‹ Chimie photographiqueChapitre 53 sur 109 · DAGUERRÉOTYPE · texte numérisé non relu

DAGUERRÉOTYPE

de la couche sensible, exposition, développement de l’image, fixage et avivage.

§ 202. Apprêts de la plaque . — Nous conseillons, au point de vue de l’économie, aux personnes qui s’exercent aux manipulations daguerriennes, d’acheter tout de suite des plaques de bonne qualité (au moins au trentième), qui puissent supporter un grand nombre de polissages et d’essais successifs. Les plaques doivent toujours être conservées dans des boîtes à rainures spéciales pour cet usage, afin que le contact des corps étrangers ne puisse ni les rayer ni les détériorer.

Le premier soin est d’abattre les vives arêtes de la plaque; on y arrive facilement au moyen d’une baguette de fer ronde que l’on passe avec force sur chacun des côtés. A cet effet, la plaque est placée d’aplomb sur une planche de bois garnie, à l’un de ses bords, d’une règle de fer taillée en biseau; les quatre arêtes de la plaque étant successivement adoucies et légèrement renversées, on courbe les quatre coins, soit au moyen d’une pince spéciale, soit avec une pince plate ordinaire. Chaque coin est courbé d’abord de haut en bas à angle droit, puis relevé de manière à entrer facilement sous les boutons des planchettes qui servent de support.

Le polissage se fait au moyen de coton cardé imbibé d’alcool et de tripoli; on trouve dans le commerce du coton nettoyé spécialement pour le daguerréotype; on emploie l’alcool à 33 degrés rectifié : le tripoli doit être à ce degré de finesse où il ne peut pas rayer les plaques, tout en mordant légèrement la surface. On jugera qu’il est bon lorsque les traces laissées dans un sens par le frottement disparaîtront, pour peu qu’on passe deux ou trois fois le coton dans un autre sens. Quelques personnes

emploient la silice ou l’alumine précipitées, lavées et calcinées, au lieu de tripoli, mais nous ne pensons pas que ces substances soient d’un meilleur usage que ce dernier. Afin de répandre plus uniformément le tripoli, la silice, ou l’alumine sur la plaque, on se sert d’un flacon fermé au moyen d’une gaze, maintenue par un fil ou mieux par un anneau de caoutchouc. L’opération est conduite de la manière suivante : la plaque étant fixée sur la planchette, on imbibe- d’alcool un tampon assez gros pour que les doigts ne puissent pas être en contact avec la surface à nettoyer, on jette du tripoli sur la plaque, et, pendant un temps assez long, on frotte en tournant sur toute la surface et en ramenant toujours des angles vers le centre, puis on laisse sécher complètement; prenant alors un coton sec, on frotte de la même manière sans tripoli, et on nettoie parfaitement la surface. On juge qu’elle est bien préparée, si la vapeur de l’haleine produit un beau blanc mat disparaissant d’une manière régulière sans laisser de taches; s’il n’en est pas ainsi, on frotte de nouveau avec le tampon sec et un peu de tripoli, et on recommence l’opération entière tant que les taches persistent.

La surface bien nettoyée est polie avec un poîissoir en peau de daim. On frotte toute la surface du poîissoir avec une brosse longue et dure, dite brosse a bijoux, puis on projette dessus un peu de rouge à polir (première qualité) au moyen d’un flacon fermé comme le flacon à tripoli, et on brosse de nouveau avec soin, pour faire tomber tout l’excédant du rouge; un poîissoir ainsi préparé peut servir pendant une journée sans qu’il soit besoin d’y retoucher. Les poîissoirs doivent être longs, un peu larges, et, pour plus de commodité, munis d’une poignée; il faut en avoir le plus grand soin : ils sont

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renfermés d’ordinaire dans une boîte où on îes replace toutes les fois qu’on a terminé. La plaque à polir est frottée vigoureusement dans tous les sens avec le polissoir, jusqu’à ce qu’elle prenne l’aspect d?une glace bien nette; on donne un dernier coup perpendiculairement au sens de l’épreuve, et la plaque est prête.

S’il s’agit d’une plaque ayant servi, on doit la polir avec plus de soin qu’une plaque neuve, pour que l’ancienne image ne vienne pas à reparaître en même temps que la nouvelle; si la plaque a été passée au chlorure d’or, on recommande d’employer d’abord, au lieu d’alcool, l’huile de pétrole acidulée d’un peu d’acide azotique, ou l’essence de lavande; nous avons employé avec succès, pour cette opération, le produit vendu sous le nom de benzine. Dans tous les cas, il faut un polissage très-long et très-soigné.

§ 203. Formation de la couche sensible. — Pour cette préparation il faut deux boîtes à cuvette. Dans l’une , on met une couche d’iode dont on régularise l’évaporation en la recouvrant d’une feuille de papier à filtre qu’on laisse à demeure. Dans l’autre cuvette, on met le bromure ou le chlorobromure de chaux, qui sont les substances accélératrices généralement employées. Les meilleures cuvettes sont en porcelaine, fermées par des glaces dépolies et rodées; celles en faïence sont d’un moins bon usage : les boîtes jumelles, à châssis mobiles , sont les plus commodes de toutes.

La plaque polie est déposée sur la boîte à iode et la cuvette est découverte doucement; aussitôt on note le temps, soit en observant une montre à secondes ou une pendule^ soit en comptant mentalement en mesure. La plaque se colore peu à peu; on l’examine de temps à

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autre, en la présentant à contre-jour devant une feuille

de papier blanc.

L’argent exposé à l’iode prend successivement les colorations jaune clair, jaune foncé, rougeâtre, rouge cuivre, violet, bleu, vert. Pour le portrait, on s’arrête quand la coloration passe du jaune au rouge; on reporte alors la plaque sur le brome, et l’on suit de nouveau la coloration, jusqu’à ce qu’elle devienne rouge très-légèrement violacé; on termine sur l’iode, en laissant la plaque le tiers du temps qu’on a employé à la première exposition : dès lors la couche sensible est complète.

Une plaque colorée en jaune clair sur l’iode, en jaune plus foncé sur le bromure de chaux et reportée peu de temps sur l’iode, présente une sensibilité plus grande, avec plus de rapidité; mais comme la couche est moins épaisse, elle donne moins devigueur. (Cette préparation, qui n’est pas la plus convenable pour le portrait, est excellente pour les vues.) La plaque préparée est mise dans le châssis, avec toutes les précautions nécessaires pour qu’elle ne voie pas le jour.

§ 204. Exposition. — La couche sensible peut être conservée plusieurs heures avant l’exposition et plusieurs heures après, sans inconvénient. Nous avons mis quelquefois un intervalle de huit heures entre la préparation de la plaque et la venue de l’image, et nous avons obtenu néanmoins de bons résultats : il vaut mieux cependant, quand on le peut, faire les opérations successivement, ou du moins à un court intervalle (i).

(i) On a remarqué que les plaques étaient plus sensibles si on ne les employait que quinze à vingt minutes après leur préparation. L’iode et le brome en léger excès sur la plaque nuisent à la rapidité ; sans doute après quelque temps il ne reste plus que l’iode et le brome en combinaison, qui ont alors leur maximum de sensibilité.

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