‹ Chimie pathologiqueChapitre 99 sur 166 · LICHEN RUBRA GÉNÉRALISÉ D’HÉBRA · texte numérisé non relu

LICHEN RUBRA GÉNÉRALISÉ D’HÉBRA

L'hémoglobine descend à 70 grammes, le pouvoir oxydant à 134 centim. cubes, les matériaux solides à 85 grammes.

7° LÈPRE

La lèpre altère l’hémoglobine, mais laisse à peu près intact le sérum sanguin ; l’hémoglobine descend parfois à 57 gr. 29 et même au-dessous, le pouvoir oxydant il 1 0 cent, cubes, les matériaux solides restent à 95 gr.

N...., 43 ans, commerçant, entré le 29 août 1879 à l’hôpital Saint- Louis, salle Saint-Léon, n° 57 l, service de M. Besnier, suppléé par M. Quinquaud.

Pas d’antécédents héréditaires appréciables. — Ce malade jouissant d’une bonne santé, a quitté la France à l’âge de 22 ou 23 ans pour le Brésil, où il est resté pendant 18 ans, babitantPernambuco. C’est là qu’il a vu apparaître les premières manifestations de la maladie qui l’amène à l’hôpital Saint-Louis et pour laquelle les médecins du Brésil lui ont conseillé de rentrer en France.

1. Observation recueillie par M. Merklen, interne du service.

Les antécédents pathologiques du malade sont :

1° A l’âge de 18 ou 19 ans, un chancre accompagné de bubon suppuré, traité à l’hôpital du Midi sans médicaments internes.

2° En 1863, la fièvre jaune. A cette époque, cel homme a été trop gravement malade pour se souvenir des' détails de sa maladie, mais il sait que la convalescence a duré 4 ou 5 mois.

3° En 1868, une attaque de coliques néphrétiques avec émission de sable et hématurie.

4° En 1870, une hydrocèle du côté droit ponctionnée et guérie par une injection de teinture d’iode ; cette affection a laissé à sa suite une induration et une augmentation de volume du testicule correspondant, et bientôt le testicule gauche a acquis une consistance et un volume semblables.

Jamais le malade n’a eu de rhumatisme ni d’affection cutanée ; mais il a commis de nombreuses infractions aux règles de l’hygiène. Son métier s’y prêtant, il a fait de nombreux excès alcooliques, usant surtout d’absinthe et de bières; jamais cependant il ne s’en est trouvé incommodé. D’autre part, son alimentation au Brésil était défectueuse, consistant spécialement en viandes conservées et en poissons; il faisait aussi grand usage de piment et ne mangeait que peu de légumes.

Ün fait eacore à signaler, c’est l’existence à l’état endémique dans le pays qu’il habitait de la malaria. Le malade s’est souvent exposé au poison pendant de longues chasses qu’il faisait à travers les marais, sans cependant avoir jamais présenté la moindre manifestation d’empoisonnement paludéen.

Au dire du malade, la lèpre ne serait pas commune à Pernambuco; il n’y a connu que deux lépreux, dont l’un Européen, et l’autre indigène.

C’est en 1873, sans cause appréciable, que semontra une première tache brune et anesthésique, du reste indolente, grande comme une lentille, dans la région malléolaire du côté droit. Le malade n’y attacha aucune importance; il vint, à cette époque, faire un séjour de 6 mois en France pour ses affaires et repartit pour le Brésil sans avoir éprouvé aucun phénomène nouveau.

De 1873 à 1877, la première lésion cutanée resta stationnaire et

LÈPRE

isolée. Dans les premiers mois de 1877, le malade constata que toute la peau delà partie postérieure du mollet droit (côté où existait toujours la première tache cutanée) était anesthésiée. Il vit un médecin qui le mit au traitement arsenical. Peu après, toujours dans le courant de 1877, il s’aperçut que lemollet gauche, dans sa partie postérieure, était aussi insensible que le droit. Enfin, c’est encore la même année que deux taches brunes anesthésiques se montrèrent symétriquement à la partie inférieure et externe du bras, un peu au-dessus des épicondyles, et que deux points semblables furent constatés par le malade sur le bas-ventre.

L’apparition de ces lésions cutanées n’a jamais été précédée des prodromes signalés quelquefois. Le malade n’a eu ni fièvre, ni malaise, ni lassitude. Il a toujours conservé un excellent appétit; les fonctions digestives s’accomplissaient normalement. Pas de douleurs nulle part. Aucune modification de l’activité sensuelle. Mais affaissement moral depuis le jour où on lui a dit qu’il était atteint de la lèpre.

Jusqu’en juin 1878, époque où le malade quitta le Brésil pourrentrer en France, aucun changement ne se produisit dans l’état qui vient d’être signalé. La seule chose, du reste tout à fait accessoire, à noter, c’est qu’en mars 1878 il fut atteint d’un chancre de la verge survenu très peu de jours après un coït suspect, chancre dont la durée fut de deux mois, qui ne fut suivi d’aucun accident et pour lequel néanmoins furent ordonnées des pilules.

Pendant les premiers mois que le malade passa en France, rien de nouveau ne se produisit, l’état resta stationnaire. Le malade suivait un traitement ordonné parM. Hardy (arséniate de soude et bains sulfureux). Au mois de mars dernier (1879), par un temps froid, cet homme se jeta à la rivière tout habillé pour retirer un enfant qui se noyait. C’est peu de jours après qu’une poussée générale de lésions cutanées se manifesta, lésions cutanées de trois espèces : taches fauves circinées limitant une partie centrale blanche et décoloration normale, taches brunâtres uniformes et tubercules. C’est de cette époque que date l’éruption généralisée actuelle. C’est au même moment que parurent des douleurs particulières que le malade n’avait pas encore éprouvées, douleurs intermittentes très vives au niveau

des lésions cutanées, que le malade compare à la sensation que produiraient « des jets de vapeur passant entre cuir et chair ». Ges douleurs reviennent presque tous les jours, durent deux ou trois heures et sont suivies d’une sorte d’engourdissement dans les régions affectées. Elles n’ont fait qu’augmenter d’intensité depuis le mois de mars dernier. Momentanément atténuées en même temps que les lésions cutanées parles eaux de Bagnères-de-Luchon, où le malade vient de passer un mois, elles ont reparu avec plus d’acuité depuis son retour.

L’état général néanmoins est resté bon. Malgré ces douleurs et les tristes préoccupations qui le rendent sombre, le malade mange bien et dort beaucoup. Il éprouve même une somnolence anormale. C’est seulement depuis son retour de Luchon qu’il s’est aperçu d’une suppression absolue des désirs sexuels qui jusque-là avaient conservé toute leur intensité.

Il s’agit d’ailleurs d’un homme vigoureux, bien taillé, doué d’un certain embonpoint. Ses masses musculaires ont conservé leur volume et leur force.

Description des lésions cutanées.

Face. — Placards arrondis, saillants, érythémateux, de dimensions variant depuis celle d’une pièce de 50 centimes jusqu’à celle d’une pièce de cinq francs enargent et au delà, occupant la partie inférieure du front où ils empiètent sur les sourcils et les joues, aux environs de la barbe qui est rasée. La queue des sourcils, où l’on retrouve l’extension des placards du front, est pourvue de poils moins longs, moins épais et moins colorés que ceux des régions voisines. Bien au voisinage du cuir chevelu qui ne présente aucune modilication anormale.

Plaque légèrement saillante, érythémateuse et luisante occupant le dos et le lobule du nez; par la pression, issue de produits sébacés très abondants.

Plaque semblable occupant la houppe du menton. Bien aux oreilles ni aux paupières. Les conjonctives sont pâles, légèrement subictériques.

Malgré ses lésions multiples, la face n’est pas déformée dans son

LÈPRE

ensemble. L’apparition de ces lésions a été subite ; leur développement s’est fait dans l’espace d’une heure à peine, précédé d’une sensation de cuisson dans les points qui allaient être atteints. Le malade s’imaginait d’abord avoir été piqué par un insecte.

Les lésions ont été plus accentuées qu’elles ne le sont en ce moment, et surtout il existait à leur niveau une tuméfaction plus accentuée. Actuellement elles paraissent dues à un épaississement avec vascularisation exagérée du derme ; l’épiderme à ce niveau est lisse et non épaissi ; par la pression du doigt, on détermine une diminution de la rougeur.

Au niveau des diverses plaques de la face on constate une dirni- ,nution manifeste, mais non une suppression de la sensibilité tactile *et de la sensibilité thermique.

Cou. • — Placards semblables à ceux de la face et tubercules plus petits. Çà et là, au milieu des grands placards, points blancs, mats, affaissés, paraissant être des parties du tégument indemnes. Sensibilité émoussée comme à la face.

Front. — Lésions diverses quant à leur aspect extérieur. Sur certains points, simples taches d’un fauve clair; puis taches plus fondées, d’un rouge livide, incomplètement anesthésiques, avec épaississement manifeste du derme; enfin larges placards mal délimités, circinés, légèrement saillants, circonscrivant une partie centrale olanche et sans saillie. Cette surface blanche, qui sur certains points parait avoir de la tendance à brunir comme les parties périphériques 3|et qui dès lors semble répondre à des régions encore indemnes du i tégument, présente toutefois cette particularité que très souvent elle îst absolument insensible aux piqûres même profondes, alors que i’anesthésie n’est qu’incomplète sur les taches et les tubercules. Le fait cependant n’est pas constant.

Les placards circinés sont très abondants, irrégulièrement disséminés sur tout le tronc; mais ils forment un cercle à peu près comii'plet au niveau de la ceinture. Sur le thorax, leur direction est oblique, leur forme allongée, dans le sens des nerfs intercostaux. i Une seule tache, mais très étendue, sur le bas-ventre, occupant la région hypogastrique, n’allant pas jusqu’au pubis dont les poils ne :• présentent rien d’anormal.

Membres supérieurs. — Trois ordres de lésions : taches simples, taches circinées et tubercules remarquables par leur aspect granuleux semblant indiquer un développement exagéré des papilles du derme, leur vascularité très grande (saignant à la moindre piqûre) et l’état lisse et craquelé de l’épiderme à leur niveau.

Les placards circinés sont les plus abondants comme sur le tronc. Ils occupent plutôt la face postérieures des membres du côté de l’extension et au niveau des articulations; néanmoins, leur dissémination est assez irrégulière.

Toutes les plaques présentent une diminution ou une suppression de la sensibilité suivant le même mode que celles du tronc.

Les taches brunes et fauves se retrouvent à la face dorsale des doigts. L’auriculaire gauche notamment, siège de vives douleurs spontanées et à la pression, présente deux taches de cette espèce. Toute sa face dorsale et celle du métacarpien correspondant sont anesthésiées.

Ongles et extrémités des doigts indemnes.

Fesses. — Abondance remarquable de placards circinés à centre blanc, avec leurs caractères habituels.

Membres inférieurs. — On y retrouve les trois ordres de lésions, avec prédominance à la face antérieure. Cependant la face postérieure des mollets est remarquable par la vaste étendue des zones blanches, anesthésiques, entourées incomplètement de bordures érythémateuses.

Rien aux pieds.

Etat des viscères. — Rien au cœur. — Foie et rate de volume normal.

Ni sucre ni albumine dans les urines.

Testicules seuls intéressés.

Le testicule gauche est uniformément tuméfié et induré, de consistance ligneuse, mais sensible à la pression.

Le testicule droit, très tuméfié également, est lobulé : deux parties kystiques à son extrémité supérieure. L’extrémité inférieure est de consistance normale ; la masse de l’organe est indurée comme celle du testicule gauche.

Cet état des testicules, qui date de neuf ans, antérieur par consé-

Page 1