ÉPREUVES POSITIVES DIRECTES SUR COLLODION
§ 140. Si l’exposition à la chambre noire est courte et que la préparation ne soit pas d’une sensibilité telle, qu’elle ne puisse supporter la plus légère lumière diffuse, l’impression lumineuse n’est pour ainsi dire que locale, et lorsqu’on développe l’image, l’argent se dépose principalement surl.es parties qui correspondent aux lumières, beaucoup moins sur les demi-teintes et nullement sur les ombres. Si, avec un dissolvant, on enlève la couche jaunâtre d’iodure d’argent, le collodion reprend toute sa transparence dans les noirs; les clairs et les demi-teintes sont accusés par l’argent réduit, et la glace placée sur un fond noir présente par réflexion l’aspect d’un positif ayant toutes les finesses d’une bonne épreuve sur plaque sans en avoir le miroitage, tandis que par transparence l’image est à peine visible.
On voit que la première condition dans ce procédé, pour obtenir des noirs bien transparents, est de ne pas avoir de voile général sur l’épreuve, comme cela a souvent lieu dans les négatifs ordinaires, il faut des glaces d’une propreté absolue, la plus légère tache invisible par transparence devenant très-visible par réflexion; il faut enfin un temps de pose rigoureusement exact, assez long pour que tous les détails puissent sortir, assez court pour qu’ils ne soient pas noyés dans les blancs.
Les procédés de préparation du coîiodion (sensibilisation, développement et fixage) sont les mêmes que pour le eollodion ordinaire; seulement les dosages sont un peu différents.
Si l’on veut obtenir des épreuves positives destinées à rester sur le verre, on doit se servir d’un eollodion trèsfluide, très-transparent; il suffit d’augmenter la dose d’éther* Si l’on doit au contraire transporter ces épreuves sur fond noir, sur toile cirée par exemple, comme il faut pour ce transport un coîiodion plus corsé, on augmente un peu la dose du coton-poudre et de l’alcool.
Mi Adolphe Martin, dès les premiers temps de la découverte du eollodion, a publié une brochure sur les épreuves positives directes, dans laquelle il a donné les formules suivantes :
Éther. .......... 3ooCf:
Alcool. . 12A
Coton • • • 3gr
Ajoutez à cette solution la suivante :
Alcool ........... '. . , . . ... 1 75cc
lodure d’ammonium ou de potassium. 7§r
Azotate d’argent 0,7
Le précipité qui se forme au premier moment se dissout par l’agitation.
On sensibilise dans un bain d’azotate d’argent a 5 pour 100 d’eau, acidulé para ou 3 grammes d’acide nitrique.
On développe par une solution de sulfate de fer à saturation additionnée de quelques gouttes d’acide sulfurique, et on fixe après lavage par une solution de cyanure double d’argent et de potassium formée de
Eau 100
Cyanure de potassium 2,5
Azotate d’argent 0,4
COLLO DION 4
Autres formules pour épreuves positives, directes
t 0 Éther 67e0 , o
Coton-poudre. ogr,5
Alcool 33cc,o
lodure de potassium ogr,5
20 Même composition en remplaçant l’iodure de potassium par l’iodure d’ammonium sec ogr,4- (Ce collodion se voile plus facilement.)
Les formules que nous avons données pour le collodion humide ordinaire sont également bonnes pour obtenir des épreuves directes, surtout si l’on ajoute à ce collodion quelques parcelles d’iode.
Bain cV argent.
Nitrate d’argent cristallisé. . 5sr
Eau. . 1 oocc
Acide nitrique. ........... 2 à 3
L’exposition est beaucoup plus courte que pour les épreuves négatives, la venue est très-souvent instantanée.
L’image peut être développée par l’acide pyrogallique, mais le plus souvent 011 se sert du sulfate de protoxyde de fer.
Dans le cas où l’on emploie l’acide pyrogallique,' on doit doubler la quantité d’eau des formules ordinaires pour avoir une solution moins énergique :
Acide pyrogallique. . . . .
Eau
Acide acétique.
Alcool
L’acide acétique parait préférable a l’acide citrique, qui donne des blancs moins brillants. L’addition de l’alcool a pour but de faire étendre le liquide uniformément sur la glace sans qu’il se forme de taches.
Le sulfate de protoxyde de fer fait paraître l’épreuve plus rapidement après un temps de pose plus court. On prend :
Solution saturée de sulfate de fer. . . . ioocc
Eau 600
Acide acétique.... -2ogr
Alcool 10
Nous ajoutons ordinairement a ce bain de fer, destiné à faire paraître les images positives directes, 2 à 3 centimètres cubes d’acide sulfurique ordinaire; on obtient ainsi des blancs d’argent métallisé excessivement brillants et d’un très-bel effet, au lieu du ton gris-jaunâtre que donnent le plus souvent les épreuves développées sans acide sulfurique (1).
On verse cette solution sur la glace, et on l’y maintient jusqu’à ce que l’image soit complètement développée.
On lave l’épreuve à grande eau, et on la fixe avec une solution de cyanure de potassium à 2. pour 100. On examine Limage par réflexion en la plaçant sur un fond noir; elle doit offrir tous les détails du modèle.
Si l’on fixait avec l’hyposulfite de soude, on pourrait avoir également de bons résultats, mais il faut avant ce fixage laver longtemps l’épreuve pour enlever l’acide provenant soit du bain de nitrate d’argent, soit du bain réducteur; sinon, par suite de la décomposition de l’hyposulfite de soude au contact de l’acide, l’argent qui forme les blancs de l’épreuve se sulfurerait et deviendrait noir ou plus ou moins gris..
(1) La théorie demande en effet cette, addition de l’acide sulfurique, sans cela il se dépose sur l’épreuve en même temps que l’argent réduit du sulfate de peroxyde de fer basique insoluble, qui donne à l’image un ton ocreux désagréable. La présence de l’acide sulfurique empêche la formation de ce sulfate basique, et permet à l’argent de se déposer dans un grand état de pureté et parfaitement brillant.
COLLODION
On peut faire blanchir les épreuves positives directes au moyen de bichlorure de mercure, d’après le procédé suivant : l’épreuve bien lavée est couverte d’une solution de bichlorure de mercure acidulée légèrement par l’acide chlorhydrique; l’image noircit d'abord, puis elle blanchit graduellement et prend un grand éclat, mais elle conserve un aspect général froid qui ne plaît qu’à peu de personnes. On recouvre l’épreuve d’un vernis incolore et l’envers est placé sur un fond noir. On peut ainsi employer un vernis noir au bitume de Judée, composé d’après la formule suivante :
On fait fondre ce mélange à une douce chaleur en remuant continuellement, on le passe à travers une étoffe de laine, et on l’étend ensuite avec un blaireau sur le côté collodionné de l’épreuve. Le vernis fait toujours perdre à l’épreuve une partie de son brillant métallique : il serait préférable de ne pas vernir.
§ 141. Transport de V épreuve positive sur toile cirée . — Nous avons vu qu’on pouvait transporter facilement sur papier soit un négatif, soit un positif indirect sur collodion; on peut de même transporter sur un fond noir les épreuves positives directes, et on prend ordinairement comme fond de la belle toile cirée. On commence par préparer un collodion plus riche en alcool et en coton que les collodions ordinaires, afin qu’il soit possible de le détacher facilement de la glace; l’épreuve étant encore humide, on nettoie la toile cirée, on la recouvre d’une couche dégommé, on l’applique lentement sur le collo-
Essence de térébenthine. . .
Bitume de Judée pulvérisé.
Cire blanche
Noir de bougie.
dion humide, on facilite l’adhérence par un frottement fait avec soin, et on détache la couche en la soulevant légèrement par un angle, et en s’aidant d’un filet d’eau. Si le collodion ne se détachait pas régulièrement, on faciliterait cette opération en l’immergeant quelques minutes dans un bain acidulé par l’acide sulfurique, avant d’appliquer la toile cirée. Les résultats obtenus sont d’une grande finesse, mais d’un effet artistique douteux.
§ 142; Épreuves positives directes transparentes. — Les procédés que nous venons d’énumérer donnent des épreuves positives que l’on voit par réflexion ; on peut aussi obtenir directement à la chambre noire des épreuves positives transparentes par l’un des procédés suivants :
Procédé de M. Poitevin. — Ce procédé consiste à sensibiliser une couche de collodion à la manière ordinaire, puis à l’exposer quelques secondes 'a la lumière du jour. Si on couvrait à ce moment la glace avec le révélateur, évidemment elle deviendrait toute noire; mais si, la rapportant dans le cabinet obscur, on la couvre d’une solution d’un iodure soluble (iodure de potassium à 3 pour 100 d’eau), qu’on la mette dans le châssis et l’expose à la chambrenoire, l’iodure de potassium n’agira sur la couche apte à noircir que la où les rayons lumineux viendront la toucher, et partout où ils auront agi la surface sensible ne noircira plus. 11 suffira donc, après un temps d’exposition convenable, de développer cette épreuve â l’acide pyrogallique ou au bain de fer, pour avoir par transparence la reproduction positive du modèle, c’est-à-dire où les blancs sont reproduits par les blancs, les noirs par les noirs.
Procédé de M. Bayard. — Le procédé de M. Bayard remonte aux premiers essais photographiques ; il est
ALBUMINE
même antérieur à la divulgation de la découverte de Daguerre; il a avec le précédent une analogie telle, que, bien que l’opération se fasse sur papier, nous, ne pouvons l’en séparer.
Après avoir fait noircir a la lumière une feuille de papier imprégnée: de chlorure et de nitrate d’argent, M. Bayard la trempait dans une solution d’iodure de potassium et il exposait cette feuille toute humide dans la chambre noire. Partout où frappaient les rayons lumineux, î’iodure de potassium se décomposait, l’iode mis en liberté transformait l’argent réduit noir en iodure d’argent blanc-jaunâtre, et l’épreuve venait donc directement positive à la chambre noire par un temps d’exposition suffisant.
Nous avons parlé plus haut (p. 1 85 ) des épreuves positives dites amphitypes que M. le Dr Sabatier obtient en intervertissant le développement. La glace sensible préparée, sensibilisée, exposée a la manière ordinaire, est développée très-légèrement, lavée, puis recouverte d’un nitrate d’argent alcalin ou d’une solution légèrement alcaline, ou encore exposée quelques secondes au jour. On reprend alors le développement, qui ne se fait que sur les parties réservées jusque-là; l’épreuve est renversée, et comme le premier développement a été très— faible , il ne se voit pas par transparence; l’épreuve renversée, c’est-à-dire devenue positive, garde alors toute sa vigueur.