NÉPHRITE INTERSTITIELLE D’ORIGINE PUERPÉRALE
Femme M..., journalière, âgée de 59 ans, est entrée à la salle Sainte- Marie, n° 2, en avril 1878.
Père et mère morts asthmatiques. — A 39 ans, dit-elle, accès de dyspnée violents d’une durée de 48 heures, ayant coïncidé avec sa première grossesse; quatre grossesses. — Après ses accouchements, pertes de sang abondantes. Dans l’intervalle des grossesses elle éprouvait quelques douleurs lombaires; elle a eu un peu de bouffissure généralisée après son accouchement; cette enflure a diminué, mais sans disparaître complètement depuis cette époque ; elle s’est beaucoup fatiguée; — n’a jamais habité un logement humide; — il y a 18 ans, chute suivie de paralysie du bras et de la main droite ; guérison complète.
En ce moment, la malade est pâle, un peu cachecliqueavec œdème périmalléolaire. Accès de dyspnée depuis 5 à 6 mois; elle se levait la nuit pour uriner.
L’urine est de 600 grammes, claire, peu dense, légèrement jaune, la chaleur et l’acide nitrique y décèlent une certaine quantité d’albu-
mine.
NÉPHRITE INTERSTITIELLE.
La pointe du cœur bat violemment vers la 6e côte ; bruit de galop peu accentué; œdème vers les malléoles et à la région du sacrum. Cette localisation de l’œdème existe parfois seule chez certains malades atteints de néphrite interstitielle. Ce signe est important en clinique.
Respiration Cbeyne -Stokes. — Râles sous-crépitants dans toute l’étendue de la poitrine, plus nombreux aux bases. Expectoration muco-puriforme sans stries sanguines.
1er dosage du sang:
Hémoglobine 78?r,12.
Pouvoir oxydant 150 centimètres cubes.
Matériaux solides 78 grammes.
Pendant 8 jours, elle excrète 100 grammes d’urine par 24 heures ; les jours suivants, urine : 350 gr.; urée : 4 gr. 30 — le lendemain, urine : 500 grammes, urée : 6 gr. 40.
2e dosage du sang :
Pouvoir oxydant 147 centimètres cubes.
Matériaux solides 77 grammes.
L’œdème progresse, les phénomènes dyspnéiques s’aggravent ; en même temps les forces diminuent, la malade s’affaiblit et succombe dans le subdelirium et la somnolence.
L’examen direct a permis de vérifier le diagnostic clinique. R s’agissait de petits reins granuleux sclérosés avec hypertrophie du ventricule gauche devenu scléreux.
NÉPHRITE INTERSTITIELLE. — RESPIRATION CIIEYNE-STOKES,
PHASE ASYSTOLIQUE.
Femme Mat..., âgée de 70 ans, concierge, entrée le 23 décem bre 1878 à la salle Sainte-Marie, n° 9 (Hôtel-Dieu).
Père mort d’une affection cérébrale; — mère morte d’une maladie inconnue.
Elle a été réglée à 12 ans. Constitution nerveuse, attaques de nerfs jusqu’à son mariage ; — deux enfants ; — une fausse couche; — fortes migraines pendant 20 ans. A 30 ans environ, fortes douleurs de reins
QUINQUAUD. 8
sans expulsion de calculs; n’a jamais rendu de graviers dans ses urines. — Depuis 40 ans, 6 bronchites. Voilà 8 ans qu’elle habile des logements humides. Elle était assez bien portante lorsque en 1877 elle vit ses forces diminuer peu à peu. Depuis 6 mois difficulté à respirer, sans toux ni expectoration.
La malade se levait la nuit pour uriner et avait des étourdissements un mois avant d’entrer à l’Hôtel-Dieu. — L’expectoration était peu abondante.
Au commencement de décembre 1878, elle éprouva un point de côté avec frissons répétés et crachements de sang, ce qui l’obligea à entrer à l’hôpital le 23 décembre 1878 pour une bronchite.
11 février 1879. — La malade sommeille beaucoup, la voix est faible; — pas d’altération des traits. — Haleine un peu fétide. — En avant de la poitrine, sonorité normale, quelques râles sous-crépitants disséminés.
En arrière, râles sous-crépitants peu nombreux dans les fosses sous-épineuses, mais très abondants à la partie moyenne et inférieure du côté gauche. Dans ce point seulement submatité. — Pas d’appétit; — sueurs nocturnes. — Pas de diarrhée.
P. =80; R. = 32. Crachats opaques blanc jaunâtre de bronchite chronique avec poussée aiguë ; grande oppression revenant par violents accès, la nuit principalement, et cela depuis quelques jours surtout. — Respiration irrégulière, tantôt superficielle, tantôt plus ample, avec des poses, des arrêts, en un mot on constate un type de respiration Cheyne-Stokes. — Œdème derrière les malléoles. — Le ventricule gauche surtout est hypertrophié, la pointe bat vers la 6° côte. Léger bruit de galop.
Urine : 2300 grammes. Les urines donnent par lachaleurun anneau très net d’albumine, — par l’acide nitrique, une teinte opalescente à la partie inférieure. Il y a donc de l’albumine dans les urines. Urée : 12 gr. 50. Elle ne mange même pas une portion.
Voix aphone. — Pas d’alcoolisme avoué. — Elle voit des araignées, des papillons; — pas de troubles de l’ouïe; — pas de forte céphalalgie. — Vertiges lorsqu’elle se lève. Insomnie depuis longtemps. — Constipation.
19 février. — Les accès d’étouffement ont eu lieu de 10 heures du
NÉPHRITE INTERSTITIELLE.
soir jusqu’à ce matin. — Crachats mucoso-puriformes, avec quelques stries sanguines.
Traitement. — A partir d’aujourd’hui on lui fait chaque jour une injection sous-cutanée de chloroforme et de morphine, en commençant par deux milligrammes; mais on arrive vite à un centigr. malin et soir.
20 février. — • P. = 88 ; R. = 34 pendant la période de calme, et R. =z78 pendant la phase d’accélération des mouvements respiratoires. — Dyspnée continue. — Urine : 1 300 gr., contenant 12 gr. 30 d’urée.
21 février. — P. = 86; R. = 38. Violent accès de dyspnée de 11 heures du soir à 2 heures du matin. Urine : 1 800 grammes, urée : 7 grammes.
1er dosage du sang :
Hémoglobine 78gr,12.
Pouvoir oxydant 150 centimètres cubes.
Matériaux solides 79sr, 74.
22 février. — Sueurs abondantes au moment de son accès d’oppression. — Les crachats sont toujours striés de sang. — Elle n’a pas uriné, la vessie ne contient que 100 gr. d’urine qui renferme un peu d’albumine et 3 grammes d’urée.
23 février. — Crachats sanglants et muqueux, — Râles sous-crépitanls assez fins, ayant leur maximum persistant à la base gauche. Urine : 300 grammes.
25 février. — Urines : 660 gr. troubles, rougeâtres, laissant déposer des urates.
26 février. — Urines : 750 gr., très chargées d’urates; — 6 gr. 71 d’urée.
27 février. — P. = 108. Extrémités froides; — pâleur extrême de la face. Urines : 800 gr. Urée : 18 gr. 24. Albumine en quantité plus considérable que les jours précédents.
28 février. — P. = 80. Extrémités froides; - prostration. — Le bruit de galop n’est pas aussi net. Urine : 300 gr. Urée: 6 gr. 61. Beaucoup d’albumine.
1er mars. — T. A. =37°. La maladeest assisesur sonlitetsifaible qu’elle peut à peine parler même à voix basse. — Peau froide. Uri
nés : 350 grammes; urée :6 gr., 61 ; beaucoup moins chargées de
sédiments uratiques.
2e dosage du sang' :
Hémoglobine 72sr,91.
Pouvoir oxydant 1-10 centimètres cubes.
Matériaux solides 77 grammes.
3 mars. — La malade accuse un mieux notable ; elle se plaint surtout d’être faible; les extrémités sont moins froides. Urines : 800 gr. Urée : 7 gr. 11. Moins d’albumine que les jours précédents.
4 mars. — Toujours de l’oppression. Les urines sont jaune clair, sans dépôt. Urines : 1 200 gr. Urée : 8 gr. 10.
5 mars. — Accès de dyspnée pendant la nuit. Urines : 900 gr. Urée : 5 gr. 16.
6 mars. — L’accès s’est répété la nuit malgré des injections souscutanées de morphine. Le matin, la dyspnée cesse et la malade assise sur son lit mange un potage avec appétit. Urines : 1 400 gr.
7 mars. — P. = 108 dur, avec quelques intermittences. La nuit a été mauvaise; la malade a encore eu un violentaccèsde dyspnée hier, de 10 heures du soir à 9 heures du matin. — Respiration Cheyne-Stokes. — Douleur épigastrique, obnubilation de la vue. — Râles muqueux dans toute l’étendue de la poitrine.
3e dosage du sang :
Hémoglobine 74 gramnes.
Pouvoir oxydant 14i centimètres cubes.
Matériaux solides 77er,50.
8 mars. - — La malade ne peut respirer qu’étant assise sur son lit; bien qu’elle se sente d’une faiblesse extrême, elle garde celle position depuis hier soir. Urine : 800 gr. Urée : 6 gr. 05.
9 mars. — P. = 80. Amélioration sensible. — La dyspnée a beaucoup diminué; — les extrémités sont moins froides; — l’œdème des ambes décroît. - — L’albumine des urines est beaucoup moins abondante. Cet état dure jusqu’au 15 mars. Urines : 1700 grammes. Urée : 4 gr. 78.
15 mars. — Violent accès d’oppression pendant la nuit; le jour, respiration Cheyne-Stokes moins accentuée; l’œdème malléolaire a augmenté. Urines : 150 gr. et urée : 5 gr.
NÉPHRITE INTERSTITIELLE.
23 mars. — P. = 84. Toujours des accès de dyspnée, mais moins violenls. — Insomnie ; — elle ne prend que des potag.es et du lait. Elle supporte très bien ses injections de morphine qui calment beaucoup sa gêne respiratoire et lui procurent du sommeil.
A partir de ce jour et pendant le mois d’avril, il n’existe plus qu’un peu de dyspnée continue et sans accès ; mais, de temps à autre, il y aune légère excitation cérébrale avec troubles intellectuels ; elle veut absolument quitter l’hôpital parce qu’on l’insulte, qu’on veut la voler, etc... Ce désordre mental cesse vers le 20 avril pour faire place à un affaiblissement intellectuel sans excitation.
¥ dosage du sang :
Hémoglobine. ... 75 grammes.
Pouvoir oxydant 145 centimètres cubes.
Matériaux solides 77 grammes.
Remarque. — Il s’agit d’une néphrite interstitielle. En effet, à son entrée on note de la polyurie, avec hypertrophie du cœur, souffle avec bruit de galop, la forme spéciale de bronchite secondaire coexistant avec la dyspnée paroxystique et la respiration Cheyne-Stokes, la cachexie, le peu d’œdème, la sclérose artérielle et cardiaque, tout est en faveur de la néphrite interstitielle. De plus, cette néphrite est arrivée à la phase asystolique; l’œdème localisé des membres inférieurs évoluant à la manière de l’œdème cardiaque en est ime preuve.
Notons encore des alternatives de polyurie et d’oligurie : la polyurie coïncide avec une amélioration, tandis que l’oligurie est un symptôme d’aggravation.
NEPHRITE INTERSTITIELLE
Pierre Cos..., âgé de 64 ans, peintre en bâtiments, est entré le 12 avril 1879 à la salle St-Louis, n° 6.
Cet homme, autrefois robuste, a vu sa santé s’altérer peu àpeu depuis 3 ou 4 ans. Il n’a jamais eu de coliques de plomb ni d’accidents saturnins.
En ce moment, léger liséré bleuâtre aux gencives. — Pâleur extrême générale.des téguments; — l’amaigrissemenln’estpas eu rapport avec la pâleur; — perte desforces;— pasd’œdème des membres inférieurs. — Toux; — expectoration muqueuse peu abondante, de temps en temps sanguinolente; — quelques râles sous-crépitants à droite. — Pas de douleurs d’estomac; — quelques douleurs à la région lombaire. — Il se lève la nuit pour uriner. — Pas de surdité; pas de céphalalgie, pas de troubles oculaires. — Quelques excès alcooliques; — rêvasseries; — pituites le matin. — Cette intoxication et le saturnisme ont probablement joué un rôle dans le développement de la néphrite.
Traitement. — Régime lacté ; — iodure d’amidon.
Légère hypertrophie du cœur. — Bruit de galop intermittent. — Artères scléreuses. — A eu des douleurs arthralgiques pendant plusieurs années, il avaitsouvent les jambes dans l’eau. Polyurie : 2000à 2800 grammes d’urine pâle. — Urée : 25 à 30 grammes. Albuminurie intermittente très légère.
Analyse chimique du sang :
Hémoglobine 70 grammes.
Pouvoir oxydant 136 centimètres cubes.
Matériaux solides 79gr,74.
Pris 4sr,965 qui ont donné résidu sec 0s>',396.
F. — cas mixtes {néphrite interstitielle et parenchymateuse).
Chez ces malades la destruction de la matière absorbant l’oxygène est plus considérable que dans l’une ou l’autre affection. Cette substance descend à G7 gr. 70, même à une période peu avancée de la maladie.
Le pouvoir absorbant descend à 130 cent, cubes, parfois même au-dessous, et même à 100 c. c. lorsque l’affection a duré longtemps; alors les malades deviennent pâles, comme dans la néphrite parenchymateuse.
Les matériaux solides diminuent beaucoup et s’abaissent à 62, 60, et même 58 grammes.