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STÉRÉOSCOPE

§ 210. Cet instrument permet de voir, avec un admirable effet de relief, les images photographiques auxquelles on pouvait reprocher parfois le manque de perspective. Il a été accueilli dans le public avec une telle faveur, que la production des vues stéréoscopiques constitue actuellement une branche importante de la photographie; nous pensons donc utile de lui consacrer quelques pages.

La vision binoculaire, c’est-à-dire celle qui s’exerce simultanément avec les deux yeux, a pour résultat de faire apprécier avec la plus grande netteté le relief ou la distance qui sépare les objets les uns des autres.

Ce sentiment du relief est très— affaibli, souvent même complètement annulé, lorsqu’on ne fait usage que d’un œil. En effet, cette appréciation de la distance est duc à ce que l’image vue par l’œil droit n’est pas exactement la même que celle vue par l’œil gauche. On perçoit en même temps deux images et l’habitude les fait se superposer et se confondre en une seule ; de cette superposition naît le sentiment des reliefs et des creux. Or, si chaque œil reçoit une impression différente d’un objet unique, et si, par l’habitude de superposer les deux images, il résulte pour nous la perception de la distance , il est évident qu’il suffira de faire deux dessins d’un objet, l’un d’après l’œil droit, l’autre d’après l’œil gauche, et de nous présenter ensuite les deux dessins de telle manière qu’ils semblent se superposer, pour que nous n’apercevions plus qu’une seule image, qui produira une illusion complète de perspective.

Le nom de stéréoscope a été donné à tout instrument qui, soit au moyen de glaces (stéréoscope de M. Wheatstone), soit au moyen de prismes ou de lentilles (stéréoscope de M. Brewster), fait superposer dans l’acte de la vision deux images convenablement prises.

Léonard de Vinci, dans son Traité sur la peinture, avait prouvé que le sentiment du relief venait de la vision binoculaire. L’invention des divers stéréoscopes a démontré que la superposition de deux images dessinées , Lune d’après l’œil droit, l’autre d’après l’œil gauche, donnait invinciblement le sentiment du relief, et la photographie, en nous permettant d’obtenir des dessins d’une rigoureuse exactitude, quelle que soit leur complication, a pu, par son application au stéréoscope, produire les merveilleux effets qui sont aujourd’hui connus de tout le monde.

DIVERS. JO

On trouve dans l’ouvrage cle M. Sella (i) deux chapitres extraits du traité de Léonard de Vinci qui prouvent que ce grand artiste connaissait la nécessité des deux yeux pour apprécier convenablement le relief; il disait, chapitre LUI : « Les peintres se désespèrent en voulant imiter » la nature, parce que leurs peintures manquent de » relief et de cette vivacité que les objets présentent

» cependant quand on les voit dans un miroir Il est

> impossible que la chose peinte apparaisse avec le relief » qu’elle a dans le miroir, bien que l’une et l’autre soit » sur une seule surface, a moins qu’on ne la regarde avec » un seul œil, et voici la raison : les deux yeux voient un » objet placé derrière un autre, comme A et B ( fig . 48)

Fig. 48.

» qui voient M et N; M ne peut pas cacher entièrement » N, parce que la base des lignes visuelles est si large, » que l’on voit le second corps derrière le premier. Mais » si on ferme un œil, comme C [fig. 49), le corps D

Fig. 49.

» cachera le corps E, parce que la ligne visuelle naît d’un » seul point C, elle s’arrête sur le premier corps et l’on » ne peut apercevoir le second qui est de la même gran- » deur.» Chapitre CCCXLI : « Il est impossible que la pein-

(1) Plico ciel Fotografo; Turin, imprimerie de Paravia et Cie.

» ture, quelle que soit la perfection des lignes, ombres, » lumières et couleurs, puisse donner le relief naturel, à ® moins que ce relief naturel ne soit vu d’un seul œil et » à une grande distance.

» Comme preuve : Supposons les deux yeux A et B » ( fig . 5o) regardant l’objet C en suivant les lignes cen- » traies AC et BC : je dis que les lignes latérales peuvent

Fig. 5o.

» voir derrière l’objet C l’espace CD, que l’œil A voit tout » l’espace FD, que l’œil B voit tout l’espace GE, que les » deux yeux voient derrière l’objet C tout l’espace FE, et » pour cette raison le corps C reste (semble) transparent » d’après cette définition qu’une chose transparente est » celle derrière laquelle on ne peut rien cacher.

» D’après cela, nous prouvons ce que nous avons dit, » car une chose peinte occupe toute la surface qui est » derrière elle, et il n’est pas possible de voir une partie j du champ recouvert par son contour. »

§ 211. On prend en photographie les vues stéréoscopiques comme les vues ordinaires; tous les procédés peuvent être employés, mais ceux qui donnent le plus de finesse sont préférables : on se sert rarement du papier pour les négatifs, et on adopte de préférence le verre;

DIVERS

autrefois la plaque daguerrienne réunissait toutes les conditions de finesse désirables. L’opération consiste à prendre deux vues, en se plaçant, dans les deux cas, de manière à former un angle dont l’objet à reproduire soit le sommet et dont l’écart des objectifs détermine le degré. L’angle stéréoscopique ne doit pas être trop grand, car on arrive ainsi a des déformations, a des reliefs tellement forcés, qu’ils semblent monstrueux; il suffit, en général, d’un angle de 2 degrés : on peut calculer cet angle en connaissant ou appréciant la distance qui sépare la chambre noire du point le plus rapproché de l’objet à reproduire. On comprend facilement, d’après cela, que plus l’objet est éloigné, plus l’écart des deux chambres peut être considérable.

Pour prendre les vues stéréoscopiques, on emploie généralement une planchette {fig. 5i) ayant environ 5o à

Fig. 5i.

60 centimètres de longueur ou plus si l’on veut avoir le relief d’objets éloignés; cette planchette est munie de deux équerres mobiles, en bois, qui peuvent se rapprocher ou s’éloigner dans une rainure, et se fixer à l’écartement voulu au moyen d’un boulon et d’un écrou à oreille. Quel que soit le système de chambre noire employé, 011 règle l’écartement des deux points de vue d’après la distance de l’objet à reproduire; plus l’écartement sera grand, plus le relief paraîtra prononcé. On place ensuite la chambre noire contre une des équerres, et voyant à quel point correspond le centre de la glace dépolie, centre qui peut être déterminé par deux diagonales, on pousse la 4e éd. 24

chambre noire contre l’autre équerre et on fait varier celle-ci jusqu’à ce que le même point de la vue vienne correspondre encore au centre de la glace; on fixe alors solidement la seconde équerre au moyen du boulon, et les deux points sont déterminés. ‘On peut se servir d’une chambre à un seul objectif, au moyen de laquelle on prend successivement les deux épreuves sur chaque moitié de la glace; dans ce cas, si l’on ne veut pas être obligé de couper les positives pour les transposer de droite à gauche, il faut avoir soin de prendre la vue de droite sur le côté gauche de la glace, et celle de gauche sur le côté droit. 11 faut également que les deux points d’arrêt qui maintiennent le châssis fixe dans le chariot ne soient pas distants de plus de 7 centimètres, autrement les épreuves positives ne se superposeraient pas, elles se doubleraient, et il faudrait pour les bien voir une contraction qui fatiguerait rapidement les yeux. Lorsqu’on a soin, au contraire, que les deux mêmes points ne soient pas écartés de plus de 7 centimètres (écartement moyen du centre des deux prunelles), les épreuves se superposent facilement et ne fatiguent nullement la vue. Quelques personnes préfèrent employer deux chambres noires séparées que l’on fait poser en même temps à l’écartement voulu. Une première vue étant prise de chaque côté, on transpose les deux chambres et on prend la seconde vue sur la seconde moitié de la glace également de chaque côté; on fait donc ainsi en même temps deux vues stéréoscopiques qui peuvent s’accoupler par moitié. De cette manière, si entre la première et la seconde pose il y a eu un changement, on coupe les deux glaces qui ont reçu la première pose, on les accouple et on a la vue stéréoscopique complète; de même pour la seconde. Si 1 es deux glaces sont identiques, on a dans le même temps

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deux épreuves doubles stéréoscopiques d’un même objet,

§ 212. Nous employons ordinairement une chambre noire à deux objectifs (fig. 52), et une planchette deora,6o

Fig. 52.

environ. Les équerres étant une fois fixées à l’extrémité de la planchette, nous ne les bougeons plus et nous nous servons de cet appareil tixe pour donner trois écartements qui nous ont paru suffire pour toutes les conditions ordinaires. Si les objets sont proches, nous plaçons la chambre noire au centre O et nous prenons les deux vues en même temps avec les deux objectifs qui, ayant environ un écartement de 9 centimètres variant jusqu’à 12, donnent un effet stéréoscopique suffisant dans le plus grand nombre de cas; nous restons en effet dans les conditions naturelles. Si la distance est plus considérable, on pousse la chambre contre une des équerres, celle de droite par exemple, et on prend une première vue avec l’objectif correspondant à 1, puis, replaçant la chambre contre l’équerre gauche, on opère pour la seconde avec l’objectif correspondant à 2' ( fig . 02). Si les objets qui doivent être en premier plan sont très-éloignés, on procède de même; seulement, au lieu de prendre les vues avec les objectifs qui se trouvent du côté du point O, on opère avec ceux

qui correspondent sur la figure à i ' et i. Si on ne forçait pas l’écartement, les plans éloignés resteraient tout à fait plats comme une toile de fond. Ces procédés n’ont rien de théorique, mais ils nous ont réussi dans la pratique, et nous avons obtenu ainsi des épreuves stéréoscopiques ayant des reliefs suffisants, sans avoir ces exagérations qui déforment les personnages ou font ressembler les paysages à des séries de décors découpés.

L’inconvénient de ce procédé est d'avoir des épreuves qu’il faut transposer si elles ont été faites avec les écartements i et 3. Dans ce cas, il suffit de faire une petite marque sur chaque côté du cliché, qui reste visible sur l’épreuve positive; on coupe et on colle alors celle-ci dans le sens convenable. On pourrait également couper la glace par le milieu, transposer les épreuves et les fixer sur une seconde glace servant de support avec des bandes de papier tout autour; en opérant ainsi, réglant tout de suite l’écartement, faisant un découpe d’encadrement avec un papier noir, on peut tirer les épreuves de manière à n’avoir plus besoin que de les coller sur bristol. Nous rappellerons encore une fois, comme chose importante, que l’on doit s’arranger pour que les épreuves stéréoscopiques positives ne présentent pas un écartement de plus de 7 centimètres, souvent même 6-|, entre les deux points correspondants des premiers plans, si l’on veut avoir des vues qui se superposent sans fatiguer les yeux.

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