‹ Chimie photographiqueChapitre 76 sur 109 · EXTENSION DES PROCÉDÉS DE GRAVURE · texte numérisé non relu

EXTENSION DES PROCÉDÉS DE GRAVURE

§ 259. Incrustations. — M. Niepce a fait plusieurs applications remarquables de son procédé que nous avons rapporté plus haut. Substituant le marbre ou le verre à la planche d’acier, il a obtenu par les mêmes moyens des dessins formés par une couche de bitume de Judée inattaquable par les acides étendus; partout où la lumière ne frappe pas, le dissolvant employé pour faire paraître l’image laisse a nu la surface du marbre ou du verre. Il suffit, pour obtenir un dessin en creux, d’attaquer le marbre par l’acide azotique étendu, ou le verre par l’acide fluorhydrique. L’action de l’acide donne une image exacte du dessin, dont on peut augmenter l’intensité et varier les effets, surtout quand il s’agit du marbre, en remplissant les creux de divers oxydes métalliques colorés.

§ 260. Damasquinure. — Ces mêmes procédés permettent également d’obtenir sur métal une damasquinure héliographique. Il y a deux manières différentes de procéder.

L’enduit de bitume de Judée, ayant donné un dessin par faction de la lumière, forme sur la surface qu’il re-

couvre une réserve qui s’oppose aux diverses réactions que Ton veut faire subir à la plaque. Si cette plaque est formée de deux métaux superposés, il suffira d’attaquer le métal superficiel pour mettre à nu le métal sous-jacent, et la réserve de bitume s’opposant à l’action de l’acide dans les différentes parties où elle est restée insoluble, on obtiendra ainsi par enlevage une damasquinure, c’est-à-dire un dessin formé par deux métaux de couleur différente.

On réalise un effet du même genre, en prenant une plaque formée d’un seul métal, en la recouvrant d’un dessin héliographique au moyen du bitume de Judée et la plongeant ensuite dans un bain métallique et même en la soumettant dans ce bain à l’action d’un courant électrique. Le métal en solution se dépose sur la plaque partout ou il n’y a pas de bitume de Judée formant réserve et donne ainsi un effet de damasquinure par application .

IJTHOPHOTOGRAPHIE.

§ 261 . Emploi du bitume de Judée. — Pour obtenir sur pierre par la photographie une image qui présente les mêmes propriétés que le dessin lithographique, il faut une substance qui réunisse les conditions suivantes :

Former sur la pierre une couche uniforme;

Etre sensible à la lumière, de telle sorte qu’un lavage ultérieur puisse mettre à nu toutes les parties blanches du dessin, et dégager les demi-teintes;

Conserver assez d’adhérence sur la pierre pour préserver celle-ci de l’action du mordant;

Enfin présenter un enduit susceptible de recevoir l’encre lithographique ordinaire.

Le bitume de Judée primitivement employé par NicéphoreNiepce (page 446), et resté depuis sans application à la photographie, nous a paru réunir toutes ces condi-

PROCÉDÉS PHOTOGRAPHIQUES. /p 7

lions, et nous sommes parvenus en effet, par des procédés qui nous sont communs avec MM. Lemercier et Lerebours (1), à obtenir, avec cette substance, des épreuves d’une grande finesse et d’une vigueur remarquable ; nous conseillons d’opérer de la manière suivante :

On prend une certaine quantité de bitume que l’expérience peut seule déterminer, attendu que la solubilité de tous les bitumes diffère sensiblement. On le broie en poudre fine, et l’on en fait une dissolution dans l’éther. Cette dissolution éthérée doit être faite de telle sorte que, répandue sur la pierre, elle y laisse une couche très-mince régulière et formant non pas un vernis, mais ce que les graveurs appellent un grain : en observant la pierre avec une loupe, on doit constater que cette couche présente sur toute sa surface une sorte de cassure régulière et des sillons où la pierre est mise à nu. La finesse de ce grain, que l’on obtient parfait avec un peu d’habitude, dépend beaucoup de l’état de sécheresse de la pierre, de la température qui doit être assez élevée pour produire une volatilisation rapide, enfin de la concentration de la liqueur.

Il nous paraît que l’on facilite la formation du grain, en ajoutant à l’éther une faible proportion d’un dissolvant moins volatil que celui-ci.

La dissolution de bitume ainsi préparée, on prend une pierre lithographique ordinaire, on la met parfaitement de niveau sur un pied à caler, on y passe un blaireau pour enlever la poussière, et on y verse, après avoir filtré, la quantité de liquide nécessaire pour couvrir toute

(1) Les premiers essais de lithophotographie sont dus à l’initiative de M. Barreswil qui s’est associé INI . Lemercier, lithographe, et M. Lerebours, opticien. Les spécimens publiés en 1 853 par l’imprimerie Lemercier ont été obtenus avec la collaboration de M. Davanne.

ïa surface; l’excédant déborde et tombe de chaque côté, et pour empêcher le retour du liquide sur lui-même, ce qui formerait double épaisseur, on passe sur les arêtes de la pierre une baguette de verre qui facilite l’écoulement.

On doit éviter, pendant toute cette opération, la moindre agitation dans l’air, provoquée, soit par l’haleine, soit par des mouvements trop brusques du corps; elle produirait des ondulations sur la surface du liquide; le bitume serait alors d’inégale épaisseur, et l’opération devrait être recommencée.

Lorsque la couche est parfaitement sèche, on y applique un négatif (i) obtenu par un procédé quelconque, et on expose à une vive lumière pendant un temps plus ou moins long que F expérience peut seule indiquer. Quand on juge l’opération terminée, on enlève le négatif et on lave la pierre à l’éther.

Partout où la lumière a pu traverser, le bitume devenu insoluble reste sur la pierre; il se dissout, au contraire, partout où il a été protégé par les noirs du négatif. Si le temps de pose a été trop court, l’image sur la pierre est trop légère et n’offre pas de demi-teintes; s’il a été trop prolongé, l’image est lourde et les finesses sont perdues.

Le lavage a l’éther doit être fait largement; sans quoi il se formerait des taches que l’on ne pourrait plusenlever.

L’épreuve, bien réussie et sèche, reçoit alors les mêmes préparations qu’une épreuve faite au crayon lithographique; elle est d’abord acidulée à l’acide faible additionné , de gomme pour ménager les blancs et donner plus de transparence au dessin, lavée ensuite à grande eau, s’il y

(i) Pour la lithographie et les planches en relief, on emploie un négatif; pour les planches en creux on se sert d’un positif.

a lieu, à l’essence de térébenthine, et enfin encrée avec l’encre lithographique ordinaire. Une pierre bien préparée, convenablement acidulée, dont le bitume n’a pas été brûlé par une exposition trop longue, doit prendre l’encre immédiatement quand on passe le rouleau, et donner un dessin d’un grain serré et régulier, sans qu’il soit nécessaire d’y faire la moindre retouche. On tire avec cette pierre comme avec toute autre pierre lithographique; le dessin s’améliore beaucoup au tirage, il devient plus transparent et plus brillant. On peut obtenir un même nombre d’épreuves qu’avec le procédé ordinaire de la lithographie; jusqu’ici nous n’avons pas vu une seule pierre qui fût fatiguée, pourtant nous en avons préparé un grand nombre, et nous avons eu l’occasion de faire un tirage assez considérable.

§ 262. Emploi cia bichromate dépotasse. — M. Poitevin adonné la description suivante du procédé dans lequel il remplace le bitume de Judée par le mélange d’un sel chromique avec une matière organique soluble, mélange déjà proposé par M. Talbot pour la gravure :

« Pour préparer les pierres lithographiques, j’appli- > que à leur surface un mélange de matière organique » (gomme, gélatine, albumine) et de dissolution concen- » trée et à volume égal de chromate ou de bichromate y> de potasse. Après dessiccation de la couche sensible, * je place le cliché du dessin à reproduire et j’expose à » la lumière; puis je recouvre la pierre d’une couche » uniforme d’encre lithographique au moyen d’un rouî leau ou d’un tampon; en mouillant ensuite à l’éponge » et passant le même rouleau, l’encre disparait. Le des- » sin s’égalise en lui faisant subir les opérations lithogra- » phiques connues, c’est-à-dire l’enlevage à l’essence et

4 6ü DEUXIÈME PARTIE. — PROCEDES PHOTOGRAPHIQUES.

j» le réencrage au rouleau; il est ensuite gommé, encré » de nouveau, et acidulé, puis soumis a l’impression » lithographique ordinaire. »

L’emploi de la gélatine ou de la gomme, ou de l’albumine additionnée du bichromate soluble, a été repris dans un grand nombre de procédés publiés par MM. Toowey, Régnault, Delafolie, etc., etc.; les modes d’application peuvent varier dans chacun de ces procédés, mais le point de départ est toujours le même : l’insolubilité, que le mélange acquiert lorsqu’il a été frappé par les rayons lumineux.

PHOTOSCULPTURE.

§ 263. En terminant ce chapitre sur les diverses applications de la photographie, nous devons dire quelques mots de la photoseulpture, ou procédé pour obtenir des statuettes ou bas-reliefs, au moyen d’épreuves prises à la chambre noire. Le modèle est placé au centre d’une rotonde vitrée autour de laquelle sont braqués vingt-quatre objectifs de même foyer, placés à égale distance les uns des autres. On obtient ainsi d’une personne vingt-quatre contours.

Au moyen d’un appareil a agrandissements, on projette l’un après l’autre les profils sur une surface plane, et on en suit successivement les contours avec la pointe d’un pantographe. L’autre pointe pénètre dans un bloc de terre à modeler, auquel on fait subir pour chaque image de sa rotation totale, et l’on façonne de cette manière une ébauche très-avancée, que le sculpteur peut ensuite terminer rapidement.

VOCABULAIRE

VOCABULAIRE

Acétate d’ ammoniaque.

(ÀzH1 * 3,H0,C4H303 = 960,50 par O = 100 ou par 77 H = 1.) (r)

Ce sel, composé d’acide acétique et d’ammoniaque, connu autrefois sous le nom d’esprit de Mendererus, a été appliqué aux opérations photographiques comme agent accélérateur pour faire paraître les épreuves négatives : on l’emploie mélangé à l’acide gallique. On le prépare en saturant l’ammoniaque liquide du commerce par l’acide acétique ordinaire, de telle sorte que la dissolution rougisse légèrement la teinture de tournesol bleue ; on ajoute alors de nouveau une trèspetite quantité d’ammoniaque jusqu’à ce que le papier rouge, laissé dans la liqueur, reprenne sa teinte bleue; le liquide filtré est concentré par la chaleur. Pour obtenir plus facilement ce sel cristallisé, on peut employer l’acide acétique cristallisable et y faire passer lentement un courant de gaz ammoniac.

Acétate d’argent.

(AgO, C*H303= 2086, 5o par O ou 167 par II.)

(1) Afin de correspondre avec les divers Traités de Chimie nous donnons deux équivalents; le premier O = 100 est calculé d’après l’oxygène, le

second H = 1 l’a été d’après l’hydrogène. On peut obtenir ce second

nombre en divisant le premier par 12. 5o équivalent de l’hydrogène,

(hoirie tableau des équivalents, p. 8.)

Composé formé de 1 équivalent d’acide acétique et de 1 équivalent d’oxyde d’argent, peu soluble dans l’eau et encore moins dans une dissolution contenant soit des acétates solubles, soit de l’azotate d’argent. Ce peu de solubilité fait qu’il se dépose en aiguilles fines toutes les fois qu’on mélange une dissolution légèrement concentrée d’azotate d’argent, avec une dissolution d’un acétate soluble quelconque, de potasse, de soude, d’ammoniaque ou de chaux, ou que l’on ajoute une base ou un carbonate dans un bain d’acétonilrate d’argent.

D’après ces propriétés on se rend facilement compte des diverses réactions qui se produisent lorsqu’on met en contact l’acétonitrate d’argent avec le noir animal qui renferme du carbonate et du phosphate de chaux ; l’acide acétique contenu dans l’acétonitrate est saturé par le carbonate de chaux : en totalité ou en partie, suivant la quantité du noir ajouté, il se produit de l’acétate de chaux qui, en contact avec l’azotate d’argent, donne immédiatement lieu à une double décomposition ; il se forme alors de l’azotate de chaux et de l’acétate d’argent, lequel se dépose en longues aiguilles. Il se fait également un dépôt d’acétate d’argent quand on prépare dans le bain positif des feuilles de papier contenant des acétates solubles, soit qu’on les ait ajoutés à dessein, soit qu’on ait mis de l’acide acétique dans de l’albumine en voie de décomposition. Les aiguilles d’acétate d’argent ne se montrent souvent que lorsqu’on a remonté le bain, parce qu’alors la solution d’argent devient plus concentrée.

Acétate «le elia®siL«

(Ca0,C*II303, anhydre 987,50 par O ou 79 par II.)

Analogue à l’acétate d’ammoniaque et composé d’acide acétique et de chaux, on l’obtient directement en versant de l’acide acétique ordinaire (acide pyroligneux du commerce) sur du carbonate de chaux (craie ou blanc de' Meudon, ou blanc d’Espagne): il faut avoir soin que le carbonate soit en excès. On décante la dissolution après quelques heures de contact, et on la concentre par la chaleur jusqu’à ce qu’il se forme une croûte à sa surface; on filtre; on abandonne alors au

VOCABULAIRE. 463

refroidissement et on recueille le corps solide souvent cristallisé en fines aiguilles.

L’acétate de chaux pur est entièrement soluble dans l’eau distillée ; la dissolution très-étendue avec de l’eau distillée n’est pas précipitée par une goutte de dissolution d’azolate d’argent, ni par l’addition de son volume d’alcool.

L’acétate de chaux a été conseillé par quelques photographes comme agent accélérateur pour faire sortir les épreuves négatives; on ajoute quelques gouttes d’une dissolution saturée d’acétate de chaux à la dissolution également saturée d’acide gallique, et on verse ce liquide d’un coup sur l’épreuve humide. M. Jeanrenaud et d’autres photographes l’ont employé dans la préparation du bain de virage.

Acétate «le plomb ( Sucre ou sel de Saturne ).

( Pb O, C4H3033H0 = 2369,08 par O ou J90 par II.)

Proposé comme les acétates d’ammoniaque et de chaux pour accélérer la formation des images négatives, il est composé de 1 équivalent d’acide acétique uni à un équivalent d’oxyde de plomb et à 3 équivalents d’eau de cristallisation. On le prépare facilement en traitant la litharge par l’acide acétique en excès, et faisant cristalliser le produit; on le trouve suffisamment pur dans le commerce.

C’est un poison violent, et le nom de sucre de Saturne, qui rappelle sa saveur sucrée, a été cause de plus d’une méprise et d’applications dangereuses. L’acétate de plomb est entièrement soluble dans l’eau distillée, à la faveur d’une trace d’acide acétique ; calciné, il laisse un résidu jaune d’oxyde de plomb qui est à peu près insoluble dans l’eau.

Acétate de sonde cristallisé.

(Na O, C H3 O3 6 HO = 1699,67 par O ou i36 par H.)

Ce sel est préparé en grande quantité pour la fabrication de l’acide acétique cristallisable, en mélangeant l’acétate de chaux avec le sulfate de soude, séparant le précipité de sulfate de chaux et faisant cristalliser l’acétate de soude. A cet état il est toujours mélangé d’impuretés qui le rendent impropre à son

emploi en photographie, surtout à la composition du bain de virage d’acétate de soude mélangé de chlorure d’or qui a été conseillé par M. l’abbé Laborde ; la présence de matières étrangères et de quelques matières sulfurées amène une décomposition rapide de la solution. Il faut donc employer de l’acétate de soude préalablement purifié par cristallisations successives et par fusion à la température rouge sombre. On peut, du reste, trouver ce sel convenablement pur dans le commerce des produits chimiques. Essayé avec une solution de chlorure d’or, il ne doit pas donner de précipité sensible.

Acétique (Acide) [Vinaigre).

(C4H3Ô3HO = 750 par O ou 60 par H.)

Cet acide, d’une énergie très-grande, peut être obtenu à l’état solide; il se liquéfie à la température ordinaire: c’est alors un liquide incolore. On le trouve dans le commerce sous le nom d 'acide acétique cristallisable , glacial . Il représente au plus haut degré l’odeur et la saveur piquante du vinaigre, qui est (chimiquement parlant) de l’acide acétique impur étendu d’eau. On l’emploie, en photographie, pour faire avec l’azotate d’argent un mélange que les photographes sont convenus d’appeler acétonitrate d’argent ( acéto-azotate ).

On peut obtenir l’acide acétique de deux manières, soit par l’oxydation de l’alcool, soit par la distillation en vase clos de matières organiques, et surtout du bois. Dans le premier cas, le liquide alcoolique est soumis dans des conditions spéciales, le plus souvent sous l’influence de l’action vitale de végétaux microscopiques, à l’influence de l’air, et l’alcool ne tarde pas à se transformer en acide acétique. Dans le second procédé, on calcine des matières organiques non azotées, le bois, par exemple, à l’abri de l’air, pour les préserver de la combustion, et on recueille les produits de la distillation, parmi lesquels se trouve l’acide acétique. On peut, par une seconde distillation, obtenir de l’acide acétique très-impur et peu concentré, que l’on vend dans le commerce sous le nom d 'acide pyroligneux ; ou bien on sature l’acide pyroligneux impur par la chaux, puis on transforme l’acétate de chaux en acétate de soude par double décomposition et après avoir purifié ce

VOCABULAIRE

dernier, en le fondant à la température rouge sombre, on le décompose par l’acide sulfurique ; on obtient par distillation l’acide acétique cristallisable du commerce. On peut, en photographie, remplacer l’acide acétique cristallisable par l’acide pyroligneux préalablement rectifié, mais ce dernier étant moins concentré, il faudra en employer une quantité bien plus considérable.

L’acide acétique pur, soumis à l’évaporation, répand son odeur caractéristique; il ne laisse aucun résidu, n’est précipité ni par l’azotate d’argent, ni par l’azotate de baryte.

Acétonitrate d’argent (voir Acide acétique et Azotate d'argent).

L’ acétonitrate d'argent est un mélange d’azotate d’argent (nitrate d’argent), d’eau et d’acide acétique qui sert à donner la sensibilité aux papiers et aux glaces préparées: ce nom, que nous ne voulons pas changer, semble indiquer une combinaison chimique, mais rien ne prouve qu’il y ait réellement combinaison entre l’azotate d’argent et l’acide acétique, les deux corps gardant chacun leurs propriétés distinctes, et les proportions du mélange étant indéterminées. Nous devons seulement prémunir nos lecteurs contre les idées fausses que cette dénomination pourrait faire naître en eux.

Acides.

Nous rangeons sous ce nom les corps qui s’unissent aux bases pour former des sels (§7). Foii pour les caractères spéciaux au nom de chaque acide.

Air.

Mélange d’oxygène et d’azote qui constitue l’atmosphère. Foir 17) l’article spécial qui lui a été consacré.

Albumine.

L’albumine est une substance qui, lorsqu’elle est desséchée, se présente sous une apparence gommeuse ; elle est abondamment répandue chez les animaux et les végétaux. Le sang et le blanc de l’œuf en contiennent une quantité assez consi- 4e éd. 3o

dérable. C’est toujours des blancs d’œufs, où elle est à l’état le plus pur, qu’on l’extrait pour les besoins de la photographie* L’albumine ainsi récoltée doit être battue en mousse; cette opération a pour but de la rendre plus fluide, en déchirant toutes les larges cellules qui la retiennent comme dans un filet,

La propriété la plus remarquable et la plus utile de l’albumine en solution est de se coaguler, c’est-à-dire de devenir insoluble dans l’eau sans cesser pour cela d’être perméable à ce liquide; cette coagulation se fait à une température de 75 degrés, ou par faction de divers réactifs tels que l’alcool, l’éther, un grand nombre d’acides et de sels minéraux; l’albumine peut même former de véritables combinaisons avec quelques-uns de ces sels, comme l’azotate d’argent, le bichlorure de mercure.

Elle sert en photographie dans la préparation des glaces soit comme albumine iodurée, soit comme coliodion albuminé (procédé Taupenot); elle est également employée en quantité considérable pour la préparation des papiers positifs.

Alcali,

On a donné le nom général d 'alcali aux bases (voir § 7) très-solubles dans l’eau qui ont la propriété de ramener au bleu la teinture de tournesol rougie par les acides, de verdir le sirop de violettes, de brunir le papier de curcuma : telles sont la potasse et la soude caustiques en dissolution dans l’eau. La dissolution aqueuse du gaz ammoniac (l’ammoniaque), qu’011 a rangée parmi les bases, a reçu le nom d 'alcali volatil.

Alcool .

(C‘HG02 = 575 par O ou 46 par H.)

C’est un corps liquide, volatil, nommé communément espritde-vin, s’enflammant et brûlant à l’air avec la plus grande facilité; nous avons expliqué sa production, § 37 et 38, en disant que l’alcool est le produit de la fermentation des différentes espèces de sucre. Cette fermentation est due au développement d’un végétal microscopique, le Mycoderma vini. Sous cette influence la matière sucrée se transforme en alcool et en acide carbonique. Toutes les substances végétales contenant du

VOCABULAIRE. Z$7

sucre ou aptes à se transformer en sucre, comme le jus de la canne, de la betterave, du raisin, des différents fruits, la matière amylacée des différentes graines des céréales, des pommes de terre, la cellulose elle-même, lorsqu’elle a été transformée en matière sucrée par l’acide sulfurique, peuvent ainsi se dédoubler en alcool et acide carbonique: de là les noms divers d’alcool de vin, de mélasse, de betterave, de grain, de pomme de terre, etc. Dans tous ces produits l’alcool est le même, il ne doit les différences d’odeur ou de saveur qu’à des traces de matières empyreumaliques (éthers particuliers) qui peuvent en faire varier le goût, mais dont on peut se débarrasser par une distillation convenable. L’alcool de vin est celui qui est en général préféré.

On doit toujours, pour les opérations photographiques, se servir d’alcool rectifié; on peut, pour alimenter les lampes, employer l’alcool ordinaire (trois-six du commerce). Au moyen de Y alcoomètre centésimal de Gay-Lussac, on connaît directement la valeur réelle d’un alcool, c’est-à-dire la richesse en alcool absolu à la température de i5 degrés, en admettant toutefois que le liquide ne renferme que de l’alcool et de l’eau sans aucun mélange.

Alliages.

Nous avons dit que l’on appelait ainsi les combinaisons, définies ou non définies, des divers métaux entre eux.

Alumine.

(APO5 — 54-i ,80 par O ou 5s par H.)

Composée de 2 équivalents d’aluminium pour 3 d’oxygène, l’alumine est la base des argiles et des poteries; elle est l’un des principes constituants du tripoli. On peut obtenir de l’alumine parfaitement pure et en poudre légère, en calcinant lentement de l’alun ammoniacal pur et portant ensuite le résidu à une température rouge, ou bien en faisant passer un courant d’acide carbonique dans une dissolution d’aluminate de soude, lavant ensuite et calcinant le produit. Cette poudre, soumise à la lévigation, est bonne pour polir les plaques de daguerréotype et pourrait être employée au nettoyage des glaces.

Aluminium.

(Al = 170,90 par 0 ou i'4 par H.)

Métal qui uni à l’oxygène constitue l’alumine, l’un des composants de l’argile, des terres, briques, porcelaines, etc. Ce métal isolé est remarquable par son extrême légèreté et l’inaltérabilité relative qu’il doit à une légère couche d’oxyde. Sa couleur le place entre l’étain et l’argent. E11 photographie il a été employé utilement comme métal pour^diminuer le poids des montures d’objectifs.

L’aluminium, uni au chlore et à l’iode, forme le chlorure et l’iodure d’aluminium. L’iodure a été essayé dans la préparation du collodion photographique.

C’est du chlorure double de sodium et d’aluminium qu’on extrait le métal au moyen du sodium.

Les matériaux sont : le chlorure double d’aluminium et de sodium et le sodium.

Les produits sont : le chlorure de sodium et l’aluminium.

Alun.

Sel à saveur astringente et acide, peu soluble à froid dans l’eau : c’est un sulfate double de potasse [ou d'ammoniaque) et d’alumine. L’alun sert généralement à la composition des encollages du papier au moyen de la résine.

Amalgame.

On appelle amalgames tous les alliages [de mercure : ainsi le tain ordinaire des glaces est un amalgame d’étain, ce qui veut dire un alliage de mercure et d’étain. Au lieu de mercure pour faire apparaître les images daguerriennes, on peut se servir d’amalgame d’argent ou alliage de mercure et d’argent, que l’on chauffe à une température convenable; cet alliage, solide, est d’un emploi plus commode que le mercure, principalement pour les voyages.

AiiiIht jaune.

Appelé aussi succin ou karabé. Ce dernier nom est persan, il veut dire tire-p aille, et rappelle la propriété de cette résine

VOCABULAIRE. 4^9

qui a donné son nom à l’électricité (électron est le nom grec de l’ambre jaune).

L’ambre est un produit fossile, il provient évidemment d’anciens végétaux. Il renferme souvent dans sa niasse des insectes parfaitement conservés et qu’on ne retrouve plus ailleurs. L’analogie permet de penser que l’arbre qui le fournissait il y a quelques milliers d’années se rapprochait du Pinus dammara qui nous donne dans les îles Moluques la résine Dammar. M. Baudrimont a découvert récemment que l’ambre renferme une certaine quantité de soufre.

Amidon.

(Voir Chimie organique , § 37.)

La fécule de pomme de terre, qui est une substance amylacée, est souvent employée dans la confection des papiers. L’amidon possède la propriété caractéristique de prendre une coloration bleue lorsqu’il se trouve en présence d’une trace d’iode libre. On l’emploie également en photographie comme encollage supplémentaire; il empêche jusqu’à un certain point les papiers de se désagréger dans les différents bains où il est nécessaire de les laisser séjourner, et forme avec l’azotate d’argent une sorte de laque argentico-organique d’une riche coloration.

Ammoniac* ( Gaz ). — Ammoniaque (dissolution aqueuse ).

( Azlï3 — 2i‘2,5o par O ou i5 par H.)

Le gaz ammon/flc est un composé de i équivalent d’azote et de 3 équivalents d’hydrogène; il est très-soluble dans l’eau : on emploie de préférence sa dissolution aqueuse, appelée ammoni^we liquide ou alcali volatil, qui présente toutes les propriétés du gaz ammoniac. L’ammoniaque a une odeur très-pénétrante, elle se comporte comme une base énergique et donne avec les acides des sels utiles dans les arts, entre autres le chlorhydrate d’ammoniaque (sel ammoniac) dont on se sert pour préparer le papier positif. On obtient l’ammoniaque au moyen de la chaux vive en poudre et d’un mélange de sel ammoniac et de sulfate d’ammoniaque qu’on introduit dans un ballon; un tube, adapté au bouchon, conduit le gaz qui se dé

gage, dans un flacon contenant de l’eau ; ce gaz se dissout et donne l’ammoniaque liquide. Ordinairement l’ammoniaque du commerce suffit pour les besoins de la photographie; si l’on veut purifier cette ammoniaque, il faut la chauffer doucement dans un ballon et, au moyen d’un tube adapté au bouchon de liège, amener le gaz ammoniac qui s’en dégage dans un flacon aux deux tiers rempli d’eau distillée. La quantité d’eau doit représenter les deux tiers environ de l’ammoniaque employée : il faut que le tube plonge au fond du flacon ; peu à peu l’eau se sature de gaz et donne une solution ammoniacale excellente. L’opération est terminée quand le tube conducteur du gaz devient nettement chaud, ce qui est l’indice que le gaz ammoniac s’est dégagé en totalité et que c’est de la vapeur d’eau qui passe.

On reconnaît la pureté de l’ammoniaque du commerce à ce que, chauffée sur une lame de platine, elle ne laisse pas de résidu; traitée par les acides, elle ne doit pas se colorer ; enfin, si dans quelques gouttes d’ammoniaque on ajoute quelques gouttes d’acide azotique pur, de manière que l’odeur disparaisse complètement et que la dissolution rougisse le papier de tournesol, puis un peu d’azotate d’argent et d’azotate de baryte, il ne doit se produire aucun précipité. L’ammoniaque dissout avec une grande facilité le chlorure d’argent blanc; on peut 1’employer pour fixer les épreuves positives, mais on doit pour cela l’étendre d’au moins trois fois son volume d’eau. Un bain légèrement ammoniacal sera excellent toutes les fois qu’on voudra neutraliser l’acide en excès des épreuves qui ont séjourné dans des bains acidulés.

Aiitinioiiie.

(Sb — 8o6,45 par O ou 64 par IL J

Métal blanc, cassant; il entre dans la composition de divers alliages, notamment dans celui des caractères d’imprimerie (plomb et antimoine); il est jusqu’ici inutile pour la photographie. Toutefois il est à noter que le protochlorure d’antimoine est un corps très-avide d’oxygène; il réduit les sels d’or à l’état métallique. Le kermès et l’émétique sont des composés d’antimoine.

Argent.

(Ag== 1349,01 par 0 ou 108 par II.)

L’argent est le vrai métal de la photographie, on remploie l’état métallique (plaqué) pour les épreuves daguerriennes et à l’état de combinaison pour les épreuves sur verre et sur papier. L’argent métallique est le seul corps dont nous avoris à nous occuper ici ; il est blanc, brillant, sans odeur ni saveur, très-ductile et très-malléable. L’argent pur n’est pas employé dans les arts; il est trop mou : on l’allie à une certaine quantité de cuivre, il constitue alors l’argent des monnaies et l’argent d’orfèvrerie.

L’alliage des monnaies est au titre de c’est-à-dire qu’il ne peut contenir que ~ de cuivre.

Le premier titre d’orfèvrerie est à , ne contenant que de cuivre; le second à en contenant

Les médailles ne sont pas au titre des monnaies, mais au premier titre de l’orfèvrerie, soit -nnrT.

L’argent étant d’un prix élevé, on trouve une grande économie à revêtir des feuilles de cuivre d’une feuille d’argent; elles constituent alors ce que l’on nomme dans le commerce le plaqué (voir Plaqué ) : c’est ainsi que sont faites le plus souvent les plaques de daguerréotype. On fait encore des plaques excellentes par les procédés d’argenture, qui consistent à mettre une feuille de cuivre dans un bain de cyanure d’argent et de potassium ; ce bain est décomposé lentement et sans cesse recomposé par un courant électrique aux dépens d’une lame d’argent (anode) ; les plaques ainsi préparées ont sur les autres l’avantage d’être couvertes d’argent tout à fait pur, ce qui rend, dit-on, l’impression lumineuse un peu plus rapide. (Voir, pour les essais d’argent et d’azotate d’argent, § 220 et suivants.)

Arsenic.

( As = 937 ,5o par O ou ^5 par H. )

Voir ses propriétés, § 15.

Azotate «l'ammoniaque.

(AzH8AzOsHO — 1000 par O ou 80 par H.)

l\r]2 TROISIÈME PARTIE.

Composé de i équivalent d’acide azotique et de i équivalent d’ammoniaque uni à i équivalent d’eau; il se produit dans tous les bains d’azotate d’argent où l’on plonge des préparations d’iodure ou de bromure d’ammonium. L’azotate d’ammoniaque a la propriété de dissoudre une assez forte proportion d’oxyde d’argent.

Azotate «l’argent ( Nitrate d’argent ).

( AgOAzO5 = *2124,01 par O ou 1 70 par H. )

Ce sel est un composé d’oxyde d’argent et d’acide azotique; on le trouve dans le commerce, soit cristallisé en belles lames transparentes incolores, soit fondu et coulé en plaques ou dans des petites lingotières; il est alors sous la forme de bâtons blancs ou noirs auxquels on a donné le nom de crayons de pierre infernale . A ces divers états, il est toujours soluble dans l’eau, et s’il est pur il peut être employé en photographie. La solution filtrée de l’azotate d’argent doit être incolore et sans action sur le papier de tournesol, soit rouge, soit bleu.

Souvent Tazotate d’argent renferme, soit un excès d’acide azotique, ce que l’on reconnaît facilement à l’odeur et à ce que la dissolution rougit le papier de tournesol, soit quelques traces d’azotate de cuivre : dans ce dernier cas, la dissolution prend une teinte bleue par l’addition de quelques gouttes d’ammoniaque, ou bien le cyanoferrure de potassium y produit un précipité qui, au lieu d’être parfaitement blanc, prend une teinte légèrement rougeâtre, et même tout à fait brune s’il y a une quantité de cuivre notable. On vend quelquefois de l’azotate d’argent renfermant des azotates de soude et de potasse. On peut facilement reconnaître la pureté de l’azotate d’argent au moyen de l’acide chlorhydrique pur que l’on verse en léger excès dans la dissolution du sel à éprouver; on obtient, après filtration, un liquide incolore qui, évaporé à sec, ne doit laisser, si le sel est pur , qu’un résidu insignifiant . Il est facile de se mettre à l’abri de toute fraude en demandant au commerce de l’azotate d’argent facturé pur et neutre (sans réaction acide). On s’assure immédiatement de la neutralité en mettant un papier de tournesol dans quelques gouttes de

VOCABULAIRE. 47

la dissolution de ce sel; le papier ne doit pas changer de couleur.

La facilité avec laquelle on peut préparer ce réactif engagera tous les photographes à le faire eux-mêmes, et ils arriveront aussitôt, en suivant nos indications, à en obtenir telles quantités qu’ils voudront. Nous leur recommandons seulement d’opérer sur des poids un peu considérables, ils auront ainsi moins de pertes que dans plusieurs opérations successives sur des poids trop réduits.

Supposons que l’on veuille préparer 100 grammes d’azotate d’argent. On prend 66 grammes d’argent pur dit argent vierge ; on peut également employer de l’argent allié en défalquant le poids du métal étranger [voir au mot Argent le titre des divers alliages); on met cet argent (que nous supposons allié) dans une capsule de porcelaine, on verse dessus de l’acide azotique exempt de chlore, soit environ ioo centimètres cubes, étendu d’un même volume d’eau, l’acide azotique concentré dissout mal l’azotate d’argent (il arrive que ce sel se précipite sur le métal et en empêche l’attaque); on chauffe doucement sur un fourneau placé sous une cheminée qui tire bien, pour enlever les vapeurs d’acide hypo-azotique qui sont très-délétères.

11 sera bon de renverser sur la capsule un entonnoir de verre ayant un plus petit diamètre que celle-ci; on évitera ainsi les projections et les pertes de liquide : l’argent sera attaqué et se dissoudra rapidement. Si les vapeurs rouges cessent de se produire avant que tout l’argent soit dissous, on décantera le liquide dans une autre capsule de porcelaine ou dans un verre, et on ajoutera de nouveau de l’acide azotique étendu en quantité plus ou moins considérable, suivant l’argent qui reste à dissoudre, en continuant ainsi jusqu’à dissolution complète. A ce point, on réunira tous les liquides dans une même capsule et on évaporera à sec.

En général, pour les évaporations à sec,. nous mettons la capsule de porcelaine dans un petit fourneau ordinaire sans feu et très-propre; nous plaçons dessus un poêlon de terre dans lequel brûlent quelques charbons de Paris : l’évaporation se fait ainsi toute seule sans qu’il soit nécessaire de s’en occuper. Quel que soit le mode d’évaporation, lorsque le nitrate

est sec, on le met de nouveau sur le feu; peu à peu la matière se boursoufle, en chauffant davantage elle fond, et, si on a opéré sur un alliage de cuivre, elle commence à noircir, à dégager de nouveau des vapeurs rousses d’acide hypo-azotique, ce qui est une preuve que l’azotate de cuivre se décompose. On continue à chauffer jusqu’à ce que toute la matière soit passée tout à fait à l’état liquide et ait cessé de dégager des vapeurs. On doit avoir le soin de présenter au feu toute la surface de la capsule, de manière que toutes les gouttes projetées sur les bords soient également fondues et noircies.

Pour s’assurer si la décomposition de l’azotate de cuivre est complète, on prend une petite quantité de matière liquide avec le bout d’une baguette de verre ; on la dissout dans quelques gouttes d’eau distillée, etl’ony verse deux ou trois gouttes d’ammoniaque. Si la dissolution ne prend pas une teinte bleue, l’action est terminée. Le feu doit être ménagé pour que la capsule atteigne au plus la température du rouge sombre ; en chauffant trop, on décomposerait une partie de l’azotate d’argent, et il y aurait perte. L’opération terminée, on saisit la capsule avec les pinces en bois, on coule la matière fondue, soit sur un marbre, soit sur une assiette préalablement chauffée, et on laisse refroidir (i).

Dans cette opération, il s’est formé d’abord de l’azotate d’argent et de l’azotate de cuivre, attendu que l’on a opéré sur

(i) Souvent, après la dissolution complète de l’argent par l’acide azotique pur, il reste au fond de la capsule des particules noirâtres qui sont de petites quantités d’or échappées à raffinage, Cette quantité d’or est bien plus considérable si l’argent qu’on a attaqué résulte du traitement des résidus photographiques ; il provient alors des bains de virage. On recueille cet or en décantant avec précaution le liquide qui surnage, on lave le résidu à deux ou trois reprises avec de l’eau distillée par décantation, et on le jette sur un petit filtre où on le lave et le laisse sécher. Il suffit de frotter cette poudre noire avec un corps dur pour lui rendre l’aspect de l’or. On peut se servir de cet or, lorsqu’on en a une certaine quantité, pour préparer du chlorure d’or. [Voir ce mot.) Mais quelquefois aussi ces particules noires sont du sulfure d’argent qui, lors de l’attaque par l’eau régale, se transformeront en chlorure d’argent, lequel se précipitera si on étend la solution avec un peu d’eau.

VOCABULAIRE. l\

l’argent allié; mais l’azotate de cuivre ayant été décomposé par la chaleur, l’oxyde de cuivre est resté seul en poudre noire mélangé à l’azotate d’argent. On pourrait se servir immédiatement de cet azotate fondu; le seul inconvénient qu’il présenterait serait la difficulté d’obtenir un poids rigoureusement exact d’azotate d’argent, ce qui n’est pas d’ailleurs une absolue nécessité : sa dissolution filtrée est parfaitement pure; tout l’oxyde de cuivre reste sur le filtre, mêlé d’un peu d’argent,

* on le jette aux résidus.

Quand on veut obtenir de l’azotate d’argent blanc fondu ou cristallisé, on prend toute la matière refroidie, on la casse en morceaux, on la remet dans la capsule non nettoyée, et l’on verse dessus environ i5o centimètres cubes d’eau distillée; on chauffe de nouveau pour accélérer la dissolution qui se fait rapidement. Lorsque tout est dissous et que la poudre noire reste seule en suspension, on verse le liquide sur un filtre à plis de papier blanc (de préférence on doit prendre un filtre correspondant à un entonnoir de 60 grammes), et quand le filtre est complètement vide, on l’arrose avec de l’eau distillée ; la liqueur claire contient tout l’azotate d’argent qu’on peut obtenir, soit cristallisé, en l’abandonnant à lui-même et recueillant les cristaux formés, mais alors on augmente beaucoup les chances de perte; soit fondu : pour cela on le chauffe de nouveau à sec, puis, élevant la température jusqu’à fusion dans la capsule bien nettoyée, on coule la matière sur un marbre ou sur une assiette. Dans ce dernier traitement, l’azotate devrait rester absolument blanc, mais il arrive souvent que des parcelles du filtre ont été entraînées et le font noircir, ou que, le feu étant un peu trop fort, il y a un commencement de décomposition de l’azotate d’argent. Quoi qu’il en soit, on recueille le produit tel qu’il est, et comme on filtre toujours les dissolutions avant de les employer, on rentre à ce moment dans les conditions d’une pureté absolue. Tous les vases, tous les papiers ayant servi à ces opérations sont lavés avec soin à l’eau ordinaire; cette eau de lavage est mise aux résidus d’argent, le papier mis de coté est réuni aux autres (p. 4n, Traitement des résidus ).

Nous avons opéré souvent sur des poids de quelques kilo-

grammes d’argent provenant du traitement de nos résidus et obtenu de l’azotate d’argent cristallisé parfaitement pur, en conduisant l’opération de la manière suivante :

Les culots d’argent sont d’abord fondus dans un creuset, puis coulés de haut et en filet mince dans une terrine pleine d’eau; on obtient ainsi une grenaille d’argent, dont les surfaces très-divisées se prêtent mieux à l’attaque par l’acide nitrique pur étendu do son volume d’eau.

L’argent grenaille est attaqué par cet acide (sous un bon tirage) dans une capsule de porcelaine légèrement chauffée par quelques charbons de Paris. Lorsqu’il ne se fait plus de dégagement de vapeurs rutilantes, on décante le liquide dans une seconde capsule également chauffée, où il s’évapore et cristallise par refroidissement pendant la nuit; on continue dans la première capsule d’attaquer l’argent par l’acide étendu, et les cristaux de la seconde capsule sont récoltés le matin dans un entonnoir de verre placé sur le goulot d’un flacon; le liquide écoulé est reversé dans la capsule à évaporer. On continue ainsi l’opération jusqu’à ce que tout l’argent soit dissous: il reste alors, dans le fond de la capsule où était l’argent grenaille, une poudre noire, qui est un mélange d’or et de sulfure d’argent ; on l’abandonne pour être traité ultérieurement, et on arrive, par concentration successive, à obtenir sur les entonnoirs la presque totalité de l’azotate d’argent cristallisé et une dernière eau mère verdâtre, contenant la majeure partie des impuretés. Cette eau mère, évaporée à sec et fondue, donne un azotate de qualité inférieure, qui va généralement très-bien pour les épreuves positives; si, cependant, l’essai ne donne pas de bons résultats, on le dissout dans l’eau, on précipite l’argent par l’acide chlorhydrique, et le chlorure d’argent formé rentre dans les résidus. On reprend alors tout l’azotate d’argent cristallisé qui est sur les entonnoirs, on le verse dans la capsule propre et on le chauffe jusqu’à ce qu’il soit parfaitement sec : on élimine ainsi presque complètement l’acide. On dissout ces cristaux dans environ leur poids d’eau distillée, on filtre sur un tampon de coton, placé dans la douille de l’entonnoir; le liquide filtré, reçu soit dans une capsule de porcelaine, soit dans un cristall isoir en verre préalablement

VOCABULAIRE. 477

chauffé, est abandonné au refroidissement; il donne ainsi des cristaux d’azotate d’argent très-pur, que l’on recueille de nouveau sur un entonnoir; leseaux mères qui s’écoulent, évaporées, donnent une seconde, puis une troisième cristallisation. Si les derniers cristaux obtenus ne sont pas parfaitement blancs, on verse sur eux de petites quantités d’eau distillée froide qui enlève l’eau mère colorée. Enfin, lorsqu’ils ont été suffisamment égouttés, on les étend en couche mince sur des plats de porcelaine, et on laisse sécher dans un lieu chaud.

Les derniers liquides écoulés sont évaporés à sec et fondus, puis employés, de préférence, pour les bains positifs.

L’azotate d’argent recristallisé et sec sera excellent pour toutes les opérations photographiques négatives et positives. La poudre noire restée au fond de la capsule où s’est fait l’attaque de l’argent, est d’abord lavée deux ou trois fois par décantation, puis attaquée par l’eau régale, qui dissout l’or et décompose le sulfure d’argent; lorsque toute poudre noire a disparu, on étend d’eau et on filtre; tout l’argent précipité à l’état de chlorure reste sur le filtre et. est rejeté aux résidus. L’or est en solution dans la liqueur; on y verse une solution de sulfate de fer et il se précipite une poudre brune ocreuse, qui est de l’or métallique tout à fait pur, que l’on recueille et conserve pour faire de nouveau chlorure double d’or et de potassium {voir p. 5oo).

On peut encore préparer l’azotate d’argent de la manière suivante : on dissout l’argent pur ou allié dans l’acide azotique, on étend la dissolution de vingt à trente fois son volume d’eau ordinaire sans s’inquiéter du trouble produit (cette opération peut se faire dans un grand flacon). On ajoute, soit une dissolution de sel, soit de l’acide chlorhydrique, jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité blanc. On agite vivement : le précipité tombe au fond du vase et le liquide devient transparent; on lave par décantation avec soin jusqu’à ce que l’eau de lavage, dont on éprouve quelques gouttes, ne se colore plus en bleu par une goutte d’ammoniaque; on traite alors ce précipité par le zinc et l’acide sulfurique, comme nous l’avons dit au traitement des résidus (p. 4?i) • la poudre ou le culot

qui en résulte, bien lavée, après dissolution dans l’acide azotique, évaporation à sec et fusion, donne de l’azotate d’argent pur.

Si l’on a bien opéré, 66 grammes d’argent vierge, ou un poids correspondant d’argent allié de cuivre, doivent donner 100 grammes au moins d’azotate d’argent fondu pur; le chimiste, en prenant des soins absolus, devrait obtenir, d’accord avec la théorie, io3sr,gi. En effet, d’après les équivalents, nous voyons que si i34g( équivalent de l’argent) donnent 2124 (équivalent de l’azotate d’argent), 66 grammes d’argent doivent donner io3sr,9i d’argent.

Azotate de baryte.

( Ba O Àz O5 = i633 par O ou i3o par H.)

Sel composé de 1 équivalent d’acide azotique uni à 1 équivalent de baryte; dissous dans l’eau distillée, il est employé comme réactif pour reconnaître la présence de l’acide sulfurique libre ou combiné. Toutes les fois, en effet, que dans une dissolution contenant l’acide sulfurique, on verse une goutte d’azotate de baryte, préalablement additionné d’acide azotique très-étendu , il se forme un précipité blanc de sulfate de baryte insoluble.

Azotate de potasse*

( KO Az O5 = 1 164, 3o par O ou 101 par H.)

Produit de la combinaison de 1 équivalent d’acide azotique avec 1 équivalent d’oxyde de potassium ou potasse; c’est le nitre ou salpêtre du commerce : on le trouve à un prix modéré, assez pur et très-convenable pour toutes les opérations. En traitant ce sel par l’acide sulfurique, on en extrait l’acide azotique en même temps qu’on produit du sulfate de potasse : la même réaction avec les proportions de 1 partie d’azotate de potasse pulvérisé et sec, et de 2 parties d’acide sulfurique concentré, donne un mélange de sulfate de potasse et d’acide azotique propre à la préparation de ce coton-poudre qui sert

VOCABULAIRE

à fabriquer le collodion. L’azotate de potasse, comme l’azotate d’ammoniaque, se produit par double échange dans tous les bains d’azotate d’argent où l’on plonge des préparations à l’iodure, au bromure, au cyanure de potassium; il y existe en quantité d’autant plus considérable, que les bains ont servi plus souvent et se sont appauvris davantage en argent.

Azotate fie zisae.

(Zn O Az O5 — 1 187,50 par O ou 97 par H.)

L’azotate de zinc est composé de 1 équivalent d’acide azotique et de 1 équivalent d’oxyde de zinc; on le prépare facilement, soit en attaquant le zinc par l’acide azotique étendu de 4 parties d’eau : il se produit alors une vive effervescence; soit, ce qui est préférable, en dissolvant dans l’acide azotique le blanc de zinc , délayé avec un peu d’eau à l’état de bouillie homogène : on doit laisser, dans les deux préparations, soit du zinc, soit de l’oxyde en excès. Le liquide, filtré au bout de quelque temps, est évaporé à une douce chaleur; les dissolutions très-concentrées cristallisent : les cristaux renferment alors 6 équivalents d’eau, ce qui porte l’équivalent de V azotate de zinc cristallisé à 1862,50, au lieu de 1187,50, qui est l’équivalent du sel anhydre. Ce produit a été conseillé dans quelques préparations; il augmente, dit-on, la rapidité.

Azote.

(Az — 176 par O ou i4paril.)

Voir % 15.

Azotique ©si iiâtricjue (Acide).

( A z O5 = 675 par O ou 54 par H.)

C’est un réactif composé de 5 équivalents d’oxygène pour

I équivalent d’azote et le plus souvent 4 équivalents d’eau; il est liquide à la température ordinaire, incolore, fumant à l’air s’il ne contient qu’un équivalent d’eau, et très-corrosif.

II tache en jaune la peau, la soie, presque toutes les matières animales. On prépare l’acide azotique monohydraté en décomposant 6 parties d’azotate de potasse ou de soude par 4 parties

480 TROiSIEME PARTIE.

d’acide sulfurique ordinaire et chauffant légèrement. Cette opération se fait dans une cornue, et Ton recueille dans un ballon de verre le produit de la distillation : il est plus simple de l’acheter tout fait. L’acide azotique du commerce (ou eauforte), moins concentré, est ordinairement assez pur pour l’usage des photographes. On le purifie en le distillant dans une cornue, mettant de côté le premier quart qui passe à la distillation, et recueillant comme pur l’acide qui passe ensuite ; le premier quart peut être conservé pour faire de l’eau régale.

Fig. 64.

Cet acide est convenablement pur, si, étendu de 10 parties d’eau, il ne donne de précipité ni par l’azotate d’argent, ce qui prouve l’absence du chlore et de l’iode (1), ni par l’azotate de baryte, ce qui prouve l’absence des sulfates; enfin si, chauffé sur une lame de platine, il se volatilise sans laisser de résidu : une goutte suffit pour cette épteuve. Il est inutile, pour la photographie, d’exiger une pureté absolue qui ne fait qu’augmenter le prix. Lorsqu’on emploie l’acide azotique pour faire l’azotate d’argent, on doit d’abord y ajouter un peu d’une solution d’azotate d’argent qui précipite tous les chlorures, on laisse éclaircir le liquide par le repos et on se sert de l’acide clair pour attaquer l’argent; sans cette précaution l’azotate d’argent produit contiendrait du chlorure et donnerait des so-

(1) Pour rechercher l’iode, il faut, pour plus de sûreté, quand on a versé la dissolution de sel d’argent et qu’on n’a pas eu de précipité, ajouter un petit copeau de cuivre dans le but de produire un composé nitreux, capable de réduire l’acide iodique s’il s’en trouvait dans l’acide azotique.

VOCABULAIRE

lutions .d’argent troubles. L’acide azotique sert à préparer tous les azotates ou nitrates, entre autres l’azotate d’argent, et aussi l’eau régale qui est employée pour dissoudre l’or.

Nous donnons ici un tableau approximatif de la quantité d’acide azotique supposé anhydre , contenu dans une dissolution aqueuse, d’après la densité de cette dissolution, l’eau et l’acide étant supposés purs :

Page 1