PAPIERS SECS NON CIRÉS
Dans les trois procédés qui précèdent on emploie la cire pour conserver plus longtemps le papier sensible. Les préparations diverses se font en immergeant complètement les feuilles dans les bains. Les formules que nous indiquons dans ce chapitre diffèrent un peu des précédentes dans la manière d’opérer : les préparations ne se font généralement que sur Lune des faces de la feuille; elles sont un peu plus délicates et demandent déjà une certaine habitude des manipulations photographiques. Dans des mains habiles, ces procédés donnent de fort beaux résultats, ainsi que le prouvent les belles épreuves des Pyrénées de M. le comte de Vigier, celles de M. Baldus, de M. Roman, etc., etc.
PAPIER A L’iODÜRE DOUBLE DE POTASSIUM ET d’ ARGENT EMPLOYÉ PAR M. LE VICOMTE VIGIER.
§ 167. Du papier. — Le papier français n’a permis à personne, jusqu’à ce jour, d’obtenir par ce procédé des résultats satisfaisants. C’est un inconvénient qu’il est nécessaire de signaler pour éviter l’ennui des insuccès. Les vieux Watmann Turkey Mill antérieurs à 1840, tout bons
qu’ils sont avec les autres préparations, n’ont jamais donné avec celle-ci d’aussi bons résultats que les gros papiers Turner et Watmann de nouvelle fabrication. Ces papiers, très-épais, donnent des négatifs bien transparents, mais qu’il faut se garder de cirer, parce qu’ils s’égalisent et perdent tout leur effet. Cette préférence, que l’on doit accorder aux papiers anglais de certaine fabrication, tient probablement à un encollage très-soigné à la gélatine.
§ 168. Flacon n° i, — Double iodure. Faites dissoudre dans yS grammes d’eau distillée 6gr,5 de nitrate d’argent, puis dans un autre verre a expérience ajoutez à 75 autres grammes d’eau distillée 60 à 62 grammes d’iodure de potassium. Yersez peu à peu, et en agitant, à l’aide de la baguette, la solution de nitrate d’argent dans celle d iodure de potassium.
Tout le précipité d’iodure d’argent ne se trouvera pas complètement redissous ; car, pour arriver à ce résultat, sur 6gr,5 de nitrate d’argent dans i5o grammes d’eau, il faut de 64 à 68 grammes d’iodure de potassium; la liqueur sera donc encore troublée par un précipité d’iodure d’argent; mais, pour l’éclaircir et la ramener à une limpidité parfaite, il suffira de quelques cristaux d’iodure de potassium ajoutés un à un jusqu’à l’obtention du résultat désiré.
Composition des liquides.
Flacon n° 2. — Acëtonitrate.
Eau distillée
Nitrate d’argenl
Acide acétique cristallisable . .
ioosr
(1) Duns les jours de grande chaleur jusqu’à 3o grammes.
PAPIKR.
Flacon n° 3. — Acide gcillique.
Solution saturée.
Flàcon n° L\. — Hyposulfite de soude .
3oo à 35o grammes par litre d’eau.
Ces liquides préparés doivent être filtrés, à l’exception du n° 4? pour lequel cette précaution est inutile.
§ 169. Application du double iodure sur le papier. — Ayez une planchette de bois bien plane et plus petite que votre feuille de papier, d’un centimètre en tous sens, celui de la hauteur excepté; recouvrez-îa d’une doublure de buvard; mettez-la de niveau et appliquez sur la doublure votre feuille à préparer en la fixant en haut par deux épingles; versez à sa base une quantité suffisante du liquide n° 1 (i5 grammes suffisent à la préparation d’une feuille de 4° sur 5o centimètres). Promenez rapidement ce liquide à l’aide d’un triangle en verre d’abord de bas en haut, puis dans le sens de la largeur, de manière à ce qu’il imbibe bien également le papier, sans former de bulles et sans passer au revers; chassez l’excédant vers un des angles, et recueillez-le dans un second flacon, pour le filtrer de nouveau et vous en resservir ultérieurement.
Pendez la feuille à sécher, en aidant le départ des dernières gouttes au moyen d’un morceau de buvard. La feuille devient d’une couleur rouille violacée.
Quand elle est sèche, immergez-la pendant vingt-quatre heures dans une bassine pleine d’eau ordinaire, en ayant soin de détruire les bulles qui peuvent se former d’abord, et en ne mettant jamais plus de deux feuilles dos à dos.
La feuille sortie du bain d’eau épongée au buvard est
pendue jusqu’à dessiccation complète; elle est insensible à la lumière, peut être gardée indéfiniment, et ne fait que s’améliorer si on l’expose au soleil, qui resserre l’encollage du papier. Elle est alors d’un jaune paille très-égal, si elle a été bien préparée.
§ 170. Sensibilisation de la feuille iodurce . — Cette opération se fait comme la précédente sur la planchette à l’aide du triangle, ou plus facilement encore sur un bain composé, par 3o centimètres cubes d’eau distillée, de huit à dix gouttes du tlacon n° 2 (acétonitrate), et de huit à dix gouttes du flacon n° 3 (acide gallique) (1). On emploie ordinairement un bain de 25o centimètres cubes d’eau, auquel on ajoute 3 centimètres cubes du flacon n° 2 et autant du flacon n° 3. On applique la feuille sur la face préparée jusqu’à ce qu’elle s’affaisse également (trois minutes environ) , en évitant de laisser le liquide passer sur le revers, ce qui amènerait infailliblement des taches. On la retire et on l’éponge très-fortement au buvard, elle doit complètement cesser de goder; elle est prête alors à être introduite dans le châssis entre les deux glaces.
Les poses varient avec un objectif simple de centimètres de foyer et le moyen diaphragme entre dix et vingt minutes par la belle lumière d’été et pour des paysages d’un vert intense. Le papier sensibilisé ne se garde guère plus d’une nuit et d’un jour dans les fortes chaleurs ; en hiver on peut le conserver bon pendant quatre à cinq jours. Si l’on ne peut l’employer, on le plonge, pour ne pas le perdre, dans un bain renfermant quelques grammes d’iodurede potassium : on convertit ainsi le minime excès d’argent qui rendait la préparation sensible en une nou-
(1) Cette proportion peut être doublée dans les temps froids.
PAPIER. 289
vellc couche d’iodure d’argent insensible que l’on dépouille bien par les lavages comme lors de sa première ioduration, et quand elle est séchée (cette dessiccation étant faite à la lumière pour permettre à l’iodure de potassium d’agir sur l’iodure d’argent devenu apte à noircir), on la remet en portefeuille pour l’employer au besoin. La feuille, sensibilisée d’abord, non-seulement avec un excès de nitrate, mais aussi avec de l’acide gallique, se conduit exactement, après avoir subi le second bain d’iodure de potassium qui la ramène a l’état d’iodure d’argent insensible, comme le ferait une des autres feuilles préparées directement par le double iodurc, et on obtient avec elle, quand on a l’occasion de la sensibiliser de nouveau, des épreuves sans taches et dans des conditions tout à fait identiques aux autres.
§171. Apparition de i image. — O11 ajoute, pour faire apparaître l’épreuve, un tiers environ du flacon 110 2 (acétonitrate d’argent) à deux tiers du flacon n° 3 (acide gaîlique); mais on ne fait ce mélange qu’à vue d’œil, diminuant la proportion d’acétonitrate, si l’on suppose que l’épreuve doive pécher plutôt par un excès de pose; l’augmentant au contraire, si 011 pense qu’elle en a manqué.
Lorsque l’exposition a été faite dans de bonnes conditions, la venue de Limage, pour être complètement terminée, ne doit pas demander plus de dix minutes à un quart d’heure au plus. Passé ce temps, il est rare que le cliché, s’il n’est pas venu, donne jamais rien de bon, et on peut conclure qu’il n’a pas assez posé; si, au contraire, il ne peut supporter pendant cinq minutes au moins, sans noircir partout, l’action de ce bain, on est assuré que la pose a été trop longue : dans ce dernier cas, les blancs /|* éd. 19
comme les noirs sont perdus, tout est gris et pointillé, et le négatif est hors d’état de donner une épreuve.
§ 172. Fixage à Vhyposulftte . — Un hyposulfite un peu concentré est préférable, parce que l’on obtient un dégorgement beaucoup plus prompt, sans que pour cela l’épreuve perde davantage.
On fait cyîindrer les négatifs pour refouler et aplanir le grain du papier. Il faut avec ces clichés n’employer que du papier positif anciennement préparé et bien sec , parce qu’ils ne sont pas protégés par la cire comme les autres, et qu’ils sont bien plus susceptibles de se tacher.
§ 173. Explication cia procédé. — On étend sur la feuille une solution très-concentrée d’iodure de potassium et d’iodure d’argent : l’iodure de potassium attaque l’encollage du papier; de la la nécessité d’un papier particulier bien résistant et fortement encollé. On arriverait à employer les papiers français en perfectionnant leur encollage, comme l’ont prouvé les essais faits sur des papiers français spécialement gélatinés. La première couche de papier se pénètre de liquide et sèche; on plonge la feuille entièrement dans une grande cuvette d’eau, l’iodure double est décomposé, l’iodure de potassium est dissous, et l’iodure d’argent est mis en liberté ; celuici reste sur le papier en donnant une belle couche jaune pâle; il est â l’état de molécules excessivement fines et divisées, ce qui contribue sans doute à la perfection de l’épreuve.
Il faut laisser longtemps la feuille dans l’eau pour que la décomposition de l’iodure double soit égale partout; la quantité d’eau doit être considérable pour que cette décomposition s’opère convenablement; enfin, il faut n’employer qu’un seul bain dont on ne change pas l’eau,
PAPIER
2Cjl
parce qu’autrement on enlèverait tout l’iodure de potassium, et l’iodure d’argent, prenant une faible sensibilité, ne pourrait plus être conservé et donnerait de mauvais résultats.
La feuille retirée du bain a donc une de ses faces couverte d’iodure d’argent, elle retient en outre une trèsminime quantité d’iodure de potassium, puisque le bain dont elle sort en contient une certaine quantité en solution; elle est insensible. Si l’on passe sur ce mélange d’iodure d’argent et de potassium une solution même trèsfaible de nitrate d’argent, du moment que ce sel sera en léger excès sur l’iodure de potassium de la feuille, toute la surface passera à l’état sensible et sera prête à recevoir l’impression de la lumière. Cette sensibilité variera suivant la proportion du nitrate d’argent, il sera facile de la régler à volonté.
§ 174. Observations générales . — M. le vicomte Yigier ajoute que les proportions indiquées par lui pour le mélange sensible sont celles qui lui ont réussi le mieux dans les voyages faits en France dans la belle saison; il fallait conserver le papier le plus longtemps possible, et lui laisser cependant une certaine sensibilité. Voilà pourquoi il n’a voulu employer que des quantités très-minimes d’argent. Il en aurait beaucoup augmenté les proportions, s’il avait pu, comme cela se fait quand on est près de son laboratoire, préparer les papiers, les poser et les faire venir au sortir de l’exposition. Il aurait gagné une grande rapidité dans la pose, ce qui est souvent à considérer.
C’est à l’opérateur de consulter non-seulement ses propres exigences, mais les conditions de climat, de température, de saison, de lumière dans lesquelles il opère. Ainsi les mêmes proportions sensibles avec lesquelles
M. Vigier réussissait en France ne lui permettaient plus, huit jours après, à quelques kilomètres de Londres, d’obtenir un bon résultat. Le papier noircissait sous l'influence de l’acide gallique, sans qu’il apparût aucune image formée, c’est-à-dire qu’étant trop sensible il était altéré par la lumière diffuse, sans que la lumière directe eût assez de force pour y imprimer une image. Il a suffi à l’auteur, après bien des insuccès, de diminuer la sensibilité du papier de plus d’un tiers, et d’augmenter notablement le temps de la pose, pour régulariser les proportions qui donnèrent, dès lors, en Angleterre, des résultats très-constants.
En étudiant ces dosages, qui peuvent être variés depuis dix gouttes jusqu’à 4 grammes des flacons n° 2 et n° 3 par rapport à 3o centimètres cubes d’eau distillée, il faut seulement se rappeler ceci, savoir :
Que plus on veut de sensibilité, plus il faut faire prédominer les proportions d’acétonitrate d’argent et d’acide gallique ;
Que plus la lumière est intense, plus sensibles peuvent être les mélanges, pourvu qu’on puisse les employer tout de suite;
Que plus la lumière est faible, plus il faut aussi affaiblir la sensibilité du papier, et remédier alors à ce défaut de sensibilité par la prolongation de la pose qui doit le compenser (1).
(1) M. Vigier ajoute comme complément la note suivante : «Tel est le » procédé que j’emploie pour la plupart de mes épreuves. Je me hâte de » dire cependant que je suis grand partisan du papier ciré, que j’emploie » concurremment ces deux procédés, et que, loin de s’exclure, ils se » complètent, selon moi, l’un par l’autre. Si le procédé Talbot donne plus » de finesse de détails, comme tous les procédés où l’image est à » l’extrême surface, j’aime à dire à l’honneur de M. Legray, qui a décou- » vert et publié consciencieusemeut un procédé bien complet et qui n’est
PAPIER
PAPIER SEC ALBUMINÉ.
Ce procédé consiste à remplacer par de l’albumine ou blancs d’œufs le liquide dans lequel on dissout l’iodure et le bromure de potassium; l’albumine est coagulée sur le papier par le bain d’acétonitrate d’argent qui sert plus tard à sensibiliser la feuille; elle forme ainsi une sorte d’encollage très-fin qui permet d’obtenir des épreuves d’une grande perfection de détails. On emploie tantôt le papier ciré, tantôt le papier ordinaire; quelques photographes immergent la feuille dans le bain d’albumine pour la recouvrir des deux côtés ; d’autres, au contraire, posent seulement sur le bain et ne préparent qu’une seule face; il y a, on le voit, un grand nombre de variantes; nous ne décrirons que le procédé le plus simple, renvoyant nos lecteurs qui voudraient faire une étude plus approfondie de ce procédé à la publication qui en a été faite par M. Roman , dans l’ouvrage de M. Chevalier (1).
» en rien un dérivé des autres, que le papier ciré a sur l’autre l’avantage « d’être plus constant, bien moins susceptible, et d’être possible avec » tous les .papiers, tandis que l’autre ne l’est qu’avec les papiers anglais. « Le papier ciré se conserve sensible jusqu’à un mois entier; le papier » Talbot nous laisse à peine trente-six heures dans les grandes chaleurs. » Deux minutes de trop de pose perdent une épreuve sur papier Talbot, » huit minutes de trop ne nuisent pas d’une manière appréciable à un « papier ciré. Pourquoi donc opter entre ces deux procédés, si différents « dans leurs avantages? Il faut se rendre maître des deux et les compléter » l’un par l’autre. L’un vous permettra de faire pour huit et quinze jours « une abondante provision de papiers tout sensibilisés, l'autre de dimi- » nuer considérablement le temps de la pose, si l’on y trouve un avan- » tage. Avec le papier ciré, vous obtiendrez des résultats constants » presque infaillibles, des négatifs plus faciles à tirer, et moins suscepti- » blés de se tacher; avec le papier Talbot vous aurez, d’autre part, des » résultats peut-être plus parfaits comme finesse, comme transparence « dans les ombres, et comme vérité de plans et de perspective aérienne.»
(1) Ch. Chevalier, opticien, etc., au Palais-Royal, Guide du Photographe; brochure in-8°.
§ 175. On prépare l’albumine en prenant :
Blancs d’œufs 25oC0
Iodure de potassium i5gr
Bromure de potassium 3
(Chaque œuf représente à peu près 3o centimètres cubes de blanc. )
On a spin, comme toujours, ayant d’ajouter l’iodure et le bromure, d’enlever les germes des œufs : on bat en neige, on abandonne douze heures au repos et on décante la partie claire dans un bassin à fond piaf bien propre, et, après avoir posé une feuille de papier à la surface pour enlever toutes les bulles, on y applique le papier, ciré ou non ciré , en évitant avec le plus grand soin la formation des bulles. Après cinq minutes de contact, on relève le papier d’un mouvement régulier et on le pend pour le sécher. Le papier sec est sensibilisé en appliquant la feuille, du côté albuminé seulement, sur le bain d’acétonitrate dont nous avons donné la composition § 159. Mais cette préparation demande une certaine habitude; il faut que la feuille soit appliquée régulièrement sans temps d’arrêt; car, à chaque temps d’arrêt, il se ferait un fil qui gâterait l’épreuve. Le papier est ensuite lavé et séché comme les autres, et toutes les opérations sont semblables à celles que nous avons déjà décrites.