ARGENT
319. L'argent natif est assez rare ; les minerais exploités sont le sulfure, le sulfo-antimoniure et le
chlorure. Il se rencontre aussi mélangé aux. minerais de cuivre et de plomb, et l'on en extrait une notable quantité du plomb argentifère.
Deux méthodes principales sont usitées pour retirer l'argent de ses minerais ; ce sont la méthode saxonne et la méthode américaine.
320. Méthode saxonne. — En Saxe, on exploite un rainerai qui renferme du sulfate de fer, du sulfure de cuivre et du sulfure d'argent. Après avoir été réduit en poudre, le minerai est mélangé avec 10 pour 100 de chlorure de sodium et soumis au grillage dans un four à réverbère. Par la combustion à l'air, les sulfures se convertissent en sulfates qui réagissent sur le chlorure de sodium, donnent du sulfate de sodium, du chlorure de cuivre, du chlorure de fer et du chlorure d'argent. Après ce grillage, le minerai est passé au crible, réduit en poudre et introduit, avec de l'eau et des lames de fer forgé, dans de grands tonneaux tournant autour d'un axe horizontal. Après une heure de rotation, on verse du mercure dans les tonneaux, qu'on fait tourner de nouveau. Dans la première phase de l'opération, le fer décompose le chlorure d'argent, donne du chlorure de fer et met en liberté le métal précieux. Mais celui-ci est disséminé dans la masse; c'est pour le réunir qu'on agite le tout avec le mercure avec lequel l'argent se combine. On soutire le mercure, on le filtre sur des toiles; l'excès de mercure liquide passe, et il reste sur la toile un amalgame solide contenant 17 à 18 pour 100 d'argent. On soumet cet amalgame à la distillation; le résidu renferme tout l'argent de l'amalgame, mais impur, et retenant environ 28 pour 100 de cuivre et 3 pour 100 de plomb. On purifie l'argent par quelques fusions à l'air libre pendant lesquelles les i métaux s'oxydent en partie. On livre l'argeat.
au commerce quand il ne renferme plus que 25 pour 100 de cuivre.
321. Méthode américaine. — Dans ce procédé, employé au Mexique dès 1557, on broie le minerai additionné de sel marin et de magistral, nom que Ton donne à du sulfate de cuivre impur provenant de la calcination du sulfure double de cuivre et de fer; on mêle le tout en y ajoutant du mercure à plusieurs reprises, et, pour opérer un mélange intime, on fait piétiner la masse par des chevaux pendant plusieurs jours.
Dans cette opération, il se passe des phénomènes chimiques complexes. Le sulfate de cuivre du magistral donne, avec le sel marin, du chlorure de cuivre et du sulfate de sodium. Le chlorure de cuivre fait la double décomposition avec le sulfure d'argent : de là production de sulfure de cuivre et de chlorure d'argent. Le mercure réagit sur le chlorure d'argent, donne du chlorure mercureux ou calomel et s'allie à l'argent mis en liberté. En lavant la masse, on sépare toutes les boues et l'on recueille un amalgane riche en argent, d'où l'on retire celui-ci par distillation.
322. Argent de coupelle, — La galène ou sulfure de plomb est souvent mélangée de petites quantités de sulfure d'argent; le plomb métallique que fournit une telle galène renferme donc de l'argent, qu'il est avantageux de retirer quand la proportion s'élève à 1/5000% c'est-à-dire à 1 gramme par 5 kilogrammes.
La séparation de l'argent du plomb argentifère se fait par coupellation, opération basée sur ce fait que l'argent est inoxydable à la température de sa fusion, tandis que le plomb se convertit en un oxyde très fusible, la litharge, qui, à l'état fondu, dissout les oxydes peu fusibles, comme l'oxyde de cuivre.
1 fond le plomb argentifère dans un four dont la ^e coQcave est recouverte d'une œuche d'argile bien tassée. Quand le plomb introduit dans cette sole concave, appelée coupelle, est en pleine fusion, on dirige Eisa surface un vif courant d'air. Le plomb s'oxyde et se convertit en litharge fondue. On entaille alors la paroi de la coupelle, de manière que la litharge fondue s'écoule par cette rigole oii la pousse !e courant d'air, et qu'elle s'écoule seule, l'entaille n'atteignant pas la couche d'argent fondu. Quand la litharge est presque entièrement écoulée, qu'U n'en re.ste plus qu'une couche mince à la surface du métal, celle-ci se déchire comme un voile, et l'on voit apparaître, brillant, l'argent en fusion. A ce phénomène, on donne le nom à'édair.
L'argent de coupelle renferme encore du cuivre et du plomb; on le purifie par une nouvelle coupellation.
323. Dans les laboratoires, on obtient de l'argent pur en dissolvant l'argent des monnaies dans l'acide azotique, précipitant la solution par le sel marin, recueillant, lavant et séchant le précipité de chlorure d'argent, et fondant alors celui-ci au rouge vif avec du charbon et de la craie, dans les proportions suivantes :
Chlorure li'nrgenL
Craid iCDrliunati: de calcii Charbon
La réaction est représentée par l'équation i
2Ai?a -f- CO'Cu -t- C = C03 -I- CO -I- CaCl» -|- SAg | Cblonlre llarboontB Clinrhoii. Oni Oiydo Chlorurs AtgoBt,' |
L'argent se rassemble en culot au fond du creuset, que l'on casse après refroidissement.
376 CHIMIE INOI^GANIQUE ÉLÉMENTAIRE
324. L'argent est un métal blanc, susceptible d'un beau poli; à l'état divis'é, il constitue une poudre d'un gris clair, devenant brillante par le brunissoir. Dans la nature, on le trouve cristallisé sous des formes appartenant au système régulier, parmi lesquelles prédominent le cube, l'octaèdre et le dodécaèdre.
Il est inodore et insipide. Sa dureté est comprise entre celle du cuivre et de l'or. Il occupe le second rang sous le rapport de la malléabilité et de la ductilité. Il peut être réduit en feuilles d'une épaisseur de moins de 3 millièmes de millimètre ; 5 centigrammes d'argent fournissent un fil de 130 mètres de long. Un fil de 4 millimètre carré de section se rompt sous un poids de 28 kilogrammes.
Sa densité est de 40,59.
11 fond vers 4000° environ en émettant des vapeurs verdâtres. Fondu à l'air, il dissout jusqu'à 22 fois son volume d'oxygène, qu'il abandonne en reprenant l'état solide. Aussi la surface de l'argent fondu est inégale et surmontée d'une sorte de végétation due à la projection du métal par le dégagement de l'oxygène. Ce phénomène porte le nom de rochage.
Le poids atomique de l'argent est 408; son symbole est Ag.
Il est inaltérable à l'air et dans l'eau. Le sel marin en fusion l'attaque notablement en produisant du chlorure d'argent. Avec l'acide chlorhydrique concentré ou gazeux, il y a dégagement d'hydrogène et formation de chlorure d'argent, mais l'attaque est superficielle, à cause de l'insolubiHté du chlorure d'argent.
L'hydrogène sulfuré le noircit en le recouvrant d'une couche mince de sulfure d'argent.
L'acide azotique le dissout surtout à chaud, en dégageant des vapeurs nitreuses et formant de l'azotate
irargent. L'acide sulfurique étendu est sans action; l'acide sulfurique concentré et bouillant convertit l'argent en sulfate.
325, Oxyde d'argrent. — Une solution de potasse versée dans une solution d'azotate d'argent précipite une poudre brune d'hydrate d'argent AgOH, qui, desséché à 70", perd de l'eau et se transforme en oxyde anhydre Ag'O. Celui-ci est une poudre noire, soluble seulement dans 300Û fois son poids d'eau, d'une faihle réaction alcaline sur le papier rouge de tournesol. C'est cependant une base énergique, car il fait la double décomposition avec les acides en les neutralisant parfaitement et attire l'acide carbonique de l'air.
L'oxygène et le métal y sont faiblement unis ; chauffé à quelques degrés au-dessus de 100°, l'oxyde d'argent dégage de l'oxygène et laisse de l'argent métallique.
Quand on fait digérer l'oxyde d'argent pendant quelques heures avec de l'ammoniaque, on obtient une poudre noire, qui a la propriété de détoner avec violence par le plus léger frottement, même par celui d'une barbe de plume. Ce composé, appelé argent fvîminant, paraît être un aKoture d'argent, mais sa composition n'est pas certaine.
326. Chlorure d'argent AgCl. — Toutes les fois que l'on ajoute à une solution d'un sel d'argent de l'acide chlorhydrique ou un chlorure soluble, il se forme un précipité de chlorure d'argent, blanc, caillebotté, noircissant à la lumière, insoluble dans l'acide azotique et l'acide chlorhydrique, soluble dans l'ammo- □iaque. Par l'évaporation d'une solution ammoniacale de chlorure d'argent à l'abri de la lumière, on l'obtient cristallisé en octaèdres réguliei's.
Soumis à l'action de la chaleur, il fond en un hquide jaune qui attaque les creusets; par le refroidissemeat.