle SO*(SbO)*, un

oxalate acide d'antimonyle C'O* J ' etc.

L'antimoine peut aussi se substituer à l'hydrogène des acides, mais il donne des sels instables.

214. Peroxyde d'antimoine Sb*0*. — Ce corps, improprement appelé acide aniimonique, se produit par l'action de l'air, à la chaleur rouge, sur l'oxyde d'antimoine Sb*0^ Il est pulvérulent, blanc jaunâtre. Par sa constitution, il est comparable au peroxyde d'azote Az*0*. Autrefois employé en médecine, il est aujourd'hui inusité.

■El

Acides antimoniques . — En précipitant par 'eau le pentachlorure d'antimoine SbCI', ou obtient un précipité blanc, insoluble, qui est l'acide antimonique SbO'H", constitué comme l'acide phosphoriquc PhO*H^ et l'acide arsénique AsO'IP. Cet acide est peu stable; séché seulement à 100", il se convertit en acide pyroantimonique Sb'O'H'. Il ne fournit pas d'antimoniates correspondants, et par l'action des alcalis donne immédiatement des pyroantimoniates. Dans l'action de l'acide azotique concentré sur l'antimoine, il se produit l'acide diméta-antimonique Sb'O'ir. Ces trois acides, légèrement calcinés, donnent l'anhydride Sb'C.

Ces composés ont peu d'intérêt; deux de leurs sels seulement ont reçu des applications : ce sont le méta-

itimoniate acide de potassium Sb'O'^KH -}- H'O, et le

"Oantimoniate de potassium acide Sb'0'K'ÏI'-|-(ïH'0.

Le méta-anlimonialc acide de potassium Sb'O'KH "^^ H'O, que les anciens appelaient antimoine diaphorétique lavé, et que iea formulaires désignent sous le nom très impropre d'oxijdc blanc d'antimoine, est encore fréquemment prescrit comme contro-stimulant dans le traitement des pneumonies. Pour l'obtenir, on mélange une partie d'antimoine en poudre et deux parties d'azotate de potassium, et on les jette par petites portions dans un creuset porté au rouge et maintenu à cette température durant une demi-heure. On lave la masse refroidie à l'eau froide, puis à l'eau bouillante, pour enlever l'azotite de potassium et le méta-antimoniate neutre. Le résidu est une poudre blanche , qui constitue l'antimoine diaphorétique lavé.

Le pyroantimoniate acide de potassium renferme Sb'O'K'H' -f CH'O ; il correspond aux pïTOphosphates; on s'en sert pour caractériser les sels de stjdium., iiNe,ç.

lesquels il donne un précipité grenu. U est aussi appelé, mais à tort, métc^antimoniate.

On prépare ce réactif en calcinant une partie d'antimoine avec quatre parties d'azotate de potassium, et fondant le produit de la réaction avec son poids de carbonate de potassium; le sel blanc ainsi formé est soluble dans l'eau, et cette solution précipite les sels de sodium.

216. Sulfures d'antimoine. — Le sulfure d'antimoine naturel, appelé trisulfure, antimoine gris ou stibine Sb*$% séparé de sa gangue terreuse, est en masses radiées d'une structure cristalline. Il est cassant, opa-

. que, d'un gris d'acier, d'un grand éclat métallique. Calciné au contact de l'air, il passe à l'état d'oxysulfure. Chauffé avec de l'acide chlorhydrique, il donne du trichlorure d'antimoine et du gaz sulfhydrique :

Sb2S3 + 6HC1 = 2Sba3 + 3H*S.

Un courant d'hydrogène sulfuré dirigé dans une solution d'émétique donne un précipité jaune orangé de sulfure d'antimoine Sb'S% soluble dans l'acide chlorhydrique et insoluble dans l'ammoniaque; ces deux caractères le distinguent du sulfure d'arsenic.

217. Le pentasulfure d'antimoine Sb* S^ s'obtient par l'action d'un courant d'hydrogène sulfuré sur une solution acide de pentachlorure.

C'est une poudre jaune orangé, qui se dissout dans les alcalis en donnant des sulfoantimoniates, analogues aux arséniates dans lesquels l'oxygène serait remplacé par du soufre, et l'antimoine par de l'arsenic :

As0*K3

SbS*K3

Arséniate

Snlfoanlimoniate

de potassium.

de potassium.

Un de ces sulfoantimoniates est employé : c'est In sulfoatitimonîate de sodimn ou sel de Sehlippe SbS'Na"! + 9H'0. On abandonne pendant vingt-quatre heures un mélange de 18 parties de trisulfure d'antimoine, 3 p. 25 de soufre, 20 p. 5 de carbonate de sodium, 13 parties de chaux et 20 parties d'eau; on filtre, et l'on concentre ; par le refroidissement, il se sépare de beaux cristaux jaune pile de sulfoantimoniate de sodium. j

218. Lefi oxijsulfures (ïanHmo'Dif sont des mélanges» ou des combinaisons mal définies d'oxyde et de sulfur» d'antimoine. Le verre d'antimoine obtenu par grillage à l'air du sulfure d'antimoine et fusion de l'oxysulfureï est une masse brune et vitreuse. Par fusion du sulfurgj grillé avec du carbonate de potassium, on obtient uâ« produit lourd, brun rouge, que les anciens appelaient»! safran des métaux. Ces deux produits sont employéflS dans la médecine vétérinaire, comme vermifuges et 1 purgatifs.

219. Kermès. — Le kermès est un mélange d'oxyde et de sulfure d'antimoine, renfermant un peu d'antimonite et de sulfure de sodium. J

On fait bouillir pendant deux heures une partie del sulfure d'antimoine, précipité avec 250 parties d'eau et» 22 parties et demie de carbonate de sodium. I

La liqueur, étant clarifiée par le repos et décantée J est abandonnée au refroidissement lent, à l'abri de lal lumière. Le kermès se dépose en Uocons d'un bruin velouté. >fl

Pour expliquer comment le kermès, insojuble daasj

l'eau, se dépose par le refroidissement d'une liqueur. I

limpide, il taut se rendre compte des réactions qui sa I

passent pendant sa préparation. I

■^ Par l'ébuUition du sulfure d'antimoine avec le carr 1

253 onioB.ccoBfiâSiQin éléhesetaibb

bonate de sodium, îl se forme d'abord da solfine de Hodium et de Toxyde d'antimoine, et il se dégage de l'acide carbonique. Une autre partie du sulfure d'antimoine se dissout dans le sulfure de sodium, tandis que l'oxyde d'antimoine se dissout dans l'excès du carbonate de sodium. La liqueur est daire, parce que la solubilité de ces corps est plus grande à chaud qu'à firoid» Par le refroidissement, le sulfure et l'oxyde d'antimoine dissous se précipitent en majeure partie, et c'est ce mélange retenant, en outre, un peu d'antimonite de soude qui constitue le kermès.

Dans les eaux mères décantées, il reste une certaine quantité de trisulfure et de pentasulfure d'antimoine dissous à la Êiveur du sulfure de sodium. Quand on ajoute à ces eaux mères de l'acide chloiiiydrique, qui décompose le sulfiire de sodium, il se précipite un mélange rouge feu de trisulfure et de pentasulfure d'antimoine; c'est ce mélange qu'on prescrit quelquefois sous le nom de soufre doré d*antimoine.

Le kermès est une poudre d'un brun velouté, insoluble dans l'eau et dans l'ammoniaque. L'acide chlorhydrique en dégage de l'acide sulfhydrique et le convertit en chlorure d'antimoine.

Le kermès est journellement usité comme émétique et diaphorétique, à la dose de 5 à 20 centigrammes ; à doses plus élevées, on le prescrit comme contro-stimulant dans le traitement des pneumonies aiguës.

220. Sous le nom de cinabre d'antimoine, on désigne un oxysulfure d'antimoine, d'une belle couleur rouge, qui est employé dans l'industrie des toiles et des papiers peints. On le prépare en ajoutant une solution acide de chlorure d'antimoine à une solution d'hyposuiflte de sodium en excès et faisant bouillir le mélange.

221. Chlorures d'aotimoine. — Le Irichlorure d'antimoine SbCP se prépare par l'action de l'acide chlorhydrique sur le sulfure Sb'S' et par distillation du produit brut. C'est une masse solide cristalline, incolore, fondant à 72", bouillant à 222°, a'altérant li l'humidité de l'air et prenant lu. consistance butyreuse ; de là l'ancien nom de beiirre d'antimoine. Soluble dans l'acide chlorhydrique et dans une petite quantité d'eau, il est décomposé par un excès d'eau froide, qui précipite une poudre blanche de chlorure d'antimonyle ou oxychlorure d'antimoine SbOCl.

L'eau chaude le décompose en donnant un précipité blanc qui est un mélange du même oxychlorure SbOCI et d'oxyde Sb'O' ; c'est ce mélange que l'on désigne sous le nom de poudre d'Algaroth. Enfin des lavages prolongés décomposent complètement l'oxy chlorure et le transforment en oxyde antimonieux Sb'O".

Traité à froid par une solution de carbonate de sodium, le trichtorure d'antimoine donne l'hydrate antîmonieuxSbO'H.

Le beurre d'antimoine tombé en déliquescence àl'air esthquide et sert comme caustique. Il agit avec promptitude et amène des eschares sèches et limitées : il est . surtout utile pour la cautérisation des plaies étroites et sinueuses, comme celles qui proviennent de la morsure des serpents ou des animaux enragés.

La poudre d'Algaroth, autrefois employée en médecine, ne sert plus qu'à la préparation de l'émétique.

222. Le pentachlorure d'antimoine SbGl% obtenu par l'action d'un courant de chlore sur le trichlorure, est un liquide jaune, fumant, que la distillation décompose en chlore et trichlorure. Il est employé seulement dans les laboratoires comme agent chlorurant.

[-823. Les préparations antimoniales administrées à

aUVAUX. — CHIMIE inORO. \^

l'intérieur sont le kermès et l'émétique. Pour leur action sur l'économie, et la recherche de l'antimoine dans les cas d'empoisonnement, voyez C/i»Mite organique élémentaire, article Emétique.

n faut y ajouter qu'on peut aussi reconnaître les composés d'antimoine à l'aide de l'appareil de Marsh ; les caractères des anneaux et des taches d'antimoine ont été indiqués précédemment (§ 206).

22i. Le bismuth, mentionné pour la première fois par Agricola dans les premières années du xvi" siècle, se rencontre généralement à l'état natif et cristallisé dans les gisements argentifères de la Saxe et de la Bohême. Il se trouve aussi à l'état d'oxyde, de carbonate et de sulfure. Récemment, M. Ad. Carnot a découvert un gisement d'oxyde et de sulfure de bismuth en France, à Meymac, dans le département de la Gorrèze.

On le sépare de sa gangue en fondant le bismuth natif à une température modérée, dans de grands tubes de fer inclinés; le métal fond et s'écoule par des orifices. Le bismuth du commerce est impur. On lui fait subir une première purification en le fondant avec de l'azotate de potassiujn, qui oxydele soufre et l'arsénié; mais, pour l'avoir tout à fait débarrassé de substances étrangères, il faut le dissoudre dans l'acide azotique, précipiter la solution par l'ammoniaque, recueillir l'oxyde de bismuth mélangé de sous-azotate, et le réduire en le chauDfant dans des creusets avec du fluX noir, mélange de charbon et de carbonate de potassium que fournit la calcination de Is^vême de tartre en clos.

Le bismuth a l'apparence d'un métal; il est dur, casa sant, brillant, blanc avec des reflets rougeâtres. CriSJ tallisé par fusion, il se présente en trémies formées d rhomboèdres se rapprochant beaucoup du cube, densité est de 9,8; il fond à 247°. Son poids molécu-ÎJ laire n'est pas connu ; son poids atomique est de liOjf

Il s'unit directement au chlore, au brome, à l'iode.^ L'acide chlorhydrique et l'acide sulforique ne l'attarl quent que très peu à froid ; l'acide azotique le dissout! énergicjuement et le transforme en azotate de bismuthiT On le représente par le symbole Bi.

Le bismuth s'allie facilement aux métaux et communique aux alliages une grande fusibilité. L'alliage de Newton, fusible à 94°, 5, est formé de 8 parties de bismuth, 5 parties de plomb et 3 parties d'étain. L'alliage i de d'ii-cet, fusible à 93°, renferme 2 parties de bismuth, ] 1 partie de plomb et 1 partie d'étain.

225. Les composés oxygénés du bismuth correspondent à ceux de l'antimoine ; nous en donnerons plus loin la liste comparative. Il suffit de remarquer ici que le bismuth, par ses combinaisons oxygénées, se rapproche des métaux. Ainsi, l'hydrate bismutheux Bio'H, constitué comme l'hydrate anttmonieux, fonctionne comme une base et jamais comme un acide. Les acides bismuthiques sont des acides faibles et peu stables. i

226. Sels de bismuth. — Les sels fournis par le bis- ■ muth sont analogues à ceux de l'antimoine : tantôt un | atome de bismuth remplace 3 atomes d'hydrogène des I acides, tantôt c'est un groupe oxygéné, le bismuthyleÀ BiO, analogue h l'antimonyle, qui se substitue à uqJ atome d'jjydrogène :

BiQ'

BiO^a

Chlorure

Chlorure

de bismuth.

de bismuthyle.

Quand Tatome de bismuth fonctionne comme métal en se substituant à l'hydrogène des acides, il donne des sels plus stables que ceux d'antimoine. Des sels de bismuth, nous n'avons à considérer que les azotates.

L'acide azotique dissout le bismuth, et la liqueur fournit par concentration des prismes volumineux, incolores et transparents d'azotate neutre de bismuth. Ce corps est formé par la substitution d'un atome de bismuth triatomique à 3 atomes d'hydrogène de 3 molécules d'acide azotique. Celui-ci étant AzO'H, l'azotate neutre de bismuth est représenté par la formule (AzO^)^Bi; il renferme 5 molécules d'eau de cristallisation.

Ce sel est décomposé par l'eau, qui retient de l'acide azotique, et précipite une poudre blanche, insoluble, de sous-azotate de bismuth, ou azotate de bismuthyle AzO%BiO, appelé vulgairement blanc de fard. On prépare d'ordinaire ce composé en dissolvant 1 partie de bismuth dans 3 parties d'acide azotique marquant 35° Baume, concentrant la solution aux deux tiers et la versant alors dans 40 fois son poids d'eau. On ajoute ensuite un peu d'ammoniaque étendue pour terminer la précipitation ; on lave le précipité par décantation, et on le fait sécher.

Il est insoluble dans l'eau. On le prescrit fréquemment en médecine, à des doses variant de 2 à 30 grammes pour combattre la diarrhée; on l'emploie aussi comme tonique dans les affections chroniques de l'estomac.

En présence de l'hydrogène sulfuré de l'intestin, il se convertit en sulfure de bismuth noir; aussi les selles des individus qui ont ingéré du sous-azotate de bismuth sont-elles colorées en noir.

Le sous-azotate de liismuth du commerce, souvent préparé avec du bismuth impur, peut renfermer du plomb et de l'ai'senic; on constate la présence de ca~ dernier à l'aide de l'appareil de Marsh.

2-27. Lorsqu'on verse une solution d'azotate de bi3*3 muth (AzO'j'Bi dans une solution de chlorure dôj sodium, on obtient un précipité blanc d'oxychlorur&M de bismuth, combinaison de chlorure de hismuthylé'| et d'hydrate bismutheux BiOCl.BiO'H, employé comma'l ferd soua le nom de blanc de perle.

Relations des éléments de la famille de l'azote.

L'azote, le phosphore, l'arsenic, l'antimoine efel le bismuth forment une famille naturelle, dont nous) avons déjà indiqué quelques relations.

L'azote présente cependant avec les autres membre?^ de la famille moins d'analogie que ceux-ci n'en ont entre eux; il forme, pour ainsi dire, un premier groupe dans cette famille, de même que l'oxygène, gazeux comme lui, se sépare un peu du groupe si naturel formé par le soufre, le sélénium et le tellure.

Si nous considérons les combinaisons hydrogénéf de ces éléments, nous voyons qu'à l'exception du bis- J muth, tous fi-xent 3 atomes d'hydrogène. Ils fixent de! même 3 atomes de chlore, et, quoique la formule duj chlorure d'azote ne soit pas absolument certaine, il e probable que ce corps renferme AzCi^

AïO** PhCl» AaQs

de phoflpboro. d'nraonii?.

Ces cinq éléments, fixant 3 atomes d'hydrogène ou 3 atomes de chlore, sont donc triatomiques.

En outre, certains d'entre eux peuvent se combiner à un plus grand nombre d'atomes de chlore ou d'autres éléments monoatomiques comme le chlore : tel est le phosphore dans le pentachlorure PhCP, l'antimoine dans le pentachlorure SbCP; on ne connaît pas de pentachlorures d'azote, d'arsenic et de bismuth; mais l'ammoniaque AzH' se combine à l'acide chlorhydrique pour donner le chlorure d'ammonium AzH*Gl, à l'acide iodhydrique pour donner l'iodure d'ammonium AzH*I. Dans ces composés, l'azote, l'antimoine, le phosphore, fixant cinq éléments de même puissance de saturation que le chlore ou l'hydrogène, sont pentatomiques.

Il en résulte que les éléments de cette famille sont tantôt triatomiques, tantôt pentatomiques, suivant les circonstances dans lesquelles ils se trouvent. L'arsenic et le bismuth n'apparaissent comme éléments pentatomiques que dans quelques-uns de leurs dérivés oxygénés.

Les relations des éléments de la famille de l'azote ressortent encore de la comparaison de leurs dérivés oxygénés , comme le montre le tableau suivant :

Az203 Ph203 As203 Sb203 Bi203

Anhydride Anhydride Anhydride Anhydride Oxyde

azoteux, phosphoreux, arsénieux. antimonieux. de bismuth.

Ph03H3 As03H3

Acide phos- Acide arsénieux

phoreux. dans les sels.

Az02H » » Sb02H Bi02H

Acide Hydrate Hydrate

azoteux. antimonieux. bismutheux.

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