COLLODIONS SECS
§ 109. La sensibilité du procédé au colîodion, la finesse des images, la simplicité des manipulations, ont fait chercher dès le début à employer ce procédé aussi bien a l’état sec qu’à l’état humide. Nous devons dire cependant que les premières tentatives ne furent pas heureuses.
Pour conserver au colîodion toute sa sensibilité, il faut que l’iodure d’argent soit mélangé à une assez forte quantité d’azotate d’argent. Or il n’est pas possible de garder longtemps la couche sensible dans ces conditions. En effet, si l’azotate d’argent n’est additionné d’aucune autre substance, il ne tarde pas à perdre l’eau qui le tenait en solution, il se concentre sur la glace et forme alors avec l’iodure d’argent un sel double qui cristallise sur toute la surface. Si l’azotate d’argent est additionné de quelques
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autres substances organiques, sucre, gomme, miel, etc., il se fait, même à l’abri de la lumière, un commencement de réduction qui empêche le développement convenable de l’image. Aussi toutes les fois que l’on n’a pas éliminé complètement l’azotate d’argent, les préparations ne peuvent se conserver que pendant un temps assez court; et si l’azotate d’argent est enlevé en totalité par des lavages convenables, le temps de pose est généralement quin- . tuplé.
Un grand nombre de photographes (i) ont proposé, pour opérer à sec, le lavage pur et simple d’une glace préparée au collodion ordinaire et sensibilisée ; toutefois on obtient rarement ainsi de bonnes épreuves, elles sont le plus souvent faibles et d’une teinte grise générale, tandis que dans les autres procédés au papier ciré sec ou à l’albumine on peut avoir par ce moyen de fort beaux résultats. La cause peut s’expliquer par la nature même de la couche de collodion, qui est en quelque sorte spongieuse, épaisse tant qu’elle est humide; mais, une fois desséchée, elle se transforme en une mince pellicule imperméable. C’est en vain qu’on la remet ensuite dans l’eau, ce liquide détruit son adhérence à la glace, mais la pellicule ne reprend plus l’état spongieux qu’elle a perdu, les pores se sont resserrés en emprisonnant en quelque sorte les molécules d’iodure d’argent, et les réactifs, ne pouvant plus agir que d’une manière incomplète, ne donnent que des résultats incomplets. Mais si par un moyen quelconque on interpose un corps étranger qui, en maintenant la perméabilité de la pellicule de collodion, permette aux molécules d’iodure d’argent d’être accessibles aux réactifs, le développement pourra se faire d’une
(i) Chimie photographique , ire édition, p. 2,58.
COLLODION
manière régulière, et l’on obtiendra une épreuve sur collodion sec comme on l’obtient sur albumine ou sur papier.
Ajoutons que dans la plupart des procédés que nous allons indiquer, le plus grand obstacle au développement de l’épreuve est le peu d’adhérence du eollodion sur la glace et les soulèvements qui en sont la suite; comme ces soulèvements se produisent toujours parce que l’eau s’infiltre par les bords, on rend ces derniers plus adhérents en les collant sur la glace au moyen d’une bande légère d’un vernis, alcoolique et résineux, que l’on applique au pinceau.
§ 110. Certains collodions, surtout ceux qui ont été altérés par le temps, peuvent marcher a sec après un simple lavage et donner d’assez bons résultats; quelques personnes préfèrent leur emploi a tous les procédés : il est d’une grande simplicité. On se sert, au lieu du bain d’azotate d’argent ordinaire, d’un bain dans lequel on a ajouté soit quelques gouttes d’acide azotique, soit i o centimètres cubes d’acide acétique pour ioo centimètres cubes de bain d’azotate d’argent. Au sortir de ce liquide, la glace est lavée avec le plus grand soin et à plusieurs reprises avec de l’eau distillée , puis on la met sécher sur umangle dans une complète obscurité. Le développement peut se faire à la manière ordinaire, mais de préférence avec l’acide pyrogallique; il faut avoir soin toutefois, avant de commencer le développement, de mouiller complètement la surface collodionnée avec de l’eau distillée, afin que le révélateur versé ensuite sur la glace la recouvre d’un coup d’une manière uniforme.
Selon M. Krone, si ce procédé ne marche pas toujours d’une manière constante, cela tient a ce qu’il est difficile d’enlever complètement les dernières traces d’azotate
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d’argent; aussi cet expérimentateur a-t-ii proposé, lorsque l’azotate d’argent a été enlevé par un premier lavage, de plonger la glace dans une cuvette d’eau contenant 2 pour ioo de chlorure de sodium, et de terminer par un lavage à l’eau distillée. Par ce moyen, tout l’argent restant se trouve transformé en chlorure insoluble, la glace séchée ensuite peut conserver assez longtemps une grande sensibilité; le développement se fait comme nous l’avons dit ci-dessus. M. Krone attribue les résultats meilleurs qu’il obtient ainsi à l’absence complète de P azotate d’argent libre. Sans vouloir nier en aucune façon cette influence, nous pensons que le chlorure d’argent, soit. par sa propre sensibilité, soit en s’interposant entre les fibres du collodion, peut contribuer aussi pour beaucoup au succès de l’opération.
§111. Les procédés ci-dessus ne réussissant pas toujours parfaitement selon les désirs des opérateurs, on a cherché dans l’addition de matières étrangères les moyens d’opérer au collodion sec; tantôt ces substances sont ajoutées dans le collodion même, tantôt elles sont versées sur la couche sensible après la sensibilisation et le lavage.
Les matières ajoutées dans le collodion même pour lui donner la propriété de réussir a sec sont le plus souvent des résines. Nous pensons pouvoir dire d’une manière générale que les matières à employer dans ce but seront toujours celles qui, solubles dans l’alcool et l’éther, sont insolubles dans l’eau. Elles viennent jouer ici le même rôle que nous avons attribué en partie au chlorure d’argent dans le procédé de M. Krone; ce sont des corps étrangers qui modifient la structure de la pellicule de collodion, la divisent en quelque sorte, et permettent
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aux réactifs d’agir sur les molécules d’iodure d’argent. On se trouve en effet dans les conditions voulues pour obtenir ce que nous avons appelé un vernis mat et farineux ; or, nous savons par expérience qu'un semblable vernis est perméable aux liquides, et (p. 196) qu’il est altérable par le nitrate d’argent qui le pénètre.
Voici quelques-unes des formules de collodion résineux qui ont été publiées.
Formule de MM. Robiquet et Duboscq pour la préparation du vernis à l’ambre :
L’ambre est épuisé par macération dans un appareil à déplacement et la liqueur filtrée au papier.
Dans 3oo grammes d’un bon collodion ordinaire on ajoute centimètres cubes de ce vernis à l’ambre, et après trois a quatre jours de repos le collodion est bon à servir.
Formule de M. Jeanrenaud :
Ambre pulvérisé à saturation dans l’éther; ajouter 4 pour 100 de cette solution dans un bon collodion.
Bain d’argent à 7 pour 100 auquel on ajoute 2 pour 100 d’acide acétique crisialiisable.
Quelques opérateurs, au lieu du vernis à l’ambre, ont ajouté de la colophane. Nous avons employé également avec succès le vernis au benjoin dont 011 se sert pour vernir les clichés (§107) à la dose d’environ 2 centimètres cubes pour 100 centimètres cubes de collodion. Tous ces procédés peuvent également bien réussir. Seu-
Ambre jaune porphyrisé
Chloroforme
Éther sulfurique .......
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lement avec tous il faut prendre les précautions suivantes :
Le collodion doit être adhérent à la glace; après l’avoir étendu, on doit attendre 5o à 60 secondes avant de le plonger dans le bain d’azotate d’argent. Le bain est toujours fortement acidulé, soit par 10 centimètres cubes d’acide acétique cristallisable, soit par i centimètre cube d’acide azotique ordinaire pour ioo centimètres cubes de bain. Après la sensibilisation, il faut un lavage très-soigné et séchage dans une obscurité complète. Le temps de pose est environ trois à quatre fois plus long que celui du collodion humide. Pour développer, on doit commencer par mouiller la glace avec de l’eau distillée, puis verser le liquide réducteur additionné d’azotate d’argent; le fixage se fait comme pour le collodion humide. Dans tous les cas il faut procéder avec beaucoup de précaution, pour ne pas détacher la couche de collodion, ou avoir le soin de vernir les bords.
§ 112. Comme nous l’avons dit plus haut, les substances que l’on peut ajouter sur la couche de collodion après le bain d’azotate d’argent et le lavage, pour lui conserver sa sensibilité, sont excessivement nombreuses : toutes les matières gommeuses, mucilagineuses, gélatineuses, sirupeuses, albuminoïdes, ont été ou peuvent être essayées avec succès. Aussi renoncerons-nous a donner tous les procédés publiés : nous indiquerons seulement ceux qui ont été communiqués par les meilleurs photographes et qui entre des mains habiles ont donné de fort beaux résultats. Nous réserverons un article spécial pour le procédé au tannin et pour le collodion albuminé (procédé Taupenot), que nous considérons comme les meilleurs procédés de collodion sec.
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Procédés de M. Maxwell Lvte.
§113. Emploi delà gomme et du miel. — Prenez :
Eau 3oogr
Gomme arabique... . 5o
ÜJlél 5
Alcool 5o
La glace étant sensibilisée, égouttée à la manière ordinaire, on la place de niveau et l’on met dessus autant d’eau distillée qu’elle en peut tenir. On fait écouler l’eau dans un verre, on la reverse sur la glace deux ou trois fois de suite, puis on la dresse sur l’angle que l’on fait porter sur un morceau de papier buvard en plusieurs doubles. On laisse égoutter l’eau et l’on verse la solution de domine et de miel, la faisant couler à plusieurs reprises comme on a fait pour l’eau; on remet la glace sur un angle et on fait sécher. Le temps de pose est a peu près le double de celui du collodion ordinaire. On développe en ayant soin de laver préalablement la glace.
§ 1 14. Emploi de la mètagélatine ( gélatine modifiée par les acides). — On prépare la gélatine modifiée en faisant bouillir dans l\oo grammes d’eau 6o grammes de gélatine pure et blanche. Quand la solution est faite, on y ajoute ioo grammes d’eau additionnée de io grammes d’acide sulfurique ou mieux io grammes d’acide oxalique; on fait bouillir cinq minutes et on laisse refroidir; on fait bouillir de nouveau cinq minutes et on laisse refroidir; on continue ainsi jusqu’à ce que le liquide ne se prenne plus en gelée. Quand on emploie l’acide oxalique, on fait bouillir une heure. On neutralise l’acide en ajoutant peu à peu de la craie en poudre jusqu’à ce qu’il ne se fasse plus d’effervescence, on ajoute une goulte de créosote et on filtre sur une toile fine le liquide encore
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chaud. Avec cette métàgélatine on prépare le sirop suivant :
Métagéîaline liquide. . . i5ogr
Eau i5o
Miel choisi 3,5
La glace sensibilisée dans l’azotate d’argent est d’abord égouttée, puis on verse par le bord supérieur une couche du sirop ci-dessus, que l’on fait courir sur toute la glace et que l’on rejette par le bord inférieur. Ce sirop entraîne la majeure partie de l’azotate d’argent, il faut le laisser perdre. On le remplace de la même manière par une seconde couche, puis une troisième, jusqu’à ce que le liquide s’étende d’une manière bien uniforme. Après dessiccation dans l’obscurité, on expose le double de temps environ du collodion humide, on lave la glace à l’eau pendant une minute environ, on développe ensuite l’image et on fixe comme à l’ordinaire.
§ 115. Emploi de la graine de Un. — La graine de lin et plusieurs autres graines végétales, telles que le pépin de coing, le psyllium, mises à macérer dans l’eau, donnent une sorte de mucilage qui varie suivant les graines. On emploie généralement le mucilage de la graine de lin indiqué il y a déjà plusieurs années par M. Humbert
de Molard.
Mélangez :
Eau distillée 2oogr
Acide acétique 3o
Graine de lin 20
Faites macérer douze heures dans un vase en verre et filtrez à travers un linge fin. Ce mucilage doit être incolore, légèrement visqueux; il peut servir pendant huit jours environ sans décomposition. La glace, étant prépa-
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rée, sensibilisée comme à l’ordinaire, peut être immédiatement recouverte avec cette préparation sans lavage préalable. On verse et reverse plusieurs fois le liquide jusqu’à ce qu’il coule en nappe bien unie, on pose la glace sur un angle et on laisse sécher : dans ces conditions la sensibilité se maintient environ vingt-quatre heures; mais si on a le soin de laver la glace convenablement au sortir du bain d’argent (que l’on emploie dans ce cas additionné de io pour 100 d’acide acétique cristallisable), et de verser ensuite le mucilage de graine de lin, la sensibilité est moins grande, il est vrai, mais elle pourra être conservée pendant une huitaine de jours. Le développement et le lixage se font comme pour les procédés ordinaires.
On peut remplacer la préparation de graine de lin par une décoction de malt ou orge germée préparée pour la fabrication de la bière, ou plus simplement encore par la bière, comme nous l’avons indiqué plus haut (p. 201).
L’albumine a été également indiquée comme substance éminemment propre à conserver la sensibilité du coîlodion; mais comme les diverses formules proposées sont des modifications du procédé Taupenot, nous les rangerons à la suite de ce procédé.