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GRAVURE SUR ACIER, CUIVRE OU ETAIN

§ 236. Emploi du bichromate de potasse, — M. Talbot a donné, le 2 mai i853, communication du système suivant, qui a été le point de départ des nouveaux procédés de photographie dont nous avons parlé.

Après avoir décapé une plaque d’acier avec un mélange de vinaigre et d’acide sulfurique, et l’avoir bien séchée, on étend sur cette plaque une dissolution de gélatine et de bichromate de potasse, on la pose sur un pied à caler, et pour la dessécher on la chauffe en dessous jusqu’à ce qu’elle ait une belle couleur jaune.

On met alors sur cette plaque l’objet que l’on veut reproduire, et le maintenant fixé par une glace on l’expose au soleil pendant une ou deux minutes. Sous l’influence de la lumière, le bichromate réagit sur la gélatine, le mélange brunit; il reste au contraire jaune partout où cette action n’a pas pu se faire sentir. L’image doit donc apparaître en jaune sur un fond brun ; on la fait mieux sortir en trempant la plaque dans l’eau froide pendant quelques minutes : elle blanchit, onia retire, et après l’avoir laissée quelques instants dans l’alcool on la fait sécher, et l’acier étant mis à nu partout où la lumière n’a pas agi, l’image apparaît blanche et très-nette.

Il ne s’agit plus que d’attaquer l’acier sans attaquer la couche de gélatine. M. Talbot a indiqué, à cet effet, l’emploi du biclilorure de platine (i) étendu d’eau, qui attaque lentement le métal. On verse ce mordant sur la plaque; aussitôt les blancs de l’image noircissent, on laisse mordre deux ou trois minutes, on fait écouler l’ex-

(i) Peut-être pourrait-on substituer à ce réac'lil le sulfate de peroxyde de fer [voir Vocabulaire).

cës de liquide, et après avoir essuyé, on lave à l’eau salée.

M. Talbot a obtenu ainsi des épreuves d’une finesse extrême; mais, malheureusement, on n’a pas encore, avec ce procédé, cette dégradation de teintes qui peut seule donner une image artistique.

§ 237. Emploi du bitume de Judée. — Nicépbore Niepce est le premier qui ait fait application du bitume de Judée ; nous donnons ici textuellement un extrait de sa Notice sur VHélio graphie.

« La substance ou matière première que j’emploie, celle qui m’a le mieux réussi et qui concourt plus immédiatement a la reproduction de l’effet, est Y asphalte ou bitume de Judée, préparé de la manière suivante :

» Je remplis à moitié un verre de ce bitume pulvérisé; je verse dessus, goutte a goutte, de l’huile essentielle de lavande, jusqu’à ce que le bitume n’en absorbe plus et qu’il en soit seulement bien pénétré; j’ajoute ensuite assez de cette huile essentielle, pour qu’elle surnage de trois lignes environ, au-dessus du mélange qu’il faut couvrir et abandonner à une douce chaleur jusqu’à ce que l’essence ajoutée soit saturée de la matière colorante du bitume. Si ce vernis n’a pas le degré de consistance nécessaire, on le laisse évaporer à l’air libre, dans une capsule, en le garantissant de l’humidité, qui l’altère et finit par le décomposer. Cet inconvénient est surtout à craindre dans la saison froide et humide, pour les expériences faites dans la chambre noire.

» Une petite quantité de ce vernis appliquée à froid avec un tampon de peau très-douce sur une planche d’argent plaquée bien polie, lui donne une belle couleur de vermeil, et s’y étend en couche mince et très-égale. On place ensuite la planche sur un fer chaud recouvert de

quelques doubles de papier, dont on enlève ainsi, préalablement, toute l’humidité ; et, lorsque le vernis ne poisse plus, on retire la planche pour la laisser refroidir, on la laisse se sécher à une température douce,‘à l’abri du contact de l’air humide. Je ne dois pas oublier de faire observer, à ce sujet, que c’est principalement en appliquant le vernis que cette précaution est indispensable. Dans ce cas, un disque léger, au centre duquel est fixée une courte tige que l’on tient à la bouche, suffit pour arrêter et condenser l’humidité de la respiration.

La planche, ainsi préparée, peut être immédiate-ment soumise aux impressions du fluide lumineux : mais même, après y avoir été exposée assez de temps pour que l’effet ait eu lieu, rien n’indique qu’il existe réellement, car l’empreinte reste inaperçue. Il s’agit donc de la dégager, et on n’y parvient qu’à l’aide d’un dissolvant. »

La seconde application du bitume de Judée date du 3 juület i852. Voici un extrait textuel du brevet prisa cette époque (î;oi>plus loin Lithophoto giaphie) :

« . . . . Notre procédé consiste dans l’application de » la photographie à la lithophotographie et, par exten- » sion, à la zincographieet même à la gravure. . . .

J» . . . . Nous choisissons pour enduit un corps rési- » neux ou gras, soluble dans l’éther ou dans l’essence et » devenant insoluble par l’action des rayons lumineux; » tel e^t, par exemple, le bitume de Judée. Nous opérons

de la manière suivante :

» Nous dissolvons le bitume de Judée et versons sur la » pierre une solution bien limpide qui, par évaporation ') spontanée à l’air, laisse une couche de bitume sec qui se ^ présente sous la forme d’un grain plus ou moins serré...

PROCIÎUÉS PHOTOGRAPHIQUES. ^79

» .... Nous pouvons obtenir la couche de bitume de » Judée par le moyen de l’élher, et par tous les moyens » employés par les graveurs pour obtenir des grains » ( procédés qui donnent les grains à la poussière, au » rouleau, etc.... ). »

A la date du 2 mai i853, MM. Niepce de Saint-Victor et Lemaître ont adressé a l’Académie des Sciences les communications suivantes :

« L’acier sur lequel on doit opérer ayant été dégraissé

> avec du blanc de craie, M. Lemaître verse sur la sur- » face polie de l’eau dans laquelle il a ajouté un peu » d’acide chlorhydrique, dans les proportions de J partie » d’acide pour 20 parties d’eau ; c’est ce qu’il pratique » pour la gravure à l’eau-forte avant d’appliquer le ver- » nis ; par ce moyen, celui-ci adhère parfaitement au » métal.

î La plaque doit être immédiatement bien lavée avec » de l’eau pure, et puis séchée. 11 étend ensuite, a l’aide » d’un rouleau recouvert de peau, sur la surface polie, le 5 bitume de Judée dissous dans l’essence de lavande, » soumet le vernis ainsi appliqué a la chaleur, et quand » il est séché, on préserve la plaque de l’action de la lu- » mière et de l’humidité.

» Sur une plaque ainsi préparée, j’applique le recto » d’une épreuve photographique directe (ou positive) sur » verre albuminé ou sur papier ciré, et j’expose à la lu- * mière pendant un temps plus ou moins long, suivant » la nature de l’épreuve a reproduire et suivant l’inten- 5 sité de la lumière.

» Dans tous les cas, l’opération n’est jamais très-lon- » gue, car on peut faire une épreuve en un quart d’heure

> au soleil, et en une heure à la lumière diffuse.

38o DEUXIÈME PAP.TIE.

» Il faut même éviter de prolonger l’exposition; car,

» dans ce cas, l’image devient visible avant l’opération » du dissolvant, et c’est un signe certain que l’épreuve » est manquée, parce que le dissolvant ne produira pas . l’effet.

» J’emploie pour dissolvant 3 parties d’huile de naplite » rectifiée et i partie de benzine (préparée par Collas) :

» ces proportions m’ont, en général, donné de bons ré- » sultats; mais on peut les varier en raison de l’épaisï seur de la couche de vernis et du temps d’exposition à > la lumière, car plus il y aura de benzine, plus le dissol- » vaut aura d’action. Les essences produisent les mêmes î effets que la benzine, c’est-à-dire qu’elles enlèvent les » parties de vernis qui ont été préservées de l’action de la » lumière.

» Pour arrêter promptement l’action et enlever le dis- » solvant, je jette de l’eau sur la plaque en forme de i nappe, et j’enlève ainsi tout le dissolvant; je sèche en- » suite les gouttes d’eau qui sont restées sur la plaque, » et les opérations héliographiques sont terminées.

5 Maintenant il reste à parler des opérations du graveur.

Composition du mordant.

Acide nitrique à 56 degrés i partie.

Eau distillée B »

Alcool à 36 degrés 3 »

» L’action de l’acide nitrique étendu d’eau et alcoolisé » dans ces proportions, a lieu aussitôt que le mordant a » été versé sur la plaque d’acier, préparée comme il » vient d’être dit ; tandis que les mêmes quantités d’acide » nitrique et d’eau sans alcool ont l’inconvénient de )> n’agir qu’après deux minutes au moins de contact.

» Je laisse le mordant fort peu de temps sur la pla~

» que; je Ten retire, je lave et sèche bien le vernis et » la gravure, afin de pouvoir continuer à creuser le » métal plus profondément sans altérer la couche hélioï graphique.

» Pour cela, je me sers de résine en poudre très-fine, î placée dans le fond d’une boîte préparée à cet effet. Je » l’agite à l’aide d’un soufflet, de manière à former un » grain. »

M. Niepce de Saint-Victor, après de nombreuses études sur l’influence de la lumière et de l’air, des différents gaz, sur les bitumes, les résines, les essences, a modifié son vernis de manière à accroître beaucoup sa sensibilité, et il compose maintenant ce vernis de la manière suivante (i) :

Benzine sèche

Essence de zeste de citron pure.. lo Bitume de Judée pur 2

Il a soin de dessécher préalablement la benzine en mettant dans le flacon qui la contient quelques fragments de chlorure de calcium. On filtre et on a un vernis trèsclair et très-fluide. On peut, suivant le sujet à reproduire, augmenter la dose du bitume de Judée, en mettre 3 et même 4 grammes,

La planche d’acier étant bien nettoyée, on y verse son vernis à peu près comme le collodion, on écoule l’excédant dans le flacon, et on la dresse contre un mur pour la laisser sécher. On applique sur le vernis une épreuve positive, et on expose a la lumière pendant un temps que l’expérience seule peut déterminer; les opérations jus-

(i) Traité pratique de gravure heliographique , par M. Niepce de Saint- Victor. i856.

qnh la morsure de la planche sont exactement les mêmes que celles qui ont été précédemment indiquées.

Avant de faire mordre, si le vernis ne présente pas assez de solidité pour résister à l’action de Teau-forte, M. Niepce le consolide en exposant la planche aux vapeurs d’essence d’aspic ordinaire pendant deux ou trois minutes, il applique ensuite le grain d’aqua-tinta, et il fait mordre par de l’eau acidulée d’acide azotique trèsfaible; souvent même il commence la morsure par l’eau iodée qu’il renouvelle deux ou trois fois, et il termine enfin par l’acide azotique très-étendu.

§ 238. M. Ch. Nègre emploie pour la gravure sur acier une méthode qui diffère en plusieurs points de celle indiquée par M. Niepce de Saint-Victor et rappelle celle de M.Fizeau. Au lieu d’un positif, il se sert d’un négatif qu’il met sur la planche d’acier préalablement couverte d’une couche sensible, préparée soit avec le bitume de Judée, soit avec le bichromate de potasse mélangé à la gélatine. Sa réserve (enduit préservateur), rendue insoluble par la lumière, reste donc dans les parties qui doivent être creusées sur l’acide, tandis que les blancs au contraire sont complètement à découvert. Après exposition à la lumière et lavage de la plaque, il recouvre, par un dépôt galvanique, les blancs de l’épreuve d’une couche d’or, ce qui les rend inattaquables aux acides ; les demi-teintes ne sont couvertes que partiellement, et les noirs sont presque entièrement préservés de la dorure, pas assez pourtant pour qu’il ne s’y dépose un réseau d’or qui vient justement former le grain nécessaire. Nettoyant alors complètement la planche d’acier, il fait mordre et tire des épreuves par les moyens connus pour la gravure.

§ 239. Autres. — M. Berchtold a proposé de former

sur les planches destinées à la gravure héliographique du grain artificiel, qui se fait par l’action de la lumière même aussitôt après l’exposition et avant de procéder au lavage de l’épreuve.

Il obtient ce grain en appliquant sur la planche, au lieu et place de la photographie, une glace enduite d’une substance imperméable à la lumière sur laquelle on a tracé et enlevé à la pointe une multitude de lignes fines et parallèles, et il expose de nouveau à la lumière. Là où le bitume est devenu insoluble, il ne se fait aucune action nouvelle, les raies se produisent au contraire là où le cliché n’était pas imperméable, avec une intensité qui va croissant, en raison inverse du degré d’insolation. On change la glace de sens successivement de tous côtés, en diminuant chaque fois le temps de pose, et il se fait ainsi un grain qui facilite beaucoup la morsure de la planche par l’acide.

§ 240. Dessin pour la gravure. — Les procédés que nous venons d’indiquer excluent complètement le travail du graveur. Celui qui suit a seulement pour but de tracer le dessin, de donner une esquisse dont l’artiste peut se servir à son gré. Il a été indiqué par M. Martin.

La planche métallique étant recouverte sur ses deux faces du vernis à graver à l’eau-forte, on l’emploie comme une glace et on la recouvre de collodion ioduré, que l’on sensibilise dans le bain d’azotate d’argent, expose à la lumière, développe et fixe par les procédés connus pour avoir une épreuve positive directe, on la recouvre d’une solution de dextrine et, après dessiccation, l’image produite sert au graveur comme un calque ordinaire.

Dessin artistique , — On recouvre une glace d’un collodion opaque et on la place sur une feuille de papier noir.

L'artiste dessine à la pointe sèche, le verre est mis à nu.

Cette plaque, posée sur papier pour positifs, au nitrate d’argent, ou tout autre, donne des épreuves d’une fidélité et d’une pureté extrêmes.

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