‹ Chimie. Traité élémentaire de cette science et de ses applications aux arts et aux manufacturesChapitre 143 sur 162 · MATIÈRES GRASSES ANIMALES · texte numérisé non relu

MATIÈRES GRASSES ANIMALES

concrétion globuleuse connue sous le nom de perle ; elle est blanche , bleuâtre, irisée , brillante et est composée de couches concentriques alternativement formées d’une membrane mince et de carbonate de chaux.

Des Matières grasses animales.

On trouve dans tous les animaux une quantité plus ou moins considérable d’une matière onctueuse, blanche , insipide, d’une odeur faible : cette substance constitue la graisse , et l’ensemble des organes qui l’offrent en quantité notable constitue le système graisseux : chez l’homme le grand épiploon est le siège principal de cette substance.

On distingue plusieurs espèces de graisses : elles diffèrent par leurs propriétés physiques : ainsi Yaxonge ou le saindoux est la graisse purifiée , obtenue du cochon ; tandis que le suif qui est en général plus cassant est extrait du mouton , du bœuf ou d’autres animaux.

Propriétés. La graisse purifiée est insoluble dans l’eau, l’alcool, l’éther; les acides forts la dissolvent et la décomposent peu à peu : les alcalis s’y unissent, et cette combinaison forme un savon. Qn obtient la graisse pure en coupant le système graisseux , ou la poche qui renferme cette substance, en petits morceaux, et les lavant ; on les fait ensuite fondre dans un vase de peu de profondeur avec de l’eau, et on les Dent a l’état de fusion jusqu’à ce que l’eau , soit complètement évaporée. Les diverses espèces de graisse se liquéfient à des températures différentes. Le lard fond a 36°, mais la graisse qu’on extrait de la viande exige une température de 52° : si on la chauffe jusqu’à 204°, elle répand d abord une fumée blanche qui devient plus abondante et plus désagréable à mesure que la ehaieur augmente ; elle prend en même temps une couleur noirâtre , ce qui est dû , sans doute , à ce

3go MATIÈRES GRASSES ANIMALES.

qu’elle est en partie décomposée et à ce qu’il se développe du charbon. Si alors on la laisse refroidir, elle devient plus cassante et plus solide qu’auparavant. A la distillation dans une cornue , le saindoux ou l’axonge fournit d’abord une certaine quantité d’eau , puis une huile blanche qui se solidifie dans le récipient en petits globules arrondis , et il reste dans la cornue une niasse noire ; pendant toute l’opération , il passe en abondance du gaz hydrogène carboné et du gaz carbonique qui ont une odeur extrêmement fétide : lorsqu’on débite l’appareil , il se répand une odeur si forte et si désagréable qu’il est impossible de la supporter. On supposait autrefois que cette odeur était due à un acide particulier appelé acide sébacique formé dans la distillation ; mais M. Thénard a prouvé que c’est une erreur : on doit donc l’attribuer à de l’huile empyreuinatique. L’odeur ne disparaît pas de suite : pendant la distillation il se dégage de l’acide acétique ainsi qu’un peu d’acide sébacique qu’on trouve en dissolution dans le récipient mêlé à l’huile ; ces produits démontrent que les principes élémentaires de la graisse sont l’hydrogène , l’oxigène , le carbone.

Lorsqu’on verse un peu d’acide nitrique sur de la graisse et qu’on l’expose ainsi à une douce chaleur, l’acide abandonne une partie de son oxigène et convertit la graisse en un onguent jaune , solide, cassant, connu en médecine sous le nom de pommade oxigènée , que Fourcroy regarde comme un oxide de* graisse et qu’on emploie avec succès dans les affections herpétiques. La graisse dissout un peu de soufre et de phosphore : ce dernier est assez rapidement converti en acide phosphatique.

Principes immédiats. Ce produit animal donne les mêmes principes que les huiles végétales : il est composé de la matière huileuse dont nous avons parlé , qui reste solide à la température ordinaire et qui fond à — 70 ( élaïne ), de la substance également huileuse ( stéarine ) beaucoup moins fusible, car elle ne se liquéfie qu’à 38°,

MATIÈRES GRASSES ANIMALES. 3yi

Ces deux principes par eux-mêmes n’ont rien de très important, mais leur décou verte qui est due à M.Chevreul a permis d’expliquer, comme nous l’avons vu , la formation des savons. Ces deux principes par la saponification, donnent naissance aux acides margàrique et oléique. Ces acides susceptibles de former des sels n’offrent rien qui nécessite un examen particulier.

Usages. Les matières grasses servent particulièrement à la fabrication des chandelles destinées à notre éclairage ; on emploie alors particulièrement les suifs de mouton et de bœuf. La théorie de l’éclairage par une chandelle n’offre aucune difficulté.

Toute flamme qui Se dégage d’un corps soumis à 1 Action du feu est due à la combustion de l’hydrogène plus ou moins pur suivant les matières employées et les circonstances où la flamme se développe. Si la combustion est complète la flamme est brillante; dans le cas contraire une partie de la matière susceptible de produire de la chaleur et de la lumière n’est qu’imparfaitement brûlée , les parties bitumineuses se volatilisent ; le charbon divisé en particules très ténues s’échappe et constitue la fumée. Il résulte de là qu’un dépôt de noir de fumée indique une combustion incomplète.

La lumière artificielle est toujours produite par la flamme , et cette dernière est due à l’hydrogène carboné. Il n’existe donc qu’une très légère différence entre l’éclairage moderne par le gaz de l’huile et l’ancien modo au moyen des chandelles : dans le premier cas , le gaz. produit par la décomposition de la substance huileuse se rend dans le gazomètre , puis est conduit dans les becs qu’il doit alimenter, et son ignition constitue la flamme ou la lumière. Dans le deuxième cas la matière grasse est liquéfiée par la chaleur ; elle acquiert un mouvement d’ascension dans le coton , résultat de l’attraction capillaire ; arrivée au point d’ignition elle est décomposée , donne de l’hydrogène carboné dont l’inflammation constitue la lumière. Telle est la théorie claire et précise de l’éclairage par les chandelles : leur fabrication n’est

3 tj'i TENDONS*, etc.— CHEVJUX, etc.

ensuite qu’une opération accessoire. On fait deux espèces de chandelles : i° moulées ; 2° à la baguette. Dans les deux cas le suif est fondu , et on y ajoute un peu de cire pour lui donner de la consistance, de l’alun pour le blanchir : il est ensuite coulé dans des moules qui reçoivent à leur centre une mèche de coton , ou bien la mèche est trempée à plusieurs reprises dans le suif en lusion qui y adhère en formant plusieurs couches : ce sont les chandelles les plus communes.

Des Tendons, des Ligamens, des Membranes, des Cartilages, etc.

Toutes ces substances se transforment en gélatine par une longue ébullition : les os d’un animal très jeune ne sont formes que de cartilages ; ils se durcissent ensuite par l’intussusception des sels calcaires. Dans les enfans rachitiques les sels calcaires sont absorbés et les os deviennent cartilagineux.

Des Cheveux, des Poils, des Plumes, de la Soie, etc.

Les poils et les cheveux sont composés de gélatine et d’albumine coagulée , de phosphate et de carbonate de chaux , d’oxides de fer et de manganèse. La matière colorante des cheveux paraît être, suivant les expériences de Vauquelin , une huile d’un vert noirâtre dans le cheveu noir , rouge dans le cheveu rouge , et blanche dans les cheveux blancs : ces derniers contiendraient en outre du phosphate de magnésie. Vauquelin suppose que le fer sulfuré contribue à la couleur du cheveu foncé : enfin il attribue à la présence d’un excès de soufre la propriété qu’ont les cheveux d’une teinte peu foncée de devenir noirs avec les dissolutions d’oxides métalliques. Soumis à la distillation , les cheveux donnent de l’huile, du carbonate d’ammoniaque, du charbon; ils sont peu susceptibles de putréfaction , ils se dissolvent dans l’eau pure au-dessus de ioo , ou dans l’eau chargée d’une petite quantité de potasse caustique ; l’acide nitrique les décompose.

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