‹ Chimie photographique (volume 2)Chapitre 64 sur 96 · GRAVURE SUR PLAQUE OAGUERRIENNE · texte numérisé non relu

GRAVURE SUR PLAQUE OAGUERRIENNE

§ 235. Le procédé est dù à M. Fizeau; nous le donnons ici tel qu’il a été communiqué par l’auteur :

Un acide mixte, composé avec les acides nitrique, nitreux et chlorhydrique ( ces deux derniers pouvant être remplacés par du nitrite de potasse et du sel marin), jouit précisément de la propriété désirable, laquelle appartient également aune dissolution de bichlorure de cuivre, mais d’une manière moins parfaite.

» Lorsqu’on soumet une image daguerrienne, dont la surface est bien pure, à l’action de cet acide, surtout à chaud, les parties blanches ne sont .pas altérées, tandis que les parties noires sont attaquées avec formation de chlorure d’argent adhérent, dont la couche insoluble arrête bientôt l’action de l’acide.

» Une dissolution d’ammoniaque, employée alors, enlève cette couche de chlorure d’argent et permet de sou-

mettre de nouveau la planche à ractîon du même acide, qui, agissant de la même manière, augmente la profondeur des parties noires.

» En opérant ainsi plusieurs fois, on parvient à transformer la planche daguerrienne en une planche gravée d’une grande perfection, mais généralement de peu de profondeur, de sorte que les épreuves imprimées sur papier n’ont pas la vigueur convenable.

» A cette première opération, il a donc été nécessaire d’en ajouter une seconde, qui permet de creuser plus profondément les parties noires de l’image. Cette seconde opération consiste à dorer les parties saillantes ou les blancs de la planche gravée, et à laisser l’argent à nu dans les creux, ce qui permet d’en augmenter la profondeur par l’action d’un simple dissolvant de l’argent. .

Pour obtenir ce résultat, la planche gravée peu profonde dont je viens de parler est graissée avec une huile siccative, de l’huile de lin, puis essuyée à la manière des imprimeurs en taille-douce: de cette manière, l’huile reste dans les creux seulement et y forme un vernis qui ne tarde pas à sécher.

» Dorant alors la planche par les procédés électrochimiques, on voit l’or se déposer sur toute la surface de la planche, excepté dans les parties creuses protégées par le vernis d’huile de lin. Après ce dorage, l’huile de lin est enlevée par la potasse caustique.

» 11 résulte de là que la planche gravée a toutes ses parties saillantes protégées par une couche d’or; ses parties creuses, au contraire, présentent l’argent à nu.

> Il est dès lors facile, en traitant la planche par l’acide nitrique, d’attaquer ces parties creuses seulement et ainsi d’en augmenter à volonté la profondeur.

V Avant ce traitement par l’acide nitrique, la planche

dorée est couverte par ce que les graveurs appellent un grain de résine ; ce qui produit dans le métal attaqué ces nombreuses inégalités que l’on appelle grain de la gravure,

» Il résulte de ces deux opérations principales, que la planche daguerrienne est transformée en une planche gravée tout à fait semblable aux planches gravées à l’aquatinta, et dès lors pouvant, comme elles, fournir par l’impression un nombre considérable d’épreuves.

» Cependant l’argent étant un métal peu dur, le nombre des épreuves serait encore assez limité si un moyen très-simple ne permettait de soustraire la planche photographique à l’usure déterminée par le travail de l’impression.

» En effet, pour atteindre ce but il suffit, avant de livrer la planche à l’imprimeur, de cuivrer sa surface par les procédés électrochimiques; de cette manière, il est évident que la couche de cuivre supporte seule l’usure produite par le travail de l’ouvrier. Lorsque cette couche est altérée d’une manière notable, il est facile, à l’aide d’un acide faible, de la dissoudre en totalité sans altérer l’argent sur lequel elle repose ; dès lors la planche peut être cuivrée de nouveau, et se trouve ainsi dans le même état que si elle n’avait pas supporté le travail de l’imprimeur. »

On sait de plus que, par la galvanoplastie, on peut reproduire avec une fidélité extrême les planches gravées. On prend sur un cuivre en creux une première épreuve en relief, et sur ce relief on prend plusieurs épreuves en creux semblables au modèle pouvant servir à l’impression. Il est possible de conserver indéfiniment une planche originale précieuse, au moyen de ce procédé, qui serait sans doute ajiplicable aux planches gravées par M. Fizeau.

DEUXlÈMli PARTIE.

Page 1