‹ Chimie. Traité élémentaire de cette science et de ses applications aux arts et aux manufacturesChapitre 104 sur 162 · ACIDE ACÉTIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE ACÉTIQUE

saturation par la chaux ou par la craie. L’acide, en se combinant avec la chaux , se dépouille d’une nouvelle portion de goudron qui surnage , et qu’on enlève à 1 aide d’écumoires; on laisse reposer ensuite un temps suffisant , afin de tirer le liquide à clair par une simple décantation.

L’acétate de chaux liquide est évaporé «à i5° de l’aréomètre ; on y ajoute alors une dissolution concentrée de sulfate de soude : il y a double décomposition , le sulfate de chaux se précipite, et l’acétate de soude reste dans la liqueur. Dans quelques fabriques on dissout à chaud le sulfate de soude dans l’acide acétique, et on sature ensuite avec la craie ? on évite ainsi l’emploi de l’eau pour dissoudre le sulfate, et on obtient sans évaporation une liqueur aussi concentrée que par l’autre méthode.

L’acétate de soude liquide est évaporé jusqu’à 27 ou 28° de l’aréomètre : on verse dans de grands cristallisons, et au bout de trois ou quatre jours, suivant la capacité des vases, 011 décante les eaux-mères, et on obtient de cette première cristallisation des prismes rhomboïdaux.

L’acétate de soude se purifie facilement par les cristallisations répétées et la torréfaction; cette dernière operation bien conduite, le débarrasse complètement des dernières parties de goudron qu’il pouvait contenir encore. Cette torréfaction, appelée fritte dans les manufactures , exige beaucoup de soins et une grande habitude; elle se fait ordinairement dans des chaudières de fonte très évasees et peu profondes : on brasse continuellement avec des ringards, pendant vingt-quatre heures, pour 4°o kilogrammes. La chaleur ne doit jamais être assez forte pour qu’il se dégage de la fumée : lorsque tout le sel est liquéfié , qu’il n’y a plus de boursouflement et que la fonte est tranquille , l’opération est finie ; le sel est redissous dans l’eau pour le séparer du goudron décomposé : on évapore de nouveau , et on obtient de l’acétate parfaitement blanc : c’est dans cet

état de pureté qu’on le décompose par l’acide sulfurique pour en obtenir l’acide acétique. On éprouve beaucoup de difficultés dans cette operation , si I ou verse l’acide peu à peu, il se dégage une telle quantité d’acide acétique que les ouvriers en sont fortement incommodés : on préfère verser tout l’acide sulfurique à la fois ; il occupe la partie inférieure du vase , et la réaction a lieu peu à peu au moyen de la chaleur. On sépare le sulfate de soude par la cristallisation , et on purifie l’acide acétique en le distillant.

Acétates. Sels formes par la reunion de di\ ers oxides avec l’acide acétique : plusieurs d’entre eux sont très employés dans les arts ou en médecine. Tous les acétates sont dccomposables par la chaleur et les acides nitrique, sulfurique, hydrochlorique, phosphorique, etc. Tous sont plus ou moins solubles dans 1 eau} cependant l’acétate de mercure et celui d’argent le sont assez peu pour qu’on puisse les préparer par double décomposition ; dans tous ces sels le rapport de l’oxigène de la base à l’acide est sensiblement de i à 7.

Les acétates peuvent tous se reconnaître par l’addition d’une petite quantité d’acide sulfurique ; ils répandent alors une odeur d’acide acétique très remarquable.

Acétate d’alumine. Cette combinaison est très employée dans la fabrication des toiles peintes : on la substitue dans beaucoup de cas et avec avantage à 1 alun. On l’obtient en traitant 60 parties d’alun par 100 d’acétate de plomb ; il se forme un précipité de sulfate de plomb et la liqueur surnageante est 1 acetate d^ alumine, on décante ou on filtre suivant le besoin ; 1 acétate d’alumine ne cristalise pas : soumis en dissolution à l’action du feu , il se trouble et laisse déposer une partie d’alum ine qu i se redissout par le refroidissement; on varie sur les causes de ce phénomène singulier. Ln se rappelant que le nombre proportionnel de l’acide acétique est 5i (Voy. la table des analyses végétales, pag. 281 ), on en conclura que l’acétate neutre d alu-

mine se compose de 5 1 d’acide acétique pur et de 17 d’alumine.

Acétate de potasse (éch* sjn. 48 de potasse, 5i d acide acétique pur ). L acide acétique se combine avec la potasse et forme un sel déliquescent qui cristallise à peine ; on le connaissait anciennement sous le nom de terre fohec cle tartre , et on 1 emploie en médecine comme fondant. Sa préparation est très simple , on décompose le sous-carbonate de potasse par le vinaigre distillé et on évapore à siecité : ce sel existe en petite quantité dans la seve de tous les arbres.

Acétate d’ammoniaque (éch. sjn. 17 d’ammoniaque,

/ di^Clde ac^ticIue Pur)‘ Ce scl est appelé aussi esprit de Mendcrerus, sel ammoniac liquide, sel ammoniac acéteux. Menderer le préparait en saturant par du vinaigre distillé le sous-carbonate d’ammoniaque provenant de la distillation de la corne de cerf et encore imprégné de l’huile animale : actuellement les pharmaciens le préparent en saturant le carbonate d’ammoniaque jiar du vinaigre marquant 3° à l’aréomètre ; ce sel est solide , blanc et peut cristalliser en prismes assez volumineux, mais on ne peut l’obtenir ainsi qu’en faisant passer du gaz ammoniacal dans du vinaigre radical très concentré.

Acétate de fer (éch. sjn. 44 de tritoxide de fer et 5 1 d acide acétique pur ) , appelé aussi pfrolfnite de fer. Un connaît le prot , le deut et le tritacétate de fer nous parlons ici de ce dernier qui est d’un usa^e très frequent dans la teinture où il remplace avec avantage le sulfate de fer : on le prépare en prenant l’acide acetique séparé de la majeure partie de son goudron par une première purification , et le versant sur de la tournure ou des copaux de fer , disposés dans un tonneau à double tond muni d’une chantepleure «à la partie inférieure ; la dissolution se fait en trois ou quatre jours elle marque alors io° ; on la concentre à i4° , c’est le point auquel les teinturiers l’emploient. On peut obtenir acétate de fer en traitant l’acétate de plomb par

k sulfate de fer. La limaille de fer arrosée d’acide acétique se rouille et prend alors tant de cohésion que Ton peut ainsi sceller le fer dans la pierre.

Acétate de cuivre. On connaît deux acétates de cuivre ; le premier qui est un sous-sel appelé vert-deoris , est une poudre verdâtre , insoluble , que l’on obtient en disposant des plaques dans du marc de raisin. Cette fabrication s’exécute particulièrement à Montpellier.

Le second composé (écb. syn. 80 de deutoxide de cuivre, et 102 d’acide acétique pur) est l’acétate de cuivre cristallisé , appelé aussi verdet de V éhiis les Hollandais ont pendant long-temps fourni le vert-degris cristallisé, mais ce sel se fabrique actuellement a Montpellier. On délaie dans une chaudière de cuivre une partie de vert— de— gris ordinaire et îécemment préparé , avec deux parties de bon vinaigre distillé ; on soumet le mélange à l’action d une douce chaleur , et on agite à l’aide d une spatule en bois ï le liquide se fonce en couleur , on décante dans des vases de terre vernissée , on remet du vinaigre, en ajoutant du vertde-gris si la deuxième liqueur ne se colore pas suffisamment , on continue ainsi de suite , et lorsque 1 on a obtenu une assez grande quantité de liqueur , on évapore le tout jusqu’à ce qu’il se forme une pellicule à la surface , et on verse dans des vases de terre vernissée et nommés sulas dans le pays. On place dans chacun de ces vases plusieurs bâtons d’un pied de long , fendus en croix jusqu’à deux pouces de leur extrémité supérieure et maintenus écartés vers leur base : tous ces cristallisons sont portés dans une etuve , et on obtient au bout de plusieurs jours ces belles grappes lorn)ées par des cristaux d’acétate de cuivre amoncelés

sur les morceaux de bois. , f

L’acétate de cuivre est d’un usage assez limite ; 011 l’emploie i« dans la teinture et la peinture , 2* dans les pharmacies, pour en retirer le vinaigre radical par distillation : ces deux sels sont très vénéneux.

Acétate de plomb (éch syn. 1 12 d’oxide de plomb, 102 d’acide acétique pur)* On connaît deux combinaisons d’acide acétique et d’oxide de plomb : l’acétate neutre qui est blanc , cristallisé en aiguilles , d’une saveur stvptique sucrée, et que l’on appelle encore sucre de Saturne ou sel de Saturne. La deuxième cornbi liaison est un sous-acétate beaucoup plus soluble que le précédent ; sa dissolution est connue dans les pharmacies sous le nom d’ extrait de Saturne. La consommation du sucre de Saturne est considérable ; d’un autre côté la propriété que possède ce sel de dissoudre une certaine quantité d’oxide de plomb et de former l’extrait de Saturne , est une source de prospérité, puisqu’elle nous a donné le moyen de fabriquer dans notre pays un produit (la céruse)que nous recevions auparavant de 1 etranger , et dont nous consommons cependant une grande quantité : il convient donc d’exposer ces deux fabrications avec quelques détails.

Le sucre de Saturne fut d’abord préparé en exposant des feuilles de plomb à l’action simultanée de l’air et du vinaigre ; le plomb se recouvrait d’une croûte blanche dont la dissolution évaporée donnait des cristaux ; mais actuellement on traite la litharge par le vinaigre. Si on verse 65 kilo, d’acide à 8° de l’aréomètre sur 58 kilo, de litharge, la dissolution s’effectue immédiatement , elle est si prompte et si complète qu’il en résulte une chaleur assez considérable pour retenir en dissolution tout le sel qui se forme. Ces proportions sont exactes pour la saturation réciproque, mais le liquide serait trop concentre et donnerait une cristallisation confuse : on est donc obligé d’étendre avec des eaux de lavage , jusqu’à ce que le liquide bouillant soit ramené à 5o ou 55°, alors on laisse reposer quelque temps, puis on verse dans des terrines ou la cristallisation s’opère en 36 heures , on place les terrines de champ, et les eaux-mères s’écoulent dans des rigoies qui les conduisent à un petit réservoir; on obtient ainsi ^5 kilog. de sucre de Saturne blanc : 25

29o ACÉTATES.

kilog. restent dans les eaux- mères. On peut les obtenir par l’évaporation , mais le sel n’est pas aussi pur ; aussi le fait-on ordinairement rentrer dans les opérations nouvelles.

Le sel de Saturne est employé dans les manufactures de toiles ; il forme en effet l’une des bases du mordant le plus utile , puisque l’acétate d’alumine s’obtient en traitant l’alun par l’acétate de plomb ; cependant il est probable qu’on arrivera à en consommer une moindre quantité en lui substituant 1 cicct cite clc chciiioc qui se fabrique «à bien moins de frais , et qui , comme lui , jouit delà propriété de décomposer l’alun et de transformer sa base en acétate.

Céruse. Nous avons dit que ce corps , dont la consommation dans la peinture à l’huile est considérable? se composait d’acide carbonique et d’oxide de plomb. Les céruses de Hollande avaient en France et même en Europe une réputation méritée ; mais les progrès des sciences chimiques nous ont permis de les fabriquer d’une qualité égale, et peut-être supérieure à celles de Hollande. Voici en peu de mots le procède actuelle-

ni en t s ii i \ 1 •

On prend i kilog. de sel de Saturne que l’on fait dissoudre dans 5 kilog. d’eau ; on y ajoute i kilog. ip de litharge pulvérisée : on broie le tout à plusieurs reprises dans la journée ; de temps à autre on ajoute un peu d’eau : au bout de 2 à 3 jours la combinaison est parfaite on décante et on filtre ; il reste environ le quart de lilbarge non dissoute. Cette solution est traitée par un courant d’acide carbonique ; ce dernier s unit à la litharge dissoute en excès et forme une cerusc blanche et d’une qualité supérieure qui se précipité au fond du vase. Il reste dans la liqueur de 1 acétate aciue de plomb que l’on traite de nouveau par la litharge et

l’acide carbonique.

Le carbonate de plomb du commerce n est presque jamais pur, il est mélangé de craie , d’alumine , etc. Les peintres en reconnaissent trois qualités selon a

acide tart a rique. 2yï

proportion réelle de carbonate de plomb qu'elles renferment : la table suivante indique ces proportions avec une exactitude suffisante pour les besoins du commerce :

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