‹ Chimie photographiqueChapitre 32 sur 109 · COLLODION ALBUMINÉ. PROCÉDÉ TAUPENOT · texte numérisé non relu

COLLODION ALBUMINÉ. PROCÉDÉ TAUPENOT

§ 120. Le procédé Taupenot, publié pour la première fois dans le Bulletin de la Société française de Photographie, rappelle le nom de son ingénieux inventeur, mort en i856, avant de voir les progrès que la photographie doit à son initiative. Ce procédé est, selon nous, celui qui réalise le mieux les conditions que l’on recherche dans le collodion sec; par une alliance heureuse de l’al-bumine et du collodion, on obtient en effet une préparation qui participe des propriétés photographiques de ces deux corps.

Nous n’avons changé que très-peu les indications

COLLODION

données par l’auteur; toutes les modifications proposées par divers opérateurs peuvent simplifier peut-être les manipulations, mais le plus souvent elles donnent des résultats qui nous ont paru moins certains et moins bons que ceux du procédé original. On reproche à ce procédé le temps considérable que demandent les préparations premières; elles sont, il est vrai, moins simples que les précédentes, mais on oublie trop souvent que ces préparations peuvent être faites, si on le veut, plusieurs mois à l’avance, et que l’on peut ainsi mettre à profit les plus mauvaises journées de l’année. L’expérience que nous avons du procédé nous a fait apporter quelques variantes aux formules que nous avons données jusqu’à ce jour.

§ 121. Nettoyage de la glace . — Pour le procédé Taupenot, de même que pour l’albumine, le nettoyage de la glace est le point le plus important duquel dépend le plus souvent le succès ou l’insuccès; les soulèvements, les cloches, dont le nombre va toujours en augmentant à mesure que les préparations se succèdent et qui font le désespoir de ceux qui essayent ce procédé, ont rarement d’autres causes qu’un mauvais nettoyage.

On commence par passer sur la glace un tampon de coton imbibé d’une forte solution de potasse caustique ( i5 grammes de potasse caustique pour ^5 centimètres cubes d’eau environ); on doit maintenir ce tampon avec une pince en fer, car cette solution serait assez forte pour altérer la peau : ce premier nettoyage alcalin a pour but d’enlever toutes les matières grasses. La glace, posée ensuite sur le cadre à vis [ftg. 2 5) , est nettoyée avec le plus grand soin d’après la marche indiquée au § 94.

La première face étant propre, on répète l’opération

pour l’autre face que l’on se propose de sensibiliser; puis on passe la paume de la main sur les quatre bords rodés de la glace, pour en faire tomber toutes les poussières; en dernier lieu on essuie légèrement les deux surfaces avec un mouchoir de soie, et on met la glace dans une boîte à rainures, ou mieux encore on la dresse sur un angle en l’appuyant contre le mur. Cette opération doit se faire peu de temps avant de collodionner la glace; aussi on ne doit guère en nettoyer plus d’une douzaine à l’avance.

Au moment d’étendre le collodion on passe seulement un blaireau (brosse de doreur) sur les surfaces pour enlever toute la poussière qui aurait pu s’y déposer. La glace est ainsi bien nette, et on évite un frottement répété qui pourrait y développer de l’électricité et par conséquent y attirer les poussières.

§ 122. Application du collodion. — Le collodion doit être plus fluide que pour les procédés ordinaires, adhérent, sans stries ni réseau. Il faut, autant que possible, une couche d’une parfaite régularité, les plus légères inégalités donnant des différences d’intensité dans l’épreuve.

Bien que l’iodure d’ammonium ait été indiqué jusqu’à présent pour iodurer le collodion, il faut ne l’employer qu’à petites doses et mélangé avec les autres iodures; en effet, il donne de la fluidité au collodion, mais souvent aussi, au moment de l’immersion dans le bain d’azotate d’argent, il se produit des jaspures rayonnées qui altèrent la pureté de la couche et doivent être attribuées à un excès d’iodure d’ammonium.

Un mélange d’iodure et bromure alcalin dans les proportions de j de bromure pour f d’iodure est préférable à l’emploi des iodures seuls.

COLLODION

Il faut que, par la sensibilisation, la couche iodurée soit légèrement opaline et non porcelanée, c’est-à-dire qu’elle renferme peu d’iodure et bromure d’argent. En effet, les couches épaisses, excellentes pour rendre les premiers plans avec vigueur, ne permettent pas d’obtenir ces lointains dégradés qui font le charme des paysages. De plus, avec les couches épaisses il est beaucoup plus difficile de conserver la sensibilité qu’avec les couches minces.

Lorsqu’on prépare un collodion spécial , nous conseil-

lons la formule suivante :

gr

Éther 600

Alcool à 4o° 4°o

Coton-poudre, suivant la solubilité. 768

lodure de potassium 2

» d’ammonium 2

» de cadmium 4

Bromure de cadmium 2,5o

• Ajoutez une paillette d’iode, laissez reposer vingt-quatre heures et filtrez avec du papier.

Tout bon collodion, selon une autre formule, peut également être employé en ayant le soin d’y ajouter le tiers environ de son volume d’un mélange d’éther (a parties) et d’alcool (1 partie). Mais il ne faut pas, comme l’ont conseillé quelques auteurs, garder pour ce procédé les collodions de rebut, on obtiendrait de moins bons résultats.

Lorsque le collodion est étendu sur la glace, 011 reverse l’excédant dans un large entonnoir de verre dont la douille, munie intérieurement d’un tampon de coton, est entrée dans le col d’un second flacon. Si on le reversait dans le môme , les couches suivantes seraient moutonneuses à cause de la densité inégale des liquides.

Lorsque le premier flacon est vide, on trouve dans le second un liquide filtré prêt à servir. Si la volatilisation a rendu le collodion trop épais, on ajoute un peu d’éther, on agite et on filtre de nouveau.

La glace collodionnée est placée immédiatement, d’après la marche indiquée à la page 174, dans le bain d’argent suivant :

Azotate d’argent cristallisé ou fondu.. 7 à 8sr Eau distillée...... ioo

On laisse la glace pendant cinq minutes dans ce bain, et, après l’avoir égouttée, on la met dans une cuvette pleine d’eau filtrée avec soin; on l’agite dans cette eau, on la passe de la même manière dans une seconde cuvette, on la rince, si l’on peut, sous le robinet d’une fontaine filtrante, on y verse a deux ou trois reprises de l’eau distillée, et, plaçant l’angle sur plusieurs doubles de buvard, on la met égoutter pendant une minute au plus; la reprenant ensuite comme pour verser le collodion, on la recouvre d’une couche d’albumine préparée selon l’une des formules indiquées ci-après. Cette opération et la suivante peuvent être faites sans inconvénient à une grande lumière artificielle (lampe ou bougie), ou à un faible jour ordinaire.

§ 123. Préparation de F albumine. — Dans un vase gradué mettez un certain nombre de blancs d’œufs, suivant la quantité d’albumine que vous voulez préparer (comptez par œuf environ 3o centimètres cubes de blanc, soit 8 œufs moyens pour avoir 240 centimètres cubes d’albumine), versez-les dans un plat creux, séparez avec soin les germes que vous rejetez, et pour :

24occ

Albumine

COLLODION

ajoutez :

Eau distillée 5occ

Iodurë d’ammonium 2gr,5o

Bromure d’ammonium (i) osr,y5

Ammoniaque liquide pure 2occ

Sucre candi blanc 6gr

M. de Brebisson a remplacé le sucre par la dextrine : il en fait dissoudre à chaud 3o grammes dans les 5o centimètres cubes d’eau, y ajoute les iodures et bromures solubles et (après refroidissement) l’ammoniaque; puis il verse le tout dans l’albumine. Les glaces préparées à la dextrine se conservent moins longtemps après la sensibilisation que celles préparées soit au sucre, soit à l’acide acétique. La dextrine a en outre l’inconvénient de noircir très-fortement le bain d’acétonitrate d’argent qui ne peut plus être décoloré par le kaolin et s’altère plus vite qu’avec la précédente composition.

L’addition du sucre ou de la dextrine a pour but de donner plus de souplesse a la couche d’albumine.

M. Jeanrenaud se sert de la formule suivante :

Albumine. 3oocc

Eau 5

lodure de potassium 3

à laquelle il ajoute un mélange de :

Acide acétique cristailisable 7cc,5g

Ammoniaque pure . . . 5

Quel que soit le procédé employé, on bat le tout en neige, avec une fourchette de bois ou d’argent, jusqu’à ce

(i) On peut se servir également bien de l’iodure et du bromure de potassium; il faut avoir soin de mettre dans le flacon qui renferme l’iodure de potassium solide quelques cristaux d’iode qui ne tardent pas à donner à 1 iodure de potassium une forte coloration jaune-orangé. On évite ainsi, dit-on, une infinité de petites taches qui se forment sur les épreuves.

que la mousse soit assez épaisse pour que la fourchette la coupe, pour ainsi dire, en morceaux résistants. On laisse reposer vingt-quatre heures, on décante doucement les |de la partie redevenue liquide dans un flacon bien propre, et on la conserve pour s’en servirai! moment. L’albumine dans ces conditions peut se garder très-longtemps ; il faut seulement avoir soin que celle préparée suivant les deux premières formules sente toujours l’ammoniaque f rj.

§ 124. Application de ï albumine. — Pour verser l’albumine sur la glace, on prend celle-ci par l’angle opposé à celui que l’on tenait lorsqu’on a étendu le collodion; on verse sur l’angle droit supérieur l’albumine préparée, on la fait couler vers l’angle gauche; puis, relevant doucement la glace, on fait arriver le liquide, en neppe uni-

(i) On se sert souvent de l’albumine fermentée; quelques personnes préfèrent cette préparation, que l’on obtient de la manière suivante :

Dans une terrine de terre vernie parfaitement propre , mettez tout de suite une assez forte proportion de blancs d’œufs, 10 ou 40 par exemple, qui donneront 5oo ou 1000 centimètres cubes d’albumine; ajoutez pour

ioo centimètres cubes :

Miel blanc iogr

Iodure de potassium i

Bromure de potassium. .. . o,3o

Levûre de bière 2 à 3

Battez le tout pour bien mélanger, et, sans couvrir le vase que l’on met seulement à l’abri de la poussière, abandonnez le mélange pendant quelques jours à une température de 18 à degrés. Il s’établit bientôt une fermentation qui détruit les cellules et décompose le miel, en donnant une mousse abondante. Le produit prend une odeur de bière caractéristique; au bout de quelque temps la mousse tombe, l’opération est terminée. On filtre cette albumine, qui passe limpide comme de l’eau, et est prête à servir. On peut, la fermentation terminée, ajouter au liquide ainsi obtenu une petite quantité d’ammoniaque caustique pure; la filtration se fait alors mieux et l’albumine se conserve sans s’altérer, même dans les flacons entamés. On partage cette albumine dans une série de petits flacons bien bouchés, pour s’en servir au besoin.

COLLODION

forme autant que possible, vers les angles du bas; on laisse écouler quelques gouttes, qui entraînent avec elles l’excès d’eau; on incline la glace dans le sens inverse, de manière que l’albumine retourne en couche vers les angles supérieurs; on la fait revenir une dernière fois vers la main; on reçoit dans un nouveau flacon l’excédant du liquide, qui peut encore servir, mais seulement après filtration. L’albumine étant égouttée, on pose la glace sur des doubles de buvard, en la faisant porter sur l’angle par lequel l’albumine s’est écoulée, et on laisse sécher complètement.

Nous recommandons de faire sécher les glaces dans une pièce qui ne soit pas humide, comme le serait un rezde-chaussée par exemple : dans ces conditions nous n’avons jamais pu obtenir une couche qui ne se soulevât pas, tandis que des glaces préparées de la même manière, abandonnées dans une pièce parfaitement sèche, ne présentaient pas le moindre soulèvement.

En cet état les glaces ne sont pas sensibles, en ce sens qu’elles ne craignent pas la lumière; au contraire il faut les exposer au jour quelques instants pour que l’iodure de potassium ou d’ammonium contenu dans l’albumine anéantisse la sensibilité que le bain d’argent avait donnée au collodion ( r).

(i) Si les glaces ne subissaient pas cette exposition à la lumière, elles deviendraient plus tard toutes noires, sous l’influence des agents révélateurs. En effet, lorsqu’on a sensibilisé la couche de collodion une première fois en présence d’un jour faible, ou lorsqu’on y a versé une albumine ammoniacale, elle est devenue apte à noircir sous les réactifs, et l’iodure de potassium ou d’ammonium contenu dans l’albumine ne détruit cette aptitude qu’à la condition de recevoir l’impression lumineuse : rien de plus simple que ce phénomène d’après la théorie que nous avons exposée page io3. Au début la lumière opère sur l’iodure d’argent une réduction qui se maintient même sous l’iodure de potassium, et par conséquent ferait noircir toute la glace au développement, si une nouvelle intervention de /je e</. i5

§ 125. Sensihilisalion. — Pour sensibiliser la glace, on la plonge d’un coup dans le bain d’acétonitrate sui-

vant :

Eau distillée . . ioocc

Nitrate d’argent 8sr

Acide acétique 8 (i)

Il est nécessaire que la couche albuminée reçoive Pimpression de ce bain sans le moindre temps d’arrêt, car chaque arrêt serait marqué par un fil traversant toute la glace. Les cuvettes à recouvrement nous paraissent les plus commodes pour cette opération. Avec un peu d’habitude, on parvient tout aussi bien avec la cuvette inclinée [fi g- 28), en abaissant la glace avec le crochet d’argent. La glace, relevée au bout d’une demi-minute, est lavée d’abord dans deux cuvettes d’eau filtrée, puis égouttée, et l’on fait couler à la surface, avec la fiole à laver [fi g* 29 et 3o), à deux reprises, de l’eau distillée. L’eau distillée est d’un bon emploi; toutefois nous avons cru remarquer qu’une eau très-légërement chlorurée à ^5 centigrammes de chlorure de sodium pour iooo, employée comme dernier lavage , donnait des couches qui se conservaient peut-être mieux qu’avec l’eau simple. La conservation parfaite des glaces dépend de causes qui ne sont pas encore bien connues : elle est variable suivant l’épaisseur des couches, la qualité des eaux qui ont servi au

la lumière, en décomposant l’iodure alcalin, 11e mettait en liberté une petite quantité d’iode qui ramène la première réduction à l’état d’iodure insensible. Les glaces trop longtemps maintenues au jour brunissent légèrement par suite de cette décomposition de l’iodure alcalin; mais leur immersion dans le bain d’acétonitrate d’argent leur rend toute leur pureté.

( i ) On peut se servir de ce bain pour nitrater la couche de collodion (p. 222); on obtient à très-peu près les mêmes résultats qu’avec le bain sans acide acétique.

COLLODION. 227

lavage; aussi quelquefois les glaces sensibilisées peuvent s’altérer après quarante-huit heures, comme elles peuvent se conserver plusieurs semaines. 11 sera toujours plus prudent de sensibiliser la veille pour le lendemain ou le surlendemain.

La glace est ensuite dressée sur un angle et abandonnée à sécher dans l’obscurité la plus complète , car elle est alors très-sensible. Bien préparée selon cette méthode, cette glace est d’une sensibilité plus grande que par l’emploi de l’albumine ordinaire, mais cinq a six fois moindre que par celui du coîlodion humide. Avec l’objectif double on peut prendre en quelques secondes des vues bien éclairées; avec l’objectif simple, l’exposition doit être prolongée suivant les diaphragmes, la lumière, etc., etc. La sensibilité diminue un peu lorsque les glaces sont préparées depuis quelque temps.

126. Développement de limage . — L’épreuve est ensuite développée au moyen de la solution suivante, soit immédiatement, soit le soir ou plusieurs jours après

l’exposition :

Eau iooocc

Acide gallique 3

Acide pyrogallique. 1

Alcool 20

Acide acétique. ... 5

Pour le voyage nous avons modifié cette formule; le procédé devient très-commode, en substituant l’acide citrique à l’acide acétique. On prend :

Acide gallique i5sr

Acide pyrogallique. 5

Acide citrique 5

On broie le tout dans un mortier de manière à en faire un

mélange intime que l’on renferme dans un petit flacon. On a ainsi tout préparé sous un faible volume un mélange dont on dissout i gramme environ dans un grand verre d’eau, et la solution filtrée est toute prête pour développer l’épreuve.

Le meilleur moyen pour le développement consiste à prendre une cuvette de verre encadrée de bois, la retourner pour se servir du dessous au.lieu du dessus, la relever un peu d’un côté de manière que le fond devienne un plan légèrement incliné (fig. 3q) ; on y

verse la solution gallique , et avec le crochet d’argent on abaisse la glace sur cette solution, le côté impressionné en dessous. On doit éviter les temps d’arrêt et les bulles d’air, qui donneraient dest aches. Pour parer à ces accidents,, il faut toujours passer de ’eau distillée sur la glace et la renverser humide; le liquide monte ainsi d’un bout à l’autre avec une grande régularité. On relève aussitôt la glace, et pour une dimension de 21 x 27, on ajoute dans la cuvette, en ayant le soin d’agiter, 2 à 4 centimètres cubes d’une solution d’argent à 2 grammes d’azotate d’argent pour 100 d’eau, on abaisse de nouveau l’épreuve, et, après l’avoir remontée plusieurs fois pour

COLLODION

bien faire le mélange, on la laisse sur son crochet,, afin qu’elle ne touche pas le fond de la cuvette; on la soulève de temps en temps et on la surveille.

La formule donnée plus haut est loin d’être absolue; elle peut être, au contraire, largement modifiée. Une proportion plus considérable d’acide pyrogallique et d’azotate d’argent donnera des noirs plus intenses. Pour les sujets heurtés il faut au contraire étendre beaucoup les solutions et diminuer la dose d’azotate d’argent; c’est à l’opérateur à faire varier ses réactifs selon les effets qu’il veut obtenir. Nous avons donné ici des dosages moyens.

Observations . — S’il se forme un dépôt, il tombe au fond et ne peut pas venir couvrir l’épreuve. — Si le liquide devient trop noir, trop boueux, on le renouvelle, en ayant le soin auparavant de bien laver, bien essuyer la cuvette et de rincer la glace à l’eau pure. — S’il se produit à la surface de l’épreuve un dépôt d’argent faisant tache, ce qui provient soit de ce que la glace a été touchée, soit de ce que la dessiccation a été mal faite ou de ce que le lavage a été opéré avec une eau très-impure, il faut, aussitôt qu’on l’aperçoit, retourner la glace, la mettre horizontale, la couvrir soit d’eau distillée, soit de la solution gallique, et, avec un léger tampon de coton dont le liquide adoucit le frottement, chercher à enlever ce dépôt. On sauve ainsi très-souvent des épreuves, qui sortent ensuite très-belles, et auraient été perdues sans ce petit tour de main. — Le temps nécessaire au développement peut varier dans des proportions considérables, de dix minutes à deux, trois et quatre heures; si, par des circonstances accidentelles, il faut interrompre le développement d’une image, on lave la glace à l’eau distillée, on la dresse sur l’angle, on la laisse dans une obscurité

2i3o DEUXIÈME PARTIE.

complète, et avec une solution fraîche on reprend de nouveau le développement aussitôt qu’il est possible, deux ou trois jours après si l’on ne peut faire autrement. — Il arrive très-souvent que la glace ainsi lavée continue de se développer pendant la dessiccation; l’image apparaît dans toutes ses parties, mais très-légère; on n’a plus qu’à la faire monter avec une nouvelle solution. Nous avons même employé quelquefois ce moyen pour obtenir un développement très-doux de sujets heurtés.

Ce procédé, on le voit, rachète par de grandes qualités ce que la préparation des glaces peut présenter d’ennui. Lorsqu’on se sert de verres au lieu de glaces, il arrive souvent que, le verre n’étant pas parfaitement plan, on a, par le fait même de la courbure, des couches inégales de liquide révélateur, ce qui amène dans le développement de l’image des inégalités de teintes très-fâcheuses; on doit, dans ce cas, ou donner plus de profondeur à la couche de liquide, ou immerger la glace complètement dans le bain, en mettant la surface sensible en dessus; il faut alors agiter continuellement le liquide dans la cuvette pour empêcher la formation de marbrures qui perdraient l’épreuve.

§ 127. Fixage . — Lorsque l’image est arrivée au point que l’on désire, on la lave avec soin et on l’examine avant de la fixer. Si elle est bien vigoureuse, on la fixe dans une solution d’hyposulfîte de soude à io pour ioo jusqu’à ce que tout l’iodure d’argent soit dissous. Si l’on craint qu’elle ne perde trop sous l’influence de i’hyposulfite de soude concentré , on peut ne la laisser que quelques minutes dans l’hyposulfite à 3 pour ioo.

On peut encore ne pas fixer du tout, mais il faut alors un lavage très-soigné pour que l’épreuve ne s’altère plus

COLLODION

sensiblement : néanmoins il est encore préférable de passer dessus une solution de bromure de potassium à 2,5 pour 100, et de laver ensuite.

Le fixage peut ne pas être fait immédiatement : en voyage nous n’emportons jamais d’hyposulfite de soude dans nos caisses; après le lavage, la glace est enfermée et fixée seulement au retour; mais avant de la mettre dans le bain de fixage, on la lave de nouveau avec soin et on la plonge humide dans le liquide fixateur: si on voulait fixer la glace sèche dans l’hyposulfite de soude, même concentré, le fixage serait beaucoup plus long et souvent se ferait avec des taches.

Le sulfocyanure d’ammonium ou de potassium à 60 pour 100 d’eau peut remplacer l’hyposulfite de soude, mais on doit bien se garder d’employer une solution de cyanure de potassium même très-étendue, ce sel, trèsalcalin, ayant la propriété de détacher la couche d’albumine qui entraîne le reste de l’épreuve.

§ 128. Vernis. — L’image ainsi obtenue sur verre est très-solide et le plus souvent elle 11’a pas besoin d’être vernie; mais dans les cas où elle est sortie avec difficulté, où la majeure partie de l’argent réduit s’est déposée à la surface de l’épreuve, le négatif ne pourrait pas résister au tirage de nombreux positifs, parce qu’il serait altéré par le moindre frottement : aussi vaut-il toujours mieux le vernir. Une couche d’albumine non iodurée et séchée forme un excellent vernis. Mais nous préférons encore le vernis a la gomme laque (§ 103).

§ 129. Manière de conserver les glaces. — La manière de conserver les glaces préparées est très-simple; quelques personnes les gardent dans les boites à rainures, mais le moyen suivant est préférable : on prend un ruban de

D i: U X ! EM E PA IIT I E .

soie large de a centimètres environ ; on colle sur chaque côté une bande de carton mince dont la largeur est le tiers du ruban, de sorte que le milieu du ruban n’est pas couvert; on met de ces rubans à cheval sur chacun des grands côtés de la glace, et on place ensuite les glaces les unes sur les autres, les deux côtés sensibilisés se regardant; on les assortit en paquets de six a douze glaces; sur les deux côtés du paquet on met un papier noir, puis une planchette de bois; on assemble le tout avec un ruban, on enveloppe dans une feuille de papier, puis dans une toile noire, et on les place au sec pour s’en servir au besoin. Ce procédé est également le meilleur pour emporter les glaces en voyage : lorsque celles-ci sont un peu grandes, si on les laisse dans des boîtes a rainures, elles sont infailliblement brisées par les chocs qu’elles subissent dans les voitures ou les wagons.

Page 1