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EXCURSIONS PHOTOGRAPHIQUES

§ 213. Le but de la photographie, pour la plupart des artistes ou amateurs, est de pouvoir rapporter de leurs voyages soit des souvenirs , soit des sujets d’étude.

Cette belle découverte offre aux arts et aux sciences d’immenses ressources; avec un matériel assez peu embarrassant, on peut, en une journée, acquérir plus de richesses artistiques qu’on ne le ferait en un mois de travail opiniâtre, et l’on retrouve, dans les matériaux que l’on a réunis, non-seulement un ensemble parfait, mais encore la finesse dans les moindres détails, et une vérité que l’on tâcherait en vain d’obtenir par tout autre moyen.

En voyage comme à l’atelier, on peut employer le collodion humide, mais alors le bagage se trouve compliqué d’un laboratoire portatif, sous forme de tente ou de boîtes souvent disposées d’une manière fort ingénieuse, mais qui demandent toujours de la part de l’opérateur une grande habitude, et qui lui imposent plus de complications que les procédés secs. Ces complications sont, il est. vrai, en partie compensées, parce que, l’épreuve étant développée sur place, on sait immédiatement si elle est ou non réussie; tandis qu’avec les préparations faites à l’avance on ne développe les épreuves qu’au retour, et, dans les commencements surtout, il faut compter sur quelques déceptions.

Le grand avantage des procédés secs sur papier ciré ou sur glace est, tout en diminuant le bagage, de permettre à l’opérateur défaire tranquillement chez lui, avant son départ, les opérations les plus délicates, de telle sorte qu’il peut utiliser les jours de mauvais temps â préparer les glaces ou les papiers qui devront lui servir dans ses excursions. Le collodion albuminé de Taupenot et le procédé au tannin du major Russell sont, parmi les divers procédés secs, ceux qui paraissent le mieux se prêter aux exigences du voyage.

Les glaces sensibilisées peuvent se conserver trèsbonnes pendant plusieurs jours, et même pendant plu-

sieurs mois si on emploie le procédé au tannin, et on sera ainsi toujours prêta saisir l’occasion d’un temps ou d’un éclairage convenable. Le papier sec, n’étant ni lourd ni fragile, présente, pour le voyageur, des avantages précieux; malheureusement il ne, donne pas les mêmes effets ni la même finesse de détails que l’on peut obtenir par l’emploi de la glace. Jusqu’à ce jour, nous employons de préférence le procédé Taupenot pour nos excursions photographiques. Ces procédés ont, nous le répétons, sur les procédés humides, l’avantage d’une installation trèsprompte, ce qui permet de faire un grand nombre d’épreuves différentes dans une même journée.

§214. Bagage . — Lorsqu’il s’agit d’une excursion de quelques heures ou de quelques jours seulement, les objets qui composent le bagage photographique sont peu nombreux et d’un transport facile : ils se composent de la chambre noire, de deux objectifs différents de foyers, des châssis doubles ou châssis bristol, du pied, du voile noir et de quelques glaces ou papiers de rechange tout sensibilisés selon le nombre de vues que l’on compte faire. Après avoir pris les vues, 011 rentre les développer chez soi. Si l’on tient à connaître le résultat avant le retour, et si l’on doit rester absent quelques jours, il faut emporter de quoi développer les épreuves, c’est-à-dire deux cuvettes (1), du nitrate ou de l’acéto-nitrate d’argent, et une petite provision des acides gallique, pyrogallique et citrique.

Si, enfin, on part pour une excursion prolongée, et que l’on prévoie qu’il soit nécessaire de renouveler les

(1) Les nouvelles cuvettes en carton durci paraissent devoir simplifier et alléger encore le bagage très-restreint du voyageur.

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préparations, on doit se munir de presque tous les objets et produits dont nous avons donné la liste § 83, en faisant un emballage très-soigné dans deux caisses spéciales. Dans l’une des caisses on mettra tout ce qui est nécessaire pour l’excursion de quelques heures ; la seconde caisse sera en quelque sorte le laboratoire portatif renfermant tous les produits et autres accessoires.

11 est bon que les glaces ou papiers soient entourés d’une enveloppe imperméable, car il arrive souvent en voyage que les caisses sont mouillées, et l’on peut perdre ainsi, avec son travail passé, tout espoir de réparer le dommage si l’humidité a gâté toutes les préparations. Si l’on opère sur glaces, et si les dimensions excèdent la grandeur des stéréoscopes, il faut bien se garder de les abandonner dans leurs boîtes à rainures aux bagages des chemins de fer, elles seraient infailliblement brisées; on doit ou les garder avec soi, ou les empaqueter les unes sur les autres comme nous l’avons expliqué § 129; ou bien encore, mais seulement pour les clichés faits et bien vernis, les mettre dans les rainures des boîtes à glaces, puis remplir les intervalles avec du son que l’on tasse bien par de nombreuses secousses répétées; de cette manière, non-seulement les glaces sont bien maintenues dans leurs rainures, mais encore le milieu se trouve soutenu et, ne fouettant plus sous l’action d’un choc violent, on n’a plus à craindre les ruptures.

§ 215. Éclairage et pose. — L’amateur paysagiste doit bien se convaincre que le choix d’une vue a besoin d’être étudié avec autant de soin que la pose d’un portrait. Son attention doit se porter tout d’abord sur l’éclairage, qui varie continuellement selon la position du soleil. De cet éclairage dépend tout l’effet de la vue : on ne peut donc

donner aucune règle à cet égard, c’est à l’œil de juger; toutefois, on peut dire d’une manière générale qu’on doit éviter que le soleil n’entre dans l’objectif, et si pour un effet donné on se trouvait forcé de poser en face du soleil, on devrait, au moyen d’un écran ou d’un cône, empêcher la lumière solaire de venir frapper sur les verres. Il est également rare que l’éclairage soit convenable lorsqu’on a le soleil directement derrière soi, car alors il ne se produit que peu ou pas d’ombres portées, par conséquent pas de relief.

La lumière du matin est plus active, plus rapide que celle du soir, qui prend toujours une teinte plus jaune; enfin, en été, le milieu de la journée est peu favorable, parce que le soleil, étant à son plus haut point dans le ciel, frappe d’aplomb, et les moindres saillies donnent alors des ombres allongées d’un très-mauvais effet.

Si l’on veut faire des feuillages, des dessous d’arbres, on doit de préférence opérer sans soleil et prolonger la pose : on évite ainsi les effets neigeux et heurtés que donne une trop vive lumière reflétée sur le luisant des feuilles.

Lorsqu’on a observé l’heure où l’éclairage est le plus convenable, on cherche le point où l’on doit mettre sa chambre noire; certains détails qui sont d’un mauvais effet dans l’ensemble d’un tableau pourront souvent être évités lorsque la position sera mieux étudiée; d’autres, au contraire, seront recherchés.

Avoir quelques premiers plans le plus près possible, 6ans nuire trop à la netteté générale, mettre de préférence au foyer sur ces premiers plans, essayer l’effet avec des objectifs a foyer plus ou moins court, faire entrer dans l’ensemble quelques personnages ou quelque objet d’une dimension généralement connue pour servir de point de

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comparaison et faire ressortir tout de suite les proportions générales, en un mot étudier son sujet comme pourrait le faire un artiste : tels sont les conseils que nous croyons pouvoir donner, bien qu’ils soient en dehors du cadre de cet ouvrage.

Le temps de pose varie dans des proportions illimitées, suivant les préparations, suivant la lumière qui éclaire le sujet; mais il doit toujours être calculé d’après les parties les moins éclairées ou les moins photogéniques.

§ 216. Installation. — 11 faut, en voyage, savoir suppléer à toutes les facilités que l’on a dans un atelier bien organisé. Si on peut disposer d’une pièce spéciale pour faire les manipulations, quelques doubles de papier jauneorangé sur les carreaux la transforment en laboratoire; comme vases, on pourra employer tous les verres, poteries communes vernissées, que l’on trouve à bon marché dans les moindres villages; il faut seulement que ces poteries n’aient jamais servi. Au lieu d’eau distillée ou d’eau de pluie, qui seraft toujours préférable, on peut, le plus souvent, employer l’eau commune, du moment où elle ne donne pas avec l’azotate d’argent un précipité trop abondant; et, excepté sur les bords de la mer, il est rare que les eaux de source ou de rivière ne puissent pas être employées. Si l’eau dont on peut disposer est de trop mauvaise qualité, et en face de l'impossibilité de s’en procurer, on essayera de l’améliorer en y versant assez d’azotate d’argent pour éliminer la majeure partie des chlorures, des carbonates, etc., précipitables par ce sel, et, après filtration, on emploiera cette eau comme l’eau ordinaire; ce procédé demande, toutefois, une grande attention dans l’application.

A défaut d’un cabinet spécial, on pourra, le plus

souvent., attendre le soir, et on fera facilement toutes les préparations dans sa chambre d’hôtel. Pour nous mettre à l’abri des taches et des ennuis qu’entraîne l’usage de l’hyposulfite de soude, le plus souvent nous nous contentons de laver les épreuves à plusieurs eaux, de les passer, pendant quelques instants, dans une eau salée, puis, après un nouveau lavage, de les laisser sécher. Les épreuves sont fixées au retour dans l’hyposullite de soude, après avoir eu le soin, toutefois, de les mettre à tremper dans l’eau pendant quelques minutes.

On peut emporter en voyage du sulfocyanure d’ammonium qui ne présente pas les mêmes inconvénients que l’hyposulfite de soude, mais il est déliquescent.

§217. Bagage simplifié. — Le bagage du voyageur et toutes les opérations se trouvent singulièrement simplifiés si on ne veut obtenir que de petits clichés destinés ensuite à l’agrandissement. On trouvera au chapitre suivant tous les renseignements sur ce sujet, et les petits appareils de M. Bertsch permettront d’obtenir, avec une scrupuleuse exactitude, les clichés nécessaires. Nous devons faire observer que les clichés destinés à l’agrandissement doivent être d’une grande pureté, puisque les moindres taches prendraient d’énormes proportions, et que, pour arriver à un bon résultat, il faut un opérateur soigneux et déjà familiarisé avec les manipulations photographiques ordinaires.

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