AGRANDISSEMENTS
On s’occupe maintenant beaucoup de la question de ramplitication des épreuves; mais nous croyons qu’on ne
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se rend pas encore un compte suffisant du parti sérieux qu’on peut tirer de cette application nouvelle de l’optique à la photographie pittoresque.
A notre sens, l’agrandissement réalise un immense progrès; il doit en peu d’années transformer, en les simplifiant, les opérations photographiques, et conduire une des plus belles découvertes de notre temps dans une voie infiniment préférable sous le rapport de l’art.
Nous avons pensé qu’un chapitre spécial sur ce sujet important intéresserait le lecteur. Notre savant collègue, M. Bertsch, à qui nous devons témoigner ici notre reconnaissance, a bien voulu se charger de la rédaction de ce chapitre. Pour ne rien perdre de l’originalité de ce travail, nous laisserons parler l’auteur.
§ 218. Déjà, beaucoup de choses ont été dites sur les agrandissements, sans que les avantages sérieux de cette nouvelle et féconde application aient jamais été traités.
Comme, depuis douze ans, nous nous sommes beaucoup occupé des amplifications photographiques appliquées aux études d’histoire naturelle, nous pensons qu’une aussi longue expérience nous autorise à donner aux personnes encore peu familières avec ce genre de travail des renseignements utiles, et nous allons essayer de poser quelques principes, qu’il nous semble indispensable de connaître pour procéder avec certitude dans l’exploration de cette voie nouvelle, toute pleine d’avenir.
Un grossissement de dix fois, déjà considérable pour un paysage, peut être aisément obtenu par des méthodes et des appareils qui nous ont permis de pousser l’amplification jusqu’à dix-huit cents diamètres avec une trèsgrande netteté.
Avant d’entrer dans l’analyse des conditions à remplir
pour agrandir convenablement, disons un mot des clichés dont on doit se servir, et des avantages considérables qu’il y a, pour la vérité de la forme et de la perspective, à les faire d’abord petits pour en augmenter ensuite les dimensions.
Un reproche que les photographes mettent quelquefois sur le compte de la jalousie, bien qu’il soit réellement fondé, est journellement adressé par les artistes et les gens de goût aux épreuves pittoresques.
Les paysages, disent-ils, manquent de premiers plans; rien n’y indique l’échelle véritable; le relief y est peu senti, et la perspective surtout en est inexacte. La plus belle photographie, celle que l’on admire le plus au premier aspect, à cause de la finesse des détails, ne tarde pas à attrister la vue.
Quand même un amour aveugle pour la photographie nous ferait repousser l’évidence , les lois de l’optique nous démontreraient à elles seules que ces observations sont réellement sérieuses. *
Loin de représenter ce que l’œil voit dans la nature, une photographie n’est bien souvent, il faut l’avouer, qu’un contre-sens qui blesse le goût et le sentiment du vrai. Nous serons d’autant plus à l’aise pour démontrer d’une manière irréfutable qu’il en doit être ainsi, que les procédés d’agrandissement vont nous permettre de nous garantir des défauts reprochés jusqu’à ce jour à la photographie pittoresque.
Afin d’être compris par les personnes les plus étrangères à la science de l’optique, nous éviterons les formules et les termes techniques, pournous renfermer dans les limites d’expériences que tout le monde peut répéter au moyen d’une lentille.
Comparons d’abord l’image qui se peint au fond de
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notre œil, sur la rétine, avec celle qu’une lentille réfracte au fond d’une chambre noire sur la glace dépolie, et voyons s’il n’y aurait pas entre ces deux images un désaccord qui explique tous les défauts reprochés à la photographie.
Soit une lentille convergente LL, objectif simple ou composé, peu importe, les phénomènes se ressembleront (Jig. 53); devant cet objectif plaçons trois objets A, B, C a
Fig. 53.
des distances inégales. Ces trois points représenteront, si vous voulez, trois divers plans d’un paysage, d’une rue, d’un intérieur, d’un atelier que nous voulons réfracter en arrière sur une glace dépo ie En vertu de la loi des foyers conjugués que les photographes connaissent puisqu’ils l’appliquent journellement , et dans l’analyse de laquelle il serait par conséquent superflu d’entrer ici, l’objet A sera réfracté en A', B en B' et C en C'.
Les points A, B, C, constituant, nous l’avons dit, trois plans différents du paysage, seront donc réfractés en arrière de la lentille sur les trois plans différents A', B', CL Admettons que A soit l’horizon, B les plans moyens et C les premiers plans; nous voyons tout de suite que, n’ayant à sa disposition qu’un seul plan qui est la glace sensible, le photographe sera dans l’impossibilité d’obtenir à la fois une image nette de ces trois plans.
Les diaphragmes ne peuvent qu’en partie remédier à ce défaut capital , et d’ailleurs la lumière décroissant en
raison inverse du carré de leurs diamètres, il en résulte que, en même temps que les objets très-éclairés conservent presque toute leur action par les ouvertures étroites* les demi-teintes perdent toute puissance photographique, et l’on obtient des épreuves crues, pleines d’oppositions, et ayant perdu tous leurs détails dans les ombres.
Si donc le photographe place sa glace dans une position telle, que l’image du point B y soit nettement reproduite, le pointC, qui représente les premiers plans, ne convergera pas encore, tandis que A sera devenu divergent. C et A seront donc réfractés avec des formes étalées, sans contours précis, mal éclairés par conséquent, et, en un mot, sans aucune vérité.
Quelque parti que prenne le photographe, l’image qu’il obtiendra sera nécessairement défectueuse et différente de celle que nous voyons avec nos yeux. Ce qui, pour nous, est le mieux arrêté, sera justement dans l’épreuve ce qu’il y aura de plus vague; en sorte que la perspective, complètement faussée, ne nous donnera qu’une idée très-incomplète de ce qu’est le paysage véritable.
Nous devons donc malheureusement poser ce principe qui est rigoureux et sans exception : un objectif d’un foyer quelconque ne. peut, par l’application de la loi des foyers conjugués, réfracter nettement qu’un seul plan sur la glace dépolie.
Dans de telles conditions, un objectif est impropre à reproduire avec vérité une perspective d’une certaine profondeur, et ne doit être employé qu’à photographier des gravures, des façades de monuments ou tout autre objet d’un faible relief. Le triomphe de la photographie, dit-on, c’est la reproduction des monuments, des bas-reliefs et des dessins; mais elle est insuffisante pour rendre la nature.
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Nous allons voir que la manière seule dont on emploie les instruments est la cause de cette insuffisance, et qu’une application plus rationnelle des lois de l’optique nous permet de reproduire, avec la fidélité la plus saisissante, un paysage quelconque, composé d’une quantité infinie de plans différents.
Faisons une seconde expérience, tout aussi simple, tout aussi concluante que la première.
Prenons cette même lentille et visons un point éloigné A (i fig . 54), dont nous noterons avec soin l’image réfractée en A', sur la glace dépolie.
Fig. 54.
Prenons un autre point B, encore plus éloigné, et mesurons également la distance à laquelle il se réfracte en arrière en B'; nous verrons que cette distance n’aura pas varié.
Visons le point G, beaucoup plus rapproché, nous rentrerons dans la première expérience, c’est-à-dire que G sera réfracté en G' sur un plan plus éloigné de la lentille que À'B'. Mais si nous nous éloignons de G jusqu’à ce qu’il vienne se peindre nettement dans le plan A'B', nous remarquerons que les points A', B' auront néanmoins conservé eux-mêmes toute la netteté de leurs contours.
Donc, pour tout objectif, il y a une distance à partir de laquelle les angles de divergence sont tellement semblables entre eux, où tous les points rayonnants réfléchissent, eu égard aux diamètres des verres usités en optique, des pinceaux d’une si faible parallaxe, que les
rayons dont ils se composent peuvent être considérés comme parallèles.
Pour le photographe, cette loi est de la plus haute importance, car il peut, comme nous allons le démontrer, être certain, en s’y conformant, de rendre la nature exactement comme nos yeux la voient.
La distance a la lentille du plan unique où viennent se peindre nettement tous les objets extérieurs, quel que soit leur éloignement, se nomme, en optique, le plan du foyer principal de l’objectif.
Nous sommes , d’après ce qui précède , en droit d’émettre ce principe fondamental et incontestable : dès qu’un objet sera suffisamment éloigné d’une lentille convergente pour que son image vienne nettement se réfracter sur une glace à son foyer principal, tous les objets situés à des distances inégales et encore plus éloignées, viendront aussi se peindre dans le même plan.
Nous conclurons de ce principe que, si un objectif est de courbes bien calculées pour la correction de l’aberration de sphéricité , et diaphragmé de manière à arrêter les pinceaux trop obliques, il donnera à son foyer principal l’image nette de tous les objets compris sous un angle normal de 3o degrés, dont le centre optique est le sommet; car ce qui est vrai pour l’axe principal de la lentille l’est aussi pratiquement pour les axes secondaires.
Pour nous rendre un compte exact de la dimension des images que nous pourrons obtenir en nous renfermant rigoureusement dans la loi du foyer principal, faisons une dernière expérience. Examinons le rapport qu’il y a entre la distance la plus rapprochée A (fig- 34) et celle de son image, en prenant la lentille comme point intermédiaire. En mesurant les distances à la lentille de
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l’objet réel et de son image réfractée sur la glace, nous verrons que la dernière est contenue 99,99 dans la première. Ceci est rigoureux et invariable pour les objectifs de tous les foyers.
Qu’en devons-nous conclure ?
C’est que toutes les fois que l’objet le plus rapproché d’une lentille sera réfracté en arrière en une image nette qui représentera en nombre rond le centième de sa hauteur ou le dix-millième de sa surface, il sera exactement au foyer principal du système optique convergent. Comme conséquence, nous dirons que tout objet peut se peindre nettement sur un plan en arrière d'un objectif \ concurremment avec les objets plus éloignés que lui, pourvu que , par sa distance , le premier soit réduit au dix-millième de sa surface.
Donc, en plaçant une chambre noire à une distance telle des premiers plans d’un paysage, que ceux-ci soient réfractés au foyer principal de l’objectif, on peut être assuré d’obtenir une image nette, tant de ces premiers plans que de l’horizon.
Voyons quelles sont les conditions à remplir pour obtenir une pareille image sur une glace de 5o centimètres de côté.
La diagonale de cette surface étant de 70 centimètres, et un bon objectif ne pouvant donner comme champ de netteté que la moitié de sa distance focale principale, il nous faut, pour une pareille image, une lentille d’un foyer de ira,4o. En vertu des principes émis, a quelle distance des premiers plans devons-nous nous placer pour que l’image soit nette jusqu’à l’horizon? A i/jo mètres! A cette1 distance, quelle sera la hauteur d’un homme placé au premier plan pour servir d’échelle? 18 millimètres! Jugez du reste et des détails perdus dans ces premiers
\e ct\ 25
plans, si nécessaires cependant pour l’effet de la perspective.
Quand on fait sur place une photographie de i mètre, ce même homme, au lieu de gagner de l’importance, est quatre fois plus petit, c’est-à-dire de la hauteur d’une mouche.
Dira-t-on qu’une pareille épreuve rend la nature telle que nous la voyons; non certes, car pour voir ou copier un paysage, jamais un artiste ne se placera à i/jo mètres de ses premiers plans.
Les grandes photographies, prises directement d’après nature, ne peuvent être autre chose que des rideaux de fond. Plus les différents plans y seront nets, plus elles manqueront d’échelle et de perspective : ceci est mathématiquement et physiquement vrai.
Tandis qu’à 10 mètres de nos yeux, c’est-à-dire à la distance où nous nous plaçons pour voir un ensemble, nous reconnaissons qu’un arbre, un objet quelconque de i mètre de diamètre sous-tend un angle de plus de 5 degrés, et qu’il nous dérobe, par conséquent, le sixième environ du champ de vision; tandis que par son importance il repousse les seconds plans, recule les lointains et nous donne à lui seul le sentiment de la perspective; nous voyons que ce même objet, pris photographiquement à 100 mètres comme premier plan, ne sous-tend plus qu’un angle insignifiant de 34 secondes, ce qui fait que dans une épreuve de la grandeur que nous venons d’indiquer, il devient un fil qui se confond aisément avec les objets distants de i kilomètre.
Condamnés d’une part , s’ils appliquent, la loi des foyers conjugués, à laisser dans le vague les horizons ou les 'premiers plans, forcés d’autre part, s’ils se renferment dans la loi du foyer principal, à ne produire que
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de très-petites images, les photographes n’ont, jusqu’à présent, jamais pu faire d’épreuves pittoresques de la dimension d’une feuille dç papier. Elles manquent nécessairement de premiers plans, ou plutôt ceux-ci sont pris à des distances si considérables, que jamais elles n’ont de rapport ni avec ce que nous voyons dans la nature, ni avec un vrai tableau.
Nous aimons trop la photographie pour en exposer ainsi les défauts, si nous n’étions en mesure de présenter le remède à côté du mal.
Les lois de l’optique nous permettent, par leur application plus rationnelle, de résoudre d’une manière complète l’important problème de la reproduction photographique de la nature , en ce qui intéresse la vérité de la perspective et la relation des différents plans entre eux. Le lecteur a déjà compris que nous voulons parler de l’agrandissement.
Pour obtenir l’image des objets dans les conditions 011 nous nous plaçons nous-mêmes 'pour les voirie mieux, qu’y a-t-il à faire? Construire un instrument pour lequel l’infini, la vision distincte et nette, si nous pouvons nous exprimer ainsi , commence à la ^distance où se mettrait un artiste pour regarder et copier le paysage que nous avons sous les yeux; une chambre noire qui soit en un mot comme un œil pouvant conserver l’impression qu’il reçoit des objets extérieurs.
C’est par cela que nous avons commencé ; nous avons combiné un petit appareil auquel nous donnons le nom de chambre automatique , parce qu’il ne se met pas au point et s’y trouve toujours de lui-même pour toutes les distances, à partir de neuf ou dix pas jusqu’à l’horizon [fi g. 55).
Depuis quelque temps, entre les mains d’un grand
nombre d’amateurs , cette petite chambre noire leur
donne d’excellents résultats. C’est un petit cube de
Fi,. 55.
cuivre A, d’un décimètre de côté, dont l’objectif G, construit comme nous l’avons indiqué plus haut, mis micrométriquement au foyer sur l’image aérienne, donne un champ de netteté d’une grande finesse, dont la diagonale est de 83 millimètres; l’image réfractée au foyer chimique principal est parfaite et sans déformation sur une glace de 6 centimètres.
Pour s’en servir, on ferme, au moyen de l’obturateur H, l’objectif placé au centre de la partie antérieure JJ, et après avoir placé une petite glace au collodion sec ou humide dans le châssis EFLM , que l’on referme, on place la chambre sur son pied dont la hauteur est calculée pour que les premiers plans à neuf ou dix pas soient compris dans l’épreuve. Comme cette petite chambre ne porte pas de glace dépolie, on choisit son paysage au moyen de l’alidade B en plaçant l’œil en D. Cette alidade ne renfermant aucun système optique, ce sont les objets eux-mêmes que l’on voit. Ils ne sont, par conséquent, pas renversés, en sorte que le choix du motif est facile. Cette pièce porte un niveau â bulle d’air C, qui permet de donner au tout une position horizontale. Ce qui sera compris dans le petit cadre B sera réfracté sur la glace
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sensible. Cette chambre noire se place dans une boîte de la dimension de celles des peintres paysagistes, laquelle contient en outre les produits chimiques, bassines, etc., nécessaires pour plus de cent épreuves et sert de laboratoire pour opérer en pleine campagne au collodion humide (fig- 56).
Fijj. 56.
AEF abat-jour permettant de voir à l’intérieur par le verre jaune C.
A, Y parois en bois verni.
H position de la chambre noire simple ou double.
R planchette pour le nettoyage de la glace S.
P, I bassines pour la sensibilisation et le développement.
T plancher sous lequel se renferment ces dernières après les opérations terminées.
Al planche servant de fermeture au laboratoire pendant la sensibilisation ou le développement.
L ventouse au moyen de laquelle on saisit la glace K après avoir passé le bras O dans la manche terminée par une poignée élastique.
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Réduit à des proportions aussi insignifiantes, le bagage du photographe permet d’explorer les sites d’un accès difficile, de s’installer partout et seulement à une dizaine de pas des objets qu’on veut avoir en premiers plans.
Reproduisant le paysage à la distance où nous nous plaçons nous-mêmes pour le regarder; posée sur une planchette d’un diamètre calculé pour que, si l’on veut faire des stéréoscopes, les deux images soient réfractées à l’écartement moyen de nos yeux, elle donne, en même temps que des types qui supportent un très-fort grossissement, des clichés stéréoscopiques qui, convertis en positifs sur verre par la méthode que nous indiquerons plus bas, donnent des épreuves d’un relief naturel et qui ne présentent pas l’aspect de découpures de carton sans épaisseur.
Pour obtenir simultanément sur une seule glace les
deux épreuves stéréoscopiques, nous avons imaginé une chambre double MKDEF {fi g. 57)., dont les objectifs
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N, N, A, B ont leurs centres à l’écartement moyen des deux pupilles.
Avec l’appareil que nous décrirons plus bas , qui agrandit un peu les clichés et les redresse sans qu’il soit besoin de couper la glace pour les intervertir, on fait, sans aucune peine à la grandeur ordinaire et au collodion humide, des épreuves stéréoscopiques sur verre d’un relief et d’un modelé remarquables.
La chambre double , basée sur le même principe que la chambre simple, porte, comme cette dernière, une alidade D ettm niveau à bulle d’air E; elle est intérieurement séparée en deux parties par un diaphragme Y, le châssis BS est inamovible et se ferme au moyen du couvercle TG , la face antérieure PI porte les deux objectifs X qui peuvent être ouverts ou fermés simultanément au moyen de la bielle CG.
Quant à l’instrument auquel nous avons donné le nom de chambre automatique positive pour stéréoscopes sur verre, il suffit de jeter un coup d’œil sur la fig. 58 pour en comprendre Fusage.
Cet appareil est représenté brisé pour qu’on en puisse voir l’intérieur.
C’est une boîte oblongue qu’on place à 45 degrés sur la planche AB d’un pied d’atelier P, ou sur tout autre support. Cette boîte, divisée suivant sa longueur par un diaphragme DF, porte, à sa partie moyenne, un système optique O redresseur et amplifiant. On place dans le châssis GH les deux négatifs de la chambre automatique simple ou celui de la chambre double, et dans le châssis C un verre au collodion humide. En ouvrant les volets G, H ensemble si les deux épreuves négatives sont d’égale force, ou successivement dans le cas contraire et exposant pendant quelques secondes l’instrument à la lumière diffuse, on obtient dans le châssis une épreuve stéréoscopique sur verre de la grandeur ordinaire, et a laquelle, par le développement, on peut donner une douceur et un charme inaccoutumés.
Cet instrument rend facile, pour tout le monde, le tirage des épreuves stéréoscopiques sur verre, si belles d’effet et si difficiles â faire par les amateurs. Il dispense de la préparation des glaces â sec en donnant le moyen d’obtenir au collodion humide, et en quelques secondes, des épreuves sur verre plus parfaites et mieux modelées.
Revenons un moment aux petits négatifs obtenus par la chambre automatique.
Les premiers plans de l’image y sont pris â neuf ou dix pas, l’épreuve est parfaitement nette depuis ceux-ci jusqu’à l’horizon; aucune déformation n’a pu se produire; l’angle sous-tendu est de 3o degrés, line s’agit donc plus que de l’agrandir pour avoir un vrai tableau. Les plans de ces images conservent entre eux , à quelque dimension qu’on les amène, les rapports qu’ils ont pour nos yeux dans la nature; les artistes n’auront plus à reprocher à ces épreuves amplifiées le manque de perspective et de profondeur.
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Après avoir démontré que si l’on veut donner par l’agrandissement à une épreuve photographique l’effet d’un vrai dessin, il faut d’abord que cette dernière soit prise à la distance où nous nous placerions nous-mêmes pour bien voir, et ensuite qu’elle soit très-nette depuis les premiers plans jusqu’à l’horizon, nous n’ajouterons que quelques mots sur l’opération même de l’amplification.
Comme pour les conditions optiques dans lesquelles il faut établir la chambre noire, nous poserons ici quelques principes dont, relativement à la réussite de l’amplification, l’expérience et la théorie nous ont démontré l’importance (i).
La lumière solaire est de beaucoup préférable à la lumière diffuse et à la lampe électrique; cette dernière, cependant, peut donner de très-bons résultats quand on se place dans de bonnes conditions d’éclairage.
Si l’on emploie, comme dans l’appareil dit américain , de grandes lentilles de crown pour concentrer les rayons du soleil, il est indispensable, pour obtenir l’achromatisme et le parallélisme des pinceaux, d’interposer dans le cône lumineux, entre le concentrateur et le cliché, une lentille de flint d’un foyer tel, qu’elle replace le faisceau dans les conditions où il serait s’il venait directement de l’infini.
La lumière solaire doit traverser le cliché perpendiculairement à son plan.
Tout cliché éclairé , comme dans l’appareil américain, par un faisceau conique réfracté au moyen d’une grande lentille convergente non achromatique ne pourra donner
(i) Voir pour ]es détails de la chambre automatique et les procédés pratiques de l’amplification, détails qui ne rentrent pas dans le cadre de cet ouvrage, le Bulletin de la Société de Photographie t année 1860, p. 174.
3g4 DEUXIÈME PARTIE.
une image très-nette ; le champ de lumière étant dans ce cas, comme nous l’avons démontré ailleurs, composé de zones concentriques d’un pouvoir éclairant très-inégal. Dans un pareil système, la réfraction nulle au centre et augmentant à mesure que l’éclairage gagne les bords, les rayons de tons d’inégale réfrangibilité faisant en outre leur foyer à des distances différentes, on comprend quelle perturbation doit se produire dans la marche générale de la lumière.
Lorsqu’on emploie les grands appareils concentrateurs à lumière parallèle* comme celui que nous avons autrefois présenté à la Société française de Photographie, il est presque indispensable de se servir en même temps du grand héliostat de L. Foucault, dont la marche si régulière peut maintenir une journée entière le faisceau solaire dans l’axe de l’instrument. Sans cela il faut à la main recentrer le soleil toutes les dix secondes au moins, ce qui exige une rare patience, car au chlorure d’argent sec, avec un agrandissement de dix diamètres , une épreuve ne met pas moins d’une heure et demie à venir. Il faut, en second lieu, être installé dans un endroit calme, loin du passage des voitures ou de toute autre cause d’ébranlement. A la campagne, avec l’héliostat, ces appareils donnent directement sur papier positif de magnifiques résultats.
Mais comme il est difficile, pour beaucoup de photographes, de réunir toutes ces conditions et d’acquérir des appareils aussi coûteux, nous proposons, pour l’opération du grossissement, les dispositions simples que nous employons depuis dix ans dans nos expériences, et qui nous ont permis d’atteindre, avec une netteté qui ne sera contestée par personne, l’énorme amplification de ‘^5oo diamètres.
Dans ces dispositions, la lumière traverse le cliché
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perpendiculairement a son plan en faisceau de rayons parallèles? lesquels tombent ensuite sur toute la surface' de l'objectif diaphragmé à son foyer principal,,
Aucun phénomène de diffraction ne se produit avec ce système; l’image est nette et également éclairée du centre jusqu’aux bords; la lumière est vive et l’opération rapide. Nous supprimons les concentrateurs, dont la matière n’est jamais homogène.
L’usage du papier au chlorure d’argent sec donne lieu d’ailleurs, par sa lenteur, a tant d’insuccès, que, malgré son apparente simplicité, il demande plus de peine que la méthode dont nous nous servons, et ne présente pas, à beaucoup près, d’aussi bons résultats.
Il nous a donc semblé préférable de faire construire , pour agrandir les épreuves de la chambre automatique et celles des stéréoscopes, un petit instrument simple, peu pesant, qui se manie avec facilité, n’échauffe pas les clichés, et qui donne sur papier chloruré humide des images très-nettes en moins d’une minute.
Il se compose d’une platine portant une glacevÀB
ifig* 59), sur laquelle viennent tomber les rayons solaires
S, et que l’on fait mouvoir au moyen d’un mouvement parallactique G, D. On amène et l’on maintient aisément le faisceau réfléchi dans l’axe des lentilles I, H, en tournant le bouton de la tige C et celui figuré en D.
On introduit le cliché négatif fixé au cadre E dans la fente O, et l’on met au point l’image sur l’écran avec le bouton M.
Après avoir traversé les parties plus ou moins transparentes du négatif, les rayons se croisent en un point K qui est le foyer principal du systèmè amplifiant, et c’est à ce point qu’on place le diaphragme figuré en K'. Ce diaphragme est percé de deux ouvertures: l’une, N, est munie d’un verre jaune qui permet de voir si l’image est bien centrée sur le papier sensible; l’autre, M, donne passage à la lumière. Enfin, une partie O de cette pièce est pleine pour masquer complètement le jour.
Ce petit appareil donne d’excellentes images, comme on a pu s’en convaincre tant aux expositions de Londres et de Paris qu’à la Société de Photographie,
Les rayons du soleil, à cause de la position du diaphragme qui arrête la seconde image fournie par la lumière diffuse, sont seuls employés à l’éclairage. Ces derniers ne peuvent, sans disparaître, dévier de l’axe des lentilles; en sorte que l’image ne saurait glisser sur la surface du papier sensible, et donner lieu à la superposition imparfaite de plusieurs impressions successives; quelques secondes suffisent pour une épreuve directe sur une feuille entière de papier préparée comme nous l’avons ailleurs indiqué, en sorte qu’il n’est pas nécessaire de recentrer le soleil pendant l’opération. Enfin, l’expérience nous a démontré qu’une épreuve agrandie n’est ni plus longue ni plus difficile à tirer qu’une épreuve ordinaire faite au châssis sur papier positif.
DIVKRS.
Nous terminerons en disant que tout ee qu’on vient de lire à propos du paysage peut également s’appliquer aux portraits et aux objets de haut relief.
Nous ferons seulement remarquer que, avec un objectif d’un foyer quelconque , tout portrait fait plus grand qu’au centième de la hauteur de l’oriçinal ou au dix-millième de sa surface sera nécessairement déformé, ne pouvant présenter au point qu’un seul plan. Comme les déformations croissent en raison du carré des grossissements, ' le lecteur se rendra compte du triste effet que produisent sur lui les portraits agrandis et non retouchés, dont les types n’ont pas été faits conformément à cette loi.
11 est indispensable , pour obtenir de bons résultats, sinon de s’v renfermer rigoureusement, du moins de s’en rapprocher assez pour que ces déformations qui choquent a si juste titre le goût des artistes et sont si désagréables a tout le monde, deviennnent à peu près insensibles. Plus le type primitif sera petit , plus l’épreuve agrandie sera d’un dessin correct et conforme à la nature.
Pour faciliter l’obtention de négatifs d’une netteté telle, qu’ils supportent un agrandissement considérable , nous
avons fait construire aussi une chambre automatique [fig. 6o), qui se trouve micrométriquement au point
3g8 DEUXIÈME PARTIE.
pour l’image chimique aérienne à une distance invariable.
Comme dans l’appareil pour paysage , on place l’objectif G, H dans la direction des objets, au moyen de l’alidade D, C, B.
La distance de l’objet est mesurée à partir de la platine IJ. Tout l’appareil A est en cuivre, pour que l’état hygrométrique de l’air ne puisse faire varier le foyer. La glace sensible, maintenue dans le châssis LM, repose sur des coins de glace dont l’épaisseur est mesurée au sphéromètre et maintenue bien appuyée contre ces derniers par un ressort F fixé au volet E. Comme dans la chambre automatique pour paysage, les faces IJ et LM sont rigoureusement parallèles.
En résumé, après avoir indiqué les conditions optiques dans lesquelles nous devons nous renfermer pour obtenir par l’agrandissement des épreuves photographiques beaucoup plus régulières, plus en perspective et infiniment plus saisissantes d’effet que tout ce qu’on a encore produit, nous n’avons plus qu’à former un voeu dont la réalisation est moins de notre compétence.
C’est que les chimistes trouvent un support d’un grain plus fin que le collodion et s’impressionnant à la lumière aussi rapidement que ce dernier. Si l’albumine était aussi sensible que le collodion, l’agrandissement n’aurait pas de limites, car elle ne présente aucune trace de réseaux.
Nous ne doutons pas que l’avenir de Sa photographie n’appartienne à cette voie nouvelle, et nous voyons avec plaisir arriver le moment où, tout en obtenant des résultats préférables, les photographes seront débarrassés de ces formidables appareils qui découragent, par leur valeur et leur poids, les plus intrépides.
Bientôt, nous l’espérons, il ne sera plus permis aux voyageurs, artistes, amateurs, simples touristes, de partir
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sans emporter dans un coin de leur valise un petit appareil analogue à celui dont nous avons donné la description. Déjà les types qui servent à faire et à mettre en perspectives les panoramas de Magenta et de Solferino ont été faits avec la chambre automatique.
Au lieu de dessiner les premiers pians à la chambre claire pendant des mois et des mois, ils ont pu être pris en une matinée, eux et tout le tour d’horizon, et cela avec une certitude toute mathématique, et des effets que l’agrandissement rend des plus pittoresques. Des archéologues, des peintres, nous ont déjà rapporté d’excursions lointaines les sujets d’études les plus variés, sans prendre beaucoup de peine. Ces petites épreuves, agrandies- ou converties en épreuves stéréoscopiques sur verre, sont, nous pouvons le dire, d’une remarquable vérité.
Enfin, si nous contribuons pour notre petite part à diriger la photographie dans cette voie nouvelle et riche d’avenir, nous ne regretterons ni le temps que nous y avons consacré, ni la peine que nous nous donnons pour en faire comprendre la portée.
§ 219. Épreuves microscopiques. — Pour obtenir ces épreuves, qui ne sont visibles que sous un fort grossissement, M. Bertsch vient de construire une petite chambre automatique spéciale, dont la mise au point est invariable et rigoureusement déterminée pour une distance quelconque à partir d’un mètre. On peut reproduire ainsi, avec des clichés ordinaires, des épreuves positives microscopiques de la plus grande finesse. Toutes les opérations sont les mêmes que pour obtenir une épreuve positive à la chambre noire, § 142; on doit seulement avoir soin d’employer un collodion bien fluide et ne donnant pas de réseau.
4oo
Cette chambre noire HIJ ( fig . 6 1 ) se place, au moyen de l’alidade G, devant le cliché, à une distance quel-
Fig. 61.
conque, à partir de i mètre. Plus on l’éloigne, plus l’épreuve obtenue est petite, sans rien perdre de sa netteté. Elle se renferme, ainsi que les produits chimiques et les glaces D, dans la boîte ABC, qui contient en outre le microscope F, destiné à voir tout de suite si l’épreuve est réussie. Les flacons i et 2 ont leur ouverture horizontalement rodée, en sorte que la glace collodionnée s’y applique hermétiquement. 11 suffit alors d’agiter, en maintenant entre le pouce et l’index, la glace collodionnée sur le flacon n° 1, contenant le bain d’argent, pour opérer la sensibilisation. Le développement se fait de la meme manière sur le flacon n° 2, contenant le bain de fer. Une goutte de cyanure est versée du flacon n° 3, après le lavage , sur l’épreuve développée pour la fixer. Le flacon n° 4 contient le collodion.
DIVERS
4oi