‹ Chimie photographiqueChapitre 18 sur 109 · Hyposulfîte de soude · texte numérisé non relu

Hyposulfîte de soude

Enlève ■ le chlorure , mais laisse le dessin affaibli.

Enlève l’iodure et autres sels d’argent, mais dans certains cas laisse apparaître après fixage une image par développement. (Expérience de M. Young.)

Nous avons pris une couche de sels d’argent (chlorure et nitrate d’argent mélangés) sur lesquels l’action chimique de la lumière est certaine et admise par tous, et d’autre part une couche d’iodure d’argent pour laquelle cette même action est contestée, et en soumettant ces couches à l’influence des mêmes réactifs, nous pouvons constater l’identité des résultats.

En admettant pour les épreuves au chlorure d’argent et pour celles à l’iodure une réduction plus ou moins complète, on peut en effet donner l’explication suivante du tableau ci-dessus :

N° \ . Dans les deux cas il y a réduction des sels' d’argent par la lumière.

N° 2. Dans l’obscurité l’iodure de potassium n’est pas décomposé; l’iode ne peut avoir d’action.

N° 3. Sous l’influence de la lumière et d’un corps ayant affinité pour l’iode , Tiodure de potassium est décomposé, l’iode se porte sur les molécules réduites et les ramène à l’état d’iodure.

N° 4. L’iode libre pouvant obéir à son affinité pour l’argent s’unit à lui et forme aussi bien à l’obscurité qu’à la lumière un iodure d’argent insensible. Cet exemple, frappant pour les plaques daguerriennes et pour les négatifs terminés (modifications des épreuves par les vapeurs d’iode, par M. Blanquart-Évrard), a une action moins rapide sur les épreuves positives albuminées, parce que la matière argentico-organique résiste davantage à l’altération. Si on essaye sur des glaces sèches ce réactif à l’état de vapeur, il détruit l’image; s’il est en dissolution la réaction devient complexe , et au développement toute la partie iodée se recouvre d’une couche noire d’argent réduit que le moindre frottement enlève, et on ne trouve pas trace d’épreuve en dessous ; il en est de même pour les glaces au collodion humide.

Les nos 5 et 6 s’expliquent d’une manière facile. Si on fait agir l’acide nitrique concentré sur de l’argent métallique précipité, sur un cliché, il l’attaque et le dissout immédiatement. Si on le fait agir sur une épreuve positive albuminée, l’action est presque aussi rapide; mais si on prend l’acide étendu de son volume d’eau, on voit que sur le cliché il n’agit qu’avec une extrême lenteur; il faut le verser et reverser une dizaine de fois pour avoir une action complète. Sur une épreuve positive albuminée, cette action est plus lente encore, et avant d’arriver à la disparition de l’image il faut laisser sécher l’acide, ce qui revient à l’employer concentré. Ces différences nous expliquent l’action de l’acide nitrique sur un

GÉNÉRALITÉS. Io5

cliché albuminé , impressionné à la lumière et non développé. L’acide concentré détruit l’épreuve en quelques secondes, de telle sorte qu’un développement soutenu peut rarement en ramener quelques traces; l’acide étendu agit dans le même sens d’une manière moins énergique et laisse sortir une épreuve d’une extrême faiblesse; mais si on chauffe cet acide à 3o degrés environ , la destruction est complète et on n’obtient pas la plus légère trace d’image, même avec l’acide étendu.

Si au lieu d’employer des glaces sèches albuminées nous prenons les glaces humides, les réactions se font exactement dans le même sens, avec cette différence toutefois que la couche est une véritable éponge d’eau impressionnée dans toute son épaisseur, que l’acide concentré devient par cela même un acide étendu, qu’il lui faut un temps assez long pour se substituer à l’eau dans les pores du collodion, par conséquent son action est moins rapide que sur les glaces sèches ; néanmoins l’acide concentré détruit l’épreuve, l’acide étendu n’en laisse apparaître qu’une très-faible, et l’acide étendu chauffé à 3o degrés la détruit complètement.

Nous trouverons encore une preuve très-manifeste dans cette expérience de M. Beuvière que cite M. van Monckhoven. Une lame d’argent iodée ayant reçu l’impression lumineuse se recouvre de cuivre (par procédé galvanique), sur les parties impressionnées par la lumière. Un métal conduit mieux l’électricité qu’un sel métallique; l’iodure réduit par la lumière se recouvrira de cuivre plus facilement que l’iodure non réduit. N’est-ce pas enfin ce dépôt métallique invisible qui, résistant à un nettoyage imparfait, a permis de produite à volonté ce que les photographes américains ont appelé des épreuves spirites ou épreuves de personnages invisibles qui viennent au développement en même temps que l’image du modèle et qu’un bon lavage a l’acide nitrique aurait fait évanouir en dissolvant toute trace métallique restant d’une épreuve précédente?

Il nous semble que ces faits viennent confirmer notre opinion sur le rôle chimique de la lumière. Il y a certainement quelques phénomènes particuliers, comme la so-

larisation, la production des images de Moser, dont personne n’a donné l’explication satisfaisante; mais il ne nous semble pas impossible de trouver une interprétation dans les données chimiques et dans les expériences pratiques, lorsqu’on cherchera à prévoir le rôle des divers réactifs, on devra considérer la couche sensible comme subissant sous l’influence lumineuse une action réductrice .

Une troisième opinion consiste à dire qu’il n’y a pas encore séparation des éléments iode et argent, mais que les deux molécules combinées ensemble s’éloignent l’une de l’autre, et que les agents réducteurs employés pour faire apparaître l’image complètent cette séparation et mettent en liberté la molécule d’argent.

Cette hypothèse, qui serait peut-être mieux formulée en disant qu’il s’est fait un composé moins stable, se rapproche de la nôtre et admet, comme elle, une action chimique. Mais le rôle qu’elle assigne aux agents réducteurs est au moins douteux, car avec l’iodure d’argent parfaitement pur et lavé, ces agents ne donnent aucune trace d’image ; ils ne semblent donc pas compléter la séparation des molécules.

D’autre part, une expérience récente décrite par le major Russell montre qu’une épreuve négative (préparée au tannin) peut être développée faiblement en rouge par le seul contact d’un carbonate alcalin. Cette expérience vient encore compliquer ces théories et prouver la nécessité de nouvelles études.

§ 72. Rôle des réactifs. — Quelle que soit l’hypothèse admise, le rôle des réactifs ne semble pas être de continuer la réduction de l’iodure d’argent (i), mais bien de répartir

(i) On peut admettre cette action réductrice subséquente dans le cas exceptionnel des verres continuateurs (épreuve daguerrienne sur plaque),

sur la surface sensible des molécules qui vont se fixer sur les parties impressionnées par la lumière et y former un dépôt en vertu de Y attraction moléculaire.

En effet, si le bain devait simplement continuer la réduction de l’iodure d’argent, les liquides réducteurs (solutions d’acides gallique, pyrogallique, de sulfates de protoxyde de fer additionnées d’acide acétique) agiraient sans qu’il soit nécessaire d’y ajouter de l’azotate d’argent; or une glace sensible, parfaitement lavée , exposée à la lumière un temps convenable , ne donne pas trace d'image, même après une immersion de quatre heures dans l’acide gallique, et la même glace, si l’on ajoute un peu de nitrate d’argent dans le bain, donne une image complète, parce que le nitrate d’argent ajouté est décomposé par l’acide gallique, et qu’il se fait un dépôt sur les parties impressionnées par la lumière.

L’image, clans quelques circonstances, n’existe quà la surface ; on peut quelquefois l’effacer sans altérer d’une manière sensible la couche sous-jacente d’ioclure d’argent; si la réduction de l’iodure d’argent était continuée par les réactifs, cette réduction pénétrerait dans l’épaisseur même de la couche de collodion.

Enfin, si on pèse la quantité d’argent que contient la couche sensible avant le développement de l image et celle que contient une seconde couche sensible faite dans les mêmes conditions, mais sur laquelle on a développé une épreuve, on voit que la seconde peut contenir six fois plus d’argent que la première; or cette augmentation de poids ne peut provenir que du dépôt d’argent fourni par les réactifs ajoutés.

et pour celui de la troisième hypothèse , dans laquelle on accepte que le réducteur met en liberté une certaine somme de molécules d’argent.

L’image est donc développée en vertu d’une force qui fixe des molécules sur la surface impressionnée; l’idée de cette force, de cette attraction moléculaire, a besoin d’être expliquée pour être bien comprise.

Quand un corps est à l’état de solution ou de vapeur, ses molécules peuvent se mouvoir librement et suivre toutes les attractions; lorsqu’elles passent de cet état de liberté à l’état de stabilité, soit que la vapeur se condense, soit que le corps dissous revienne à l’état solide, la molécule prend une place déterminée par le mouvement attractif qui la domine, et, condensée ou solidifiée, elle se fixe , et devient elle-même un centre d’ attraction pour les autres. Les exemples sont nombreux, nous pouvons citer le fait d’un sel dont les cristaux grossissent spontanément dans une dissolution saline saturée. Si une cuvette présente un défaut de poli qui puisse retenir des traces invisibles d’argent après une première opération, la tache se reproduira, quelque soin que l’on mette à essuyer cette cuvette. C’est la force qui préside à cet ensemble de phénomènes, et en vertu de laquelle les molécules d’un corps sont appelées à se fixer plutôt sur un point que sur un autre , que l’on appelle attraction moléculaire.

L’apparition de l’image photographique par développement, sur plaque, sur papier et sur verre, est un phénomène du môme genre. La lumière détermine le pouvoir attractif de la couche sensible ; les réactifs que Ion ajoute pour développer fournissent les molécules qui obéissent à cette force attractive ( i ) .

Dans les deux hypothèses d’une action chimique, d’une

(i) Ces derniers mots résument la théorie sur laquelle tout le monde est d’accord. Dès que l’on veut préciser un peu plus, on voit apparaître des interprétations diverses; nous avons mentionné celles qui nous ont paru les plus importantes et indiqué le nom des auteurs.

réduction, le dépôt se fait sur la couche sensible altérée. Dans l’autre hypothèse, d’une action purement physique, il se fait un premier dépôt dû à une influence mystérieuse, et ce premier dépôt formé, nous rentrons dans les mêmes conditions. Dès lors le rôle des agents qui développent l’image photographique, soit les acides gallique et pyrogallique, soit le protosulfate de fer, est facile a expliquer.

Les corps réducteurs, additionnés de nitrate d’argent, décomposent ce nitrate, mettent des molécules d’argent en liberté, et à mesure de leur élimination celles-ci vont se porter de préférence sur les parties impressionnées par la lumière, parce qu’elles y trouvent de l’argent réduit dont chaque molécule forme pour ainsi dire un centre d’attraction autour duquel les autres molécules réduites vont se grouper.

Nous pouvons ajouter que tous les corps susceptibles de réduire l’argent (de son nitrate) et peut-être d’autres métaux seraient aptes à développer l’image photographique (i).

Quand un premier dépôt est formé, la force attractive augmente en raison de la masse déposée, et les vigueurs montent naturellement beaucoup plus vite que les demiteintes à mesure que l’épreuve prend de l’intensité. Cette considération nous semble expliquer parfaitement pourquoi un réducteur énergique, comme le sulfate de protoxyde de fer qui ramène presque instantanément l’argent à l’état métallique, permet un temps de pose plus court, mais donne moins de vigueur qu’un réducteur lent, comme l’acide gallique. Dans le premier cas, tout l’argent mêlé au corps réducteur est réduit dans un temps

(i) M. Maxwell Lyte était certainement dans la direction de cette donnée quand il a fait apparaître des épreuves avec une dissolution de nitrate d’argent mélangé de glucose et de chaux.

Page 1